ORPHÉE NOIR
LECTURES ET COMMENTAIRES
Ces travaux seront l'occasion de consolider les méthodes de lecture analytique et de commentaire.
Pour ce premier poème, nous suivons les étapes d'une lecture analytique du texte poétique. Vous pourrez vous reporter à notre tableau des types de textes ainsi qu'à la fiche pratique concernant la méthode.
Observation du poème :
- Sa forme n'apparaît pas très régulière : une structure libre qui peut faire penser à une chanson (présence d'un refrain), des vers très hétérogènes (octosyllabe, hexasyllabe, alexandrin, et même ennéasyllabe), des rimes disposées irrégulièrement et parfois pauvres.
- Une première lecture nous met en contact avec un discours injonctif dont les acteurs sont indéterminés : son didactisme fait penser à quelque leçon adressée par un homme âgé recru d'expérience à un public plus jeune.
- Le paratexte (le nom de l'auteur, Birago Diop, le titre de l'uvre et la présence dans le texte du mot "case") nous renvoient à un contexte africain et mythologique qui peuvent valider nos premières
hypothèses de lecture : s'agit-il d'un discours issu de la tradition populaire qu'un poète africain de langue française adresserait à un public (ses compatriotes ? les Occidentaux ?) qu'il souhaiterait voir plus attentif aux voix de la Nature ?Projet de lecture :
Michel Hauser a souligné dans sa Poétique de la Négritude les contradictions que manifeste la poésie nègre :
« Elle se veut ouverte au présent, elle s'efforce de préparer l'avenir d'un continent et valorise à plaisir de vieilles traditions. Elle se donne une mission émancipatrice et s'adresse à ses "oppresseurs". Elle rêve d'un public populaire et écrit pour l'élite.»
Notre projet de lecture portera sur ce point : Souffles manifeste-t-il une inspiration authentiquement populaire ou relève-t-il au contraire d'une écriture élaborée plutôt destinée au public occidental ?
Remarques de versification :
- Un refrain en hexasyllabes donne au texte son allure de chanson et martèle en même temps un discours que le reste des strophes entreprend d'illustrer.
- Les phrases courtes épousent le vers que la ponctuation coupe rarement. Cette musicalité fluide et rythmée finit par créer un effet incantatoire qui nous replace au cur d'une tradition religieuse. Écoute-t-on ici quelque griot psalmodiant une leçon essentielle ?
- Par ailleurs, les mesures choisies pour les vers correspondent à une métrique typiquement occidentale, et c'est à cette écriture que sont aussi empruntés le chiasme du refrain ("La Voix du Feu s'entend / Entends la Voix de l'Eau") et les anaphores ("Ils sont dans").
- Ces quelques remarques nous placent à nouveau devant notre problématique : si l'on a bien affaire à une inspiration traditionnelle africaine, l'écriture élaborée sous son apparence de simplicité appartient, elle, à notre civilisation. Comment justifier cette ambiguïté ? Est-ce donc à l'Occidental que souhaite s'adresser la Voix du poème, utilisant ses formes pour mieux le persuader de son aveuglement à l'égard de la Nature ?Les registres :
- Cette voix est difficilement identifiable, autant que ses destinataires. Mais elle affirme nettement une leçon (beaucoup d'injonctions, de formes sentencieuses) que l'on envisage aussi bien destinée aux Noirs qu'aux Blancs : aux premiers, elle rappelle un devoir de mémoire à l'égard des ancêtres; aux seconds, elle révèle la vie secrète de la Nature, qu'une cécité matérialiste empêche seule de deviner.
- Ce registre didactique est donc accompagné d'un registre lyrique qui entreprend de chanter cette vie mystérieuse. Le vocabulaire simple est emprunté aux quatre éléments pour mieux embrasser le "grand Tout" dans la même célébration. Les personnifications constantes (qu'on prenne garde aux majuscules) soutiennent une émotion panthéiste. Les métaphores, quant à elles, insufflent même un discret registre pathétique, comme si elles exprimaient une nature martyrisée ("le Buisson en sanglots, les Herbes qui pleurent, le Rocher qui geint").- Il peut donc paraître cohérent d'expliquer l'ambiguïté dont nous parlions par la volonté d'emprunter à l'Occident ses formes classiques pour les investir d'un discours traditionnel qui est aussi un plaidoyer. Mais c'est aussi l'atout original de cette poésie francophone africaine que d'emprunter des moules européens pour exprimer une sagesse ancestrale où l'homme est interpellé dans ce qu'il croit être sa supériorité.
Léopold Sédar SENGHOR
Nuit de Sine
Chants dombre (1945)
Pour ce poème, commencez par compléter le tableau suivant. Le projet d'étude de ce commentaire est de souligner les formes particulières que prend ce moment de communion avec la douceur de l'Univers.
I - Un moment privilégié
- la précision des indices spatio-temporels :
- les champs lexicaux de la douceur et de l'apaisement :
- les caractères du vers sur ce plan :
- brièveté :
- ampleur :
- la nature des sensations :
- tactiles :
- visuelles :
- olfactives :
- auditives :
II - Le chant profond de l'Afrique - un discours à la Femme (quel rôle lui est-il dévolu ?) :
- les formes didactiques : à qui s'adressent-elles ?
- un hommage aux ancêtres :
- ses formes :
- le rôle de la poésie :
- l'affirmation d'une identité africaine :
- la communion avec l'Univers :
- le réalisme du décor :
- la magie du décor :
- les formes incantatoires du vers :
Aimé CÉSAIRE
Cahier d'un retour au pays natal (extrait)
(1939)
Même consigne pour ce poème que pour celui de Senghor : complétez le tableau suivant en vue d'un commentaire qui s'attacherait à souligner son caractère oratoire.
I - Un réquisitoire - Le jeu des oppositions :
- elles opposent les valeurs blanches aux valeurs noires :
- elles valorisent les unes pour déprécier les autres :
- Les formes didactiques :
- elles s'adressent à un lecteur complice :
- elles visent à réhabiliter une autre forme d'entendement :
II - Le chant de louange de tout un peuple - Un rythme incantatoire :
- les anaphores :
- les formes exclamatives :
- Une tendresse fraternelle :
- des formes laudatives :
- des métaphores « élémentaires » :
René DEPESTRE
Minerai Noir
(1956)
Pour ce poème, dont nous souhaiterons montrer le caractère « engagé », nous proposons les axes largement complétés. Vous pourrez ici vous entraîner à rédiger le commentaire.
I - L'expression de la fraternité - un discours : un « je » ("ma", "mon" aux vers 27 et 31) s'adresse à un « tu » ("ta", "ton", "tes", vers 34-45). Les apostrophes ("peuple", vers 39 et 41), l'invocation (vers 31) induisent comme une contemplation émue. A ces formes oratoires, il faut ajouter la fréquence des anaphores ("combien", vers 33 et 35; "peuple", vers 39 et 41) qui créent un effet de lamentation.
- les formes mélioratives s'émerveillent de la beauté d'une race ("fleuve musculaire", vers 4; "rayonnant midi du corps noir", vers 9; "sonorité du sang noir", vers 20; "merveilles de cette race", vers 30; "rosée humaine", vers 32; "riche végétation", vers 36).
- l'expression de la pitié : le ton pathétique est dû aux adjectifs dévalorisants ("dévalisé, défriché, retourné", vers 39-41), à l'évocation de l'innocence ("massif négrillon, petits soldats de plomb noir") exploitée par l'appât du gain ("bousculade, ruée, secousse des foreuses, grandes foires du monde").
II - L'expression de la colère et de la révolte - une structure éloquente : à l'évocation historique (vers 1-29) succède celle du présent marqué par les ruines (vers 29-38) puis d'une futur de vengeance (vers 39-45). La première partie est une sorte de prose désarticulée qui souligne l'horreur de l'évocation et marque aussi un refus de la métrique occidentale. Les deuxième et troisième parties renouent avec le verset musical pour exprimer la plainte et la colère.
- la monstruosité : elle est due à la réification de l'homme noir, réduit à l'état de matière exploitée ("minerai noir, trésorerie de la chair noire, métal noir, massif négrillon, ébène minéral, gisement musculaire"). Cette horreur est rehaussée par l'anaphore "tout juste" qui révèle un comble presque atteint (vers 12-21).
- les formes épiques : elles sont dues au vocabulaire guerrier ("relève, épée, pirates, armes") mais aussi aux anaphores ("quand", vers 1-2; "alors", vers 6-8; "tout juste", vers 12-21; "combien", vers 33 et 35). Ces anaphores provoquent un effet hyperbolique par l'énormité des actions guerrières et de leur résultat ("flaques de larmes, années de tiges mortes") d'où surgit la volonté de vengeance promise avec la même violence ("grisou, colère en crues").