Gustave Flaubert — L'Éducation sentimentale [1869]

Le départ du bateau — Les passagers

Première partie, chapitre 1 — 599_016r

2.


Il contemplait, par les éclaircies de brouillard, au soleil levant, des
clochers, des édifices dont il ne savait pas les noms. Puis il embrassa
dans d’
dans un dernier coup d’œil, L’Ile Saint-Louis, Notre-Dame & la cité
avec l’amas des maisons qui descendaient à sa gauche. La rivière
                                                                           gd
fit un coude & Paris disparaissant il poussa un long soupir
                                           nouvellement reçu bachelier
    En effet Mr Frédéric Moreau s’en retournait à Nogent
               sa patrie       où
sur Seine, chez sa mère il devaient/ait languir encore pendant deux
mois ce qui avant d’aller faire son droit, ce qui signifiait

il n’en doutait pas

    il espérait* bien             dans sa pensée
dans sa pensée, être libre & vivre en artiste.
d’après ses pensées   & avec la somme strictement p
    Sa mère, par le moyen le plus direct, l’avait envoyé au
          pr aller
Havre pr y voir don un oncle dont elle espérait l’héritage.
          ainsi*

Il en était
&
il en était

                              au soir       & il avait &
Revenu la veille seulement, il avait alors, pr la première fois
          il avait    seulement
de son existence, foulé l’asphalte du boulevard - & sans éprouver
                           avait
la moindre       en se rappelant les
de déception au souvenir des descriptions qu’il avait admirées
naguères, au collège, dans les romans de mœurs parisiennes.
Elles rehaussaient de leur poésie les choses présentes.
Ainsi entrevue aux feux du gaz, dans l’atmosphère d’un soir
d’été, la gde ville, avec son immense bourdonnement de travail &
                                                                      éclairés
de plaisir, ses femmes errantes, ses théâtres illum tous ses
allèchements & ses mystères, l’avait presqu’épouvanté – comme un
pays d’un artifice monstrueux, où l’on entendrait le marteau des
Cabires avec le chant des Syrènes - & qui ne contiendrait que des
félicités triomphantes ou des douleurs sublimes. – Il s’assit
                   le coude contre le bastingage
sur le banc & se mit à rêver.
                                       venait de finir on avait enfin pris ses places
    Le premier trouble       expirait
   La confusion du départ finissait. On parlait moins haut. Les
                                  pleines,
Les Secondes étaient garnies, les Premières désertes. Qques uns, debout,
se chauffaient autour de la machine - & la cheminée crachait, avec
un râle lent & rythmique, son panache de fumée noire.
des gouttelettes de rosée coulaient sur les cuivres, le pont lavé blanchissait
à l’air, tout frémissait sous une petite vibration intérieure
continuelle - &les deux roues, tournant rapidement, battaient
l’eau.                                                                               la

Anne Perthuis-Lejeune