Commenter, reformuler une argumentation 

 

 

  Commenter une progression argumentative :

 « Commentez l'organisation des arguments », « comment les arguments s'enchaînent-ils ? » etc. La question revient souvent sous diverses formes au baccalauréat. L'ordre donné à l'argumentation est en effet une arme essentielle de la stratégie de la conviction : on vous demandera donc quelle place l'auteur donne à la thèse adverse, comment la progression des arguments s'efforce de gagner peu à peu l'adhésion du lecteur. Comme pour les autres questions de compréhension, il faudra élaborer une analyse soigneusement rédigée, que nous vous proposons de détailler.

  Observez le texte suivant :

Denis Diderot :
Contribution à l'Histoire des deux Indes de l'abbé Raynal (1780)

Sur l'esclavage

  Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n'est point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me défendre ; elle ne t'a donc pas donné celui de m'attaquer. Si tu te crois autorisé à m'opprimer, parce que tu es plus fort et plus adroit que moi, ne te plains donc pas quand mon bras vigoureux ouvrira ton sein pour y chercher ton cœur ; ne te plains pas, lorsque, dans tes entrailles déchirées, tu sentiras la mort que j'y aurai fait passer avec tes aliments. Je suis plus fort ou plus adroit que toi ; sois à ton tour victime ; expie maintenant le crime d'avoir été oppresseur.
  Mais, dit-on, dans toutes les régions ou dans tous les siècles, l'esclavage s'est plus ou moins généralement établi.
  Je le veux : mais qu'importe ce que les autres peuples ont fait dans les autres âges ? Est-ce aux usages du temps ou à sa conscience qu'il faut en appeler ? Est-ce l'intérêt, l'aveuglement, la barbarie ou la raison et la justice qu'il faut écouter ? Si l'universalité d'une pratique en prouvait l'innocence, l'apologie des usurpations, des conquêtes, de toutes les sortes d'oppressions serait achevée.
  Mais
les anciens peuples se croyaient, dit-on, maîtres de la vie de leurs esclaves ; et nous, devenus humains, nous ne disposons plus que de leur liberté, de leur travail.
  Il est vrai. Tous les codes, sans exception, se sont armés pour la conservation de l'homme même qui languit dans la servitude. Ils ont voulu que son existence fût sous la protection du magistrat, que les tribunaux seuls en pussent précipiter le terme. Mais cette loi, la plus sacrée des institutions sociales, a-t-elle jamais eu quelque force ? L'Amérique n'est-elle pas peuplée de colons atroces, qui usurpant insolemment les droits souverains, font expier par le fer ou la flamme les infortunées victimes de leur avarice ? Je vous défie, vous, le défenseur ou le panégyriste de notre humanité et de notre justice, je vous défie de me nommer un des assassins, un seul qui ait porté sa tête sur un échafaud.
  Supposons, je le veux bien, l'observation rigoureuse de ces règlements qui à votre gré honorent si fort notre âge. L'esclave sera-t-il beaucoup moins à plaindre ? Eh quoi ! le maître qui dispose de l'emploi de mes forces ne dispose-t-il pas de mes jours qui dépendent de l'usage volontaire et modéré de mes facultés ? Qu'est-ce que l'existence pour celui qui n'en a pas la propriété ? On dirait que les lois ne protègent l'esclave contre une mort prompte que pour laisser à ma cruauté le droit de le faire mourir tous les jours. Dans la vérité, le droit d'esclavage est celui de commettre toutes sortes de crimes.
  Je hais, je fuis l'espèce humaine, composée de victimes et de bourreaux ; et si elle ne doit pas devenir meilleure, puisse-t-elle s'anéantir !

 

Commencez par répondre aux questions relatives à la situation d'énonciation : qui parle ? à qui ? Relevez précisément les indices qui renvoient aux deux personnes et commentez l'efficacité de leur choix. Montrez que nous avons affaire à un dialogue. En quoi peut-on parler de ton polémique ?

Le relevé des mots de liaison, préalable à tout commentaire de l'organisation argumentative, vous a montré la fréquence des mots de liaison de l'opposition ("Mais"). Ceci trahit bien sûr la présence constante de la thèse adverse, que l'émetteur s'emploie successivement à réfuter, et donc d'un plan dialectique. Nous avons coloré différemment chaque étape de cette argumentation : reformulez nettement les arguments qui y sont critiqués puis ceux qui y sont soutenus. Montrez que les arguments sont de plus en plus convaincants.

Examinez plus attentivement les mots de liaison à l'intérieur des deuxième et quatrième paragraphes (nous les avons colorés pour plus de commodité). Vous observerez que la conjonction "mais" est précédée de formules comme "je le veux" (c'est-à-dire "je veux bien, admettons") ou "il est vrai", marquant la concession faite à l'adversaire (voyez la page consacrée à ce type de raisonnement). Montrez que la même stratégie est présente, mais implicitement, dans le dernier paragraphe. Pourquoi l'émetteur choisit-il d'accepter d'abord l'argument adverse avant de le réfuter ?

Vous êtes maintenant en mesure de rédiger votre analyse de la progression argumentative. Nous vous proposons de lire l'exemple commenté suivant, qui vous permettra aussi de corriger vos réponses aux questions que nous avons posées, et d'en retenir la composition pour vos travaux futurs.

Présentation générale


Thème, thèses


L'introduction



La première partie


La deuxième partie


La troisième partie


La conclusion


Commentaire sur le schéma argumentatif

 

Le texte est une critique de l'esclavage, adressée par un esclave à celui qui l'opprime. Une situation de dialogue permet à celui-ci (négrier ou bourgeois occidental qui profite du système) d'opposer plus brièvement ses objections.
Ce réquisitoire est bâti sur une réfutation des lois occidentales (le Code noir , par exemple) par lesquelles les pays d'Europe ont souhaité donner une légitimité à l'esclavage. L'orateur en montre l'hypocrisie et la cruauté.
L'introduction prend aussitôt le ton de l'invective pour mettre en garde les usagers de la violence contre le retour légitime de celle-ci à leurs dépens. Le ton, violemment polémique, fait habilement glisser l'adresse au récepteur du "vous au "tu", interlocuteur typique qui prendra ponctuellement la parole, rendant manifeste le passage d'un argument à l'autre.
Son premier argument ("mais") prétend justifier l'esclavage par l'ancienneté de la pratique. Après une rapide concession ("je le veux"), l'orateur établit ("mais"), à la suite d'une série de questions rhétoriques, que les coutumes ne se légitiment pas par leur universalité mais par leur respect de la justice.
Une deuxième objection ("mais") prétend s'appuyer sur l'évolution des lois esclavagistes en faveur du respect de la vie humaine. Une nouvelle concession ("il est vrai") donne plus de force encore à une réfutation ("mais") qui affirme l'impunité des meurtriers d'esclaves, prouvant l'inapplication de ces lois.
Enfin, l'avant-dernier paragraphe, où cette tactique de concession/réfutation reste implicite, établit en un dernier argument l'inhumanité foncière d'une condition qui retire à l'esclave la jouissance de sa propre vie, fût-elle préservée.
Une rapide conclusion, amorcée d'ailleurs par le paragraphe précédent qui annulait toute validité au "droit d'esclavage", donne parole entière au "je", décidé à abhorrer une espèce humaine qui continue à reposer sur semblable exploitation.
Ce texte repose donc sur une stratégie efficace qui consiste à condamner point par point, par la rigueur du raisonnement, une pratique qui prétendait trouver des assises juridiques. Le plan dialectique trouve sa force dans la situation du dialogue qui permet en de rapides concessions d'écouter l'adversaire et de mieux prouver la cruauté et l'hypocrisie du discours qu'il prétend légitimer.

 

Reformuler une progression argumentative :

  Le résumé de texte reste à l'ordre du jour dans les Classes préparatoires, mais il a disparu de l'épreuve écrite du baccalauréat et du référentiel des épreuves de BTS. Les compétences qu'il met en œuvre restent cependant précieuses dans tout travail de compte rendu ou de synthèse où l'on vous demande de "reformuler" tout ou partie d'un texte.
  Nous vous proposons donc d'élaborer le résumé (disons : la reformulation) de trois textes.

 

Exercice 1

 relire le texte de Diderot ci-dessus.

première étape : même si on ne vous le demande pas, dégagez la progression argumentative du texte, que votre reformulation devra suivre très précisément. Ici, vous savez qu'après une introduction, trois parties successives sont consacrées à la réfutation des arguments esclavagistes, présentés, pour deux d'entre eux, au discours direct, avant une rapide conclusion. Votre reformulation pourra en revanche être présentée de manière compacte (pour plus de clarté, nous conserverons ici les alinéas).

que faut-il garder ?

que faut-il supprimer ?

comment faire ?

On pourrait ainsi aboutir à une reformulation de ce type :

  D'où vient le droit que vous vous êtes arrogé pour me tenir en esclavage ? Si tu uses de ta force pour me réduire, alors ne t'étonne pas, par le fer ou le poison, de subir un jour la mienne.
  Mais l'esclavage a toujours existé.
  Peut-être, mais si l'on s'alignait sur les usages au lieu d'écouter sa raison, les pires horreurs seraient justifiées.
  Mais au moins ne disposons-nous plus de la vie de nos esclaves.
  En effet, les lois interdisent désormais d'en disposer à qui n'en a pas reçu le droit. Mais où les voyez-vous appliquées ? Et sauriez-vous, vous, l'humaniste, citer un seul exemple de colon meurtrier qui ait été condamné ?
  Et puis même si ces lois étaient appliquées, ne croyez-vous pas que la condition d'esclave spolie de sa propre vie celui qui est dans les fers ?
  Une humanité régie par de tels conflits n'a qu'à disparaître.

 

 

Exercice 2

 Nous avons colorié différemment  les unités de sens qu'a révélées la structure de ce texte : progressivement, nous allons les traiter dans la perspective d'une reformulation.

Rien que la vérité ou toute la vérité ? Jean Lacouture, «Courrier de l'UNESCO», septembre 1990.

    Le débat que le journaliste mène avec sa conscience est âpre, et multiple, d'autant plus que son métier est plus flou, et doté de moins de règles, et pourvu d'une déontologie plus flottante que beaucoup d'autres...
   Les médecins connaissent certes, et depuis l'évolution des connaissances et des lois, de cruelles incertitudes - dont mille enquêtes, témoignages et débats ne cessent de rendre compte. Les avocats ne sont guère en reste, ni les chercheurs et leurs manipulations biologiques ou leurs armes absolues, ni les utilisateurs militaires de ces engins. Mais enfin, les uns et les autres ont leur serment d'Hippocrate, leur barreau, leurs conventions de Genève. Les journalistes, rien.
   Il n'est pas absurde (le comparer leur condition à celle d'un missile téléguidé qui ignorerait aussi bien la nature de la mission que l'orientation du pilote et qui serait programmé de telle façon qu'il ne soit pointé ni en direction de la terre, pour éviter les accidents, ni en direction de la mer, pour prévenir la pollution. A partir de ces données, le journaliste est un être libre et responsable, auquel il ne reste qu'à faire pour le mieux en vue d'éclairer ses contemporains sans pour autant faire exploser les mille soleils d'Hiroshima.

 
 En apparence, l'objectif est clair, autant que le serment d'Hippocrate : dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité, comme le témoin devant le tribunal. Mais à ce témoin, le président du jury ne demande que la vérité qui lui a été humainement perceptible, celle qu'il a pu appréhender en un certain lieu, à une certaine heure, relativement à certaines personnes. Au journaliste est demandée une vérité plus ample, complexe, démultipliée.
  En rentrant de déportation, Léon Blum, qui avait été longtemps journaliste, déclarait devant ses camarades qu'il savait désormais que la règle d'or de ce métier n'était pas « de ne dire que la vérité, ce qui est simple, mais de dire toute la vérité, ce qui est bien plus difficile ». Bien. Mais qu'est-ce que « toute la vérité », dans la mesure d'ailleurs où il est possible de définir « rien que la vérité » ? [...]
 
  L'interrogation du journaliste ne porte pas seulement sur la part de vérité qui lui est accessible, mais aussi sur les méthodes pour y parvenir, et sur la divulgation qui peut être faite.
 
  Le journalisme dit « d'investigation » est à l'ordre du jour. Il est entendu aujourd'hui que tous les coups sont permis. Le traitement par deux grands journalistes du Washington Post de l'affaire du Watergate a donné ses lettres de noblesse à un type d'enquête comparable à celle que pratiquent la police et les services spéciaux à l'encontre des terroristes ou des trafiquants de drogue.
  S'insurger contre ce modèle, ou le mettre en question, ne peut être le fait que d'un ancien combattant cacochyme, d'un reporter formé par les Petites sœurs des pauvres. L'idée que je me suis faite de ce métier me détourne d'un certain type de procédures, de certaines interpellations déguisées, et je suis de ceux qui pensent que le journalisme obéit à d'autres règles que la police ou le contre-espionnage. Peut-être ai-je tort.

 
  Mais c'est la pratique de la rétention de l'information qui défie le plus rudement la conscience de l'informateur professionnel. Pour en avoir usé (et l'avoir reconnu...) à propos des guerres d'Algérie et du Vietnam, pour avoir cru pouvoir tracer une frontière entre le communicable et l'indicible, pour m'être érigé en gardien « d'intérêts supérieurs » à l'information, ceux des causes tenues pour « justes », je me suis attiré de rudes remontrances. Méritées, à coup sûr, surtout si elles émanaient de personnages n'ayant jamais pratiqué, à d'autres usages, de manipulations systématiques, et pudiquement dissimulées.
 
  La loi est claire: « rien que la vérité, toute la vérité », mais il faut la compléter par la devise que le New York Times arbore en manchette : « All the news that's fit to print », toutes les nouvelles dignes d'être imprimées. Ce qui exclut les indignes – c'est-à-dire toute une espèce de journalisme et, dans le plus noble, ce dont la divulgation porte indûment atteinte à la vie ou l'honorabilité de personnes humaines dont l'indignité n'a pas été établie.
 Connaissant ces règles, le journaliste constatera que son problème majeur n'a pas trait à l'acquisition mais à la diffusion de sa part de vérité, dans ce rapport à établir entre ce qu'il ingurgite de la meilleure foi du monde, où abondent les scories et les faux-semblants, et ce qu'il régurgite. La frontière, entre les deux, est insaisissable, et mouvante. Le filtre, de ceci à cela, est sa conscience, seule.

 

Recherche des expressions à reformuler

Commentaire de la reformulation proposée

« le journaliste est un être libre et responsable »
 
trouver d'autres formulations pour :
 - débat, conscience, âpre, multiple
 - médecins, avocats, chercheurs
 - règles, déontologie, serment, barreau, conventions.

 Le journaliste se trouve placé dans de douloureux et fréquents cas de conscience car, au contraire d'autres professions libérales, aucune instance juridique ne lui indique la conduite à observer.

   quels mots du texte ont permis d'écrire : 
           professions libérales ? aucune instance juridique ?
           conduite à observer
?

« une vérité plus ample, complexe, démultipliée »
 
trouver une autre formulation pour :
 - plus ample, complexe, démultipliée.
 quel rôle joue ce paragraphe ? à combien de parties s'attend-on ?
 quels en seront les sujets ?
  Cette liberté exige du journaliste qu'il rende compte de la vérité, mais d'une vérité multiforme qui ne soit pas uniquement la sienne, comme dans le cas d'un simple témoignage.

    quels mots du texte ont permis d'écrire :
         pas uniquement la sienne ? multiforme ?
   Le problème concerne aussi les méthodes pour y parvenir et l'étendue du devoir d'informer.
« le journalisme dit « d'investigation »
 
trouver d'autres formulations pour :
 - enquête, police, services spéciaux, interpellations, procédures.
  pourquoi faut-il conserver le "je"?

 On pratique aujourd'hui un journalisme policier où on ne recule devant aucun moyen. Au risque de me tromper ou de paraître démodé, je persiste à refuser ces pratiques.

    quels mots du texte ont permis d'écrire :
          journalisme policier ? de paraître démodé ?

« la rétention de l'information »
 
trouver une autre formulation pour :
 - intérêts supérieurs, causes justes.
  Mais c'est le refus délibéré d'informer qui pose le plus redoutable problème. J'ai dû moi-même y consentir autrefois au nom de la raison d'État, et je me suis exposé à des reproches légitimes.

   quels mots du texte ont permis d'écrire :
         raison d'État
?
 « les nouvelles dignes d'être imprimées »
 
trouver d'autres formulations pour :
 - indignes, indûment
 - diffusion, ingurgite/régurgite, filtre.

 Il importe alors de respecter la vérité, mais sans tomber dans l'indignité de l'atteinte injuste aux vies privées. Fort de ces règles., le journaliste devra comprendre que sa conscience est le seul juge capable de démêler ce qu'il a cru sincèrement de ce qu'il doit communiquer au public.

  qu'est-ce qui autorise l'adjectif "injuste" ?
       qu'est-ce qui justifie le verbe "démêler" ?

 

Exercice 3

Bernard Lecomte, Communication et nouvelles technologies (La Croix, 4 avril 1984).

 Complétez ce résumé du texte ci-contre en remplissant les espaces blancs par les termes proposés.

  L'avenir de nos relations sociales est inscrit dans le développement accéléré des techniques de communication qui marient de plus en plus le téléphone, l'écran et l'ordinateur. Comme l'apparition du téléphone et de la T.S.F., il y a un siècle, cette évolution va changer non seulement la forme des relations entre les hommes, mais aussi leurs fondements. [...] Il est naturel qu'à l'aube de cette nouvelle révolution, chacun s'inquiète et s'interroge sur ses conséquences à l'échelle humaine.
  La communication, étymologiquement, c'est la mise en commun, la mise en relation des hommes ou des collectivités. La route, la poste, le chemin de fer, le télégraphe ont développé des solidarités nouvelles. La radio, le cinéma, la télévision ont élargi le champ culturel de cette communication démultipliée, jusqu'à tisser un réseau de relations sociales aussi serré que le système nerveux dans le corps humain.
  En raccourcissant les distances, en accélérant les contacts, en multipliant les sources d'information (locales, étrangères), les nouvelles formes de communication ont pour premier effet de rapprocher les hommes. Nul ne peut ignorer aujourd'hui un tremblement de terre en Turquie, une révolution en Pologne, une menace nucléaire sur l'Europe. Nul ne peut rester à l'écart de la montée de la faim dans le monde, des nouvelles formes de pauvreté en France, des risques écologiques qui pèsent sur nos sociétés. Qui peut contester que cela soit un progrès ?
  Ce qui modifie ces données, c'est la généralisation de l'écran, symbole de cet avenir impalpable. Tous les moyens de transmission à venir (les ondes hertziennes, relayées au sol ou provenant de l'espace, ou la fibre optique, véhiculant des textes ou des images) aboutiront à des postes de télévision, à des consoles, à des cadrans portatifs, à des murs d'images - à des écrans. Or, l'étymologie, là aussi, tient lieu de révélateur : un écran, à l'origine, est un objet qui dissimule ou qui protège.
  L'image elle-même, si elle frappe l'esprit, si elle stimule l'imaginaire, reste une abstraction. Installez un chien devant la télévision, l'image d'un autre chien le laissera de glace. L'image informe, comme un texte, mais c'est le cerveau du téléspectateur qui fonctionne, qui lui donne son sens, par rapport à sa propre connaissance du monde. Et c'est encore sa propre expérience, son acquis personnel, qui lui font reconnaître le vrai du faux, la réalité de la fiction : sans cette expérience préalable, l'homme ne « voit » pas de différence entre un reportage sur la guerre Irak-Iran et un western sur la conquête de l'Ouest, qui ont la même force émotionnelle. Laquelle, au rythme de la prolifération des images, va en se banalisant.
  Le danger se situe dans la réduction de l'expérience propre à chaque individu clé de sa perception  humaine » des images qui prolifèrent. L'individu qui se contenterait de ces données abstraites ressemblerait peu à peu au chien de tout à l'heure, absorbant passivement des informations désincarnées.
  Or ce risque point à l'horizon. Demain, l'on pourra remplir la majorité des activités quotidiennes sans avoir besoin de se déplacer :  démarches administratives, achats, remise de documents professionnels, alarme, information générale ou locale; les négociations syndicales, les réunions de conseils d'administration pourront se tenir en multiplex par visiophone; l'enseignement, la santé même suivront le mouvement. Que restera-t-il des contacts humains devenus désuets, comme l'accolade, la poignée de main, le coup de téléphone, la lettre manuscrite ? Quelle part auront le toucher, la voix, l'écriture, dans ce qui fait l'essentiel de l'expérience humaine ?
  La montée de l'individualisme, la tendance croissante au repli sur soi (sa famille, sa communauté) vont de pair avec ce phénomène de déshumanisation des relations sociales qui se profile à l'horizon. En se gardant de tout mélanger, en se gardant aussi de condamner a priori une évolution d'ailleurs inéluctable, il importe d'y réfléchir. L'homme statique n'est pas pour demain, et son instinct le poussera à inventer les formes nouvelles d'une communication sociale chaleureuse, affective, plus conforme à sa nature profonde. Encore faut-il entretenir et développer dans la conscience des générations futures ce qui tempérera l'invasion des images, et qui fait la dignité de l'homme : le sens de l'autre.

Il paraît légitime de se demander quelles seront sur le plan de la les de l'évolution rapide des techniques.
Les
ont prodigieusement resserré le tissu des relations humaines en transportant des qui, devenues, concernent chacun d'entre nous.
On ne saurait s'en plaindre, mais le
de cette transmission reste l', qui, par nature, de la réalité.
Les images n'informent que selon le degré de
dont chacun dispose et l'aptitude à repérer leur . Faute de cela, les images semblent toutes chargées de la même qu'use aussi leur .
Ce risque d'ingurgiter des informations
est à nos portes. Qu'adviendra-t-il demain de la véritable relation humaine, alors que chacun pourra accomplir ses sans jamais se ?
 L'
accompagne de plus en plus cette du contact. Il convient donc d'examiner la situation, sans exagéré. L'homme de demain saura bien renouveler les formes d'une communication si on veille à fortifier en lui l'intérêt pour .

Placez dans ce résumé chacun des termes proposés ci-dessous :
régression - tâches - culture - prolifération - déshumanisées - informations - médias - autrui - répercussions - émotion - planétaires - communication - déplacer - vecteur - authentique - écran - égocentrisme - distancie - pessimisme - mensonge.

 

 

 

 

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