Gustave Flaubert — L'Éducation sentimentale [1869]

Le départ du bateau — Les passagers

Première partie, chapitre 1 — 599_008r








il survint encore
d’autres bagages
des cris plus forts s’élevèrent
on xxxxxx
lâcha les
amarres et enfin le
plus forts
des cris s’élevèrent
on cria plus fort
le navire

I .


C’étaient, pr la plupart, des gens de boutique, de petits rentiers avec
leurs femmes & leurs enfants, des peintres ou des maçons allant dans
les châteaux d’alentour, des négociants de Bercy qui se rendaient en
Bourgogne pr leurs affaires. Le plaisir nouveau d’une excursion
maritime animait ces visages un peu blêmes naturellement. Déjà
les farceurs commençaient leurs plaisanteries. On était gai. plusieurs
chantaient. Il se versait des petits verres.
Enfin le navire partit – passa sous les ponts - les deux berges
couvertes de magasins, de chantiers & d’usines semblèrent filer, comme
deux larges rubans que l’on déroule. Seul à l’arrière, un jeune homme
de dix- huit ans environ, à longs cheveux qui tenait un album
sous son bras restait, auprès du gouvernail, immobile & sans parler.
Il contemplait, par les éclaircies du brouillard, des clochers, des édifices dont il
                           par
ne savait pas les noms. Puis il embrassa dans un dernier coup d’œil, l’île
       la Cité
St Louis Notre Dame & la Cité avec l’amas de maisons qui
descendaient à sa gauche - & Paris disparaissant, il poussa un grand
soupir.
      En effet, Mr Frédéric Moreau, nouvellement reçu bachelier ès lettres
s’en retournait à Nogent sur Seine, sa patrie, où il devait languir
encore pendant deux mois avant d’aller faire son droit. Sa mère, par
                                  le moyen le plus direct, l’avait envoyé au Havre,
                                                                                  voir un oncle


Nicole Sibireff