Gustave Flaubert — L'Éducation sentimentale [1869]

Leurs rêves respectifs : la politique, l'amour

Première partie, chapitre 2 — 599_146r

20.


                                                                               la gde descendait
Puis en revenant sur leurs pas                                la gde route en ligne droite
                               du côté                                             s'étendait
Mais en se tournant de l'autre côté, la route de Paris se prolongeait indéfiniment
le chemin de hallage, [bordé de peupliers] faisait un coude, & des prairies se
            au loin
perdaient dans les vapeurs de la nuit. Elle était silencieuse & d'une clarté
blanchâtre. La rosée tombait. des odeurs de feuillage humide montaient
                      A
jusqu'à eux. — & ils épanchaient leur cœurs abondamment, comme deux
sources jaillissantes qui se versent l'une dans l'autre.
Desl                    Desl
Le clerc s'arrêta — il dit en regardant les toits                                Desl
——— ces bonnes gens qui dorment tranquilles, c'est trop drôle ! Patience ! un
nouveau 89 se prépare. & [tout va bientôt crouler épouvantablement].
on est las /à la fin/ de constitutions, de chartes, de subtilités, de mensonges.

Ah ! si j'avais un journal ou une tribune, comme je vous secouerais
tout cela ! Mais pr entreprendre n'importe quoi, il faut de l'argent !
quelle malédiction que d'être le fils d'un cabaretier & de perdre sa

il baissa la tête. il se
mordit les lèvres & il
grelottait sous son
vêtement mince

jeunesse à la quête de son pain ! Prête-moi un peu ton manteau
J'ai froid. »         Le peuple n'est pas si difficile à remuer qu'on suppose
                    jeta la moitié de son manteau sur les épaules
Frédéric le lui donna. ils s'en enveloppèrent tous les deux — & en se
tenant par la taille, ils marchaient dessous, côte à côte.
B La chute de la pr* prise d'eau, cent pas plus loin, murmurait
        un
avec ce gros bruit doux [que font les ondes dans les ténèbres.]
minuit sonna, lentement.]
Frédéric disait                                                                    disait Fr.
                                                                                       répliq*
——— Comment veux-tu que je vive là-bas, sans toi ? » L'amertume de son
                                              & il disait* naïvement
           
peu à peu                                produit
ami avait ramené sa tristesse « J'aurais fait qque chose, si j'eusse
                 avec
rencontré une femme qui m'aimât. Pourquoi ris-tu ? L'amour
                                                             naturelle
est la pâture & comme l'atmosphère du génie. [L'histoire
de tous les gds poëtes le prouve, depuis Dante jusqu'à
engendrent
Byron.] Les émotions extraordinaires produisent les œuvres sublimes
                                           peut-être engendrent
& /peut-être/ le secret de l'infini se cache au fond d'un baiser.
Quant à chercher celle qu'il me faudrait, j'y renonce ! D'ailleurs
si jamais je la trouve, elle me repoussera, tu verras. Je suis
de la race des déshérités. [à quoi bon des tentatives déshonorantes] ?
        &           mourrai
Ainsi je m'éteindrai avec un trésor [inconnu] qui était de
strass ou de diamants, je n'en sais rien


Sawasaki Hisaki - Moulay Youssef Soussou