l'épreuve complète
(sujet BTS 2010)
PREMIERE PARTIE : SYNTHESE (40 points).
Vous rédigerez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :
Document 1 : Wajdi Mouawad, Ciels (2009)
Document 2 : Bernard Préel, Générations : la drôle de guerre in « De génération à génération » (Informations sociales n° 134, juin 2006.)
Document 3 : Etienne Gruillot, Petites chroniques de la vie comme elle va (2002).
Document 4 : Dessin de Plantu, Le Monde (12 novembre 1999).
DEUXIEME PARTIE : ECRITURE PERSONNELLE (20 points).
Préserver entre les générations une culture commune vous semble-t-il important ?
Vous répondrez à cette question d'une façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l'année et vos connaissances personnelles.
[Dans la pièce de théâtre Ciels, le père Charlie Eliot Johns communique à distance avec son fils resté au Québec. L'adolescent doit effectuer un travail — à partir d'œuvres d'art — dont le thème est la beauté.]
CHARLIE ELIOT JOHNS. Bon. O.K. Ecoute ! Je n'ai pas envie de te parler de l'école, je ne veux même pas te parler de la nécessité de faire le devoir, O.K. ? Fais comme tu veux. Mais il y a peut-être une autre manière de voir la chose. Ecoute-moi : on te donne l'opportunité d'aller dans un musée pour regarder des œuvres d'art. Ne vois pas ça comme une obligation, O.K. ? Mais comme une occasion. Essaye de faire cet effort. Pas pour le devoir, non, tu as raison, le devoir n'a aucune importance, mais pour toi ! Il faut bien que tu te fasses une idée sur l'art et la beauté ! Comment tu veux grandir sinon ? Comment tu veux faire pour savoir qui tu es et d'où tu viens si tu ne t'intéresses pas à ce qui a existé avant toi ? Tu vas voir des couleurs qui nous viennent du Moyen Age : un jaune, un rouge ! Tu vas être devant des bleus qui ont été posés sur la toile avant la fondation de Québec et qui ont gardé le même éclat ! Tu verras des verts qui étaient là bien longtemps avant ta naissance et qui vont continuer à être là bien longtemps après ta mort ! C'est une chance ! Ne passe pas à côté ! Ça te fera voyager, Victor, et peut-être ressentir des sensations nouvelles ! Tu n'es pas obligé d'y rester huit heures ! Tu fais le tour, tu vas boire un café puis tu retournes voir les tableaux qui te sont restés en tête ! C'est tout ! Quand je reviendrai, on y retournera et on les regardera ensemble ! Qu'est-ce que tu en penses ?
VICTOR ELIOT JOHNS. O. K.
CHARLIE ELIOT JOHNS. Le pire qui puisse arriver, c'est que tu t'ennuies, c'est tout.
VICTOR ELIOT JOHNS. O. K. !
CHARLIE ELIOT JOHNS. Bon. Et ce que je te propose, c'est que ce devoir, on le fasse ensemble ; le diaporama, on le construit ensemble, on fait le montage des images ensemble, on discute ensemble sur la beauté, je t'aide à clarifier tes idées !
VICTOR ELIOT JOHNS. Comment ça ?
CHARLIE ELIOT JOHNS. Tu vas au musée, tu prends les photos des œuvres qui te plaisent, tu me les envoies par mail, on les regarde ensemble, je te propose un montage, je te pose des questions, on se fait des séances de travail et tout ça...
VICTOR ELIOT JOHNS. Ah O.K.
CHARLIE ELIOT JOHNS. Ça te plaît ? Moi, je t'avoue, ça me ferait extrêmement plaisir ! C'est vrai, on ne fait jamais rien ensemble...
VICTOR ELIOT JOHNS. O. K. Je vais le faire !
CHARLIE ELIOT JOHNS. Bon ! Ce qui serait vraiment bien, c'est que l'on puisse avoir les photos le plus rapidement possible, pour qu'on puisse avoir du temps... qu'est-ce que tu en penses ?
VICTOR ELIOT JOHNS. Oui, oui, je te... je vais y aller !
CHARLIE ELIOT JOHNS. Et ne prends que les œuvres qui t'auront réellement plu ! C'est ton regard, ta manière de voir qui comptent. Tu me le promets ?
VICTOR ELIOT JOHNS. Oui, oui, je te... je te le promets !
Wajdi Mouawad, Ciels (2009).
DOCUMENT 2.
Vieux et jeunesLe cycle de la vie ne s’arrête pas de tourner. Le simple jeu du renouvellement des générations fait qu’on ne peut baisser la garde. On n’en a jamais fini avec la transmission du code culturel. Il faut le reprogrammer en permanence. Mais surtout, il faut programmer les nouveaux arrivants. C’est affaire de patience et donc de réussite. Pas sûr que les bleus1 adhèrent aux valeurs qu’on s’évertue à leur inculquer. Leurs pères auront beau leur dire que leur expérience leur a appris à ne pas retomber dans les mêmes errements, ils voudront le vérifier par eux-mêmes. Ils auront l’insolence de n’accepter l’héritage que sous bénéfice d’inventaire2. La rupture sera consommée avec le désir de fonder une contre-culture qui ne tardera pas à devenir, avec le temps, la culture de référence. L’histoire est toujours « à suivre », ouverte sur l’inconnu et le surprenant : « Le progrès est loin d’avoir toujours suivi une ligne droite ; l’histoire a connu des générations ayant, par un mouvement rétrograde, renoncé aux conquêtes des générations antérieures », comme l’énonce S. Freud.
Quelles sont les raisons qui conduisent les jeunes générations à ne pas suivre le chemin tracé par leurs prédécesseurs ?
– La rapidité des changements est telle que les vingt-cinq à trente-cinq années séparant parents et enfants creusent un fossé entre eux. Ils vivent sur des planètes différentes. Les parents ne sont plus dans le coup : ils sont obsolètes. Les jeunes n’ont rien à apprendre d’eux ; les fils ne prennent plus guère la suite de leurs pères, et si jamais ils le font, ils auront une pratique bien différente de celle de leurs géniteurs. L’influence des aînés est rejetée au profit de ses propres expériences faites avec ses comparses : les pairs remplacent les pères. Aussi les nouvelles générations n’auront plus de raison de se rebeller puisqu’elles se seront forgées (sic) elles-mêmes leurs valeurs. Et ce d’autant plus que leurs parents auront eu la prudence de ne leur transmettre que le principe d’autodétermination et non pas un contenu dont ils savaient qu’il serait bien précaire. Le grand écart ne cesse de se creuser. Les vieux sont de plus en plus débranchés, vivent dans leurs souvenirs et lisent des livres d’histoire ; les jeunes sont impatients de grandir, s’impatientent et plongent dans la science-fiction ! Ils ont retenu le discours des experts leur annonçant qu’ils devaient se préparer à faire trois métiers différents au cours de leur vie professionnelle – c’est le tempo qui change, finissant par briser les engagements à vie (travail, mariage…). S’imposent alors des séquences de vie, et ce qui ne tient même plus la distance d’une vie, comment imaginer le transmettre à la génération suivante ? Comment imaginer que l’on fera toute sa carrière, une bonne quarantaine d’années, dans la même entreprise ? Comment imaginer que l’on demeurera fidèle à son compagnon de route, alors que l’espérance de vie ne devrait pas rendre exceptionnelle la célébration des noces de chêne (quatre-vingts ans de vie commune) ?
– La volonté de suivre son propre chemin et de se faire sa religion, notamment au milieu de ses pairs ; les jeunes ayant l’orgueil de croire qu’ils peuvent tout inventer autrement. « Les fils répètent les crimes de leurs pères précisément parce qu’ils se croient moralement supérieurs », dit René Girard3. Les nouvelles générations corrigeront quelque peu le tir pour éviter l’implosion et feront d’ « ensemble » et de « concrètement » leurs mots de référence.
– Le doute qui s’empare des parents se jugeant inaptes à transmettre quoi que ce soit. Ce fut particulièrement le cas de la génération krach, qui a eu 20 ans au milieu des années trente. Les enfants de Verdun ont connu la débâcle de juin 1940, Le chagrin et la pitié4, la collaboration et la résistance dans la France de Vichy. Ils ont obéi à leurs parents et plus tard à leurs enfants ; timides, ils ne veulent surtout pas être à charge, continuent à épargner et souscrivent des conventions obsèques pour payer le dernier service qui leur sera rendu !
– Une opposition parfois frontale entre parents et enfants : formés dans des contextes fort différents, ils ont connu des scénarios opposés. Il est question de responsabilité dans des guerres, ce moyen cynique qu’utilisent les vieux pour envoyer prématurément les jeunes au « casse-pipe », et de la gestion du chômage des jeunes.1. Nouvelles recrues, notamment dans l'armée; ici, les jeunes qui ne sont pas formés.
2. Les jeunes n'acceptent qu'un héritage sans dette(s).
3. Philosophe et essayiste français contemporain.
4. Titre d'un film de M. Ophüls dont le propos est explicité dans la suite de la phrase : collaboration et résistance sous l'Occupation.
Bernard Préel, Générations : la drôle de guerre in « De génération à génération » (Informations sociales n° 134, juin 2006.)
« L'humanité est faite de plus de morts que de vivants1 » : au sens où les morts sont plus nombreux que les vivants, bien sûr ; mais surtout parce que sans cette mémoire de l'humanité qu'est la culture, l'individu ne serait que biologique, l'individu ne serait qu'une abstraction. C'est l'Humanité qui est bien réelle, seule réelle à travers ces humanités. C'est pourquoi Auguste Comte2 propose une « religion de l'Humanité », ce qui est souvent mal compris. Il veut dire là que notre humanité est reliée à cette grande collectivité humaine, seule à être immortelle, alors que les individus, les générations ne font que passer et meurent. L'héritage est loin d'être un esclavage comme l'instinct puisque l'on peut remanier, trafiquer même, prolonger, critiquer, enrichir ce legs. Ce que nous suggère cet héritage, c'est que l'humanité est le plus vivant des êtres connus, et en ce sens, malheureux l'inculte : il se prive de la grande compagnie des morts qui éclaire et enchante le monde des vivants. Comme le fait comprendre Oscar Wilde3 pour qui, sans la peinture de Turner4 , nous resterions insensibles à la beauté des brouillards irisés de la Tamise : « Là où l'homme cultivé saisit un effet, l'homme sans culture attrape un rhume. » Il y a peut-être pire, alors, que l'amnésie : c'est l'inculture, c'est le fait de se croire ou de se vouloir orphelin...
« Tel père, tel fils », alors ? On n'ose le soutenir, de peur d'être « mélo »5 ou fataliste. Mais tout de même, voilà quarante ans que la sociologie a avancé l'idée de capitaux symboliques, qu'elle démontre que nos héritages ne sont pas seulement économiques et matériels, mais aussi sociaux. De ce point de vue, nous sommes pris dans un véritable conflit d'héritage : d'un côté le grand héritage des humanités, celui qu'idolâtre Auguste Comte ; de l'autre côté, l'hérédité de nos appartenances sociales qui bloquent et interdisent l'accès à l'héritage culturel.1. Citation d'Auguste Comte.
2. Philosophe français (1798 — 1857).
3. Écrivain et auteur dramatique anglais d'origine irlandaise (1856-1900).
4. Peintre, aquarelliste, dessinateur anglais (1775-1861).
5. « Mélo » : abréviation de l'adjectif « mélodramatique », synonyme de sentimental et niais.Etienne Gruillot, Petites chroniques de la vie comme elle va (2002).
DOCUMENT 4.

Dessin de Plantu (Le Monde, 12 novembre 1999).1
1. Allusion à deux phénomènes de l'année 1999 : la crainte du bogue de l'an 2000 (dysfonctionnement possible des systèmes informatiques au moment de l'entrée en service de la datation 2000) et l'éclipse solaire importante d'août 1999.
SYNTHÈSE : PROPOSITION DE CORRIGÉ (PLAN).
La première impression que laisse ce corpus est celui d'une certaine division : le rapport immédiat échappe en effet entre un texte qui affirme l'importance du legs des humanités classiques (doc. 3) et un autre où se trouve niée point par point la possibilité actuelle de cette transmission (doc. 2). Deux documents non argumentatifs, un extrait d'une pièce de théâtre (doc. 1) et un dessin de Plantu croquant la génération "Hitler, connais pas" (doc. 4), renouvellent cette opposition : dans le texte théâtral, le fils, quoique mollement, souscrit à l'offre de collaboration de son père, cependant que les adolescents de Plantu témoignent négligemment de leur inculture historique. L'exercice de synthèse se trouve donc ici pleinement justifié : il convient en effet de réunir les documents malgré leur division dans une problématique capable de mettre en relief leurs aspects complémentaires.
Cette problématique tourne à l'évidence autour de la transmission de l'héritage du code culturel : nos documents la présentent tous comme nécessaire et fructueuse, mais menacée. Quelles sont les raisons de cet échec ? On ne peut répondre que de manière partagée : si nul n'a la responsabilité directe et entière de cet échec, tout le monde en détient néanmoins une part, les enfants, les parents et la société d'abord, dans la prodigieuse accélération de ses mutations.
On pourra donc entreprendre un plan thématique, envisageant d'abord la nécessité de l'héritage culturel puis les conditions défavorables à sa transmission.I - La nécessité de l'héritage culturel :
il fournit une identité : Comment tu veux faire pour savoir qui tu es et d'où tu viens si tu ne t'intéresses pas à ce qui a existé avant toi ? demande Charlie à son fils (doc. 1). Etienne Gruillot confirme : sans la culture, mémoire de l'humanité, l'individu ne serait qu'une abstraction. A ce titre, les adolescents de Plantu paraissent en effet, dans leurs vêtements, leur nourriture, leur langage, singulièrement stéréotypés (doc. 4). Voilà pourquoi, comme le note Bernard Préel, il faut programmer les nouveaux arrivants (doc. 2)
il maintient le lien avec le passé : l'inculte se prive de la grande compagnie des morts qui éclaire et enchante le monde des vivants, affirme Etienne Gruillot. L'auteur rappelle comment les artistes éduquent notre sensibilité en nous apprenant à voir et à ressentir (doc. 4). C'est ce que dit Charlie à son fils : aller au musée lui fera ressentir des sensations nouvelles. De son côté, Bernard Préel sait bien qu'on n’en a jamais fini avec la transmission du code culturel. Il faut le reprogrammer en permanence (doc. 2). L'auteur rappelle la leçon des aînés aux jeunes qui est de ne pas tomber dans les mêmes errements (doc. 2). Mais cet héritage, pour ne pas être un esclavage, doit être remanié et critiqué (doc. 3).
il vivifie la communauté humaine : l'inculture, c'est le fait de se croire ou de se vouloir orphelin, note Etienne Gruillot. Charlie essaie de maintenir vivant le dialogue avec son fils quand il entreprend de l'aider dans son devoir, insistant tout au long de son discours sur l'adverbe "ensemble" (on y retournera et on les regardera ensemble). Orphelins, c'est ce que paraissent être les adolescents de Plantu, égarés dans le présent, oublieux de la communauté des morts, cependant que, derrière eux, la statue, hiératique, reste enfermée dans son histoire muette et oubliée. Etienne Gruillot évoque la religion de l'Humanité d'Auguste Comte : la religion est bien en effet ce qui relie.
Or tous nos documents font le constat d'un legs impossible et en recensent les raisons.II - Un conflit d'héritage :
les mutations sociales : selon Etienne Gruillot, c'est l'hérédité de nos appartenances sociales qui bloque l'accès à l'héritage culturel. Le patrimoine collectif de l'Humanité se trouve ainsi disloqué. Parents et enfants ont évolué dans des contextes différents et le cycle de la vie ne s'arrête pas de tourner, l'histoire est toujours à suivre (doc. 2). Bernard Préel évoque ces guerres qui ont été le moyen cynique inventé par les vieux pour envoyer les jeunes au « casse-pipe ». A ce titre, on comprend l'indifférence des deux jeunes de Plantu à l'égard de la statue destinée à commémorer cette œuvre de mort (doc. 4).
les parents : ils restent volontiers fossilisés dans leurs valeurs (de plus en plus débranchés, dit Bernard Préel), comme peut le signaler le monument de Plantu. Mais le dossier évoque aussi une démission nouvelle. Charlie essaie certes de jeter des ponts vers son fils, mais ce n'est pas sans démagogie (Ne vois pas ça comme une obligation, O.K. ?). Il reconnaît lui-même le caractère intéressé de sa proposition et ne cache pas un certain malaise dans la relation (je t'avoue, ça me ferait extrêmement plaisir ! C'est vrai, on ne fait jamais rien ensemble...). Bernard Préel met en cause la timidité des parents, incertains des valeurs à transmettre et pressés d'éviter que leurs enfants leur soient redevables. « Tel père, tel fils », alors ? On n'ose le soutenir, semble conclure Etienne Gruillot.
les enfants : le corpus leur donne un rôle assez terne : Victor est comme hébété devant les conseils de son père, à peine capable d'un OK monocorde et inepte. Les adolescents de Plantu témoignent d'une inculture crasse, limitée à leur présent, et semblent aliénés dans leurs mœurs comme dans leur langage. Bernard Préel fait des jeunes un portrait plus actif : s'ils rejettent les mots d'ordre de leurs aînés, c'est pour se tourner vers leurs pairs et se faire leur religion. Le souci d'expérimenter le plus tôt possible les amène ainsi à rejeter tout héritage. Installés eux-mêmes dans la précarité de séquences de vie, ils n'ont plus rien à transmettre. L'auteur nuance-t-il ses propos en rappelant que les nouvelles générations, pour éviter l’implosion, font d’ « ensemble » et de « concrètement » leurs mots de référence ?
L'ensemble du dossier revêt donc une tonalité pessimiste quant à la possibilité d'une transmission harmonieuse des valeurs entre les générations, et l'écriture personnelle pouvait tenter de la tempérer.
ECRITURE PERSONNELLE : PROPOSITION DE CORRIGÉ (PLAN)
Préserver entre les générations une culture commune vous semble-t-il important ?
I - Les générations montantes sont pressées d'imposer leurs valeurs :
Ce souci légitime peut être iconoclaste. "Les chefs d'œuvre du passé sont bons pour le passé, ils ne sont pas bons pour nous", proclame Antonin Artaud.
- il est naturel et souhaitable que les jeunes marquent leurs différences : la maturité se construit sur "le meurtre du père", et c'est par la culture que la jeunesse manifeste le mieux son autonomie (langage, mœurs, goûts littéraires et musicaux).
- les aînés sont de leur côté toujours assez réticents, voire hostiles, devant la culture des plus jeunes : il est tellement plus confortable d'initier au lieu d'être initié. Le mécanisme générationnel quasi automatique qui les détrône est pour cela aussi nécessaire que salubre.
- les valeurs culturelles sont marquées par l'époque qui les voit s'épanouir : miser sur une culture commune aux vieux comme aux jeunes est donc un non-sens historique. Chaque génération empunte ses sentiers à elle, donnant un langage et des formes nouvelles à des valeurs qui peuvent cependant être encore celles des aînés.
II - Il n'est pas de culture orpheline :
La culture est un patrimoine. Il impose respect et fidélité. Mais il doit être constamment revisité et vivifié.
- Le devoir de mémoire nous relie à nos racines et aux événements fondateurs de notre civilisation. « Nous avons besoin d’un détour par le passé pour comprendre quelque chose à ce que nous sommes. Si nous voulons embellir le monde, ou à tout le moins éviter qu’il ne s’enlaidisse irrémédiablement, il faut que nous puissions acquérir et transmettre le sens de la beauté. Je ne veux pas me détourner des urgences du présent, mais je ne vois pas comment une politique digne de ce nom, c’est-à-dire une politique qui soit souci du monde, pourrait faire l’économie de la culture et s’affranchir du passé.» Alain Finkielkraut, « Français par la littérature » (La Vie)
- Mais cette fidélité peut aussi être passive et mortifère. Il est du devoir des aînés d'adapter leurs valeurs aux formes nouvelles que requièrent des temps nouveaux. Il en est ainsi des classiques : lire des auteurs classiques, c'est savoir repérer en eux la part d'intemporel qui peut seule les sauver de l'oubli. Une culture commune doit donc, pour exister, reposer sur les efforts mutuels des générations.
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