LES SUJETS DE L’ EAF 2017 - suite

 

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Session de remplacement :

Centres étrangers :

série L
séries ES / S
séries technologiques.

série L (Asie du sud-est)
séries ES / S (Asie du sud-est).

 

 

-ASIE DU SUD-EST
SÉRIE L

 

Objet d'étude : Le texte théâtral et sa représentation, du XVllème siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : MOLIÈRE, Dom Juan ou le Festin de pierre, acte IV, scène 4 (1665).
Texte B : MARIVAUX, Le Jeu de l'amour et du hasard, acte l, scène 2 (1730).
Texte C : Victor HUGO, Le Roi s'amuse, acte II, scène 3 (1832).
Texte D : Jean ANOUILH, Cécile ou l'École des pères (1951).

 

Texte A : MOLIÈRE, Dom Juan ou le Festin de pierre, acte IV, scène 4 (1665).

[Le personnage de Dom Juan mène une vie de libertin, ce qui choque profondément son père. Ce dernier vient le voir pour lui dire ce qu'il en pense.]

DOM LOUIS, DOM JUAN, LA VIOLETTE, SGANARELLE.

LA VIOLETTE. – Monsieur, voilà Monsieur votre père.
DOM JUAN. – Ah ! me voici bien : il me fallait cette visite pour me faire enrager.
DOM LOUIS. – Je vois bien que je vous embarrasse et que vous vous passeriez fort aisément de ma venue. À dire vrai, nous nous incommodons étrangement l'un et l'autre; et si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements1.
Hélas! que nous savons peu ce que nous faisons quand nous ne laissons pas au Ciel le soin des choses qu'il nous faut, quand nous voulons être plus avisés que lui, et que nous venons à l'importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées! J'ai souhaité un fils avec des ardeurs2 nonpareilles; je l'ai demandé sans relâche avec des transports2 incroyables; et ce fils, que j'obtiens en fatiguant le Ciel de vœux, est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyais qu'il devait être la joie et la consolation. De quel œil, à votre avis, pensez-vous que je puisse voir cet amas d'actions indignes, dont on a peine, aux yeux du monde, d'adoucir le mauvais visage, cette suite continuelle de méchantes affaires, qui nous réduisent, à toutes heures, à lasser les bontés du Souverain, et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services et le crédit de mes amis ? Ah ! quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance ? Êtes-vous en droit, dites-moi, d'en tirer quelque vanité ? Et qu'avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme ? Croyez-vous qu'il suffise d'en porter le nom et les armes3, et que ce nous soit une gloire d'être sorti d'un sang noble lorsque nous vivons en infâmes ? Non, non, la naissance n'est rien où la vertu n'est pas. Aussi nous n'avons part à la gloire de nos ancêtres qu'autant que nous nous efforçons de leur ressembler; et cet éclat de leurs actions qu'ils répandent sur nous nous impose un engagement de leur faire le même honneur, de suivre les pas qu'ils nous tracent, et de ne point dégénérer de leurs vertus4, si nous voulons être estimés5 leurs véritables descendants. Ainsi vous descendez en vain des aïeux dont vous êtes né : ils vous désavouent pour leur sang, et tout ce qu'ils ont fait d'illustre ne vous donne aucun avantage; au contraire, l'éclat n'en rejaillit sur vous qu'à votre déshonneur, et leur gloire est un flambeau qui éclaire aux yeux d'un chacun la honte de vos actions. Apprenez enfin qu'un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature, que la vertu est le premier titre de noblesse, que je regarde bien moins au nom qu'on signe qu'aux actions qu'on fait, et que je ferais plus d'état du fils d'un crocheteur6 qui serait honnête homme que du fils d'un monarque qui vivrait comme vous.
DOM JUAN. – Monsieur, si vous étiez assis, vous en seriez mieux pour parler.
DOM LOUIS. – Non, insolent, je ne veux point m'asseoir, ni parler davantage, et je vois bien que toutes mes paroles ne font rien sur ton âme. Mais sache, fils indigne, que la tendresse paternelle est poussée à bout par tes actions, que je saurai, plus tôt que tu ne penses, mettre une borne à tes dérèglements, prévenir sur toi le courroux7 du Ciel, et laver par ta punition la honte de t'avoir fait naître. (Il sort.)

1 Déportements : mauvais comportements.
2 Ardeurs, transports : vives émotions, sentiments passionnés.
3 Armes: emblèmes d'une famille noble.
4 De ne point dégénérer de leurs vertus : de ne point perdre les qualités de leurs ancêtres.
5 Estimés : être considérés comme.
6 Crocheteur : personne exerçant une profession modeste, celle de porter des fardeaux avec des crochets.
7 Prévenir sur toi le courroux : anticiper la colère du Ciel.

 

Texte B : MARIVAUX, Le Jeu de l'amour et du hasard, acte l, scène 2 (1730).

[Monsieur Orgon désire marier sa fille, Silvia, à Dorante. Les deux jeunes gens ne se sont pas encore rencontrés. Lors d'une discussion précédente avec Lisette, sa femme de chambre, Silvia a manifesté son désaccord car elle désire voir et connaître Dorante avant de l'épouser.]

MONSIEUR ORGON, SILVIA, LlSETTE.

MONSIEUR ORGON. – Eh ! bonjour, ma fille; la nouvelle que je viens t'annoncer te fera-t-elle plaisir ? Ton prétendu1 arrive aujourd'hui, son père me l'apprend par cette lettre-ci. Tu ne me réponds rien ? tu me parais triste. Lisette de son côté baisse les yeux; qu'est-ce que cela signifie ? Parle donc, toi; de quoi s'agit-il ?
LlSETTE. – Monsieur, un visage qui fait trembler, un autre qui fait mourir de froid, une âme gelée qui se tient à l'écart, et puis le portrait d'une femme qui a le visage abattu, un teint plombé, des yeux bouffis et qui viennent de pleurer; voilà, Monsieur, tout ce que nous considérons avec tant de recueillement2.
MONSIEUR ORGON. – Que veut dire ce galimatias3 ? une âme, un portrait ? Explique-toi donc; je n'y entends rien.
SILVIA. – C'est que j'entretenais Lisette du malheur d'une femme maltraitée par son mari; je lui citais celle de Tersandre, que je trouvai l'autre jour fort abattue, parce que son mari venait de la quereller, et je faisais là-dessus mes réflexions.
LlSETTE. – Oui, nous parlions d'une physionomie qui va et qui vient, nous disions qu'un mari porte un masque avec le monde, et une grimace avec sa femme.
MONSIEUR ORGON. – De tout cela, ma fille, je comprends que le mariage t'alarme, d'autant plus que tu ne connais point Dorante. LlSETTE. – Premièrement, il est beau; et c'est presque tant pis4.
MONSIEUR ORGON. – Tant pis ! rêves-tu avec ton tant pis ?
LlSETTE. – Moi, je dis ce qu'on m'apprend; c'est la doctrine de Madame; j'étudie sous elle.
MONSIEUR ORGON. – Allons, allons, il n'est pas question de tout cela. Tiens, ma chère enfant, tu sais combien je t'aime. Dorante vient pour t'épouser. Dans le dernier voyage que je fis en province, j'arrêtai ce rnariage-là5 avec son père, qui est mon intime et ancien ami; mais ce fut à condition que vous vous plairiez à tous deux, et que vous auriez entière liberté de vous expliquer là-dessus; je te défends toute complaisance6 à mon égard : si Dorante ne te convient point, tu n'as qu'à le dire, et il repart; si tu ne lui convenais pas, il repart de même.
LlSETTE. – Un duo de tendresse en décidera, comme à l'Opéra : vous me voulez, je vous veux, vite un notaire ! ou bien : m'aimez-vous ? non, ni moi non plus, vite à cheval !
MONSIEUR ORGON. – Pour moi, je n'ai jamais vu Dorante; il était absent quand j'étais chez son père; mais sur tout le bien qu'on m'en a dit, je ne saurais craindre que vous vous remerciiez ni l'un ni l'autre7.
SILVIA. – Je suis pénétrée de vos bontés, mon père; vous me défendez toute complaisance, et je vous obéirai.
MONSIEUR ORGON. – Je te l'ordonne.
SILVIA. – Mais si j'osais, je vous proposerais, sur une idée qui me vient, de m'accorder une grâce qui me tranquilliserait tout à fait.
MONSIEUR ORGON. – Parle; si la chose est faisable, je te l'accorde.
SILVIA. – Elle est très faisable; mais je crains que ce ne soit abuser de vos bontés.
MONSIEUR ORGON. – Eh bien, abuse. Va, dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez.
LlSETTE. – Il n'y a que le meilleur de tous les hommes qui puisse dire cela.
MONSIEUR ORGON. – Explique-toi, ma fille.
SILVIA. – Dorante arrive ici aujourd'hui; si je pouvais le voir, l'examiner un peu sans qu'il me connût ! Lisette a de l'esprit, Monsieur; elle pourrait prendre ma place pour un peu de temps, et je prendrais la sienne.
MONSIEUR ORGON, à part. – Son idée est plaisante. (Haut.) Laisse-moi rêver un peu à ce que tu me dis là. (À part.) Si je la laisse faire, il doit arriver quelque chose de bien singulier8; elle ne s'y attend pas elle-même... (Haut.) Soit, ma fille, je te permets le déguisement. [...]

1 Ton prétendu : le jeune homme que Silvia doit épouser.
2 Cette réplique fait référence à la scène précédente et évoque l'épouse malheureuse de Tersandre dont il est question dans la première réplique de Silvia.
3 Galimatias : discours confus, embrouillé, inintelligible.
4 Tant pis : Lisette se moque ironiquement de Silvia pour laquelle la beauté d'un mari est suspecte.
5 J'arrêtai ce mariage-là: je décidai de ce mariage.
6 Complaisance : amitié, bienveillance, disposition à acquiescer aux sentiments de quelqu'un pour lui plaire.
7 Je ne saurais craindre que vous vous remerciiez ni l'un ni l'autre : je suis persuadé que vous vous plairez mutuellement.
8 Singulier : étrange, étonnant.

 

Texte C : Victor HUGO, Le Roi s'amuse, acte II, scène 3 (1832).

[Triboulet est le bouffon du roi François Ier. Il a fait élever loin de la cour sa fille Blanche. Celle-ci ignore l'identité réelle et la fonction de son père. Elle vient de le rejoindre après cette longue séparation.]

TRIBOULET, BLANCHE.

[...]
BLANCHE
Mon père, qu'avez-vous ? Dites-moi votre nom.
Oh ! versez dans mon sein toutes vos peines !

TRIBOULET
                                                            Non.
A quoi bon me nommer ? Je suis ton père. – Écoute,
Hors d'ici, vois-tu bien, peut-être on me redoute,
Qui sait ? l'un me méprise et l'autre me maudit.
Mon nom, qu'en ferais-tu quand je te l'aurais dit ?
Je veux ici du moins, je veux, en ta présence,
Dans ce seul coin du monde où tout soit innocence,
N'être pour toi qu'un père, un père vénéré,
Quelque chose de saint, d'auguste1 et de sacré !

BLANCHE
Mon père !

TRIBOULET, la serrant avec emportement dans ses bras.
               Est-il ailleurs un cœur qui me réponde ?
Oh ! je t'aime pour tout ce que je hais au monde !
– Assieds-toi près de moi. Viens, parlons de cela.
Dis, aimes-tu ton père ? Et, puisque nous voilà
Ensemble, et que ta main entre mes mains repose,
Qu'est-ce donc qui nous force à parler d'autre chose ?
Ma fille, ô seul bonheur que le ciel m'ait permis,
D'autres ont des parents, des frères, des amis,
Une femme, un mari, des vassaux, un cortège
D'aïeux et d'alliés, plusieurs enfants, que sais-je ?
Moi, je n'ai que toi seule ! Un autre est riche. Eh bien,
Toi seule es mon trésor et toi seule es mon bien !
Un autre croit en Dieu. Je ne crois qu'en ton âme !
D'autres ont la jeunesse et l'amour d'une femme,
Ils ont l'orgueil, l'éclat, la grâce et la santé,
Ils sont beaux; moi, vois-tu, je n'ai que ta beauté !
Chère enfant ! – Ma cité, mon pays, ma famille,
Mon épouse, ma mère, et ma sœur, et ma fille,
Mon bonheur, ma richesse, et mon culte, et ma loi,
Mon univers, c'est toi, toujours toi, rien que toi !
De tout autre côté ma pauvre âme est froissée.
– Oh ! si je te perdais !... Non, c'est une pensée
Que je ne pourrais pas supporter un moment !
– Souris-moi donc un peu. – Ton sourire est charmant.
Oui, c'est toute ta mère! – Elle était aussi belle.
Tu te passes souvent la main au front comme elle,
Comme pour l'essuyer, car il faut au cœur pur
Un front tout innocence et des cieux tout azur.
Tu rayonnes pour moi d'une angélique2 flamme,
À travers ton beau corps mon âme voit ton âme,
Même les yeux fermés, c'est égal, je te vois.
Le jour me vient de toi. Je me voudrais parfois
Aveugle, et l'œil voilé d'obscurité profonde,
Afin de n'avoir pas d'autre soleil au monde !

1 Auguste : noble, respectable, vénérable.
2 Angélique : propre aux anges.

 

Texte D : Jean ANOUILH, Cécile ou l'École des pères (1951).

MONSIEUR ORLAS. – Cécile, il faut que je vous parle. Voilà longtemps que je le désire - nous ne faisons pas grand-chose ni l'un ni l'autre de nos journées et je n'en ai positivement pas trouvé le temps. Les petits soucis de cette maison m'accablent. Vous êtes très jeune Cécile, vous apprendrez en grandissant que c'est toute une affaire de vivre. En fait, me direz-vous, il suffit de se lever le matin et de se coucher le soir et, avec un peu de patience, le jour passe... Pour peu qu'on prenne goût aux plaisirs de la table et qu'un ami ou deux vienne bavarder avec vous l'après-midi, le tour est joué. Il est l'heure de retourner au lit et d'oublier. Malheureusement la tête travaille.
CECILE. – Oui, papa.
MONSIEUR ORLAS. – Oui, papa ! cela ne veut rien dire. Je ne vous demande pas de m'écouter bien poliment en pensant à autre chose, Cécile. Je vous demande de faire un effort pour comprendre ce que je vous dis. C'est trop facile d'être une enfant, de penser : « Les pères sont bêtes, bornés par définition; ils vivent avec leurs préjugés d'un autre âge, ils ne savent rien de ce qui est bon. Écoutons-les bien respectueusement, puisque c'est l'usage. – Oui papa. Je vous le promets papa, – et n'en faisons qu'à notre tête, une fois qu'ils ont le dos tourné. »
CECILE. – Non, papa.
MONSIEUR ORLAS. – Non, papa ! c'est la même chose. Je vous demande un peu moins de respect, Cécile, et une petite lumière dans vos yeux qui me montre que vous m'écoutez. Si je vous parle comme un père et vous comme une petite fille, nous nous quitterons tout à l'heure, vous avec une révérence, moi une petite tape amicale sur votre joue, et nous n'aurons pas avancé d'un pas. J'aimerais que vous renonciez aux privilèges de votre âge et que vous m'accordiez, pour un moment, l'attention et la considération que vous auriez pour un autre enfant.
CECILE. – Vous savez que je vous obéis toujours respectueusement en tout, papa.
MONSIEUR ORLAS. - Bon ! vous faites la sotte maintenant. Ce n'est pas là ce que je vous demande, vous le savez fort bien. Mais enfin quelque chose dans votre regard vous a trahie et je pense que m'avez compris. Vous êtes un petit être vif, rusé, sage comme un– vieux Chinois avec vos airs de folie, mais des conventions millénaires ont dressé une barrière infranchissable entre nous. Parce que je suis votre père et que vous êtes ma fille, nous nous croyons obligés l'un et et l'autre de jouer des rôles tout faits. Ce que je vais vous dire est d'avance marqué dans votre esprit de banalité, de conformisme, d'ennui. Vous êtes injuste, Cécile... Imaginez un instant que je ne suis pas votre père, je vous assure que je suis un homme drôle et charmant.
CECILE. – Oui, papa.
MONSIEUR ORLAS, amer. – Oui, papa ! Ne me répondez rien du tout, je crois que nous avancerons plus vite. Je vais d'abord vous faire un aveu Cécile, j'ai à peu de chose près le même âge que vous.

Il la regarde, satisfait.

Ah ! j’ai réussi à vous étonner, tout de même ! Mais vous vous méfiez encore, je le vois bien. Vous vous dites que c’est un début inhabituel ; mais restons tout de même sur nos gardes. Tout cela va se transformer en interdictions et en morale comme d’habitude. Rien d’autre ne peut sortir de la bouche d’un père, c’est connu. Vous savez de quoi vous avez l’air en ce moment, Cécile ? D’un petit prisonnier que l’état-major ennemi interroge… Pourtant vous êtes grande et belle ; dans un an, dans un mois, qui sait, demain peut-être, vous serez passée dans l’autre camp, vous aussi : vous serez une femme. Nous pourrons nous comprendre alors, mais il sera peut-être trop tard. J’aurais voulu trouver le chemin de votre coeur avant. […]

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Quelles images du père ces extraits de pièces de théâtre nous présentent-ils ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

 

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ASIE DU SUD-EST
SÉRIES ES / S

 

Objets d'étude : Poésie et quête du sens du Moyen Âge à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Charles BAUDELAIRE, « Enivrez-vous », poème XXXIII, Le Spleen de Paris (1869)
Texte B : René CHAR, « Rougeur des matinaux », sections I à IV, Les Matinaux (1950)
Texte C : Paul ELUARD, « Bonne Justice », Pouvoir tout dire (1951)
Texte D : Jean MAMBRINO, « Orphée innombrable », La Saison du monde (1986)
Document E : Camille Corot, « Orphée ramenant Eurydice des Enfers » (1861).

 

Texte A : Charles Baudelaire, « Enivrez-vous », poème XXXIII, Le Spleen de Paris (1869).

ENIVREZ-VOUS

  Il faut être toujours ivre. Tout est là. C'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
  Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
  Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

 

Texte B : René Char, « Rougeur des matinaux », sections I à IV, Les Matinaux (1950).

I

L'état d'esprit du soleil levant est allégresse1 malgré le jour cruel et le souvenir de la nuit. La teinte du caillot2 devient la rougeur de l'aurore.

II

Quand on a mission d'éveiller, on commence par faire sa toilette dans la rivière. Le premier enchantement comme le premier saisissement sont pour soi.

III

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s'habitueront.

IV

Au plus fort de l'orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C'est l'oiseau inconnu. Il chante avant de s'envoler.

1. Allégresse : joie intense
2. Caillot : sang coagulé.

 

Texte C : Paul Eluard, « Bonne Justice », Pouvoir tout dire (1951).

C'est la chaude loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes

C'est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort

C'est la douce loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères

Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du cœur de l'enfant
Jusqu'à la raison suprême.

 

Texte D : Jean Mambrino, « Orphée1 innombrable », La Saison du monde (1986).

Parle. Ouvre cet espace sans violence. Élargis
le cercle, la mouvance qui t'entoure de floraisons.
Établis la distance entre les visages, fais danser
les distances du monde, entre les maisons,
les regards, les étoiles. Propage l'harmonie,
arrange les rapports, distribue le silence
qui proportionne la pensée au désir, le rêve
à la vision. Parle au-dedans vers le dehors,
au-dehors, vers l'intime. Possède l'immensité
du royaume que tu te donnes. Habite l'invisible
où tu circules à l'aise. Où tous enfin te voient.
Dilate les limites de l'instant, la tessiture2
de la voix qui monte et descend l'échelle
du sens, puisant son souffle aux bords de l'inouï3.
Lance, efface, emporte, allège, assure, adore. Vis.

1. Orphée: personnage de la mythologie. Le jour de son mariage, son épouse Eurydice, meurt piquée par un serpent. Orphée descend alors au royaume des morts et, charmant le dieu des Enfers par le pouvoir de son chant poétique, il obtient de ramener Eurydice à la vie. Dès lors, Orphée est considéré comme l'emblème des poètes.
2. Tessiture : amplitude, capacité de la voix à aller dans les graves et les aigus.
3. Inouï : jamais entendu, exceptionnel.

 

Document E : Camille Corot, Orphée ramenant Eurydice des Enfers (1861).

 

I - Vous répondrez d'abord à la question suivante (4 points) :

 En quoi ces poèmes sont-ils des leçons de vie ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

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-SESSION DE REMPLACEMENT
SÉRIE L

 

Objet d'étude : Le texte théâtral et sa représentation, du XVllème siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : MOLIÈRE, Le Malade imaginaire, acte l, scène 6, extrait (1673).
Texte B : BEAUMARCHAIS, Le Mariage de Figaro, acte l, scène 7, extrait (1778) .
Texte C : G. FEYDEAU, Un fil à la patte, acte l, scène 4, extrait (1894).
Texte D : Y. REZA, Art, scène première, extrait (1994).

 

Texte A : MOLIÈRE, Le Malade imaginaire, acte l, scène 6, extrait (1673).

[Argan souhaite marier sa fille au fils d'un médecin, nommé Thomas Diafoirus, tandis que sa femme Béline la destine au couvent. Toinette, la servante de la famille, a pris le parti de la jeune fille.]

[...]

BÉLINE : Pourquoi donc est-ce que vous mettez mon mari en colère ?
TOINETTE, d'un ton doucereux : Moi, Madame, hélas! Je ne sais pas ce que vous me voulez dire, et je ne songe qu'à complaire1 à Monsieur en toutes choses.
ARGAN : Ah ! la traîtresse !
TOINETTE : Il nous a dit qu'il voulait donner sa fille en mariage au fils de Monsieur Diafoirus ; je lui ai répondu que je trouvais le parti avantageux pour elle; mais que je croyais qu'il ferait mieux de la mettre dans un convent2.
BÉLINE : Il n'y a pas grand mal à cela, et je trouve qu'elle a raison.
ARGAN : Ah ! mamour, vous la croyez. C'est une scélérate : elle m'a dit cent insolences.
BÉLINE : Hé bien ! je vous crois, mon ami. Là, remettez-vous. Écoutez Toinette, si vous fâchez jamais mon mari, je vous mettrai dehors. Çà, donnez-moi son manteau fourré et des oreillers, que je l'accommode dans sa chaise. Vous voilà je ne sais comment. Enfoncez bien votre bonnet jusque sur vos oreilles : il n'y a rien qui enrhume tant que de prendre l'air par les oreilles.
ARGAN : Ah ! mamie, que je vous suis obligé de tous les soins que vous prenez de moi !
BÉLlNE, accommodant les oreillers qu'elle met autour d'Argan : Levez-vous, que je mette ceci sous vous. Mettons celui-ci pour vous appuyer, et celui-là de l'autre côté. Mettons celui-ci derrière votre dos, et cet autre-là pour soutenir votre tête.
TOINETTE, lui mettant rudement un oreiller sur la tête, et puis fuyant : Et celui-ci pour vous garder du serein3.
ARGAN se lève en colère, et jette tous les oreillers à Toinette : Ah! coquine, tu veux m'étouffer.
BÉLINE : Eh là, eh là ! Qu'est-ce que c'est donc ?
ARGAN, tout essoufflé, se jette dans sa chaise : Ah ! ah ! ah ! je n'en puis plus.
BÉLINE : Pourquoi vous emporter ainsi ? Elle a cru faire bien.
ARGAN : Vous ne connaissez pas, mamour, la malice de la pendarde. Ah ! elle m'a mis tout hors de moi; et il faudra plus de huit médecines, et de douze lavements, pour réparer tout ceci.
BÉLINE : Là, là, mon petit ami, apaisez-vous un peu. [ ... ]

1. Complaire : plaire.
2. Convent : couvent.
3. Serein : humidité de l'air.

 

Texte B : BEAUMARCHAIS, Le Mariage de Figaro, acte l, scène 7, extrait (1778).

[Chérubin, le jeune page, vient d'être renvoyé du château par le Comte Almaviva. Amoureux de la Comtesse, il annonce cette nouvelle à Suzanne, la femme de chambre et confidente de la Comtesse, qui tient justement le ruban de nuit de cette dernière.]

SUZANNE, raillant : Hélas ! l'heureux bonnet et le fortuné ruban qui renferment la nuit les cheveux de cette belle marraine...
CHÉRUBIN, vivement : Son ruban de nuit ! donne-le-moi, mon cœur.
SUZANNE, le retirant : Eh ! que non pas; « son cœur » ! Comme il est familier donc ! si ce n'était pas un morveux sans conséquence... (Chérubin arrache le ruban.) Ah ! le ruban !
CHÉRUBIN tourne autour du grand fauteuil : Tu diras qu'il est égaré, gâté; qu'il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.
SUZANNE tourne après lui : Oh ! dans trois ou quatre ans, je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien !... Rendez-vous le ruban ? Elle veut le reprendre.
CHÉRUBIN tire une romance1 de sa poche : Laisse, ah, laisse-le-moi, Suzon; je te donnerai ma romance, et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse attristera tous mes moments, le tien y versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon cœur.
SUZANNE arrache la romance : Amuser votre cœur, petit scélérat ! vous croyez parler à votre Fanchette2 ; on vous surprend chez elle; et vous soupirez pour Madame; et vous m'en contez à moi, par-dessus le marché !
CHÉRUBIN, exalté : Cela est vrai, d'honneur ! je ne sais plus ce que je suis; mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée; mon cœur palpite au seul aspect d'une femme; les mots amour et volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire à quelqu'un je vous aime est devenu pour moi si pressant que je le dis tout seul, en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux arbres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. Hier je rencontrai Marceline3...
SUZANNE, riant : Ah, ah, ah, ah !
CHÉRUBIN : Pourquoi non ? elle est femme ! elle est fille ! une fille, une femme ! ah que ces noms sont doux ! qu'ils sont intéressants !
SUZANNE : Il devient fou !
CHÉRUBIN : Fanchette est douce; elle m'écoute au moins; tu ne l'es pas, toi !
SUZANNE : C'est bien dommage; écoutez donc Monsieur ! Elle veut arracher le ruban.
CHÉRUBIN tourne en fuyant : Ah ! ouiche ! on ne l'aura, vois-tu, qu'avec ma vie. Mais, si tu n'es pas contente du prix, j'y joindrai mille baisers. (ll lui donne chasse à son tour.)
SUZANNE tourne en fuyant : Mille soufflets4, si vous approchez. Je vais m'en plaindre à ma maîtresse; et loin de supplier pour vous, je dirai moi-même à Monseigneur : C'est bien fait, Monseigneur; chassez-nous ce petit voleur; renvoyez à ses parents un petit mauvais sujet qui se donne les airs d'aimer Madame, et qui veut toujours m'embrasser par contre­coup. [...]

1. Romance: petit poème en vers pouvant traiter de sujets amoureux.
2. Fanchette : cousine de Suzanne et fille d'Antonio, jardinier du château.
3. Marceline : gouvernante de la Comtesse.
4. Soufflets : gifles.

 

Texte C : FEYDEAU, Un fil à la patte, acte l, scène 4, extrait (1894).

[Fernand de Bois-d'Enghien se rend chez sa maîtresse Lucette, une chanteuse de café-concert, dans la ferme intention de rompre, avant qu'elle n'apprenne son projet de mariage avec une autre femme, qui est annoncé dans le journal.]

[...]

BOIS-D'ENGHIEN, qui pendant ce qui précède parcourt le Figaro qu'il a près de lui sur la table, bondissant tout à coup et à part :
Sapristi ! mon mariage qui est annoncé dans le Figaro ! (Il froisse le journal, le met en boule et le fourre contre sa poitrine par l'entre­bâillement de son peignoir.)
LUCETTE, qui a vu le jeu de scène ainsi que tout le monde, courant à lui :
Eh bien! qu'est­ ce qui te prend ?
BOIS-D'ENGHIEN :
Rien ! rien! c'est nerveux !
LUCETTE :
Mon pauvre Fernand, tu ne vas pas encore être malade !
BOIS-D'ENGHIEN :
Non ! non ! (À part, pendant que Lucette rassurée retourne à la place qu'elle vient de quitter et raconte à mi-voix à Nini1 que Bois-d'Enghien a été malade.) Merci ! lui flanquer comme ça mon mariage dans l'estomac, sans l'avoir préparée.
DE CHENNEVIETTE2 :
Ah ! à propos de journal, tu as vu l'aimable article que l'on a fait sur toi dans le Figaro de ce matin.
LUCETTE :
Non.
DE CHENNEVIETTE :
Oh ! excellent ! Justement j'ai pensé à te l'apporter ! (Il tire de sa poche un Figaro, qu'il déploie tout grand.)
BOIS-D'ENGHIEN, anxieux :
Hein !
DE CHENNEVIETTE :
Tiens, si tu veux le lire.
BOIS-D'ENGHIEN, se précipitant sur le journal et l'arrachant des mains de Chenneviette :
Non, pas maintenant, pas maintenant ! (Il fait subir au journal le même sort qu'au premier.)
TOUS :
Comment ?
BOIS-D'ENGHIEN :
Non, on va déjeuner; maintenant, ce n'est pas le moment de lire les journaux.
DE CHENNEVIETTE :
Mais qu'est-ce qu'il a ?

1. Nini : Nini est une cocotte, c'est-à-dire une femme de mœurs légères et richement entretenue.
2. De Chenneviette : père de l'enfant de Lucette.

 

Texte D : REZA, Art, scène première, extrait (1994).

PERSONNAGES
Marc
Serge
Yvan

Le salon d'un appartement.
Un seul décor. Le plus dépouillé, le plus neutre possible.
Les scènes se déroulent successivement chez Serge, Yvan et Marc.
Rien ne change, sauf l'œuvre de peinture exposée.

Marc, seul.

MARC : Mon ami Serge a acheté un tableau. C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux. Mon ami Serge est un ami depuis longtemps. C'est un garçon qui a bien réussi, il est médecin dermatologue et il aime l'art. Lundi, je suis allé voir le tableau que Serge avait acquis samedi mais qu'il convoitait depuis plusieurs mois. Un tableau blanc, avec des liserés blancs.

Chez Serge.
Posée à même le sol, une toile blanche, avec de fins liserés blancs transversaux.
Serge regarde, réjoui, son tableau.
Marc regarde le tableau.
Serge regarde Marc qui regarde le tableau.
Un long temps où tous les sentiments se traduisent sans mot
.

MARC : Cher ?
SERGE : Deux cent mille.
MARC : Deux cent mille?...
SERGE : Handtington me le reprend à vingt-deux.
MARC : Qui est-ce ?
SERGE : Handtington ? !
MARC : Connais pas.
SERGE : Handtington ! La galerie Handtington !
MARC : La galerie Handtington te le reprend à vingt-deux ? ...
SERGE : Non, pas la galerie. Lui. Handtington lui-même. Pour lui.
MARC : Et pourquoi ce n'est pas Handtington qui l'a acheté ?
SERGE : Parce que tous ces gens ont intérêt à vendre à des particuliers. Il faut que le marché circule.
MARC : Ouais ...
SERGE : Alors ?
MARC : ...
SERGE : Tu n'es pas bien là. Regarde-le d'ici. Tu aperçois les lignes ?
MARC : Comment s'appelle le ...
SERGE : Peintre. Antrios.
MARC : Connu ?
SERGE : Très. Très !
Un temps.
MARC : Serge, tu n'as pas acheté ce tableau deux cent mille francs ?
SERGE : Mais mon vieux, c'est le prix. C'est un ANTRIOS !
MARC : Tu n'as pas acheté ce tableau deux cent mille francs !
[...]

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Dans ces quatre textes, que nous apprennent les objets sur les relations entre les personnages ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

 

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-SESSION DE REMPLACEMENT
SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : Le personnage de roman, du XVllème siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Fénelon, Les aventures de Télémaque, premier livre, extrait (1699).
Texte B : Marivaux, Le Paysan parvenu, première partie, extrait (1734).
Texte C : Maupassant, Bel-Ami, première partie, chapitre 3, extrait (1885).

 

Texte A : Fénelon, Les aventures de Télémaque, premier livre, extrait (1699).

[Télémaque, le fils d'Ulysse, parcourt les mers à la recherche de son père, accompagné de son précepteur, Mentor. Ils viennent de faire naufrage sur l'île de la nymphe Calypso, qui leur fait d'abord mauvais accueil.]

Télémaque lui répondit : « Ô vous, qui que vous soyez, mortelle ou déesse (quoique à vous voir on ne puisse vous prendre que pour une divinité), seriez-vous insensible au malheur d'un fils, qui, cherchant son père à la merci des vents et des flots, a vu briser son navire contre vos rochers ?
– Quel est donc votre père que vous cherchez ? reprit la déesse.
– Il se nomme Ulysse, dit Télémaque; c'est un des rois qui ont, après un siège de dix ans, renversé la fameuse Troie. Son nom fut célèbre dans toute la Grèce et dans toute l'Asie, par sa valeur dans les combats et plus encore par sa sagesse dans les conseils. Maintenant, errant dans toute l'étendue des mers, il parcourt tous les écueils les plus terribles. Sa patrie semble fuir devant lui. Pénélope, sa femme, et moi, qui suis son fils, nous avons perdu l'espérance de le revoir. Je cours, avec les mêmes dangers que lui, pour apprendre où il est. Mais que dis-je ? peut-être qu'il est maintenant enseveli dans les profonds abîmes de la mer. Ayez pitié de nos malheurs, et, si vous savez, ô déesse, ce que les destinées ont fait pour sauver ou pour perdre Ulysse, daignez en instruire son fils Télémaque. »
Calypso, étonnée et attendrie de voir dans une si vive jeunesse tant de sagesse et d'éloquence, ne pouvait rassasier ses yeux en le regardant; et elle demeurait en silence. Enfin elle lui dit : « Télémaque, nous vous apprendrons ce qui est arrivé à votre père. Mais l'histoire en est longue : il est temps de vous délasser de tous vos travaux1. Venez dans ma demeure, où je vous recevrai comme mon fils : venez; vous serez ma consolation dans cette solitude; et je ferai votre bonheur, pourvu que vous sachiez en jouir. »
Télémaque suivait la déesse environnée d'une foule de jeunes nymphes, au-dessus desquelles elle s'élevait de toute la tête, comme un grand chêne dans une forêt élève ses branches épaisses au-dessus de tous les arbres qui l'environnent. Il admirait l'éclat de sa beauté, la riche pourpre2 de sa robe longue et flottante, ses cheveux noués par-derrière négligemment mais avec grâce, le feu qui sortait de ses yeux et la douceur qui tempérait cette vivacité. Mentor, les yeux baissés, gardant un silence modeste, suivait Télémaque.

1. « Travail » a ici le sens d'« épreuve ».
2. La pourpre est une substance colorante d'un rouge vif et soutenu. Dans l'Antiquité, les vêtements teintés en pourpre étaient les habits les plus luxueux.

 

Texte B : Marivaux, Le Paysan pervenu1, première partie, extrait (1734).

[Dans ses « mémoires », Jacob raconte ses débuts, lorsque, jeune paysan, il transporte à Paris le vin du domaine paternel. Il est reçu par la maîtresse de maison, qu'il commence par décrire.]

Elle était bonne, généreuse, ne se formalisait de rien, familière avec ses domestiques, abrégeant les respects des uns, les révérences des autres; la franchise, avec elle, tenait lieu de politesse. Enfin, c'était un caractère sans façon. Avec elle, on ne faisait point de fautes capitales, il n'y avait point de réprimandes à essuyer; elle aimait mieux qu'une chose allât mal que de se donner la peine de dire qu'on la fît bien. Aimant de tout son cœur la vertu, sans inirnitié2 pour le vice, elle ne blâmait rien, pas même la malice de ceux qu'elle entendait blâmer les autres. Vous ne pouviez manquer de trouver éloge ou grâce auprès d'elle; je ne lui ai jamais vu haïr que le crime, et elle le haïssait peut-être plus fortement que personne. Au demeurant, amie de tout le monde, et surtout de toutes les faiblesses qu'elle pouvait vous connaître.
« Bonjour, mon garçon, me dit-elle quand je l'abordai. Eh bien! comment te trouves­ tu à Paris ? » Et puis se tournant du côté de ses femmes : « Vraiment, ajouta-t-elle, voilà un paysan de bonne mine.
– Bon ! Madame, lui répondis-je, je suis le plus mal fait de notre village.
– Va, va, me dit-elle, tu ne me parais ni sot ni mal bâti, et je te conseille de rester à Paris; tu y deviendras quelque chose.
– Dieu le veuille, Madame, lui repartis-je; mais j'ai du mérite et point d'argent; cela ne joue pas ensemble.
– Tu as raison, me dit-elle en riant; le temps remédiera à cet inconvénient; demeure ici. Je te mettrai auprès de mon neveu, qui arrive de province, et qu'on va envoyer au collège; tu le serviras.
– Que le ciel vous le rende, Madame, lui répondis-je; dites-moi seulement si cela vaut fait, afin que je l'écrive à notre père; je me rendrai si savant en le voyant étudier, que je vous promets de savoir quelque jour vous dire la sainte Messe. Eh ! que sait-on ? Comme il n'y a que chance dans ce monde, souvent on se trouve évêque ou vicaire sans savoir comment cela s'est fait. »
Ce discours la divertit beaucoup; sa gaieté ne fit que m'animer; je n'étais pas honteux des bêtises que je disais, pourvu qu'elles fussent plaisantes; car, à travers l'épaisseur de mon ignorance, je voyais qu'elles ne nuisaient jamais à un homme qui n'était pas obligé d'en savoir davantage, et même qu'on lui tenait compte d'avoir le courage de répliquer à quelque prix que ce fût.
« Ce garçon est plaisant, dit-elle, je veux en avoir soin; prenez garde à vous, vous autres (c'était à ses femmes qu'elle parlait) ; sa naïveté vous réjouit aujourd'hui, vous vous en amusez comme d'un paysan; mais ce paysan deviendra dangereux, je vous en avertis.

1. Parvenu : qui s'est élevé socialement, qui s'est enrichi.
2. Sans inimitié : sans hostilité.

 

Texte C : Maupassant, Bel-Ami, première partie, chapitre 3, extrait (1885).

[Georges Duroy, surnommé Bel-Ami, est plein d'ambition, mais il n'a pas encore l'emploi dont il rêve. Il vient de rencontrer par hasard un ancien camarade, Forestier, qui lui propose une place dans son journal. Il doit rendre un premier article pour le jour même. Mais, rentré chez lui, il n'arrive pas à écrire la moindre ligne. Il se rend à nouveau chez Forestier pour lui demander de l'aide. Ce dernier lui conseille de s'adresser à sa femme, Madeleine Forestier. Elle le fait entrer dans son bureau.]

  Elle montrait un siège: « Asseyez-vous et parlez. »
  Elle maniait entre deux doigts une plume d'oie en la tournant agilement; et, devant elle, une grande page de papier demeurait écrite à moitié, interrompue à l'arrivée du jeune homme. Elle avait l'air chez elle devant cette table de travail, à l'aise comme dans son salon, occupée à sa besogne ordinaire. Un parfum léger s'envolait du peignoir, le parfum frais de la toilette récente. Et Duroy cherchait à deviner, croyait voir le corps jeune et clair, gras et chaud, doucement enveloppé dans l'étoffe moelleuse.
  Elle reprit, comme il ne parlait pas : « Eh bien, dites, qu'est-ce que c'est ? »
  Il murmura, en hésitant : « Voilà mais vraiment... je n'ose pas... C'est que j'ai travaillé hier soir très tard... et ce matin très tôt... pour faire cet article sur l'Algérie que M. Walter m'a demandé... et je n'arrive à rien de bon... j'ai déchiré tous mes essais... Je n'ai pas l'habitude de ce travail-là, moi; et je venais demander à Forestier de m'aider... pour une fois... »
  Elle l'interrompit, en riant de tout son cœur, heureuse, joyeuse et flattée : « Et il vous a dit de venir me trouver... ? C'est gentil, ça...
  – Oui, madame. Il m'a dit que vous me tireriez d'embarras mieux que lui... mais, moi, je n'osais pas, je ne voulais pas. Vous comprenez ? »
  Elle se leva : « Ça va être charmant de collaborer comme ça. Je suis ravie de votre idée. Tenez, asseyez-vous à ma place, car on connaît mon écriture au journal. Et nous allons vous tourner un article, mais là, un article à succès. »
  Il s'assit, prit une plume, étala devant lui une feuille de papier, et attendit.
  Mme Forestier, restée debout, le regardait faire ses préparatifs; puis elle atteignit une cigarette sur la cheminée et l'alluma :
  « Je ne puis pas travailler sans fumer, dit-elle, voyons, qu'allez-vous raconter ? »
  Il leva la tête vers elle avec étonnement.
  « Mais je ne sais pas, moi, puisque je suis venu vous trouver pour ça. »
  Elle reprit : « Oui, je vous arrangerai la chose. Je ferai la sauce, mais il me faut le plat. »
  Il demeurait embarrassé; enfin il prononça avec hésitation : « Je voudrais raconter mon voyage depuis le commencement... »
  Alors elle s'assit, en face de lui, de l'autre côté de la grande table, et, le regardant dans les yeux :
  « Eh bien, racontez-le moi d'abord, pour moi toute seule, vous entendez, bien doucement, sans rien oublier, et je choisirai ce qu'il faut prendre. »

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Quels rôles les personnages féminins jouent-ils dans ces trois textes ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

 

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-SESSION DE REMPLACEMENT
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : Le texte théâtral et sa représentation, du XVllème siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Molière, L'École des femmes, acte l, scène 2, 1662.
Texte B : Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte II, scène 16, 1784.
Texte C : Georges Feydeau, Un fil à la patte, acte II, scènes 17 et 18, 1894.
Texte D : Bernard-Marie Koltès, Roberto Zucco, extrait du tableau II, 1990.

 

Texte A : Molière, L'École des femmes, acte l, scène 2,1662.

[Arnolphe revient après dix jours d'absence dans sa maison, qu'il a confiée à ses deux domestiques Alain et Georgette. Il frappe à la porte.]

[...]

ALAIN
    Qui heurte ?
ARNOLPHE
                 Ouvrez. On aura, que je pense,
Grande joie à me voir après dix jours d'absence.
ALAIN
Qui va là ?
ARNOLPHE
            Moi.
ALAIN
               Georgette !
GEORGETTE
                        Hé bien ?
ALAIN
                              Ouvre là-bas.
GEORGETTE
Vas-y, toi.
ALAIN
            Vas-y, toi.
GEORGETTE
                       Ma foi je n'irai pas.
ALAIN
Je n'irai pas aussi.
ARNOLPHE
                      Belle cérémonie,
Pour me laisser dehors. Holà ho, je vous prie.
GEORGETTE
Qui frappe ?
ARNOLPHE
              Votre maître.
GEORGETTE
                          Alain ?
ALAIN
                               Quoi ?
GEORGETTE
                                    C'est Monsieur !
Ouvre vite.
ALAIN
             Ouvre, toi.
GEORGETTE
                          Je souffle notre feu1.
ALAIN
J'empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte.
ARNOLPHE
Quiconque de vous deux n'ouvrira pas la porte
N'aura point à manger de plus de quatre jours.
Ha!
GEORGETTE
      Par quelle raison y venir quand j'y cours ?
ALAIN
Pourquoi plutôt que moi ? Le plaisant strodagème2 !
GEORGETTE
Ôte-toi donc de là.
ALAIN
                      Non, ôte-toi, toi-même.
GEORGETTE
Je veux ouvrir la porte.
ALAIN
                          Et je veux l'ouvrir, moi.
GEORGETTE
Tu ne l'ouvriras pas.
ALAIN
                      Ni toi non plus.
GEORGETTE
                                        Ni toi.
ARNOLPHE
Il faut que j'aie ici l'âme bien patiente !
ALAIN
Au moins, c'est moi, Monsieur.
GEORGETTE
                                   Je suis votre servante,
C'est moi.
ALAIN
           Sans le respect de Monsieur que voilà,
Je te...
ARNOLPHE, recevant un coup d'Alain.
          Peste !
ALAIN
                  Pardon.
ARNOLPHE
                          Voyez ce lourdaud-là!
ALAIN
C'est elle aussi, Monsieur...
ARNOLPHE
                               Que tous deux on se taise.
Songez à me répondre et laissons la fadaise3.

1 Feu: bougie, souvent tenue à la main.
2 Strodagème : mis pour stratagème (ruse, machination). Alain écorche ce mot trop savant pour lui.
3 Fadaise: plaisanterie idiote.

 

Texte B : BEAUMARCHAIS, Le Mariage de Figaro, acte l, scène 7, extrait (1778).

[Le comte Almaviva se rend précipitamment dans les appartements de sa femme, averti qu'un homme a un rendez-vous amoureux avec elle. Mais c'est Chérubin, jeune serviteur qu'il a auparavant renvoyé, qui y est, pour une tout autre affaire.]

LA COMTESSE, au devant1,
Arrêtez, monsieur, je vous prie ! Me croyez-vous capable de manquer à ce que je dois ?
LE COMTE
Tout ce qu'il vous plaira, madame; mais je verrai qui est dans ce cabinet.
LA COMTESSE, effrayée.
Eh bien, monsieur, vous le verrez. Écoutez-moi... tranquillement.
LE COMTE
Ce n'est donc pas Suzanne2 ?
LA COMTESSE, timidement.
Au moins n'est-ce pas non plus une personne... dont vous deviez rien redouter... Nous disposions une plaisanterie... bien innocente, en vérité, pour ce soir; et je vous jure...
LE COMTE
Et vous me jurez?...
LA COMTESSE
Que nous n'avions pas plus dessein3 de vous offenser l'un que l'autre.
LE COMTE, vite.
L'un que l'autre ? C'est un homme.
LA COMTESSE
Un enfant, monsieur.
LE COMTE
Eh ! qui donc ?
LA COMTESSE
A peine osé-je le nommer !
LE COMTE, furieux.
Je le tuerai.
LA COMTESSE
Grands dieux !
LE COMTE.
Parlez donc !
LA COMTESSE
Ce jeune... Chérubin...
LE COMTE
Chérubin! l'insolent ! Voilà mes soupçons et le billet4 expliqués.
LA COMTESSE, joignant les mains.
Ah ! Monsieur, gardez de penser...
LE COMTE, frappant du pied, à part.
Je trouverai partout ce maudit page5 ! (Haut.) Allons, madame, ouvrez; je sais tout maintenant. Vous n'auriez pas été si émue, en le congédiant ce matin; il serait parti quand je l'ai ordonné; vous n'auriez pas mis tant de fausseté dans votre conte de Suzanne6, il ne se serait pas si soigneusement caché, s'il n'y avait rien de criminel.
LA COMTESSE
Il a craint de vous irriter en se montrant.
LE COMTE, hors de lui, et criant tourné vers le cabinet.
Sors donc, petit malheureux !
LA COMTESSE le prend à bras-le-corps, en l'éloignant.
Ah ! Monsieur, monsieur, votre colère me fait trembler pour lui. N'en croyez pas un injuste soupçon, de grâce; et que le désordre où vous l'allez trouver...
LE COMTE
Du désordre !
LA COMTESSE
Hélas, oui; prêt à s'habiller en femme, une coiffure à moi sur la tête, en veste et sans manteau, le col ouvert, les bras nus: il allait essayer...
LE COMTE
Et vous vouliez garder votre chambre ! Indigne épouse ! Ah ! Vous la garderez... longtemps; mais il faut avant que j'en chasse un insolent, de manière à ne plus le rencontrer nulle part.
LA COMTESSE se jette à genoux, les bras élevés.
Monsieur le Comte, épargnez un enfant; je ne me consolerais pas d'avoir causé...
LE COMTE
Vos frayeurs aggravent son crime.
LA COMTESSE.
Il n'est pas coupable, il partait : c'est moi qui l'ai fait appeler.
LE COMTE, furieux.
Levez-vous. Ôtez-vous... Tu es bien audacieuse d'oser me parler pour un autre !
LA COMTESSE.
Eh bien ! Je m'ôterai, monsieur, je me lèverai; je vous remettrai même la clef du cabinet: mais, au nom de votre amour...
LE COMTE
De mon amour ! Perfide !
LA COMTESSE se lève et lui présente la clef.
Promettez-moi que vous laisserez aller cet enfant sans lui faire aucun mal; et puisse, après, tout votre courroux7 tomber sur moi, si je ne vous convaincs pas...
LE COMTE, prenant la clef.
Je n'écoute plus rien.
LA COMTESSE se jette sur une bergère8, un mouchoir sur les yeux.
Ô ciel ! Il va périr !
LE COMTE ouvre la porte et recule.
C'est Suzanne ! [...]

1. Au-devant de lui.
2. La comtesse avait précédemment prétendu que c'était Suzanne qui se trouvait dans le cabinet.
3. Avoir dessein: avoir pour but.
4. Billet: message.
5. Page: jeune garçon, d'origine noble, attaché au service d'un seigneur ou d'une grande dame.
6. « Votre conte de Suzanne » fait référence à l'histoire inventée par la comtesse (cf note 2).
7. Courroux: colère.
8. Bergère: fauteuil large et profond.

 

Texte C : Georges Feydeau, Un fil à la patte, acte II, scènes 17 et 18, 1894.

[Fernand de Bois-d'Enghien doit épouser Viviane, fille de la baronne Duverger, mais il n'a rien dit à sa maîtresse, Lucette, une chanteuse d'opérette. Le jour des noces, Lucette est invitée par la baronne à venir chanter. À cette occasion, Lucette découvre que le futur mari est son amant. Elle décide alors de lui tendre un piège.]

LUCETTE. Elle l'a saisi n'importe comment par le cou, ce qui le fait glisser à terre, tandis qu'elle se laisse tomber assise sur le canapé, paralysant ses mouvements en le tenant toujours par le cou.
Mon Fernand, je t'aime, je t'aime, je t'aime. Elle finit par le crier.
BOIS-D'ENGHIEN, affolé.
Mais tais-toi donc ! mais tais-toi donc ! Tu vas faire venir !
LUCETTE, criant.
Ça m'est égal ! qu'on vienne !... On verra que je t'aime. Oh ! mon Fernand ! je t'aime, je t'aime ! Elle sonne, la main droite appuyée sur le timbre électrique qui retentit tant et plus.
BOIS-D'ENGHIEN, à genoux et toujours tenu par le cou, perdant la tête.
Allons, bon ! le téléphone, à présent !... On sonne au téléphone ! Oh ! la, la ... mais tais-toi donc ! tais-toi donc !
Pendant tout ce qui précède, cris continus de Lucette
.
VOIX DU DEHORS
Qu'est-ce qu'il y a ? Ouvrez !
BOIS-D'ENGHIEN
On n'entre pas ! Mais tais-toi donc ! Mais tais-toi donc !
La porte du fond cède et tous les personnages de la soirée paraissent à l'embrasure.
[ ... ]

SCÈNE 18
Les Mêmes, La Baronne, Viviane, De Chenneviette, Le Général, Marceline, De Fontanet, Invitées, Invités.

TOUT LE MONDE Oh !
BOIS-D'ENGHIEN
On n'entre pas, je vous dis ! On n'entre pas !
LA BARONNE, cachant la tête de sa fille contre sa poitrine.
Horreur ! En gilet de flanelle !
LUCETTE, comme sortant d'un rêve.
Ah ! jamais ! jamais je n'ai été aimée comme ça !
BOIS-D'ENGHIEN
Qu'est-ce qu'elle dit ?
TOUS
Quel scandale !
LA BARONNE
Une pareille chose chez moi ! sortez, Monsieur ! Tout est rompu !
BOIS-D'ENGHIEN
Mais, Madame...

 

Texte D : Bernard-Marie Koltès, Roberto Zucco, extrait du tableau II, 1990.

[Roberto Zucco est un jeune homme tout juste évadé de prison, où il purgeait sa peine pour le meurtre de son père. Il revient chez sa mère pour récupérer ses vêtements.]

La mère de Zucco, en tenue de nuit devant la porte fermée.
LA MÈRE
Roberto, j'ai la main sur le téléphone, je décroche et j'appelle la police...
ZUCCO
Ouvre-moi.
LA MÈRE
Jamais.
ZUCCO
Si je donne un coup dans la porte, elle tombe, tu le sais bien, ne fais pas l'idiote.
LA MÈRE.
Eh bien, fais-le donc, malade, cinglé, fais-le et tu réveilleras les voisins. Tu étais bien à l'abri en prison, car s'ils te voient ils te lyncheront: on n'admet pas ici que quelqu'un tue son père. Même les chiens, dans ce quartier, te regarderont de travers.
Zucco cogne contre la porte.
LA MÈRE
Comment t'es-tu échappé ? Quelle espèce de prison est-ce là ?
ZUCCO
On ne me gardera jamais plus de quelques heures en prison. Jamais. Ouvre donc; tu ferais perdre patience à une limace. Ouvre, ou je démolis la baraque.
LA MÈRE
Qu'es-tu venu faire ici ? D'où te vient ce besoin de revenir ? Moi, je ne veux plus te voir, je ne veux plus te voir. Tu n'es plus mon fils, c'est fini. Tu ne comptes pas davantage, pour moi, qu'une mouche à merde.
Zucco défonce la porte.
LA MÈRE
Roberto, n'approche pas de moi.

 

I - Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes, de façon organisée et synthétique (6 points) :

– Question 1.
Quelles sont les fonctions des portes dans l'action théâtrale des quatre extraits proposés? (3 points).

– Question 2.
Que dévoilent les portes des rapports entre les personnages? (3 points).

II - Travail d'écriture (14 points) :

 

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