Gérard de NERVAL
Angélique
(extraits)

 

 

  [Angélique fit partie d'abord de Les Faux Saulniers. Histoire de l'abbé de Bucquoy, publié dans le National en 1850. Pour Les Filles du feu, en 1854, Nerval remania cette fausse nouvelle où le narrateur est à la recherche du manuscrit perdu de La Vie d'Angélique de Longueval. Nous ne publions ici que les lettres 10 et 11 en raison de la parenté des lieux, voire des personnages, évoqués avec ceux de Sylvie.]

 

DIXIÈME LETTRE

MON AMI SYLVAIN - LE CHÂTEAU DE LONGUEVAL EN SOISSONNAIS - CORRESPONDANCE - POST-SCRIPTUM.

  Je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d'un ami, que j'appellerai, de son petit nom, Sylvain. C'est un nom très commun dans cette province, - le féminin est le gracieux nom de Sylvie, - illustré par un bouquet de bois de Chantilly, dans lequel allait rêver si souvent le poète Théophile de Viau.
  J'ai dit à Sylvain : « Allons-nous à Chantilly ? »
  Il m'a répondu : « Non… tu as dit toi-même hier qu'il fallait aller à Ermenonville pour gagner de là Soissons, visiter ensuite les ruines du château de Longueval en Soissonnais, sur la limite de Champagne.
  - Oui, répondis-je; hier soir je m'étais monté la tête à propos de cette belle Angélique de Longueval, et je voulais voir le château d'où elle a été enlevée par La Corbinière, - en habits d'homme, sur un cheval.
  - Es-tu sûr, du moins, que ce soit là le Longueval véritable ? car il y a des Longueval et des Longueville partout… de même que des Bucquoy…
  - Je n'en suis pas convaincu quant à ces derniers; mais lis seulement ce passage du manuscrit d'Angélique :
« Le jour étant venu duquel il me devait quérir la nuit, je dis à un palefrenier qui avait nom Breteau : Je voudrais bien que tu me prêtasses un cheval pour envoyer à Soissons cette nuit quérir pour me faire un corps de cotte, te promettant que le cheval sera ici avant que maman se lève…»
  - Il semblerait donc prouvé, - me dit Sylvain, - que le château de Longueval était situé aux environs de Soissons, donc ce ne serait pas le moment de revenir vers Chantilly. Ce changement de direction a déjà risqué de te faire arrêter une fois, - parce que des gens qui changent d'idée tout à coup paraissent toujours des gens suspects…

CORRESPONDANCE

  Vous m'envoyez deux lettres concernant mes premiers articles sur l'abbé de Bucquoy. La première, d'après une biographie abrégée, établit que Bucquoy et Bucquoi ne représentent pas le même nom. - A quoi je répondrai que les noms anciens n'ont pas d'orthographe. L'identité des familles ne s'établit que d'après les armoiries, et nous avons déjà donné celle de cette famille (l'écusson bandé de vair et de gueules de six pièces). Cela se retrouve dans toutes les branches, soit de Picardie, soit de l'Île-de-France, soit de Champagne, d'où était l'abbé de Bucquoy. Longueval touche à la Champagne, comme on le sait déjà. - Il est inutile de prolonger cette discussion héraldique.
  Je reçois de vous une seconde lettre qui vient de Belgique :

« Lecteur sympathique de M. Gérard de Nerval et désirant lui être agréable, je lui communique le document ci-joint, qui lui sera peut-être de quelque utilité pour la suite de ses humoristiques pérégrinations à la recherche de l'abbé de Bucquoy, cet insaisissable moucheron issu de l'amendement Riancey.

  «156. Olivier de Wree, de vermoerde oorlogh-stucken van den woonderdadighen velt-heer Carel de Longueval, grave van Busquoy, Baron de Vaux. Brugge, 1625. - Ej. mengheldichten: fyghes noeper; Bacchus-Cortryck. Ibid., 1625. - Ej. - Venus-Ban. Ibid., 1625, in-I2, oblong, vél.*.
  « Livre rare et curieux. L'exemplaire est taché d'eau. »

  Je ne chercherai pas à traduire cet article de bibliographie flamande; - seulement, je remarque qu'il fait partie du prospectus d'une bibliothèque qui doit être vendue le 5 décembre et jours suivants, sous la direction de M. Héberlé, - 5, rue des Paroissiens, à Bruxelles.
  J'aime mieux attendre la vente de Techener, - qui, je l'espère, aura toujours lieu le 20.

LES RUINES. - LES PROMENADES. - CHÂALIS
ERMENONVILLE. - LA TOMBE DE ROUSSEAU.

  Dans une de mes lettres j'ai employé à faux le mot réaction en parlant d'abus de l'autorité, qui amènent des réactions en sens contraire.
  La faute paraît simple au premier abord; - mais il y a plusieurs sortes de réactions : les unes prennent des biais, les autres sont des réactions qui consistent à s'arrêter.

  J'ai voulu dire qu'un excès amenait d'autres excès. Ainsi il est impossible de ne point blâmer les incendies, et les dévastations privées, - rares pourtant de nos jours. Il se mêle toujours à la foule en rumeur un élément hostile ou étranger qui conduit les choses au delà des limites que le bon sens général aurait imposées, et qu'il finit toujours par tracer.
  Je n'en veux pour preuve qu'une anecdote qui m'a été racontée par un bibliophile fort connu, - et dont un autre bibliophile a été le héros.

  Le jour de la révolution de février, on brûla quelques voitures, - dites de la liste civile; - ce fut, certes, un grand tort, qu'on reproche durement aujourd'hui à cette foule mélangée qui, derrière les combattants, entraînait aussi des traîtres…
  Le bibliophile dont je parle se rendit ce soir-là au Palais-National. Sa préoccupation ne s'adressait pas aux voitures; il était inquiet d'un ouvrage en quatre volumes in-folio intitulé : Perceforest.
  C'était un de ces roumans du cycle d'Artus, - ou du cycle de Charlemagne, - où sont contenues les épopées de nos plus anciennes guerres chevaleresques.
  Il entra dans la cour du palais, se frayant un passage au milieu du tumulte. - C'était un homme grêle, d'une figure sèche, mais ridée parfois d'un sourire bienveillant, correctement vêtu d'un habit noir, et à qui l'on ouvrit passage avec curiosité.
- Mes amis, dit-il, a-t-on brûlé le Perceforest ?
- On ne brûle que les voitures.
- Très bien! continuez. Mais la bibliothèque ?
- On n'y a pas touché… Ensuite, qu'est-ce que vous demandez ?
- Je demande que l'on respecte l'édition en quatre volumes du Perceforest, - un héros d'autrefois…; édition unique, avec deux pages transposées et une énorme tache d'encre au troisième volume.
  On lui répondit:
- Montez au premier.
  Au premier, il trouva des gens qui lui dirent:
- Nous déplorons ce qui s'est fait dans le premier moment… On a, dans le tumulte, abîmé quelques tableaux…
- Oui, je sais, un Horace Vernet, un Gudin… Tout cela n'est rien : - le Perceforest ?…
  On le prit pour un fou. Il se retira et parvint à découvrir la concierge du palais, qui s'était retirée chez elle.
- Madame, si l'on n'a pas pénétré dans la bibliothèque, assurez-vous d'une chose: c'est de l'existence du Perceforest, - édition du seizième siècle, reliure en parchemin, de Gaume. Le reste de la bibliothèque, ce n'est rien… mal choisi ! - des gens qui ne lisent pas ! - Mais le Perceforest vaut quarante mille francs sur les tables.
  La concierge ouvrit de grands yeux.
- Moi, j'en donnerais, aujourd'hui, vingt mille… malgré la dépréciation des fonds que doit amener nécessairement une révolution.
- Vingt mille francs !
- Je les ai chez moi. Seulement ce ne serait que pour rendre le livre à la nation. C'est un monument.
  La concierge, étonnée, éblouie, consentit avec courage à se rendre à la bibliothèque et à y pénétrer par un petit escalier. L'enthousiasme du savant l'avait gagnée.
  Elle revint, après avoir vu le livre sur le rayon où le bibliophile savait qu'il était placé.
- Monsieur, le livre est en place. Mais il n'y a que trois volumes… Vous vous êtes trompé.
- Trois volumes !… Quelle perte !… Je m'en vais trouver le gouvernement provisoire, - il y en a toujours un… Le Perceforest incomplet ! Les révolutions sont épouvantables !
  Le bibliophile courut à l'Hôtel-de-Ville. - On avait autre chose à faire que de s'occuper de bibliographie. Pourtant il parvint à prendre à part M. Arago, - qui comprit l'importance de sa réclamation, et des ordres furent donnés immédiatement.
  Le Perceforest n'était incomplet que parce qu'on en avait prêté précédemment un volume.
  Nous sommes heureux de penser que cet ouvrage a pu rester en France.
  Celui de l'Histoire de l'abbé de Bucquoy, qui doit être vendu le 20, n'aura peut-être pas le même sort !
  Et maintenant, tenez compte, je vous prie, des fautes qui peuvent être commises, - dans une tournée rapide, souvent interrompue par la pluie ou par le brouillard…

  Je quitte Senlis à regret; - mais mon ami le veut pour me faire obéir à une pensée que j'avais manifestée imprudemment…
  Je me plaisais tant dans cette ville, où la renaissance, le moyen âge et l'époque romaine se retrouvent çà et là, - au détour d'une rue, dans une écurie, dans une cave. - Je vous parlais "de ces tours des Romains recouvertes de lierre !" - L'éternelle verdure dont elles sont vêtues fait honte à la nature inconstante de nos pays froids. - En Orient, les bois sont toujours verts; - chaque arbre a sa saison de mue; mais cette saison varie selon la nature de l'arbre. C'est ainsi que j'ai vu au Caire les sycomores perdre leurs feuilles en été. En revanche, ils étaient verts au mois de janvier.
  Les allées qui entourent Senlis et qui remplacent les antiques fortifications romaines, - restaurées plus tard, par suite du long séjour des rois carlovingiens, - n'offrent plus aux regards que des feuilles rouillées d'ormes et de tilleuls. Cependant la vue est encore belle, aux alentours, par un beau coucher de soleil. - Les forêts de Chantilly, de Compiègne et d'Ermenonville; - les bois de Châalis et de Pont-Armé se dessinent avec leurs masses rougeâtres sur le vert clair des prairies qui les séparent. Des châteaux lointains élèvent encore leurs tours, - solidement bâties en pierres de Senlis, et qui, généralement, ne servent plus que de pigeonniers.
  Les clochers aigus, hérissés de saillies régulières, qu'on appelle dans le pays des ossements (je ne sais pourquoi), retentissent encore de ce bruit de cloches qui portait une douce mélancolie dans l'âme de Rousseau…
  Accomplissons le pèlerinage que nous nous sommes promis de faire, non pas près de ses cendres, qui reposent au Panthéon, - mais près de son tombeau, situé à Ermenonville, dans l'île dite des Peupliers.
  La cathédrale de Senlis; l'église Saint-Pierre, qui sert aujourd'hui de caserne aux cuirassiers; le château de Henri IV, adossé aux vieilles fortifications de la ville; les cloîtres byzantins de Charles le Gros et de ses successeurs, n'ont rien qui doive nous arrêter… C'est encore le moment de parcourir les bois, malgré la brume obstinée du matin.
  Nous sommes partis de Senlis, à pied, à travers les bois, aspirant avec bonheur la brume d'automne.
  Nous avions parcouru une route qui aboutit aux bois et au château de Mont-l'Evêque. - Des étangs brillaient çà et là à travers les feuilles rouges relevées par la verdure sombre des pins. Sylvain me chanta ce vieil air du pays :

Courage! mon ami, courage !
Nous voici près du village !
A la première maison,
Nous nous rafraîchirons!

  On buvait dans le village un petit vin qui n'était pas désagréable pour des voyageurs. L'hôtesse nous dit, voyant nos barbes: - Vous êtes des artistes… vous venez donc pour voir Châalis ?
  Châalis, - à ce nom je me ressouvins d'une époque bien éloignée… celle où l'on me conduisait à l'abbaye, une fois par an, pour entendre la messe, et pour voir la foire qui avait lieu près de là.
  - Châalis, dis-je… Est-ce que cela existe encore ?

La Chapelle en-Serval, ce 20 novembre.

  De même qu'il est bon dans une symphonie même pastorale de faire revenir de temps en temps le motif principal, gracieux, tendre ou terrible, pour enfin le faire tonner au finale avec la tempête graduée de tous les instruments, - je crois utile de vous parler encore de l'abbé de Bucquoy, sans m'interrompre dans la course que je fais en ce moment vers le château de ses pères, avec cette intention de mise en scène exacte et descriptive sans laquelle ses aventures n'auraient qu'un faible intérêt.
  Le finale se recule encore, et vous allez voir que c'est encore malgré moi…
  Et, d'abord, réparons une injustice à l'égard de ce bon M. Ravenel de la Bibliothèque nationale, qui, loin de s'occuper légèrement de la recherche du livre, a remué tous les fonds des huit cent mille volumes que nous y possédons. Je l'ai appris depuis; mais, ne pouvant trouver la chose absente, il m'a donné officieusement avis de la vente de Techener, ce qui est le procédé d'un véritable savant.

  Sachant bien que toute vente de grande bibliothèque se continue pendant plusieurs jours, j'avais demandé avis du jour désigné pour la vente du livre, voulant, si c'était justement le 20, me trouver à la vacation du soir.
  Mais ce ne sera que le 30 !
  Le livre est bien classé sous la rubrique : Histoire et sous le n° 3584. Evénement des plus rares, etc., l'intitulé que vous savez.
  La note suivante y est annexée.

  « Rare. - Tel est le titre de ce livre bizarre, en tête duquel se trouve une gravure représentant l'Enfer des vivants, ou la Bastille. Le reste du volume est composé des choses les plus singulières.
  » Catalogue de la bibliothèque de M. M***, etc. »

  Je puis encore vous donner un avant-goût de l'intérêt de cette histoire, dont quelques personnes semblaient douter, en reproduisant des notes que j'ai prises dans la Biographie Michaud.
  Après la biographie de Charles Bonaventure, comte de Bucquoy, généralissime et membre de l'ordre de la Toison-d'Or, célèbre par ses guerres en France, en Bohême et en Hongrie, et dont le petit-fils, Charles, fut créé prince de l'Empire, - on trouve l'article sur l'abbé de Bucquoy, - indiqué comme étant de la même famille que le précédent. Sa vie politique commença par cinq années de services militaires. Echappé comme par miracle à un grand danger, il fit voeu de quitter le monde et se retira à la Trappe. L'abbé de Rancé, sur lequel Chateaubriand a écrit son dernier livre, le renvoya comme peu croyant. Il reprit son habit galonné, qu'il troqua bientôt contre les haillons d'un mendiant.
  A l'exemple des fakirs et des derviches, il parcourait le monde, pensant donner des exemples d'humilité et d'austérité. Il se faisait appeler le Mort, et tint même à Rouen, sous ce nom, une école gratuite.
  Je m'arrête de peur de déflorer le sujet. Je ne veux que faire remarquer encore, pour prouver que cette histoire a du sérieux, qu'il proposa plus tard aux états unis de Hollande, en guerre avec Louis XIV, «un projet pour faire de la France une république, et y détruire, disait-il, le pouvoir arbitraire ». Il mourut à Hanovre, à quatre-vingt-dix ans, laissant son mobilier et ses livres à l'Eglise catholique, dont il n'était jamais sorti. - Quant à ses seize années de voyages dans l'Inde, je n'ai encore là-dessus de données que par le livre en hollandais de la Bibliothèque nationale.
  Nous sommes allés à Châalis pour voir en détail le domaine, avant qu'il soit restauré. Il y a d'abord une vaste enceinte entourée d'ormes; puis, on voit à gauche un bâtiment dans le style du seizième siècle, restauré sans doute plus tard selon l'architecture lourde du petit château de Chantilly.
  Quand on a vu les offices et les cuisines, l'escalier suspendu du temps de Henri IV vous conduit aux vastes appartements des premières galeries, - grands appartements donnant sur les bois. Quelques peintures enchâssées, le grand Condé à cheval et des vues de la forêt, voilà tout ce que j'ai remarqué. Dans une salle basse, on voit un portrait d'Henri IV à trente-cinq ans.
  C'est l'époque de Gabrielle, - et probablement ce château a été témoin de leurs amours. - Ce prince qui, au fond, m'est peu sympathique, demeura longtemps à Senlis, surtout dans la première époque du siège, et l'on y voit, au dessus de la porte de la mairie et des trois mots : Liberté, égalité, fraternité, son portrait en bronze avec une devise gravée, dans laquelle il est dit que son premier bonheur fut à Senlis, - en 1590. - Ce n'est pourtant pas là que Voltaire a placé la scène principale, imitée de l'Arioste, de ses amours avec Gabrielle d'Estrées.
  Ne trouvez vous pas étrange, que les d'Estrées se trouvent être encore des parents de abbé de Bucquoy ? C'est cependant ce que révèle encore la généalogie dé sa famille… Je n'invente rien.

  C'était le fils du garde qui nous faisait voir le château, - abandonné depuis longtemps. - C'est un homme qui, sans être lettré, comprend le respect que l'on doit aux antiquités. Il nous fit voir dans une des salles un moine qu'il avait découvert dans les ruines. A voir ce squelette couché dans une auge de pierre, j'imaginai que ce n'était pas un moine, mais un guerrier celte ou franc couché selon l'usage, - avec le visage tourné vers l'Orient, dans cette localité, où les noms d'Erman ou d'Armen sont communs dans le voisinage, sans parler même d'Ermenonville, située près de là, - et que l'on appelle dans le pays Arme-Nonville ou Nonval, qui est le terme ancien.
  Le pâté des ruines principales forme les restes de l'ancienne abbaye, bâtie probablement vers l'époque de Charles VII, dans le style du gothique fleuri, sur des voûtes carlovingiennes aux piliers lourds, qui recouvrent les tombeaux. Le cloître n'a laissé qu'une longue galerie d'ogives qui relie l'abbaye à un premier monument, où l'on distingue encore des colonnes byzantines taillées à l'époque de Charles le Gros, et engagées dans de lourdes murailles du seizième siècle.
  « On veut, nous dit le fils du garde, abattre le mur du cloître pour que, du château, l'on puisse avoir une vue sur les étangs. C'est un conseil qui a été donné à Madame.
 - Il faut conseiller, dis-je, à votre dame de faire ouvrir seulement les arcs des ogives qu'on a remplis de maçonnerie, et alors la galerie se découpera sur les étangs, ce qui sera beaucoup plus gracieux. »
  Il a promis de s'en souvenir.

  La suite des ruines amenait encore une tour et une chapelle. Nous montâmes à la tour. De là l'on distinguait toute la vallée, coupée d'étangs et de rivières, avec les longs espaces dénudés qu'on appelle le Désert d'Ermenonville, et qui n'offrent que des grès de teinte grise, entremêlés de pins maigres et de bruyères.
  Des carrières rougeâtres se dessinaient encore çà et là à travers les bois effeuillés, et ravivaient la teinte verdâtre des plaines et des forêts, - où les bouleaux blancs, les troncs tapissés de lierre et les dernières feuilles d'automne se détachaient encore sur les masses rougeâtres des bois encadrés des teintes bleues de l'horizon.
  Nous redescendîmes pour voir la chapelle; c'est une merveille d'architecture. L'élancement des piliers et des nervures, l'ornement sobre et fin des détails, révélaient l'époque intermédiaire entre le gothique fleuri et la Renaissance. Mais, une fois entrés, nous admirâmes les peintures, qui m'ont semblé être de cette dernière époque.
- Vous allez voir des saintes un peu décolletées, nous dit le fils du garde. En effet, on distinguait une sorte de Gloire peinte en fresque du côté de la porte, parfaitement conservée, malgré ses couleurs pâlies, sauf la partie inférieure couverte de peintures à la détrempe, mais qu'il ne sera pas difficile de restaurer.
  Les bons moines de Châalis auraient voulu supprimer quelques nudités trop voyantes du style Médicis. En effet, tous ces anges et toutes ces saintes faisaient l'effet d'amours et de nymphes aux gorges et aux cuisses nues. L'abside de la chapelle offre dans les intervalles de ses nervures d'autres figures mieux conservées encore et du style allégorique usité postérieurement à Louis XII. - En nous retournant pour sortir, nous remarquâmes au-dessus de la porte des armoiries qui devaient indiquer l'époque des dernières ornementations.
  Il nous fut difficile de distinguer les détails de l'écusson écartelé, qui avait été repeint postérieurement en bleu et en blanc. Au I et au 4, c'étaient d'abord des oiseaux que le fils du garde appelait des cygnes, - disposés par 2 et I; mais ce n'étaient pas des cygnes.
  Sont-ce des aigles déployées, des merlettes ou des alérions ou des ailettes attachées à des foudres ?
  Au 2 et au 3, ce sont des fers de lance, ou des fleurs de lis, ce qui est la même chose. Un chapeau de cardinal recouvrait l'écusson et laissait tomber des deux côtés ses résilles triangulaires ornées de glands; mais n'en pouvant compter les rangées, parce que la pierre était fruste, nous ignorions si ce n'était pas un chapeau d'abbé.
Je n'ai pas de livres ici. Mais il me semble que ce sont là les armes de Lorraine, écartelées de celles de France. Seraient-ce les armes du cardinal de Lorraine, qui fut proclamé roi dans ce pays, sous le nom de Charles X, ou celles de l'autre cardinal qui aussi était soutenu par la Ligue ?… Je m'y perds, n'étant encore, je le reconnais, qu'un bien faible historien.

 

ONZIÈME LETTRE

LE CHÂTEAU D'ERMENONVILLE - LES ILLUMINÉS - LE ROI DE PRUSSE - GABRIELLE ET ROUSSEAU - LES TOMBES -  LES ABBÉS DE CHÂALIS.

  En quittant Châalis, il y a encore à traverser quelques bouquets de bois, puis nous entrons dans le Désert. Il y a assez de désert pour que, du centre, on ne voie point d'autre horizon, - pas assez pour qu'en une demi-heure de marche on n'arrive au paysage le plus calme, le plus charmant du monde… Une nature suisse découpée au milieu du bois, par suite de l'idée qu'a eue René de Girardin d'y transplanter l'image du pays dont sa famille était originaire.
  Quelques années avant la Révolution, le château d'Ermenonville était le rendez-vous des Illuminés qui préparaient silencieusement l'avenir. Dans les soupers célèbres d'Ermenonville, on a vu successivement le comte de Saint-Germain, Mesmer et Cagliostro, développant, dans des causeries inspirées, des idées et des paradoxes dont l'école dite de Genève hérita plus tard. - Je crois bien que M. de Robespierre, le fils du fondateur de la loge écossaise d'Arras, - tout jeune encore, - peut-être encore plus tard Sénancour, Saint-Martin, Dupont de Nemours et Cazotte, vinrent exposer, soit dans ce château, soit dans celui de Le Pelletier de Mortfontaine, les idées bizarres qui se proposaient les réformes d'une société vieillie, laquelle dans ses modes mêmes, avec cette poudre qui donnait aux plus jeunes fronts un faux air de la vieillesse, indiquait la nécessité d'une complète transformation.
  Saint-Germain appartient à une époque antérieure, mais il est venu là. C'est lui qui avait fait voir à Louis XV dans un miroir d'acier son petit-fils sans tête, comme Nostradamus avait fait voir à Marie de Médicis les rois de sa race, dont le quatrième était également décapité.
  Ceci est de l'enfantillage. Ce qui révèle les mystiques, c'est le détail rapporté par Beaumarchais, que les Prussiens, - arrivés jusqu'à Verdun, - se replièrent tout à coup d'une manière inattendue d'après l'effet d'une apparition dont leur roi fut surpris, et qui lui fit dire: « N'allons pas outre! » comme en certains cas disaient les chevaliers.
  Les Illuminés français et allemands s'entendaient par des rapports d'affiliation. Les doctrines de Weisshaupt et de Jacob Boehme avaient pénétré, chez nous, dans les anciens pays francs et bourguignons, par l'antique sympathie et les relations séculaires des races de même origine. Le premier ministre du neveu de Frédéric II était lui-même un Illuminé. Beaumarchais suppose qu'à Verdun, sous couleur d'une séance de magnétisme, on fit apparaître devant Frédéric-Guillaume son oncle, qui lui aurait dit: « Retourne ! » comme le fit un fantôme à Charles VI.
  Ces données bizarres confondent l'imagination; seulement, Beaumarchais, qui était un sceptique, a prétendu que, pour cette scène de fantasmagorie, on fit venir de Paris l'acteur Fleury, qui avait joué précédemment aux Français le rôle de Frédéric II, et qui aurait ainsi fait illusion au roi de Prusse, lequel, depuis, se retira, comme on sait, de la confédération des rois ligués contre la France.
  Les souvenirs des lieux où je suis m'oppressent moi-même, de sorte que je vous envoie tout cela au hasard, mais d'après des données sûres. Un détail plus important à recueillir, c'est que le général prussien qui, dans nos désastres de la Restauration, prit possession du pays, ayant appris que la tombe de Jean-Jacques Rousseau se trouvait à Ermenonville, exempta toute la contrée, depuis Compiègne, des charges de l'occupation militaire. C'était, je crois, le prince d'Anhalt: souvenons-nous au besoin de ce trait.

  Rousseau n'a séjourné que peu de temps à Ermenonville. S'il y a accepté un asile, c'est que depuis longtemps, dans les promenades qu'il faisait en partant de l'Ermitage de Montmorency, il avait reconnu que cette contrée présentait à un herborisateur des familles de plantes remarquables, dues à la variété des terrains.
  Nous sommes allés descendre à l'auberge de la Croix-Blanche, où il demeura lui-même quelque temps, à son arrivée. Ensuite, il logea encore de l'autre côté du château, dans une maison occupée aujourd'hui par un épicier. M. René de Girardin lui offrit un pavillon inoccupé, faisant face à un autre pavillon qu'occupait le concierge du château. Ce fut là qu'il mourut.

  En nous levant, nous allâmes parcourir les bois encore enveloppés des brouillards d'automne, que peu à peu nous vîmes se dissoudre en laissant reparaître le miroir azuré des lacs. J'ai vu de pareils effets de perspective sur des tabatières du temps… Je revis l'île des Peupliers, au delà des bassins qui surmontent une grotte factice, sur laquelle l'eau tombe, quand elle tombe… Sa description pourrait se lire dans les idylles de Gessner.
  Les rochers qu'on rencontre en parcourant les bois sont couverts d'inscriptions poétiques. Ici :

Sa masse indestructible a fatigué le temps.

ailleurs:

Ce lieu sert de théâtre aux courses valeureuses
Qui signalent du cerf les fureurs amoureuses,

ou encore, avec un bas-relief représentant des Druides qui coupent le gui

Tels furent nos aïeux dans leurs bois solitaires !

  Ces vers ronflants me semblent être de Roucher… Delille les aurait faits moins solides.
  M. René de Girardin faisait aussi des vers. - C'était en outre un homme de bien. Je pense qu'on lui doit les vers suivants, sculptés sur une fontaine d'un endroit voisin, que surmontent un Neptune et une Amphitrite, légèrement décolletée comme les anges et les saints de Châalis :

Des bords fleuris où j'aimais à répandre
      Le plus pur cristal de mes eaux,
      Passant, je viens ici me rendre
Aux désirs, aux besoins de l'homme et des troupeaux.
En puisant les trésors de mon urne féconde,
Songe que tu les dois à des soins bienfaisants,
Puissé-je n'abreuver du tribut de mes ondes
      Que des mortels paisibles et contents !

  Je ne m'arrête pas à la forme des vers; - c'est la pensée d'un honnête homme que j'admire. L'influence de son séjour est profondément sentie dans le pays. Là, ce sont des salles de danse, - où l'on remarque encore le banc des vieillards; là, des tirs à l'arc, avec la tribune d'où l'on distribuait des prix… Au bord des eaux, des temples ronds, à colonnes de marbre, consacrés soit à Vénus génitrice, soit à Hermès consolateur. Toute cette mythologie avait alors un sens philosophique et profond.

  La tombe de Rousseau est restée telle qu'elle était, avec sa forme antique et simple, et les peupliers, effeuillés, accompagnent encore d'une manière pittoresque le monument, qui se reflète dans les eaux dormantes de l'étang. Seulement la barque qui y conduisait les visiteurs est aujourd'hui submergée… Les cygnes, je ne sais pourquoi, au lieu de nager gracieusement autour de l'île préfèrent se baigner dans un ruisseau d'eau bourbeuse, qui coule, dans un rebord, entre des saules aux branches rougeâtres, et qui aboutit à un lavoir, situé le long de la route.
  Nous sommes revenus au château. - C'est encore un bâtiment de l'époque de Henri IV, refait vers Louis XV, et construit probablement sur des ruines antérieures, - car on a conservé une tour crénelée qui jure avec le reste, et les fondements massifs sont entourés d'eau, avec des poternes et des restes de ponts-levis.
  Le concierge ne nous a pas permis de visiter les appartements, parce que les maîtres y résidaient. - Les artistes ont plus de bonheur dans les châteaux princiers, dont les hôtes sentent qu'après tout, ils doivent quelque chose à la nation.
  On nous laissa seulement parcourir les bords du grand lac, dont la vue, à gauche, est dominée par la tour dite de Gabrielle, reste d'un ancien château. Un paysan qui nous accompagnait nous dit : « Voici la tour où était enfermée la belle Gabrielle… tous les soirs Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre, et le roi, qui était jaloux, le guettait souvent, et a fini par le faire mourir. »
  Voilà pourtant comment se forment les légendes. Dans quelques centaines d'années, on croira cela. - Henri IV, Gabrielle et Rousseau sont les grands souvenirs du pays. On a confondu déjà, - à deux cents ans d'intervalle, - les deux souvenirs, et Rousseau devient peu à peu le contemporain d'Henri IV. Comme la population l'aime, elle suppose que le roi a été jaloux de lui, et trahi par sa maîtresse, - en faveur de l'homme sympathique aux races souffrantes. Le sentiment qui a dicté cette pensée est peut-être plus vrai qu'on ne croit. Rousseau, qui a refusé cent louis de madame de Pompadour, a ruiné profondément l'édifice royal fondé par Henri. Tout a croulé. - Son image immortelle demeure debout sur les ruines.
  Quant à ses chansons, dont nous avons vu les dernières à Compiègne, elles célébraient d'autres que Gabrielle. Mais le type de la beauté n'est-il pas éternel comme le génie ?

  En sortant du parc, nous nous sommes dirigés vers l'église, située sur la hauteur. Elle est fort ancienne, mais moins remarquable que la plupart de celles du pays. Le cimetière était ouvert; nous y avons vu principalement le tombeau de De Vic, - ancien compagnon d'armes de Henri IV, - qui lui avait fait présent du domaine d'Ermenonville. C'est un tombeau de famille, dont la légende s'arrête à un abbé. - Il reste ensuite des filles qui s'unissent à des bourgeois. - Tel a été le sort de la plupart des anciennes maisons. Deux tombes plates d'abbés, très vieilles, dont il est difficile de déchiffrer les légendes, se voient encore près de la terrasse. Puis, près d'une allée, une pierre simple sur laquelle on trouve inscrit : Ci-gît Almazor. Est-ce un fou ? - est-ce un laquais ? - est-ce un chien ? La pierre ne dit rien de plus.
  Du haut de la terrasse du cimetière, la vue s'étend sur la plus belle partie de la contrée; les eaux miroitent à travers les grands arbres roux, les pins et les chênes verts. Les grès du désert prennent à gauche un aspect druidique. La tombe de Rousseau se dessine à droite, et plus loin, sur le bord, le temple de marbre d'une déesse absente, qui doit être la Vérité.
  Ce dut être un beau jour que celui où une députation, envoyée par l'Assemblée nationale, vint chercher les cendres du philosophe pour les transporter au Panthéon. - Lorsqu'on parcourt le village, on est étonné de la fraîcheur et de la grâce des petites filles; - avec leurs grands chapeaux de paille, elles ont l'air de Suissesses… Les idées sur l'éducation de l'auteur d'Émile semblent avoir été suivies; les exercices de force et d'adresse, la danse, les travaux de précision encouragés par des fondations diverses, ont donné sans doute à cette jeunesse la santé, la vigueur et l'intelligence des choses utiles.

  J'aime beaucoup cette chaussée, - dont j'avais conservé un souvenir d'enfance, - et qui, passant devant le château, rejoint les deux parties du village, ayant quatre tours basses à ses deux extrémités.
  Sylvain me dit: - Nous avons vu la tombe de Rousseau : il faudrait maintenant gagner Dammartin, où nous trouverons des voitures pour nous mener à Soissons, et de là, à Longueval. Nous allons nous informer du chemin aux laveuses qui travaillent devant le château.
  - Allez tout droit par la route à gauche, nous dirent-elles, ou, également, par la droite… Vous arriverez, soit à Ver, soit à Eve, vous passerez par Othis, et en deux heures de marche vous gagnerez Dammartin.
  Ces jeunes filles fallacieuses nous firent faire une route bien étrange; - il faut ajouter qu'il pleuvait.

  La route était fort dégradée, avec des ornières pleines d'eau, qu'il fallait éviter en marchant sur les gazons. D'énormes chardons, qui nous venaient à la poitrine, - chardons à demi gelés, mais encore vivaces, - nous arrêtaient quelquefois.
  Ayant fait une lieue, nous comprimes que ne voyant ni Ver, ni Eve, ni Othis, ni seulement la plaine, nous pouvions nous être fourvoyés.
  Une éclaircie se manifesta tout à coup à notre droite, - quelqu'une de ces coupes sombres qui éclaircissent singulièrement les forêts…
  Nous aperçûmes une hutte fortement construite en branches rechampies de terre, avec un toit de chaume tout à fait primitif. Un bûcheron fumait sa pipe devant la porte.
  - Pour aller à Ver ?…
  - Vous en êtes bien loin… En suivant la route, vous arriverez à Montaby.
  - Nous demandons Ver, - ou Eve…
  - Eh bien! vous allez retourner… vous ferez une demi-lieue (on peut traduire cela si l'on veut en mètres, à cause de la loi), puis, arrivés à la place où l'on tire l'arc, vous prendrez à droite. Vous sortirez du bois, vous trouverez la plaine, et ensuite tout le monde vous indiquera Ver.
  Nous avons retrouvé la place du tir, avec sa tribune et son hémicycle destiné aux sept vieillards. Puis nous nous sommes engagés dans un sentier qui doit être fort beau quand les arbres sont verts. Nous chantions encore, pour aider la marche et peupler la solitude, quelques chansons du pays.
  La route se prolongeait comme le diable; je ne sais trop jusqu'à quel point le diable se prolonge, - ceci est la réflexion d'un Parisien. - Sylvain, avant de quitter le bois, chanta cette ronde de l'époque de Louis XIV :

C'était un cavalier
Qui revenait de Flandre…

  Le reste est difficile à raconter. - Le refrain s'adresse au tambour, et lui dit:

Battez la générale
Jusqu'au point du jour !

  Quand Sylvain, - homme taciturne, - se met à chanter, on n'en est pas quitte facilement. - Il m'a chanté je ne sais quelle chanson des Moines rouges qui habitaient primitivement Châalis. - Quels moines ! C'étaient des Templiers ! - Le roi et le pape se sont entendus pour les brûler.
  Ne parlons plus de ces moines rouges.
  Au sortir de la forêt, nous nous sommes trouvés dans les terres labourées. Nous emportions beaucoup de notre patrie à la semelle de nos souliers; - mais nous finissions par le rendre plus loin dans les prairies… Enfin, nous sommes arrivés à Ver. - C'est un gros bourg.
  L'hôtesse était aimable et sa fille fort avenante, - ayant de beaux cheveux châtains, une figure régulière et douce, et ce parler si charmant des pays de brouillards, qui donne aux plus jeunes filles des intonations de contralto, par moments!
  - Vous voilà, mes enfants, dit l'hôtesse… Eh bien! on va mettre un fagot dans le feu!
  - Nous vous demandons à souper, sans indiscrétion.
  - Voulez-vous, dit l'hôtesse, qu'on vous fasse d'abord une soupe à l'oignon ?
  - Cela ne peut pas faire de mal, et ensuite ?
  - Ensuite, il y a aussi de la chasse.
  Nous vîmes là que nous étions bien tombés.
  Sylvain a un talent, c'est un garçon pensif, - qui, n'ayant pas eu beaucoup d'éducation, se préoccupe pourtant de parfaire ce qu'il n'a reçu qu'imparfait du peu de leçons qui lui ont été données.
  Il a des idées sur tout. - Il est capable de composer une montre… ou une boussole. - Ce qui le gène dans la montre, c'est la chaîne, qui ne peut se prolonger assez… Ce qui le gêne dans la boussole, c'est que cela fait seulement reconnaître que l'aimant polaire du globe attire forcément les aiguilles; mais que sur le reste, - sur la cause et sur les moyens de s'en servir, les documents sont imparfaits !
  L'auberge, un peu isolée, mais solidement bâtie, où nous avons pu trouver asile, offre à l'intérieur une cour à galeries d'un système entièrement valaque… Sylvain a embrassé la fille, qui est assez bien découplée, et nous prenons plaisir à nous chauffer les pieds en caressant deux chiens de chasse, attentifs au tourne-broche, - qui est l'espoir d'un souper prochain…

 

 

 

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