Gustave Flaubert — L'Éducation sentimentale [1869]

Le départ du bateau — Les passagers

Première partie, chapitre 1 — 599_007r

I.




[près de partir]

                                                                               le paquebot à vapeur
Le 1er septembre 1840, vers six heures du matin, la ville de Montereau
          s’emplissait de monde – amarrée ?
fumait à gros tourbillons devant le quai St Bernard.
                            un peu froid
Comme il faisait de la brume quelques-uns battaient la semelle, en maugréant
                                                                                       hors d’haleine
contre les lenteurs de la manœuvre ; d'autres arrivaient essoufflés ou envoyaient
                                          bastingage
à leurs amis, par-dessus le bord, des adieux avec la main. des barriques, des
                                                                                                       affairés
câbles, des corbeilles de linge gênaient la circulation, [les matelots ne répondaient
à personne. on se heurtait ;] peu à peu les colis montaient entre les deux
tambours, & le tapage s'absorbait dans le sifflement de la vapeur qui
s'échappant à raz du pont, par des plaques de tôle, enveloppait tout
                                                                         l’avant
d'une nuée blanchâtre, tandis que la cloche à l'arrière, tintait
sans discontinuer.
                            des gens de boutique      avec leurs femmes et leurs
enfans
                                           de petits rentiers des gens de boutique, avec
           C'étaient, pour la plupart, des peintres ou des maçons allant

pr leurs

dans les châteaux d'alentour, des négociants de Bercy qui s'en allaient
                pr leurs affaires                                              se rendaient
en Bourgogne, de petits rentiers avec leurs femmes et leurs enfants.
Mais les riches, ceux qui devaient s'asseoir aux Premières, n'étaient

Le plaisir

guères
point reconnaissables des autres ; on avait coutume en ce temps-là
                                                                  &
de se vêtir sordidement pour voyager ; - & tous portaient, autant
par économie que pr leur commodité personnelle, des chapeaux
                     de vieux
bosselés ou d'ignobles bonnets grecs, de maigres habits noirs, d’ignobles
chaussures. [ça et là qque gilet à châle où des boutons manquaient
découvrait une chemise de calicot blanc maculée par des taches de
café. Des sous-pieds cousus à des pantalons de lasting retenaient
des savates de lisière - & les madras avec les camisoles apparaissaient
dans leur simplicité familiale & quotidienne]. Cependant] le
                                                                                           tous
Le plaisir tout nouveau d'une excursion maritime animait ces visages
                                                                            commençaient leurs
                                                                            commençaient
un peu blêmes, naturellement. Déjà les farceurs faisaient des plaisanteries.
On allumait des pipes
On était gai. Plusieurs chantaient. Il se versait de petits verres.
                      démarra, passa sous des ponts
Enfin le navire partit, passa sous des ponts - & les deux
berges, couverte de magasins de chantier et d'usines, semblèrent
                                                                         Seul à l'arrière
filer comme de larges rubans que l'on déroule. Seul à l'arrière
                                                    environ
un jeune homme de dix-huit ans environ à longs cheveux & qui
portait tenait un album sous son bras gauche, restait auprès
du gouvernail, immobile, & sans parler.

                                                                   Le 1er

                                                                   et l’on

Danielle Girard