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Gérard de Nerval (1808-1855) fut le précurseur de toutes les formes de surnaturalisme moderne. Né à Paris, de son vrai nom Gérard Labrunie, il ne connut jamais sa mère, qui mourut en Allemagne deux ans après sa naissance. Elle avait en effet souhaité accompagner son mari, médecin militaire, dans les campagnes napoléoniennes. Élevé par son grand-père, il passa son enfance à Mortefontaine, dans le Valois, région qui servira de cadre à la plupart des récits des Filles du feu et dont les tableaux de Camille Corot ont exprimé l'atmosphère vaporeuse : forêts profondes où l'enfant aperçoit parfois l'énigmatique baronne de Feuchères, châteaux Louis XIII entourés de pelouses où les jeunes filles dansent en rond les soirs d'été. Élève au lycée Charlemagne, à Paris, il y fit la rencontre de Théophile Gautier, avec qui il se lia d'amitié. |
De retour en France, il eut, en 1841 une première crise d'hallucinations et de délire, au cours de laquelle il associa des images de la femme mythique qui vivait en lui à un univers imaginaire dont il se croyait le souverain. Interné à la clinique du docteur Blanche de février à novembre, Nerval considéra cet épisode comme une expérience d'ordre poétique, sorte de franchissement des "portes de corne et d'ivoire qui nous séparent du surréel." En 1843, il entreprit une visite de l'Orient (Égypte, Liban, Rhodes, Syrie, Turquie) qui inspira la rédaction du Voyage en Orient, publié en 1851. Interné à plusieurs reprises (janvier-février 1852, février-mars 1853, août 1853-mai 1854, fin 1854), il n'en continua pas moins ses allers et retours entre la France et l'étranger, principalement l'Allemagne, la "Terre-Mère", profitant du répit que lui laissait sa maladie pour repartir vers de nouveaux horizons. Ses textes les plus importants parurent à la fin de sa vie: un recueil de douze sonnets (Les Chimères), des nouvelles poétiques (Les Filles du feu , qui compte l'admirable Sylvie (1854). Enfin son dernier récit, Aurélia, commençait à paraître en revue quand Nerval fut retrouvé pendu à une grille, rue Basse-de-la-Vieille-Lanterne
, dans « le coin le plus sordide qu'il ait pu trouver », comme l'a noté Baudelaire.
Marquée par le sentiment profond de la dualité de l'âme humaine, l'œuvre de Nerval est fondée sur une série d'antithèses entre la réalité et le songe, le présent et le passé, la vie et la mort, la lumière et l'obscurité, et exprime une quête de l'imaginaire où la femme joue un rôle fondamental. Sa conception du temps, où prédominent la répétition et le souvenir, peut faire penser à certains aspects du cycle romanesque de Proust. Mais Nerval donne à sa quête de la vérité et de l'identité une dimension fantastique qui confine parfois à l'hermétisme et tend à rendre floues les frontières qui séparent le réel du merveilleux et de la folie. Pour cela, les surréalistes contribueront à donner à cette œuvre longtemps négligée la place majeure qui est la sienne.
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