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Problématique :
À
l’heure des autoroutes, des TGV, des GPS, et
d’internet, le
détour est vécu comme une perte de temps
insupportable.
Aller droit au but semble être une règle, une
norme admise
par tous. Pourtant, le détour est une modalité du
voyage,
de l’action, du raisonnement, du discours. Le
détour,
même au risque des pertes qu’il peut engendrer,
apprend et
enrichit. Il peut être un art de vivre.
Déplacement
:
Notre société a vu
l’avènement du transport
rapide, efficace, organisé. Et pourtant, jamais les
touristes
n’ont autant privilégié la lenteur et
les chemins
de traverse (randonnées, croisières, vacances en
roulottes ...) ni opté pour le détour de
l’itinéraire bis et les découvertes
qu’il
permet.
Action :
Notre
société valorise, de même, le fait
d’aller
droit au but, et pour cela fait de la planification une des
clés
de la réussite. Pourtant, la stratégie (jeux de
stratégie, tactique militaire, diplomatie,
stratégie
économique) repose souvent sur le détour, la
feinte,
l’esquive ; la réussite dépend aussi de
l’ingéniosité et de la
liberté de
pensée.
Raisonnement :
Notre
société retient le plus souvent la phrase et
l’image choc, la synthèse, le
résumé, la
conclusion qui laisse dans l’ombre le cheminement
intellectuel.
Pourtant la recherche scientifique, la démarche
pédagogique, la réflexion philosophique se
fondent
toujours sur les détours du raisonnement par essais et
corrections, associations, analogies, tâtonnements,
explorations,
laissant place à l’errance et à
l’erreur.
Discours :
À
l’heure du mythe d’une communication
immédiate et
transparente, la société contraint toujours
à des
détours de langage (politesse, négociation,
diplomatie),
elle cultive l’argumentation indirecte (publicité,
discours de séduction), elle continue à
s’exprimer
par les formes artistiques qui disent le monde de façon
détournée. Tout discours est médiation.
Du déplacement d’un point à
un autre au voyage par
les chemins de traverse, de la digression à
l’enrichissement de la réflexion, de la solution
immédiate au cheminement de la pensée, du choix
de la
ligne droite à l’acceptation du
tâtonnement,
d’une communication directe et efficace au langage des codes
sociaux, de la diplomatie, de l’art, le détour
n’est−il pas une modalité essentielle de la
construction
de soi et du comportement humain ?
Indications
bibliographiques :
Littérature :
−
Bouvier, L’usage
du monde
− Butor, La
Modification
− Cendrars, Prose du
transsibérien et de la petite Jehanne de France
− Diderot, Jacques le Fataliste
− Dumas, Le
Comte de Monte−Cristo, en particulier, chapitre
CXIII
− Juliet, Lambeaux, L’inattendu
− Homère, Odyssée
− Kerouac, Sur
la route
− Kundera, La
lenteur
− Laclos, Les Liaisons dangereuses
− La Fontaine, Fables,
en
particulier “Les deux pigeons”, “Le
lièvre et
la tortue”, “Le pouvoir des Fables”
− Melville, Moby
Dick
− Modiano, Rue
des boutiques obscures
− Montaigne, Essais,
par exemple I,
23 ; I,
26 ; I,
50
− Montesquieu, Lettres persanes
− Platon, un dialogue philosophique (par exemple, Criton, République
livre II)
− Rousseau, Les Rêveries du
promeneur solitaire, par exemple
deuxième et sixième promenades
− Contes proposant un parcours initiatique, en particulier Ch.
Perrault, Contes,
“Le Petit Chaperon Rouge”,
“Griselidis”
− Paraboles évangéliques
− Roman policier privilégiant le détour comme
construction du récit, par exemple, Th. Jonquet, La bête et la belle,
P. Bayard, Qui
a tué Roger Ackroyd ?
− Théâtre : comédies et
tragédies mettant en jeu les détours du langage :
Racine, Phèdre,
scène de l’aveu − Molière, Les Femmes savantes,
acte I, scène 4; Le Misanthrope,
acte I, acte IV, scène 3 − Beaumarchais, Le Jeu de l’amour et
du hasard − Rostand, Cyrano de Bergerac
(scène de la déclaration).
Essais :
− Astolfi (J. P.), L’erreur,
un outil pour enseigner, ESF, 1997
− Barthes, Fragments
d’un discours amoureux, 1977
− Cailleux, Nodier, Taylor, Voyages pittoresques et
romantiques dans l’ancienne France (premier
guide touristique français)
− Caillois, Masson, Bellone
ou la pente de la guerre, particulièrement
1ère partie, La guerre et le
développement de l’État, 1963
− Chaliand (G.), Anthologie
mondiale de la stratégie, collection Bouquins,
2001
− Deleuze (G.) et Guattari (F.), Mille plateaux, en
particulier “Rhizome”, 1980
− Gould (Stephen Jay), Darwin
et les grandes énigmes de la vie
(Points Sciences 1984), en particulier “Prologue”
(p. 9−15)
et première partie, “La saga de Darwin”
(p. 19−46)
− Gould (St. J.), Les
quatre antilopes de l’Apocalypse (le
détour comme principe d’écriture de
l’essai, p. 13−15, Seuil, 2000)
− Roche (D.), Humeurs
vagabondes. De la circulation des hommes et de
l’utilité des voyages, 2003
− Anthologies du voyage, collection Bouquins (Italies, “Le
Voyage en Égypte, Le Voyage en Russie”...)
− La Vitesse,
ouvrage collectif (Baudrillard, Virilio...), Flammarion/Fondation
Cartier, 1991.
Films, bandes dessinées, documents
iconographiques :
− Alice dans les villes,
W. Wenders, 1974
−
Aprile,
N. Moretti, 1998
−
Babel,
Inarritu, 2006
−
De l’autre
côté, F. Akin, 2007
−
L’Esquive,
A. Kechiche, 2004
−
L’homme
sans passé, A. Kaurismaki, 2002
−
Little Miss Sunshine,
J. Dayton et V. Faris, 2006
−
My Blueberry nights,
Wong Kar Wai, 2007
−
Saint Germain ou la
négociation, texte de Francis Walder (prix
Goncourt 1958) et DVD, téléfilm de
Gérard Corbiau, 2003
−
Stalker,
Tarkovski, 1979
−
Western,
M. Poirier, 1997
− Séries télévisées
policières, par exemple Colombo
(R. Levinson et W. Link, 1968−2003)
− Arcimboldo,
œuvres, par exemple : “Hiver ; Printemps,
Été ; Automne” (Musée du
Louvre)
− Escher, œuvres, par exemple : “Belveder ;
House
of stairs ;
Relativity ;
Up and down” (site http://www.mcescher.com)
− Pignon Ernest (E),
interventions artistiques dans les villes, par exemple : “Naples I, II,
III, IV” (1988−1995)
− Serra (R.), “La
matière du temps”, Musée
Guggenheim de Bilbao.
Sites :
−
Association Déroutes et
détours (publication d’une revue en ligne et de
carnets de
voyage littéraires ou non) : http://www.deroutes.com/
− Carnets de voyage rédigés par des internautes
globe−trotters : http://www.odyssees.net/
− Fédération Française de
randonnée pédestre : http://www.ffrandonnee.fr
− Guide du routard : http://www.routard.com/
mag_dossiers
− Institut Curie : http://www.curie.fr/fondation/
musee (biographie de Pierre et Marie Curie, histoire de leurs
découvertes)
http://education.france5.fr/ (les découvertes de Pierre et Marie Curie
commentées par Pierre Gilles De Gennes)
Discours du transfert des cendres au Panthéon
(20 avril 1995)
− Muller (Fr.), sur la pensée par le détour : http://francois.muller.free.fr/
− Tomkiewicz (S.), directeur de recherche à
l’INSERM, sur la pédagogie du détour :
http://www.iufm.unice.fr/application/spip/IMG/pedagogie−detour.pdf.
Mots clés :
Domaine
du voyage : déplacement, cheminement, errance, tours et
détours, labyrinthe
Domaine du langage quotidien : en cours de route, vaut le
détour, chemin de traverse, école
buissonnière,
aller droit au but, par monts et par vaux, tous les chemins
mènent à Rome, tourner autour du pot, tirer des
bords,
itinéraire bis
Domaine de la temporalité : gain de temps, perte de temps,
rapidité, rythme, vitesse, lenteur
Domaine de la pensée : rigueur, rectitude, cheminement,
expérience, contournement, détour
théorique,
analogie, recherche, hasard
Domaine du discours : périphrase, ellipse,
métaphore,
digression, non−dit, langage de séduction, codes sociaux,
langage diplomatique
Domaine de l’action : orientation, stratégie, jeux
de
stratégie, négociation, technologies de
l’information et de la communication
Domaine de la réflexion philosophique : aléas,
déterminisme, hasard, imprévu,
liberté,
programmation, prédestinationie.
(BO
− Note de service 2008−1005 du 19 février 2008.)
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