| LA DISSERTATION |
EXEMPLE 1
« De tout temps, les historiens ont senti que
l'histoire se rapportait à l'homme en groupe plutôt qu'à l'individu, qu'elle
était histoire des sociétés, des nations, des civilisations, voire de
l'humanité, de ce qui est collectif, au sens le plus vague du mot; qu'elle ne
s'occupait pas de l'individu comme tel », écrit Paul Veyne.
Cette définition vous semble-t-elle convenir à la manière dont les trois
œuvres au programme pensent l’histoire ?
1) MISE EN PLACE DU SUJET :
- La phrase de Paul Veyne oppose clairement le groupe (sociétés,
nations, civilisations, humanité, collectif) à l'individu : celui-ci est
présenté comme un objet négligeable dans l'histoire, alors que le groupe en
serait le véritable terrain. Cette perspective est commune chez les modernes,
qui ont préféré enquêté sur les sociétés plutôt que sur les carnets privés des
grands hommes. Les forces qui font l'histoire conjuguent à leurs yeux les mœurs,
l'économie, le jeu des institutions et ne sont que maigrement mues par les
individus privés.
- En fait, le sujet oppose deux façons de penser
l'histoire qui se trouvent au cœur de notre programme et permettent notamment de
convoquer Chateaubriand et Marx dans leur conception de l'individu. Nous
choisirons de répondre plutôt par la négative à la question posée, plus
conformément, nous semble-t-il, à l'esprit constitué dans l'ensemble par nos
trois œuvres.
► PROBLÉMATIQUE : L'individu n'occupe-t-il dans l'histoire qu'une place négligeable ?
Aidez-vous
des éléments suivants (des citations,
utilisables dans l'une ou l'autre des trois parties, vous sont fournies dans
le désordre) pour construire et étoffer le plan :
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2) PLAN :
I - Thèse : L'individu est le jouet de l'Histoire...
a) l'individu subit l'Histoire ou y mène une action non significative.
ex : citations 1.3.b) ce sont les masses qui impulsent le sens de l'Histoire.
ex : citations 7.8
II - Antithèse : ... mais il en est le témoin actif.
a) témoin, l'individu propose une pensée de l'Histoire, au contraire des masses, grégaires et versatiles.
ex : citations 9.10. Penser aussi aux mots du vieil Horace refusant aux masses la capacité de désigner des héros (Horace, V, III, v. 1711-1716).b) certains individus - héros, grands hommes - infléchissent le sens de l'Histoire.
ex : citations 2.5.
III - Synthèse : Il peut ainsi faire émerger les aspirations confuses des masses.
a) l'individu a besoin des masses tout autant que les masses ont besoin de héros individuels en qui se reconnaître.
ex : On peut penser aux exclamations opposées de deux personnages de La Vie de Galilée de Brecht : « Malheureux le pays qui n'a pas de héros !» / « Malheureux le pays qui a besoin de héros !.»b) l'individu peut incarner son époque et en saisir l'Esprit, désignant aux masses les routes à suivre.
ex : citations 4.6.
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EXEMPLE 2
Peut-on parler d'une logique de l’histoire ?
1) MISE EN PLACE DU SUJET :
- Le sujet ainsi formulé est bâti sur un présupposé : on peut en effet y voir une question rhétorique, comme s'il était évident qu'on ne puisse guère parler de logique face à la multiplicité anarchique des événements qui constituent l'histoire ou au déchaînement de toutes les espèces de barbarie.
- L'analyse indispensable du mot logique fournira plusieurs pistes : d'abord la logique historique est immanente aux événements qui admettent un rapport de cause à effet. C'est de leur enchaînement que l'on pourra donc tirer ou non une idée de cohérence dans l'histoire. La logique, c'est aussi le discours, c'est-à-dire la capacité à inférer des faits un certain nombre d'arguments propres à étayer des thèses vérifiables voire à fournir des leçons. Ces perspectives se recouperont d'ailleurs dans l'examen des œuvres au programme où la question posée est centrale.► PROBLÉMATIQUE : L'analyse des faits historiques peut-elle obéir à des catégories logiques ?
Aidez-vous des éléments suivants (des
citations, utilisables dans l'une ou l'autre des trois parties, vous sont
fournies dans le désordre) pour construire et étoffer le plan
:
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2) PLAN :
I - Thèse : L'histoire n'obéit sans doute à aucune logique...
a) elle offre le spectacle d'un chaos événementiel. Elle peut être le récit dont parle Shakespeare, "raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et ne siginifiant rien."
ex : le songe de Camille dans Horace, le "torrent du siècle" dont parle Chateaubriand, l'avènement d'un bouffon aux yeux de Marx. - citations 5.10.b) l'histoire est un objet d'étude, momentané et subjectif. Elle ne se répète d'ailleurs jamais sous la même forme.
ex : Chateaubriand reconstruit l'histoire à sa mesure (métaphore des deux traversées), Marx ironise sur la répétition d'un fait : « L’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une comédie » (Le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte).- citations 6.8.
II - Antithèse : ... mais ce qu'on appelle l'histoire, c'est aussi un discours.
a) un ordre peut se dégager, au nom d'une transcendance ou d'une analyse rigoureuses des causes afin de se prémunir des égarements passés :
ex : le choix des dieux dans Horace, l'esprit-principe de Chateaubriand, la fin de l'histoire chez Marx - citations 2.9.b) l'homme infléchit toujours l'histoire vers une certaine logique, car on vit mieux au présent avec des cadres fédérateurs : un patrimoine commun, de grands modèles héroïques...
ex : l'histoire forge des mythes (Corneille), épouse le destin personnel (Chateaubriand), aide à tirer des leçons (Marx) - citations 1.7.
III - Synthèse : L'histoire peut ainsi se prêter à diverses logiques.
a) parler d'une seule logique (sens ou fin de l'histoire) serait arbitraire et dangereux pour les libertés. L'histoire peut inciter néanmoins à l'observance de quelques principes pragmatiques : prudence, scepticisme, réalisme politique :
ex : on privilégiera les « itinéraires » de l'historien (Paul Veyne), la pluralité des sources revendiquée par Michelet.b) l'écriture de l'histoire lui donne sa vraie logique, porteuse d'enseignements d'ordre moral dans une entreprise qui vise aussi à plaire.
ex : parce qu'elle est un récit, l'histoire manifeste le rôle ordonnateur de l'individu - citation 3.4.
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EXEMPLE 3
Dans la préface de son roman historique Cinq-Mars (1827), Alfred de
Vigny, opposant « la vérité de l'art et le vrai du fait », se prononce pour « la
liberté que doit avoir l'imagination […] de faire céder parfois la réalité des
faits à l’idée qu’ils doivent représenter. »
Les œuvres au programme vous paraissent-elles confirmer cette
compatibilité de l’Histoire avec la création littéraire ?
1) MISE EN PLACE DU SUJET :
► analyse
indispensable des termes :
• Un couple de termes en opposition :
La vérité de l’art contre le vrai du fait : quelle opposition entre la vérité
et le vrai ? adjoint à « art », le mot « vérité » paraît plus abstrait,
opposition d’ailleurs redoublée avec réalité et idée.
A l’art reviendrait une vérité profonde qui tient du symbole (représenter),
au fait une évidence étroite et trompeuse.
• Une application à la pensée et à l’écriture de l’histoire :
La liberté de l’imagination pourrait porter atteinte à la volonté scientifique
de l’Histoire.
►
implications du sujet :
• Vigny met à mal une idée reçue en affirmant compatibles la création
littéraire (émotion esthétique, imagination, sensibilité, plaisir,
subjectivité, interprétation, engagement, choix stylistiques) et l'Histoire
(par les faits « vrais », elle serait du côté de la science : vérité,
recherche, critique, précision, objectivité, universalité, exhaustivité,
certitude).
• Mais ce qu'il affirme ressortit à une autre évidence puisque l'histoire ne
peut être qu'un récit, avec tous ses caractères, et que, dès l'origine,
l'histoire est classée parmi les Arts (Clio parmi les Muses). Ce n'est qu'à
partir du XVIIIème siècle qu'elle manifeste un souci quasi scientifique
(Voltaire), ce qui justifie l’intention de Vigny : romantique, il revendique
pour le roman une certaine vérité historique (Dumas, Hugo, Mérimée, avec la «
couleur locale », ont eu les mêmes prétentions).
►
confrontation aux trois œuvres :
Aucune n’est historique, à proprement parler : comment atteindraient-elles la
vérité ?
• Corneille, Horace :
- la moins proche d'un récit historique classique : elle utilise légende et
mythe pour penser les problèmes majeurs de son époque (place de l'individu
dans l'Etat, absolutisme).
- une tragédie : stylisation et construction, place du héros.
• Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe :
- la plus proche de l'histoire mais l'auteur, témoin ou pas, nous rive à son
seul point de vue.
- une autobiographie : histoire parcellaire, point de vue limité et partial.
• Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte :
- le plus contemporain de son sujet, une majeure partie est consacrée à la
recherche des causes, mais il ne se dispense pas pour autant de jugements
subjectifs, d’appréciations doctrinales.
- un pamphlet : cette œuvre hybride trouve son unité dans le registre
polémique.
► PROBLÉMATIQUE : La nature littéraire de nos œuvres les empêche-t-elle de satisfaire aux exigences scientifiques propres à l’Histoire ?
Aidez-vous des documents suivants
pour construire et étoffer le plan :
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2) PLAN :
I - Thèse : l'aspect avant tout esthétique de la création littéraire la rend peu compatible avec l’exigence historique...
« La pire faute en histoire, c’est le mensonge », disait Polybe. Or la création littéraire est placée sous plusieurs signes :
1/ Subjectivité quand l'histoire requiert l'impartialité.
Les métiers d'écrivain et d'historien n'ont pas les mêmes exigences : l'écrivain négligera l'exhaustivité des faits au profit du choix du détail significatif, symbolique.
ex : Marx : condamnation sans appel de Bonaparte, « gueux princier », ou du « gredin de bourgeois » (mais aussi lecture de la Révolution par Chateaubriand, de la geste horatienne par Corneille).
► Document A.
2/ Création libre et non méthode/enquête.
L’écrivain ne cherche pas à découvrir la vérité historique des faits, néglige les sources, gomme les détails :
ex. Mémoires d'Outre-tombe : récit élaboré bien des années après les faits, souci autobiographique de construction de soi (mais aussi Corneille, invention de Sabine - Marx, lecture doctrinale et polémique).
► Document B.
3/ Dramatisation au lieu d'impassibilité.
Chez l'écrivain, le souci de clarté, de composition, voire de réflexion, permet de mieux comprendre l'histoire et passe après le souci de vérité :
ex. Horace : le traitement de l’unité de lieu et de temps resserre l’action, fait croire à une issue du combat démentie par la suite (mais aussi nuit à Westminster pour Chateaubriand, allégorie de la fin de l’histoire chez Marx).
Ainsi la création littéraire paraît étrangère à la scientificité de l’Histoire :
► Documents A et B.
— Mais n’a-t-elle aucun rôle à jouer dans une science qui reste une science humaine ?
II - Antithèse : ... mais l’œuvre littéraire prête à l’Histoire ses moyens spécifiques.
L’histoire est d’abord un récit. Celui-ci utilise tous ses atouts littéraires :
1/ Il insuffle ou restitue la vie :
La composition de caractères, la résurrection du grouillement de la vie font percevoir le passé dans un effort de sympathie (et non d’objectivation discutable) : c'est l’histoire en train de se faire.
ex. Horace : les passions, l’opposition des caractères – Chateaubriand : l’histoire au niveau de l’individu accentue l’authenticité du témoignage.
2/ Il manifeste le pouvoir de la fable :
Ménage l’intérêt, satisfait le goût du sublime, des caractères bien trempés, loin de la fadeur de la vie.
ex. Horace : les attentes dramatiques - Chateaubriand : la guerre de Vendée par l'anecdote du paysan rencontré à Londres – Marx lui-même, par le goût de l’image, la force du pamphlet.
3/ Il met en valeur le sens caché des événements :
Repère la pluralité des causes, propose une explication, laisse entrevoir des devenirs.
ex. Horace : le rapport du héros à l’Etat, le monarque, la téléologie de l’Histoire - Chateaubriand : la peinture d’une époque de transition par l’analogie avec la vie du sujet - Marx, par la satire, perce les apparences, démasque les collusions de classes.
— Dans son traitement de l’histoire, la littérature n’est donc pas étrangère à une certaine vérité à laquelle le récit historique n’a pas accès. Quelle est la vérité dont elle peut se prévaloir ?
III - Synthèse : La création littéraire accède à une vérité supérieure qui permet de mieux penser l'humain dans l'histoire.
1/ Une certaine vérité est de toutes
manières inaccessible :
L’Histoire est-elle bien une science ? Toute histoire est choix et mise en
scène. La science elle-même n’a-t-elle pas besoin d’imagination dans
l’expérimentation ?
► Documents C et D.
L'histoire a besoin de vérité, mais plusieurs itinéraires sont possibles
("lignes de sens" ou "intrigues"). Le problème n'est pas de se demander si
l'historien doit faire ou non de la littérature, mais quelle littérature il fait
(il y en a de perverses, commandées par l'idéologie).
2/ La création littéraire nous parle de l'homme dans l'Histoire plus que de
l'Histoire elle-même.
L'histoire épouse forcément les privilèges de la narration : c'est de temps
humain qu'il s'agit, contre l'éparpillement et l'étroitesse du vrai :
► Document F.
ex : Corneille revendiquant le vraisemblable et le nécessaire
(nécessité d’embellissement) - Marx usant de métaphores théâtrales – la
rencontre du paysan vendéen chez Chateaubriand.
3/ Le travail littéraire permet d'atteindre une vérité plus humaine :
L'émotion esthétique est au service d'une pensée qui dépasse la
compréhension historique pour atteindre le niveau éthique et philosophique.
ex : Horace invente dans ce souci le personnage de Sabine - Pensons
aussi au "mentir vrai" de Chateaubriand.
La littérature retient de l'histoire des vérités qui s’éprouvent et ne se
vérifient pas. Heidegger : « L’art est l’unique accès à la vérité ».
► Document E.
— Conclusion :
La création littéraire apporte donc à l’histoire des atouts supplémentaires
dans son enquête sur le passé. Ne concluons pas trop vite néanmoins en refusant
à l’histoire sa propre spécificité. Elle conserve son champ référentiel sur
lequel aujourd'hui elle se donne de plus en plus de gages de fiabilité. Mais
elle ne saurait renoncer sous peine d’assèchement à reproduire la vie dans sa
totalité comme à perdre de vue l'intérêt du lecteur.
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