le plan analytique
Le plan analytique se propose d'examiner une notion ou un phénomène en en envisageant les causes et les manifestations qui en découlent avant de proposer d'éventuelles solutions. C'est sans doute le plan le plus répandu de la synthèse de documents, et aussi le plus immédiatement reconnaissable dans la mesure où, très souvent, les documents eux-mêmes suivent ce plan dans la progression de leurs arguments. Vous trouverez ci-dessous deux exercices où le plan analytique est d'abord traité dans sa forme classique en trois parties, puis dans une progression réduite aux causes et conséquences.
EXERCICE 1 : Le fanatisme.
Nous avons mélangé des arguments qui appartiennent à ces quatre textes (vous en retrouverez l'auteur par sa couleur) :
Voltaire, Dictionnaire Philosophique, (1764) Emile M. Cioran, Précis de décomposition, (1949) François Jacob, Le jeu des possibles, (1982) Bernard Poulet, « L'Événement du jeudi », (1989)
Repérez les causes, les conséquences et les solutions que vous organiseriez dans un plan destiné à répondre à cette problématique :
Comment lutter contre les ravages du fanatisme ?
Un tableau vous est proposé à la suite des documents pour y classer les numéros (4 arguments pour chacune des trois parties, c'est-à-dire un par texte) et reformuler l'argument.
1. La démocratie dans un monde " désenchanté ", c'est l'acceptation de l'autre, de la différence, du doute. Mais la démocratie est également " perte du sens ", qu'il soit religieux ou marxiste. Adieu les explications globales, les réponses toutes faites. L'homme et les institutions restent seuls devant leurs responsabilités. Dur ! Le fanatique craint la démocratie comme le vampire la lumière du jour. Il n'a pas tort : c'est par la démocratie que la Tunisie a fait barrage à l'intégrisme. [...] La démocratie nous commande d'inventer d'autres valeurs, sous peine de rechute dramatique. Ainsi, face aux fanatismes renaissants, " l'heure est à l'invention d'une morale démocratique ".
2. Cette froideur et cette objectivité qu'on reproche si souvent aux scientifiques, peut-être conviennent-elles mieux que la fièvre et la subjectivité pour traiter certaines affaires humaines. Car ce ne sont pas les idées de la science qui engendrent les passions,. Ce sont les passions qui utilisent la science pour soutenir leur cause. La science ne conduit pas au racisme et à la haine. C'est la haine qui en appelle à la science pour justifier son racisme. On peut reprocher à certains scientifiques la fougue qu'ils apportent parfois à défendre leurs idées. Mais aucun génocide n'a encore été perpétré pour faire triompher une théorie scientifique.
3. Car ce n'est pas seulement l'intérêt qui fait s'entretuer les hommes. C'est aussi le dogmatisme. Rien n'est aussi dangereux que la certitude d'avoir raison. Rien ne cause autant de destruction que l'obsession d'une vérité considérée comme absolue. Tous les crimes de l'histoire sont des conséquences de quelque fanatisme. Tous les massacres ont été accomplis par vertu, au nom de la religion vraie, du nationalisme légitime, de la politique idoine, de l'idéologie juste; bref au nom du combat contre la vérité de l'autre, du combat contre Satan.
4. Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux : leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.
5. Et malgré le Dr Frankenstein et le Dr Folamour, les catastrophes de l'histoire sont le fait moins des scientifiques que des prêtres, et des hommes politiques.
6. On se méfie des finauds, des fripons, des farceurs; pourtant on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l'Histoire; ne croyant en rien, ils ne fouillent pas vos cœurs, ni vos arrière-pensées : ils vous abandonnent à votre nonchalance, à votre désespoir ou à votre inutilité; l'humanité leur doit le peu de moments de prospérité qu'elle connut. Ce sont eux qui sauvent les peuples que les fanatiques torturent et que les " idéalistes " ruinent. Sans doctrine, ils n'ont que des caprices et des intérêts, des vices accommodants, mille fois plus supportables que les ravages provoqués par le despotisme à principes; car tous les maux de la vie viennent d'une " conception de la vie ". Un homme politique accompli devrait approfondir les sophistes anciens et prendre des leçons de chant - et de corruption...
7. Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait.
8. Le fanatique, lui, est incorruptible : si pour une idée il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle; dans les deux cas, tyran ou martyr, c'est un monstre. Point d'êtres plus dangereux que ceux qui ont souffert pour une croyance : les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyrs auxquels on n'a pas coupé la tête. Loin de diminuer l'appétit de puissance, la souffrance l'exaspère; aussi l'esprit se sent-il plus à l'aise dans la société d'un fanfaron que dans celle d'un martyr; et rien ne lui répugne tant que ce spectacle où l'on meurt pour une idée... Excédé du sublime et du carnage, il rêve d'un ennui de province à l'échelle de l'univers, d'une Histoire dont la stagnation serait telle que le doute s'y dessinerait comme un événement et l'espoir comme une calamité...
9. Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre. Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?
10. Contrairement au doux illuminé, le fanatique est prêt, pour imposer sa loi, à tuer et à sacrifier sa propre vie. Sa foi dans son dieu, son parti, son chef, sa patrie, sa famille (la vendetta ne relève-t-elle pas du fanatisme ?) est exclusive; en même temps qu'elle est quête d'un absolu, elle est corsetée dans la certitude d'avoir raison, l'imperméabilité à tout raisonnement critique et ne peut s'accomplir que par la destruction (ou la conversion) de celui qui pense différemment.
11. Le fanatisme se nourrit du changement, des ébranlements provoqués par l'histoire récente. [...] Les mouvements fanatiques trouvent donc leur terreau dans les mondes qui se transforment. C'est une folie qu'entretient le vertige des périodes de mutation. La plupart des mouvements fanatiques prônent le retour en arrière [...] et aujourd'hui, ils se dressent face à ce qui est pour eux la plus inquiétante des évolutions : l'essor de la démocratie.
12. Lorsqu'on se refuse à admettre le caractère interchangeable des idées, le sang coule... Sous les résolutions fermes se dresse un poignard; les yeux enflammés présagent le meurtre. Jamais esprit hésitant, atteint d'hamlétisme ne fut pernicieux : le principe du mal réside dans la tension de la volonté, dans l'inaptitude au quiétisme, dans la mégalomanie prométhéenne d'une race qui crève d'idéal, qui éclate sous ses convictions et qui, pour s'être complu à bafouer le doute et la paresse - vices plus nobles que toutes ses vertus - s'est engagée dans une voie de perdition, dans l'histoire, dans ce mélange indécent de banalité et d'apocalypse... Les certitudes y abondent : supprimez-les, supprimez surtout leurs conséquences : vous reconstituez le Paradis.
| Numéro et reformulation de l'argument | |
| Causes | |
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Conséquences |
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Solutions |
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Vous trouverez une proposition de rédaction pour cette synthèse dans notre page consacrée à la rédaction (« composer »). Vous pourrez du même coup retrouver les textes intégraux d'où nous avons extrait les citations de l'exercice.
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EXERCICE 2 : En danger de progrès.
L'alliance de ces deux termes a cessé de constituer un paradoxe : les connotations positives du mot progrès se sont inversées au cours du XXème siècle, dès lors que la science oubliait le bonheur des hommes en poursuivant de son côté des ambitions effrénées ou se mettait au service des puissances d'argent. Nous savons maintenant que le progrès n'est pas une marche confiante et cumulative vers un mieux-être, puisqu'un progrès ici peut se payer (se paie souvent) d'une régression là.
Denis de Rougemont proposait naguère de mesurer le progrès, non pas à l'aune de ses conquêtes, mais des risques qu'il nous fait courir. Bonne occasion pour nous d'ouvrir notre programme en synthétisant trois condamnations du progrès, formulées par trois écrivains, vilains empêcheurs de profiter en rond.
TEXTE 1 Éteindre ce fanal perfide.
Il est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l'enfer. - Je veux parler de l'idée du progrès. Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance; la liberté s'évanouit, le châtiment disparaît. Qui veut y voir clair dans l'histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide. Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l'amour du beau : et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s'endormiront sur l'oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d'une décadence déjà trop visible.
Demandez à tout bon Français qui lit tous les jours son journal dans son estaminet ce qu'il entend par progrès, il répondra que c'est la vapeur, l'électricité et l'éclairage au gaz, miracles inconnus aux Romains, et que ces découvertes témoignent pleinement de notre supériorité sur les anciens; tant il s'est fait de ténèbres dans ce malheureux cerveau et tant les choses de l'ordre matériel et de l'ordre spirituel s'y sont si bizarrement confondues ! Le pauvre homme est tellement américanisé par ses philosophes zoocrates et industriels qu'il a perdu la notion des différences qui caractérisent les phénomènes du monde physique et du monde moral, du naturel et du surnaturel.
Si une nation entend aujourd'hui la question morale dans un sens plus délicat qu'on ne l'entendait dans le siècle précédent, il y a progrès; cela est clair. Si un artiste produit cette année une œuvre qui témoigne de plus de savoir ou de force imaginative qu'il n'en a montré l'année dernière, il est certain qu'il a progressé. Si les denrées sont aujourd'hui de meilleure qualité et à meilleur marché qu'elles n'étaient hier, c'est dans l'ordre matériel un progrès incontestable. Mais où est, je vous prie, la garantie du progrès pour le lendemain ? Car les disciples des philosophes de la vapeur et des allumettes chimiques l'entendent ainsi : le progrès ne leur apparaît que sous la forme d'une série indéfinie. Où est cette garantie ? Elle n'existe, dis-je, que dans votre crédulité et votre fatuité.
Je laisse de côté la question de savoir si, délicatisant l'humanité en proportion des jouissances nouvelles qu'il lui apporte, le progrès indéfini ne serait pas sa plus ingénieuse et sa plus cruelle torture; si, procédant par une opiniâtre négation de lui-même, il ne serait pas un mode de suicide incessamment renouvelé, et si, enfermé dans le cercle de feu de la logique divine, il ne ressemblerait pas au scorpion qui se perce lui-même avec sa terrible queue, cet éternel desideratum qui fait son éternel désespoir ?Charles Baudelaire, Curiosités esthétiques, 1855.
TEXTE 2
Le grand imposteur c'est le mot Progrès.
Le temps passe, le temps presse. Chaque jour un objet familier, une coutume charmante, un sentiment, une religion tombe en désuétude et disparaît. C'est une grande révolution en vérité que nous avons vécue, que nous vivons, un changement fondamental dans la nature de l'homme, de ses façons de vivre et son mode de penser. Les jeunes générations ne s'en rendent pas compte, nées avec l'avion, avec la bombe atomique, elles ont l'air de n'avoir jamais connu l'arc ou la marche à pied. Quant à moi j'ai vu dans une vie d'homme, en soixante ou soixante-dix ans, j'ai vu vivre et mourir un nombre incroyable de croyances et d'instruments, j'ai vu la lampe à pétrole, l'allumeur de réverbères, l'excellente allumette de contrebande; j'ai vu la double taille où le boulanger marquait ses pains par encoches; j'ai vu le charroi à bœufs, le sachet de courroupios1 pendu au cou du timonier; j'ai vu le facteur rural avec sa blouse bleue et ses gros souliers ferrés, trottant ses trente kilomètres par jour; j'ai connu le pan et la pistole, j'ai vu vendre une vache trois cents écus, je possède encore un vieux liard, une cruche vernie, un canif fait à la main par Antoni avec un vieux rasoir; j'ai vu papa ceindre à la ronde sa vaste ceinture de flanelle rouge qui faisait quatre ou cinq tours; j'ai été ramasser du crottin sur les routes, un beau crottin blond qui sentait le miel sauvage et le marc de raisin; j'ai vu l'alambic ambulant sur la place du village, d'où coulait goutte à goutte le marc ou le guignolet, qu'enfants nous puisions avec une coquille de noix... Quel privilège que le mien ! D'ici dix ou vingt ans, jamais plus personne ne pourra jouir du même spectacle !
Or ce monde enseveli dans les alluvions faisait partie de notre sensibilité et nous tenait à cœur, nous en gardons inconsciemment comme un regret, une espèce de nostalgie. [ ...]
Ce qui distingue essentiellement ces gens-là de nous, c'est qu'ils étaient des hommes naturels, de purs spécimens de l'espèce humaine. Le métier était un des apanages de l'homme, le prolongement de ses membres et de son esprit. Alors que nous sommes en train de nous fondre et de nous perdre dans nos fonctions, dans l'anonymat et la roboterie de l'immense Machine. L'homme était le centre du monde, l'univers entier était à son service. Chacun était son propre Pater familias. Chacun avait le commandement, l'araire en main ou la hache au poing. Voilà la ligne de partage de l'homme : ou les choses au service de l'homme, ou l'homme au service des choses.
Non qu'on veuille naïvement retourner en arrière. Halte-là ! Primitif, originel n'ont rien de commun avec ces vocables sentimentaux : jadis, naguère, autrefois. On me dit que certains, au mot de paléolithique, me prennent pour un Pitjantjara2, qui rêve de revenir au temps des Druides ou des Pharaons... Et l'humour, Messieurs !... (Encore que je préférerais être berger sous les étoiles que mineur au fond d'une mine. Et le Prince dîne aux chandelles.) Simplement je refuse de devenir un outil comme un autre, un simple agent de production. Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté. Productivité, esprit mercantile qui fait par exemple remplacer par de vulgaires sapins, sous prétexte que ça rapporte davantage, le noble hêtre qui trône depuis des siècles en haute futaie dans les forêts de la Galaube3. Bref je refuse de devenir un animal domestique.
La grande bataille se livre entre sauvage et domestique, entre la nature et l'industrie.
Si on veut me faire accroire que la nature du cheval est de consommer son avoine à l'écurie et de pousser du collier, et non de vagabonder librement par la prairie vierge, je regimbe, je piaffe, je prends le mors aux dents.
L'unité de mesure de l'homme c'est la main, et non son instrument de travail. De mon temps on ne brutalisait pas la terre, à coups d'engrais et de produits chimiques. On ne force pas un champ comme on force le cerf. On ramassait honnêtement ses fruits, avec respect et signe de croix. Cueillir les fruits à la main au lieu de les gauler ou de secouer le prunier leur donne une bien autre innocence et majesté.
Le grand imposteur c'est le mot Progrès : progrès de l'instrument ou de l'homme ?
Les préhistoriques, à la place de la Radio et du frigidaire, avaient des sens intacts, plus frais et plus vifs et plus pléniers que les nôtres, des jambes plus ingambes, des yeux plus astronomiques, des odorats plus fous. Chaque invention nouvelle nous châtre d'un sens naturel, ou le minimise, ou rapetisse, la boussole nous dérobe le sens de l'orientation, l'écriture ruine la mémoire, l'auto nous estropie...
Nous ne sommes plus qu'une traduction de l'homme, un homme écrit. Que d'organes momifiés, que de nuances perdues ! Par exemple espeillir, qui signifie éclore bien sûr, mais avec un bruit de coquille, ou baira4, qui veut dire mûrir, mais avec encore toute la pruine, tout le coloris de la chose.
Ce n'est pas simple hasard si dans notre société dite « de consommation », l'insémination artificielle par exemple supplante peu à peu la vieille « œuvre de chair ». Eh bien, crions sans vergogne tous en chœur : Vive l'œuvre de chair !Joseph Delteil, « Pour le musée des vieux outils du docteur Michel », in Le Sacré Corps, 1976.
1. caroubes, en occitan.
2. peuple Aborigène.
3. dans la Montagne noire.
4. en occitan, "être au moment de la véraison", en parlant du raisin.
VERS LA SYNTHESE DE DOCUMENTS :
Ce petit dossier ne présente pas de difficultés particulières. Il permettra de poser nettement les différentes étapes de la préparation de la synthèse de documents :
le dégagement d'un thème commun aux documents : la remise en question de l'idée de progrès.
la position d'une thèse commune : le progrès n'est pas uniforme. Les avancées technologiques, responsables du confort matériel, s'accompagnent de lourdes régressions spirituelles et morales.
la position de la problématique : En quoi le progrès relève-t-il d'une imposture dommageable au bonheur humain ?
Le relevé des arguments permet de construire aisément le plan de la synthèse : un plan analytique réduit aux causes et aux conséquences du phénomène observé.
CAUSES :
- la fatuité, l'orgueil humain (doc. 1)
- américanisation et industrialisation (doc. 2)
- la productivité, l'esprit mercantile (doc. 2 et 3)
- la victoire de l'outil sur la main (doc. 2)
- l'homme a besoin de beauté et de confort spirituel (doc. 2 et 3).
CONSÉQUENCES :
- la course sans fin à la possession (doc. 1)
- l'homme se met au service des choses (doc. 2 et 3)
- la disparition du patrimoine naturel (doc. 2 et 3)
- la décadence de l'espèce humaine (doc. 1).
EXERCICE 3 : La fracture générationnelle.
La plupart des sociologues, Louis Chauvel en tête, soulignent un fait nouveau qui fait basculer le sentiment de dette que chaque génération pouvait raisonnablement entretenir à l'égard de la précédente : aujourd'hui, il apparaît comme établi que les jeunes générations vivront plus mal que leurs aînées. Comment n'en ressentiraient-elles pas un sentiment d'injustice et de frustration ? Le corpus de trois documents que nous proposons ici présente le phénomène, en discerne les causes et les conséquences, s'avise enfin à dégager quelques perspectives d'avenir. Un plan analytique s'imposerait donc dans la perspective d'une synthèse de documents. Nous en esquissons les grandes lignes.
Les générations sont-elles en passe de devenir une nouvelle clé de lecture des fractures centrales de la société française ? En tous cas, à l’heure où l’on peine à dessiner, en France comme ailleurs, le visage des sociétés nationales, et où l’analyse en termes de classes sociales est de moins en moins suffisante, les clivages liés à l’âge pourraient connaître un regain de vitalité dans les années à venir. Le monde social n’ignore pas, évidemment, que les différentes générations connaissent un destin social inégal – les récents événements de 2005 se sont chargés, au besoin, de le lui rappeler. Mais le tableau d’ensemble que dressent les chercheurs montre que l’on ne saisit généralement pas toute la portée de ces inégalités, qui se déploient, il est vrai, dans un contexte historique tout à fait particulier. Cette particularité de notre époque, c’est bien entendu l’exceptionnel destin social de la « génération 68 », comme l’a rappelé récemment le sociologue Louis Chauvel, l’un de ceux qui poussent le plus loin l’analyse en termes générationnels. Il met en évidence, dans deux articles les facteurs qui ont permis aux individus nés entre 1945 et 1955 de connaître un progrès sans précédent. La « génération 68 » succède à des générations qui ont connu des destins particulièrement dramatiques : la génération 1914 par exemple, celle de leurs parents, aura connu un début de vie active des plus difficiles dans le contexte de crise des années 1930, avant, surtout, de connaître les affres de la Seconde Guerre mondiale.
Grandissant eux, pour la première fois depuis un siècle, en temps de paix, les baby-boomers vont profiter à plein de la dynamique des trente glorieuses : dans un pays en pleine reconstruction, le travail ne manque pas, ce qui leur permet de connaître, au cours des trois ans après la sortie des études, un taux de chômage moyen très faible d’environ 5%. Grâce notamment au développement de l’Etat-providence, de l’éducation et de la recherche (CNRS, universités), des services de santé, des entreprises semi-publiques (EDF, France Telecom…), ils vont être les principaux bénéficiaires de la forte demande de cadres et professions intellectuelles. Ils connaîtront ainsi une mobilité sociale ascendante inouïe, assurant une rentabilité maximale de leurs diplômes : dans les années 1970, 70% des titulaires d’une licence ou plus âgés de 30 à 35 ans sont cadres. Aujourd’hui, la « génération 68 » s’apprête à prendre sa retraite après une vie de travail pratiquement sans accroc, et après avoir fait jouer l’ascenseur social comme aucune autre génération auparavant.Des « chances de vie » inégales.
Malheureusement, cette parenthèse s’est très vite refermée : Les générations nées à partir de 1955 ont connu une dégradation progressive de leurs « chances de vie ». Le phénomène le plus important de ce point de vue est naturellement l’apparition d’un chômage de masse, qui frappe notamment les nouveaux venus sur le marché du travail. […]
Constat pessimiste ? L. Chauvel admet qu’il est « sombre, mais il est fondé sur des bases empiriques fortes, des analyses solides, des résultats convergents ». D’autres auteurs dressent un tableau plus nuancé. Claudine Attias-Donfut rappelle, par exemple, que les baby-boomers ont eux aussi souffert du chômage, avec un taux d’activité des plus de 50 ans très bas, en baisse pour les hommes depuis 1975 sous l’effet du chômage et des préretraites. D’autre part, « les privilèges d’une génération ne jouent pas nécessairement comme un désavantage pour les autres générations. » On a ainsi assisté à un renversement historique du sens des solidarités, provoqué par l’Etat-providence (avec l’instauration des retraites et le développement de l’éducation), qui fait que ce sont désormais principalement les jeunes qui bénéficient des solidarités familiales. Résultat : l’écart de revenus entre les âges se resserre, même si C. Attias-Donfut reconnaît que cette réduction des inégalités est « modérée ».
Ces correctifs ne suffisent donc pas à entamer le constat général d’inégalités socio-économiques fortes entre les générations au détriment des jeunes. D’où le constat laconique de L. Chauvel : « Pour la première fois en période de paix, la génération qui précède ne laisse pas aux suivantes un monde meilleur à l’entrée de la vie. » En fait, selon lui, on a assisté, au milieu des années 1980, au « changement d’un compromis collectif », qui « nous a fait passer d’une valorisation relative des générations les plus récentes, d’un avenir positif dans lequel nous pouvions investir, à une valorisation relative de la protection de la stabilité des adultes et des personnes âgées, fût-ce aux dépens des jeunes. » Le principal coût de ce changement étant, encore une fois, le chômage des jeunes. Selon le sociologue, ce basculement comporte de grands risques. Et tout d’abord celui d’une « dyssocialisation », c’est-à-dire non pas d’une absence de socialisation, mais d’une socialisation difficile, inadaptée. Concrètement, ce risque viendrait « d’un manque de correspondance entre les valeurs et les idées que reçoit la nouvelle génération (liberté individuelle, réussite personnelle, valorisation des loisirs, etc.) et les réalités auxquelles elle sera confrontée (centralité du marché, hétéronomie, pénurie, manque d’emplois intéressants, ennui, etc.) » Plus profondément, « les difficultés psychosociales de la nouvelle génération (notamment les comportements violents, les incivilités en tous genres, le suicide, etc.) pourraient être liés de façon immédiate au fossé entre ce que les jeunes croient mériter (sur la base d’une comparaison entre les études et la position de leurs parents et les leurs) et ce qu’ils peuvent réellement connaître ». […]
On pourra rétorquer à L.Chauvel que l’avenir n’est pas encore joué. Reste qu’il laisse à penser qu’il y a encore loin de la conscience, bien réelle, des inégalités liées à l’âge, à leur prise en compte effective dans la décision collective et notre représentation de la société. En attendant, on ne peut que faire des conjectures sur notre futur immédiat. […]Xavier Molénat, « Vers une fracture générationnelle », Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, n°4, septembre-octobre-novembre 2006.
DOCUMENT 2.
Les jeunes doivent-ils dénoncer une rupture du pacte générationnel ?Depuis Emmanuel Kant, la question des devoirs réciproques des générations est ouverte, et le restera. Cette question est même extrêmement complexe, peut-être parce que nous ne savons pas très bien ce que peut être la justice dans le temps long. Il reste que Kant souligne l’extraordinaire dissymétrie des générations à l’égard des progrès de toutes sortes — longévité, progrès médicaux, accumulation d’œuvres littéraires et philosophiques, enrichissement économique, etc. — , d’où une possible source d’injustice, incertaine donc inquiétante.
En effet, il suffit d’être né plus tard pour tirer de nos ancêtres proches et lointains des bénéfices dont nous ne pouvons fournir la contrepartie en retour : " les générations antérieures ne paraissent s’être livré à leur pénible besogne qu’à cause des générations ultérieures, pour leur préparer le niveau à partir duquel ces dernières pourront ériger l’édifice dont la nature a le dessein, et donc pour que seules ces générations ultérieures aient la chance d’habiter le bâtiment auquel la longue suite de leurs ancêtres (à vrai dire, sans doute, sans intention) a travaillé sans pouvoir prendre part eux-mêmes au bonheur qu’ils préparaient. " (Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 1784). Ainsi, les puînés héritent d’un monde plus riche, beau, complet et élaboré, autant de progrès produits par le travail des anciens. C’est le privilège d’être né plus tard. Cette dette envers les anciens ne peut être réglée, sinon par un hommage à leur mémoire, sauf, surtout, à remettre plus encore à nos enfants, en ayant travaillé à notre tour pour leur transmettre mieux encore.
Faute de parvenir à mesurer vraiment ce que nous devons aux anciens, le risque est de ne savoir pas non plus quoi remettre à nos successeurs. Cette ignorance suscite l’inconfort intellectuel des plus responsables. Pourtant, elle pourrait aussi fournir l’alibi d’une incurie générale qu’il s’agit d’examiner. Il convient en effet de lever le voile sur le legs collectif qui est fait aux nouvelles générations.Sept fractures générationnelles
Les vingt-cinq dernières années, marquées par un ralentissement économique et le chômage de masse, laissent place à une fracture générationnelle multiple d’autant plus difficile à ressouder qu’elle est silencieuse et déniée. Sept éléments recueillis depuis et mis bout à bout permettent de comprendre que cette fracture résulte de notre inconséquence historique.
Le premier élément concerne la répartition du pouvoir d’achat : en 1975, les salariés de cinquante ans gagnaient en moyenne 15 % de plus que les salariés de trente ans, les classes d’âge adultes vivant alors sur un pied d’égalité. Aujourd’hui, l’écart est de 40 % : les fruits de la croissance économique, ralentie depuis 1975, ont été réservés aux plus de 45 ans. La lecture générationnelle permet de comprendre que les jeunes valorisés d’hier sont devenus les seniors favorisés d’aujourd’hui, par l’ancienneté.
Le deuxième facteur affecte les progrès des qualifications. En moyenne, d’années en années, la part des salariés porteurs d’une responsabilité ou d’une expertise valorisées continuent de s’accroître, même depuis la " crise ". Cette croissance est consubstantielle à notre représentation du progrès social. Pourtant, chez les salariés de trente ans, la part de ces emplois est la même aujourd’hui qu’en 1980, sans progression sensible : pour l’essentiel, l’expansion des cadres est portée aujourd’hui par la dynamique des quinquagénaires. Plus finement, les générations nées entre 1945 et 1950 sont restées situées au long de leur carrière sur la crête d’une vague montante de cadres qui s’étiole pour les puînés. Les premiers nés du baby-boom ont bénéficié d’une explosion scolaire au début des années soixante et profité ensuite de la dynamique d’emploi des jeunes de la période 1965-1975 : développement d’EDF, du nucléaire, de l’aérospatiale, du téléphone, de la santé, de la publicité, de la presse, etc.
Le troisième enseignement relève d’un effet de rémanence : pour une cohorte de naissance donnée, la situation à trente ans conditionne les perspectives à tout âge ultérieur. Pour ceux qui n’ont pas fait leur place, les conditions tendent à se figer ensuite. Les premières victimes du ralentissement de 1975, les générations nées à partir de 1955 et qui ont eu vingt ans quand le chômage de masse s’étendait sur ceux qui n’étaient pas à l’abri, conservent aujourd’hui les séquelles de leur jeunesse difficile, même si ce ne sont plus là de jeunes débutants. Il est préférable d’avoir vingt ans en 1968 lorsque le taux de chômage dans les deux ans de la sortie des études est de 4 %, qu’en 1994 où ce taux culmine à 33 %. Le plein emploi à l’entrée dans la vie adulte est une ressource collective inestimable qui n’a pas été transmise.
La quatrième leçon est le revirement des chances d’ascension sociale : les parents des soixante-huitards, parce qu’ils sont nés en moyenne autour de 1910-1915, ont connu un sort difficile. Un quart d’orphelins précoces, un quart d’enfants d’invalides, une jeunesse dans la crise de l’entre-deux guerres, puis la seconde guerre mondiale. La reprise des Trente glorieuses (1945-1975) les attend, mais ils ont déjà 36 ans lorsque le système de retraite est créé, exigeant d’eux 35 années de cotisations pour une retraite pleine, un contrat pour eux impossible. Pour la majorité, ce fut une vieillesse misérable dans une société de jeunes riches. Pour la génération née vers 1945, l’ascenseur social a fonctionné ainsi à plein régime. Pour leurs propres enfants, nés vers 1975, ces conditions d’ascension sociale sont souvent compromises, ces jeunes d’aujourd’hui étant les enfants non plus d’une génération sacrifiée mais d’une génération dorée. Le risque psychologique est dès lors celui de l’intériorisation d’un échec en apparence personnel, qui n’est autre qu’une débâcle collective.
Le cinquième constat est que, pour la première fois en période de paix, la situation de la jeune génération est plus difficile que celle de ses parents. La reprise économique de 1997-2000 a fait croire en la fin du tunnel, mais le taux de chômage dans les deux ans de la sortie des études est resté supérieur à 20 %, soit quatre fois plus élevé que celui de leurs parents au même âge. Trois années de reprise, évanouies maintenant, ne pouvaient corriger vingt-cinq années de déstructuration de fond.
Le sixième point est celui de la transmission de notre modèle social aux générations futures. En apparence, l’Etat-providence change avec le temps du calendrier, mais il dissimule une dynamique générationnelle. […] Aujourd’hui, les nouveaux jeunes sortent de l’école autour de 21 ans, perdent deux ou trois années au chômage sans indemnité ou dans des activités informelles, et ne commencent à cotiser véritablement qu’autour de 23 ans. Exiger 40 années de cotisations comme aujourd’hui, 42 ans pour la proposition du rapport Charpin au Plan, voire 46,5 selon la suggestion du Medef, revient à allumer une bombe à retardement démographique qui pourrait exploser à partir de 2015, lorsque les candidats à la retraite sans cotisations suffisantes se multiplieront. […]
L’instruction de ce procès se clôt ici par une septième section, concernant le problème de la transmission, non pas patrimoniale mais politique. Le déséquilibre de la représentation politique se mesure à un indice clair : en 1982, l’âge du représentant syndical ou politique moyen était de 45 ans, et il est de 59 ans en 2000. Un vieillissement de 14 ans en 18 années de temps correspond à une situation d’absence presque parfaite de renouvellement : les quadras des années quatre-vingt s’apprêtent à être les sexas des années zéro du xxie siècle. […]
Le fait signale que les grandes orientations qui engagent le long terme sont prises sans la présence de ceux qui en assumeront les entières conséquences. Lorsque les payeurs ne sont pas convoqués aux agapes, on a lieu de s’interroger ; l’absence des jeunes semble bien organisée, comme dans le débat sur les retraites, alors qu’ils assumeront les plus lourdes conséquences des réformes. Pire, le vieillissement actuel du corps politique, parallèle à celui de la recherche et de l’université, des entreprises, etc. se développe dans des conditions où rien n’est préparé pour assurer une transmission. Il est à craindre que, tôt ou tard, ce moment de transition sans transmission ne vienne, avec d’autant plus de violence que rien n’a été fait pour l’anticiper, mais que tout a été mis en œuvre pour retenir le plus longtemps possible le mouvement irrésistible du temps. [...]Louis Chauvel, « La responsabilité des générations », Ceras - revue Projet n°266, Juin 2001.
DOCUMENT 3. [Julien Damon est responsable du département questions sociales au Centre d'analyse stratégique (ancien Commissariat au plan). Il insiste sur les difficultés des jeunes générations.] – La question de la «solidarité entre les générations» est-elle la nouvelle priorité de la politique familiale ? – Elle est en passe de le devenir. C'est le thème retenu aujourd'hui pour la Conférence de la famille. A l'occasion de ce moment de discussion entre le gouvernement et les partenaires sociaux, on verra que la politique familiale ne s'envisage plus uniquement du côté des enfants mais de tous les âges de la vie. C'est l'occasion de rediscuter des questions d'équilibre entre les âges et de la protection sociale des générations. Le projet d'aide aux «aidants familiaux» va dans le bon sens. – Le traitement réservé aux jeunes est-il équitable ? – Les transferts des personnes âgées vers les jeunes, sous forme de dons ou de donations, ne représentent qu'un point de PIB tandis que les sommes consacrées aux retraites s'élèvent à douze ou treize points de PIB. Aujourd'hui, ce sont les jeunes qui vivent la précarité et la pauvreté. Auparavant, c'était les plus âgés. On sourit du phénomène Tanguy. Mais la réalité est plus sombre : des «adultes» avec très peu de moyens sont collés chez leurs parents, qui en ont peu aussi. En termes de générations, ce sont les vieux qui ont les carrières les moins heurtées par le chômage, par les difficultés à entrer dans la vie active. Les jeunes ont des trajectoires de plus en plus difficiles. Le système de protection sociale n'est donc plus formaté pour les réalités contemporaines. – Faut-il craindre une crise majeure ? Il faut envisager sérieusement une rupture potentielle du pacte générationnel. Tout le monde tire la sonnette d'alarme, mais personne ne croit que cela peut arriver, que les jeunes arrêtent de payer leurs cotisations. Ceci est bien entendu loin d'être évident, mais des arbitrages entre risques sociaux sont certainement à étudier avec le plus grand sérieux. – La situation des jeunes se dégrade. Quels en sont les signes les plus visibles ? – Aujourd'hui, à l'université, on est un «jeune» chercheur à 40 ans. Lorsqu'un jeune entrait dans la vie active en 1970, son salaire était de 15 % inférieur à celui de ses parents. Maintenant, ce chiffre est de 35 %. Les transmissions de pouvoir pourraient et devraient se faire plus tôt. L'âge moyen des hautes hiérarchies dans les entreprises est impressionnant. Sur un registre politique, il y a un grave problème de représentation des jeunes : 40 % des votants, l'an prochain, auront plus de 60 ans. La France est un pays vieillissant, démographiquement et politiquement. – Que faire pour créer du lien entre générations ? – Il faudrait encourager de petits changements comme ceux des équipements intergénérationnels. Exemple : une crèche dans une maison de retraite. Il faudrait aider les personnes âgées à quitter les logements sociaux devenus trop grands pour eux. Il y a aussi l'idée de faire cohabiter les étudiants et les personnes âgées. Ce sont des pistes et des signes importants pour l'avenir. – Y a-t-il d'autres pistes ? – Un plan solidarité grand âge vient d'être annoncé. Une partie des métiers de l'avenir sera là pour accompagner la vieillesse. Il faut que ces métiers soient valorisés. Il ne faudrait pas considérer que c'est de la domesticité inacceptable, comme c'est le cas pour tous les métiers de service en France. Dans les pays de tradition libérale comme les Etats-Unis ou sociale-démocrate comme la Suède, ils sont tout à fait acceptés. Notons juste que la situation des jeunes dans nombre de pays européens est moins tendue. Politiquement, ils sont plus reconnus. En Suède, quand on arrive à l'âge de la retraite, on ne se présente plus. Julien DAMON propos recueillis par Didier Arnaud. |
Tableau de confrontation :
| Texte 1 |
Texte 2 |
Texte 3 |
PISTES |
| Les clivages liés à l’âge pourraient connaître un regain de vitalité. |
Ce mécanisme de transmission est-il resté le même aujourd’hui ? |
Il faut envisager sérieusement une rupture potentielle du pacte générationnel. |
Rupture de la transmisssion entre les générations. |
| Les « baby-boomers » profitent à plein de la dynamique des Trente Glorieuses. |
Les
générations nées entre 1945 et 1950 sont restées situées au long de
leur carrière sur la crête d’une vague montante de cadres. |
Ce sont les vieux qui ont les carrières les moins heurtées par le chômage. |
Origine : le destin privilégié des baby-boomers. |
| Les générations nées à partir de 1955 ont connu une dégradation progressive de leurs « chances de vie ». |
Les
conditions d’ascension sociale sont souvent compromises, ces jeunes
d’aujourd’hui étant les enfants non plus d’une génération sacrifiée
mais d’une génération dorée. |
Les jeunes ont des trajectoires de plus en plus difficiles. |
Conséquence : dégradation des conditions de vie des plus jeunes. |
| Risque d’une « dyssocialisation » de la jeunesse. |
Le fait signale que les grandes orientations qui engagent le long terme
sont prises sans la présence de ceux qui en assumeront les entières
conséquences. |
Sur un registre politique, il y a un grave problème de
représentation des jeunes. |
Risque de démission sociale de la part des jeunes. |
| Il y a encore loin de la conscience, bien réelle, des inégalités liées à l’âge, à leur prise en compte effective. |
Il
faut donc prendre la question au sérieux, parfois inverser les
tendances qui pensent d’abord aux adultes installés avant de s’occuper
des jeunes encore trop souvent laissés sur la touche. |
C'est
l'occasion de rediscuter des questions d'équilibre entre les âges et de
la protection sociale des générations. Une partie des métiers de
l'avenir sera là pour accompagner la vieillesse. |
Remèdes ? Agir pour intégrer les jeunes générations. |
PROBLÉMATIQUE : quels sont
les formes et les enjeux de cette fracture générationnelle ?
| CONSTRUCTION DU PLAN : |
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► CAUSES :
► CONSÉQUENCES :
- Les conditions de la transmission entre les générations (doc.
2) se transforment et on constate une absence de renouvellement.
- On assiste à un revirement des chances d’ascension sociale (les seniors
sont plus favorisés, doc. 2),
► PERSPECTIVES D’AVENIR :
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