Si la notion de type de texte est assez claire (le texte
se définit en fonction de son intention et de son type d'organisation ; voyez notre tableau), la notion de genre littéraire
est plus floue : dans chaque grand genre (roman, poésie, théâtre, argumentation),
certains textes obéissent néanmoins à un système d'énonciation comparable, sont
traversés d'un même registre (l'impression
particulière ressentie par le lecteur) ou traitent des thèmes convergents. On se tiendra
à cette définition sommaire pour recenser les genres littéraires les plus fréquents,
sans oublier que le propre de l'écrivain est de faire voler en éclat les prétendues
barrières entre les genres.
Approche du genre : les trois radicaux grecs qui constituent le
mot définissent l'autobiographie comme "l'écriture de sa propre vie". Peu
répandu dans l'Antiquité, le genre éclot vraiment avec l'humanisme occidental et la
réhabilitation de l'individu (« Je suis moi-même la matière de mon livre »,
affirme Montaigne au début des Essais, qui constituent l'uvre la plus
authentiquement autobiographique... et la plus inclassable).
Formes dominantes : Types
de discours : narratif, descriptif. La fonction expressive est évidemment dominante (je, moi) : mais si les
réflexions, les sentiments concernent l'expérience personnelle, l'autobiographe n'a de
cesse de prendre à témoin son lecteur auquel il donne le statut de témoin, juge ou
confident, et obéit à une visée universelle qui le fait homme parmi les hommes. La pacte de sincérité qui est à la base de l'entreprise autobiographique
n'exclut pas une certaine manipulation, consciente ou non. L'auteur "transforme son
expérience en destin" (Malraux), fournit des arguments propres à le déculpabiliser
(Rousseau) ou cède au simple plaisir de raconter. Refusant plus ou moins la
"littérature", il en donne enfin les plus éclatants exemples (Sartre).
uvres caractéristiques : Confessions :
racontant sa vie, l'auteur peut avouer ses erreurs et chercher à les justifier (saint
Augustin, J.J. Rousseau). Journal intime : l'auteur confie au jour le jour à ses carnets anecdotes et réflexions
(A. Gide, J. Green). Mémoires : l'auteur est conscient d'avoir joué dans l'Histoire un rôle digne
d'être rapporté (Chateaubriand : Mémoires d'outre-tombe) et décide de fondre
son "misérable tas de secrets" dans ce par quoi il rejoint les mythes
universels (A. Malraux :Antimémoires).
Il choisit au contraire de dénoncer sa légende (J.P. Sartre : Les mots). Autoportraits :
l'auteur part à la recherche de soi à travers une trame non linéaire où, à la
manière d'un puzzle, se dessine peu à peu sa personnalité (M. Leiris : L'âge
d'homme ; R. Barthes : Roland Barthes par lui-même). "Autofiction"
: le terme a été inventé par Serge Doubrovski (Fils,
1977). Désigné clairement comme "roman", le récit de vie confond néanmoins
auteur et personnage, au contraire du roman autobiographique qui met en scène des personnages au nom fictif (J. Vallès : L'Enfant).
Je
forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point
d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la
nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme
aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent.
Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser
le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai,
ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà
ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la
même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé
d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide
occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu
l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus,
méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été:
j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble
autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions,
qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux
découvre à son tour son cur au pied de ton trône avec la même sincérité ; et
puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là.
Approche du genre : le mot "comique" (du grec
kômos, fête carnavalesque et rurale en l'honneur deDionysos) désignait
dans l'Antiquité toute pièce de théâtre. A partir du XVII° siècle, il qualifie les
uvres essentiellement théâtrales (les comédies) qui s'opposent à la tragédie
dans leur finalité, qui est le rire, et leur dénouement heureux. Le
registre comique
s'applique à des sujets ordinaires, traités dans un style familier, où souvent domine
l'intention satirique et morale : la comédie "châtie les murs en riant",
tournant en ridicule des caractères ou des vices à la mode.
Formes dominantes : Types
de texte : théâtral, narratif. comiques de caractère (personnages pittoresques en proie à une passion), de
situation (imbroglio, quiproquos), de mots (calembours), de murs (satire sociale). registres : burlesque, héroï-comique, ironique, satirique. le rire est provoqué par la dénonciation caricaturale des ridicules et par
l'expression mécanisée d'une passion.
Textes théoriques : Aristote : Poétique - Molière : L'Impromptu de Versailles, Critique de
L'Ecole des Femmes - N. Boileau : Artpoétique - V. Hugo
: Préface
de Cromwell - H. Bergson : Le Rire - Ch. Mauron : Psychocritique du
genre comique.
uvres caractéristiques : la
comédie de murs tourne en dérision un travers à la mode (Molière, Tartuffe), la comédie d'intrigue est davantage occupée par la conduite de l'action (P. Corneille :
L'Illusion comique) et les jeux de scène (quiproquo, imbroglio de la commedia
dell'arte ; vaudeville :
Labiche, Feydeau), la comédie de caractères dépeint les ravages d'une passion (Molière, L'Avare). la farce, héritée
du Moyen-Age, où elle était destinée à servir d'entracte aux mystères
religieux (La farce de Maître Pathelin), est une pièce bouffonne qui, dans une
intrigue stéréotypée, met en scène des personnages populaires au langage grossier
(Molière, LaJalousie du Barbouillé) ; la sotie (XV° siècle) ajoute à ces procédés une attaque hardie contre les
pouvoirs établis. saynètes, sketches (R. Devos), intermèdes, divertissements sont des genres
libres et variés. la
parodie (Scarron
: Le Virgile travesti) caricature une uvre d'art dans une intention burlesque ; le pastiche (M. Proust : Pastiches et mélanges),
dans une intention plus fine, imite les traits caractéristiques du style d'un écrivain. dans le roman, le registre comique prend diverses formes : héroï-comique
(Rabelais, Gargantua), pittoresque (Scarron, Roman comique ; Maupassant,
Contesnormands).
Approche du genre : le
genre argumentatif est ici concerné au premier chef dans son intention
d'informer autant que de convaincre. Le mot "didactique" est formé
sur le grec διδακτικός
(« propre à instruire »). Mais les uvres qui entrent dans le genre didactique ne se caractérisent pas
toujours par une simple fonction référentielle ou informative, et c'est à ce titre qu'elles font
partie de la littérature. De fait, nous ferons entrer dans cette catégorie un ensemble
de textes où, si le propos est toujours d'instruire, les formes sont extrêmement
diverses, que la littérature entreprenne de réfléchir sur elle-même ou qu'elle s'allie
à toutes les sciences humaines.
Formes dominantes : Types de texte : explicatif, argumentatif, narratif, descriptif, poétique. Le registre didactique, sous la
diversité des formes que nous recensons dans ce genre, se caractérise essentiellement
par l'alternance entre les fonctions référentielle et expressive, celle-ci garantissant
que la littérature retrouve bien ses droits derrière l'érudition. Selon les sous-genres
(manifeste littéraire), la tonalité peut être injonctive.
uvres caractéristiques : L'essai propose un discours argumenté sur un problème d'ordre divers (art,
culture société). Souvent lié à la simple compilation (littérature d'érudition du
XVII° siècle), il a évolué vers une réflexion personnelle sans souci d'exhaustivité
(Voltaire : Essai sur lesmurs ; Chateaubriand : Essai sur les
révolutions). Chronique historique
: présente dans l'Antiquité (Thucydide, Tacite) et le Moyen-Age (Joinville,
Villehardouin), l'Histoire devient une science sous l'impulsion de la méthode
expérimentale chère aux philosophes (Voltaire : Le siècle de Louis XIV), sans
pour autant renoncer aux pouvoirs visionnaires de l'imagination (J. Michelet : Histoire
de France). L'"école des Annales" inaugure une histoire capable de
saisir jusqu'à la minutie, à l'instar du roman, la vie des petites gens (E.
Leroy-Ladurie : Montaillou, village occitan). Biographie : distincte de l'hagiographie
(récit édifiant de la vie des saints), la biographie s'est
largement répandue à mesure que de plus en plus de personnages s'imposaient à une
actualité fortement médiatisée. Elle touche surtout à la littérature quand elle est
le fait des écrivains eux-mêmes (Chateaubriand : Vie deRancé ; J.
Michelet : Jeanne d'Arc ; J. Green : Frère François) ou qu'elle sait,
par sympathie, en épouser, l'esprit (J.
Lacouture : André Malraux ; François Mauriac). Manifeste littéraire : émanation d'un
groupe ou d'une école dont il expose les principes, le manifeste peut prendre la forme de
la préface (V. Hugo : Préface de Cromwell), de l'opuscule (Défense et
illustrationde la langue française de J. Du Bellay ;Artpoétique
de N. Boileau ; Manifeste
du surréalisme d'A. Breton), dutract (A la
niche les glapisseurs dedieu ! du groupe surréaliste), d'un
simple texte(Fonction du poète de V. Hugo ; Les
collines, La Jolie rousse de G. Apollinaire) ou d'une lettre (Lettre à
P. Demeny d'A. Rimbaud). Genres moraux :les maximes sont des sentences (maxima sententia) exprimant, sous forme de vérités
générales, une expérience morale. La maxime (et ses variétés : aphorisme, apophtegme,
proverbe) s'est épanouie dans l'âge classique, soucieux de codifier les passions (La Rochefoucauld, Chamfort, Vauvenargues) et de parvenir, sous forme de jeu de société, à une extrême concision verbale. C'est sous forme de maximes que s'achèvent
souvent les fables (La Fontaine), les
apologues (paraboles évangéliques; récits et
anecdotes exploités par les philosophes du XVIII° : Fontenelle, Montesquieu, Voltaire), les portraits (La Bruyère, Caractères), où domine
néanmoins le récit. Genre philosophique : qu'il s'agisse d'essais (Montaigne), de dialogues (Diderot), de traités (Descartes), de pensées (Pascal) ou
de dictionnaires (Voltaire, Dictionnaire philosophique ; Diderot et
alii, Encyclopédie), il n'est pas toujours aisé de séparer la
philosophie de la littérature, même si l'on se souvient que, pour Proust, une
thèse dans un roman fait l'effet d'un coup de revolver dans un salon. L'œuvre
d'un Bergson se signale par une évidente qualité formelle. Mais, si l'on consent
à excepter les philosophes, on conviendra qu'une part non négligeable de la
poésie classique et même romantique (Voltaire, Hölderlin, Hugo) ressortit à l'interrogation philosophique, comme le roman
(A. Camus : La Peste, J.P. Sartre : La Nausée) ou le conte justement
dit "philosophique" (Voltaire : Candide, Zadig). Critique littéraire :
née avec la codification
des règles classiques (N. Boileau : Réflexion VII sur Longin), la critique s'est diversifiée dès le XIX° siècle : Sainte-Beuve (Lundis),
Taine prétendent expliquer la création par la biographie de l'écrivain et son milieu.
Conception dénoncée par M. Proust (Contre Sainte-Beuve) et déjà infirmée par
l'intuition fraternelle et passionnée de Ch. Baudelaire (Curiosités
esthétiques). Au XX°siècle, pendant que s'épanouit la critique universitaire (A.
Thibaudet , Physiologie de la critique), les méthodes psychanalytiques (G.
Bachelard, Ch. Mauron, G. Poulet) et l'apport des sciences du langage (G. Genette, Figures;R. Barthes, Le degré zéro de l'écriture ; J.
Rousset, Forme et signification) tendent à effacer la personne de l'écrivain
pour n'y plus voir que le lieu de passage d'un langage et de formes où l'humanité trouve
ses significations fondamentales.
Exemple : un manifeste littéraire :
P.
Verlaine - Art poétique (Jadis et naguère).
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.
C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?
O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.
Approche du genre : le bas-latin drama (action) est à
l'origine de l'adjectif, qui désigne très généralement toute uvre théâtrale.
Il prend néanmoins un sens particulier avec l'apparition du drame. Né au début du
XVIII° siècle du déclin de la tragédie et de l'observation des murs à laquelle
s'est vouée la comédie, le drame se compose de deux sous-genres : le drame bourgeois et
le drame romantique. Dans les deux cas, le ressort tragique du fatum a disparu :
les personnages manifestent leur liberté, et le dénouement, souvent malheureux, n'est
dû qu'à des facteurs humains. Le mélange des
registres (tragique, sublime, grotesque,
pathétique) satisfait au désir de vraisemblance.
Formes dominantes : Types de texte : théâtral, prose ou poésie. Le drame bourgeois
(XVIII° siècle) est né d'une contestation de la tragédie. Il se caractérise par un
décor familial où se nouent des intrigues domestiques. Toujours écrit en prose, il
force la note pathétique (comédie larmoyante de Nivelle de La Chaussée) et
moralisatrice (Diderot, Le Fils naturel ; Sedaine, Le philosophe sans le
savoir). Plus que par les caractères, le drame bourgeois est intéressé par les
conditions sociales et prône des vertus citadines : mesure, tolérance, vertu. Il partage
avec le genre plus populaire du mélodrame le goût des coups de théâtre. Ledrame romantique est issu de l'admiration partagée en Europe, dès la fin du XVIII°
siècle, pour le théâtre élisabéthain (Shakespeare). Le sujet en est souvent
historique (Hugo, LesBurgraves ; Musset, Lorenzaccio), pour
lequel les auteurs soignent la couleur locale. La contestation des unités de temps et de
lieu, et le mélange des genres (sublime et grotesque) souhaitent se conformer à la vie
même. Les personnages manifestent des tempéraments nobles et passionnés (Vigny, Chatterton)
qui les confrontent à un monde souvent trop étroit pour eux. Pour exprimer ce conflit,
les registres peuvent aller jusqu'au lyrisme ou à
l'épopée (Hugo, Ruy Blas).
Ce type de drame, destiné dans certains pays d'Europe à exalter des valeurs nationales,
reflète les conceptions majeures du Romantisme : révolution sociale, triomphe du
cur sur la raison, désespoir existentiel. le drame moderne : à partir de la fin du XIX° siècle, le drame revient à des sujets
sociaux, souvent anti-bourgeois (H. Becque, Les Corbeaux ; J. Anouilh, Le
voyageur sansbagage), voire politiques (Sartre, Les mains sales).
Il peut au contraire allier au goût de l'absurde une réflexion métaphysique (Beckett, En
attendant Godot ; Ionesco, Le Roi se meurt).
Textes théoriques : D. Diderot : Entretiens sur Le Fils naturel
- Beaumarchais : Essai sur le genredramatique sérieux - Mme de Staël : De l'Allemagne - Stendhal
: Racine
et Shakespeare - V. Hugo : Préface de Cromwell - B. Brecht : Écrits sur
le théâtre.
Approche du genre : le mot épopée est issu du grec
epos, parole, et poiein, faire. L'épopée consiste donc à raconter, et il
est probable que les premiers récits présentaient tous les caractères du genre épique
: narration d'un haut fait devenu légendaire, nimbé d'éléments merveilleux et dont
le héros, à la
valeur surhumaine, entre en conflit avec des forces gigantesques dont il triomphe, fût-ce
dans la défaite. Ce personnage, toujours masculin, est porteur d'une morale destinée à
exalter une collectivité (famille, nation) ou symboliser la grandeur humaine.
Formes dominantes : Types de texte : poétique, narratif, descriptif. la focalisation 0 permet de confronter les forces en présence et favorise
les plans d'ensemble. la syntaxe est marquée par la longue phrase cadencée, qui, en poésie,
multiplie les coupes et les enjambements, et, dans la prose, privilégie l'énumération. l'énormité des actions et la valeur des héros sont exprimées par
l'hyperbole, les évaluatifs mélioratifs. l'abondance des métaphores achève de transfigurer le réel, auquel elle
confère une puissance sacrée (animisme, merveilleux).
Textes théoriques : Aristote : Poétique - Voltaire : Essai sur la poésie épique
- V. Hugo
: Préface de Cromwell - Hegel : Esthétique - N. Frye : Anatomie de la
critique - B. Brecht : Écrits sur le théâtre.
uvres caractéristiques : Épopée
: Iliade et Odyssée(Homère), Énéide (Virgile), La Chanson des Nibelungen,LesMartyrs (Chateaubriand), Les Tragiques (A. d'Aubigné), LaHenriade (Voltaire).Ces uvres se caractérisent par une
unité d'action qui commande l'organisation autour d'une geste guerrière. On
pourrait y ajouter lesgrandes uvres poétiques issues du
Romantisme : La Légende des siècles et Châtiments de V. Hugo ; Jocelyn
de Lamartine. Chanson de geste :
le mot geste est issu du pluriel latin gesta (exploits). Il s'agit bien
d'épopées, telle La Chanson de Roland. Cette dénomination est sans doute
d'origine carolingienne, les chansons évoquant les exploits guerriers étant alors
regroupées en cycles, ou gestes. Roman : Nombre de romans touchent au registre épique, parfois héroï-comique
(Rabelais, Gargantua). Le roman historique, notamment, (Notre-Dame de
Paris de V. Hugo, dont il faudrait citer ici tous les romans) et même le roman naturaliste (E. Zola, L'Assommoir)
touchent à l'épique en brossant de larges fresques. On pourra toutefois s'interroger sur
la viabilité du genre épique dans le roman (voir notre article
à propos de La Chartreuse de Parme de Stendhal). Récit historique : Le
tempérament de certains historiens (J. Michelet, Histoire deFrance)
soulève leur récit d'un souffle épique qui donne à certains épisodes une dimension
mythologique. Théâtre épique :
B. Brecht a appelé ainsi un théâtre qui refuse l'illusion et prône l'attitude critique
du spectateur (la distanciation). Morcelée en tableaux discontinus, la pièce
s'intéresse à un personnage problématique confronté à une situation socio-historique,
par rapport auquel le spectateur est invité à la réflexion politique (La vie de
Galilée).
Exemple : L'expiation, où V. Hugo
évoque la bataille de Waterloo (Châtiments).
La plaine, où frissonnaient les drapeaux déchirés,
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu'on égorge,
Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ;
Gouffre où les régiments, comme des pans de murs,
Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
Où l'on entrevoyait des blessures difformes !
Carnage affreux ! moment fatal ! L'homme inquiet
Sentit que la bataille entre ses mains pliait.
Derrière un mamelon la garde était massée.
La garde, espoir suprême et suprême pensée !
- Allons ! faites donner la garde ! - cria-t-il.
Et, lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d'un seul cri, dit : Vive l'empereur !
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.
Approche du genre : l'adjectif provient du latin epistula (lettre).
Le genre épistolaire est très répandu dans l'Antiquité (Sénèque, Lettres à Lucilius) et a
constitué jusqu'à nos jours un élément indispensable de la vie intellectuelle. La
lettre a permis aux écrivains d'agir (Voltaire), de se dévoiler de manière plus intime
(Balzac) ou d'exposer leur esthétique (Flaubert), nous donnant ainsi de précieux
documents sur l'élaboration de leur uvre.
Formes dominantes : Types
de discours : narratif, descriptif, argumentatif. Fonctions expressive et impressive très marquées (je > tu, vous) qui
peuvent exprimer la confidence, l'échange intellectuel, la requête ou le simple
badinage.
uvres caractéristiques : Correspondance (Mme de Sévigné, Voltaire,
Flaubert, Van Gogh : Lettres à Théo). Épître : Lettre en vers portant à l'origine
sur un sujet moral ou philosophique (Horace : Épître aux Pisons, Boileau) puis
sur des sujets variés (Marot,Voltaire). Roman épistolaire : Il peut être constitué des lettres
d'un seul personnage (Guilleragues : Lettres de la Religieuse portugaise), mais
prend tout son sens lorsqu'il repose sur un échange de correspondance (Montesquieu :Lettres persanes , Rousseau : La Nouvelle
Héloïse, Choderlos de Laclos :Les
Liaisons dangereuses). Le procédé permet au lecteur d'être proche de la
subjectivité des personnages et de bénéficier de plusieurs éclairages. Lettre ouverte : lettre
rendue publique après avoir réellement atteint un destinataire (Voltaire : Lettre à Rousseau ; R.M. Rilke : Lettre à un jeune poète), ou publiée,
par-delà celui-ci (qui peut être fictif), à l'intention de tous les lecteurs (B. Pascal
: Provinciales ; E. Zola : J'accuse). Elle rejoint ainsi le genre
polémique.
Approche du genre : le mot lyrisme est issu du mot lyre,
en raison du rôle joué par cet instrument (c'est celui d'Apollon et d'Orphée) dans l'accompagnement
musical. Il caractérise l'expression poétique des émotions, et c'est à ce titre qu'on peut
appeler thèmes lyriques le sentiment de la Nature, l'amour et l'amitié, la mélancolie,
l'effroi devant la mort, l'adoration religieuse... Hugo définit comme lyriques les temps
primitifs : «la première parole de l'homme n'est qu'un hymne : la prière est
toute sa religion, l'ode est toute sa poésie.»
Formes dominantes : Types de texte : poétique, descriptif, narratif. Le registre lyrique se
caractérise par une fonction expressive très marquée (prédominance du vocabulaire
affectif, interrogations, exclamations, invocations). Importance des figures de style qui expriment l'accord avec le monde
(métaphores, animisme, personnifications). Rythme de la phrase ou du vers (cadences, coupes), soucieux de musicalité.
uvres caractéristiques : l'ode est vouée à
une poésie morale ou philosophique (Ronsard), l'élégie à la
poésie amoureuse et à la plainte (Goethe, Élégies nationales ; Rilke, Élégies
de Duino), les psaumes (Marot,
Malherbe) et les hymnes
(Ronsard) à la célébration ; la méditation
(Lamartine) et la contemplation
(Hugo), sont presque devenus des genres, caractéristiques de
l'esprit romantique ; la
chanson (G.
Brassens, J. Brel, L. Ferré) décline aujourd'hui les grands thèmes lyriques.
Approche du genre : la distinction entre merveilleux (du latin mirabilia,
choses admirables) et fantastique (du grec phantasia, imagination) tient au
statut différent du personnage à l'égard d'événements qui, dans les deux cas,
relèvent du surnaturel. Dans le merveilleux, une cohérence parfaite s'installe entre le
personnage et l'univers dans lequel il évolue, alors que dans le fantastique, le
personnage est terrifié par l'apparition de phénomènes qu'il perçoit comme
étranges. Quand le merveilleux propose au lecteur un monde féerique où rien ne doit
l'étonner, le registre fantastique le
laisse dans une perpétuelle hésitation : doit-il reconnaître l'évidence du phénomène
surnaturel ou se conforter dans son rationalisme ?
Formes dominantes : Types de texte : narratif, descriptif, poétique, théâtral.
Textes théoriques :
V. Propp : Morphologie du conte - B.
Bettelheim : Psychanalyse des contes de
fées - M. Soriano : Les contes dePerrault - R. Caillois
: Images, images... - T. Todorov : Introduction à la
littérature fantastique.
uvres caractéristiques : Conte de fées : déjà présent sous cette forme dans les
fables milésiennes (Apulée : L'Ane d'or), le conte de fées présente souvent
des personnages populaires secourus par une aide magique (Perrault, Grimm, Andersen). Féeries : partie
intégrante de la fable ou du conte philosophique, la féerie crée un univers enchanteur,
dans le cadre du divertissement (comédie-ballet, comme la Psyché de Molière et Corneille) ou de l'éducation morale : Ch. Nodier, Trilby ; J. Giraudoux, Ondine. Romans gothiques : à
l'origine du fantastique, ils sont considérés par André Breton comme l'expression
profonde des secousses morales et politiques du XVIII° siècle : C.R. Maturin (Melmoth
ou l'Errant), M.G. Lewis (Le Moine), H. Walpole (Le Château d'Otrante),
M. Shelley (Frankenstein), B. Stoker (Dracula). Le roman fantastique
s'est plu, à partir du XVIII° siècle (J. Cazotte, Le Diable amoureux), à
déranger les mentalités rationalistes modernes en cultivant l'étrange à partir de
thèmes récurrents (pactes avec le diable, vampires, fantômes...) et d'une écriture
habile, propre à maintenir l'incertitude et fortifier l'identification du lecteur
avec le personnage : P. Mérimée, La Vénus d'Ille ; G. de Maupassant, Le
Horla ; Villiers de l'Isle-Adam, Contes cruels. Science-fiction :
elle se caractérise par la rêverie engendrée par la curiosité scientifique. Elle prend
la forme du voyage imaginaire (Cyrano de Bergerac, Voltaire : Micromégas) ou de
l'anticipation (J. Verne, A. Huxley, G. Klein). Soucieuse de rationalité, mais cultivant
l'angoisse, la science-fiction tient à la fois du merveilleux et du fantastique.
Exemple : premier indice du genre
fantastique dans un roman qui, jusque là, baignait dans la féerie (Boris Vian :
L'écume des jours, XX) :
Approche du genre :
l'adjectif
"oratoire" est issu du verbe latin orare (parler, prier).
Il englobe les types de discours destinés à être prononcés devant un public. Le genre,
très ancien (orateurs grecs et latins : Démosthène), s'est épanoui à l'âge
classique (Bossuet, Massillon, Bourdaloue). La rhétorique antique a codifié ces types de
discours en trois genres : le genre judiciaire est consacré à la défense d'une cause; le genre épidictique exprime un idéal
collectif par l'éloge ou le blâme; le genre délibératif
vise à conseiller les membres d'une assemblée en confrontant des arguments
contradictoires.
Formes dominantes : Types de texte : argumentatif, poétique, injonctif. Le registre oratoire valorise
la fonction impressive (injonctions, apostrophes, invocations, questions rhétoriques,
dialogisme). Forte modalisation de l'opinion (évaluatifs hyperboliques, emphase, images
saisissantes). Rythme de la phrase (période)
ou du vers, entraînant l'auditoire par une adhésion plus sentimentale que rationnelle.
uvres caractéristiques : le discours peut être commandé par : l'éloge :
le registre laudatif marque ces
productions vouées à la louange. Le dithyrambe est à l'origine un cantique sacré adressé à Dionysos (il est à
l'origine de la tragédie grecque). Comme le panégyrique, il désigne aujourd'hui un hommage adressé à une personne (Desportes, Icare est chu...) ou une
institution. L'oraison funèbre
reprend les caractéristiques du genre, auxquelles elle adjoint une méditation
métaphysique (J.B. Bossuet, Oraison funèbre d'Henrietted'Angleterre ;
A. Malraux, Oraison funèbre de Jean Moulin). L'éloge paradoxal
entreprend de louer les vertus de ce que l'opinion commune a tendance à condamner (J.
du Bellay
: Le Poète courtisan; Erasme : Éloge de la folie; Molière :
Dom Juan). le blâme : en concentrant toutes les formes oratoires, il englobe les types
de productions que nous avons rangés dans le genre polémique. l'exhortation : militaire (la harangue), ou religieuse (la prière, l'homélie, le
sermon : J.B. Bossuet, Sermon
sur la mort). la requête : le plaidoyer et le réquisitoire (voyez la page qui leur est
consacrée) appartiennent aux genres épidictique et judiciaire (on préfèrera alors le
terme de plaidoirie à celui de plaidoyer).
Approche du genre :
l'adjectif polémique est issu du
grec polemos (guerre). Ce genre très ancien (satires de Juvénal)
regroupe des textes engagés dans l'actualité, dont ils condamnent les errements moraux,
religieux, politiques. L'écrivain du XX° siècle a particulièrement revendiqué ce
rôle (Sartre : Qu'est-ce que la littérature ?), pour lequel les formes
adaptées choisissent un genre court et mordant : article, lettre ouverte, chanson.
Formes dominantes : Types de texte : argumentatif, poétique. Le registre polémique se
caractérise par une fonction expressive très marquée (violence du vocabulaire
péjoratif). A celui-ci peuvent s'ajouter les registres ironique et/ou satirique
(traits caricaturaux). Soucieux de réalisme et de précision, le texte polémique peut néanmoins
user d'un registre oratoire dans la
volonté de persuader : rythmes de la phrase ou du vers exprimant la colère, images
saisissantes.
uvres caractéristiques : la satire raille violemment les
murs (La Satire Ménippée ; M. Régnier, N. Boileau : Satires ;
B. Pascal : Provinciales) ; l'épigramme
lui ajoute son sens de la pointe. libelle (Voltaire : Le
sentiment des citoyens), factum, pasquin,
pamphlet (P.L. Courier ; J. Gracq : La littérature à l'estomac), diatribe, philippique sont des termes
très voisins : ils désignent des écrits violemment polémiques qui s'en prennent à des
individus. le poème prête souvent sa forme ramassée et ses effets lyriques ou
épiques à la verve polémique (V. Hugo : Châtiments).
Exemple : voyez la condamnation de l'esclavage dans l'extrait de la Contribution àl'histoire
des deux Indes de l'abbé Raynal de Diderot.
Approche du genre : à l'origine, on appelle roman un texte en
prose ou en vers écrit en langue romane (Le roman de la Rose, Le Roman de
Renart). Dès le XVI° siècle, il désigne un récit en prose d'aventures
imaginaires. Le genre romanesque, après avoir été longtemps considéré comme
inférieur parce qu'il était lu de préférence dans la classe bourgeoise, arrive à son
apogée avec elle au XIX° siècle. Il est depuis lors un genre protéiforme, où se sont
accomplies toutes les expériences.
Formes dominantes : Types
de discours : narratif, descriptif. Le roman fait alterner le récit autour d'un certain point de vue (ou
focalisation) et le discours (dialogues, interventions du narrateur). Sa construction est généralement axée sur les perturbations subies par un
état initial et les attentes qu'elles génèrent. Pour cela le narrateur choisit un type
de narration capable d'entretenir le pacte de lecture (narrations antérieure,
postérieure, simultanée). Parmi un ensemble souvent important de
personnages, l'un d'entre eux (sujet
ou individuproblématique) poursuit une quête d'ordre varié autour de
laquelle se définissent des adjuvants et des opposants (Stendhal , Le Rouge et le
Noir ; G. Flaubert, Madame Bovary). Dès le XVII° siècle (Furetière, Le Roman bourgeois), le roman
s'est accompagné d'une intention réaliste
ou naturaliste qui a fait de lui l'instrument
privilégié de l'étude des murs, dans les descriptions (Balzac, LaComédie
humaine) comme dans le langage des personnages (E. Zola, L'Assommoir). Évoquant certaines impudeurs dont ce type de roman peut
se rendre coupable, E.M. Cioran écrit : « Il a fait le trottoir de la
littérature. Nul souci de décence ne l'embarrasse, point d'intimité qu'il ne
viole. Avec une égale désinvolture, il fouille les poubelles et les
consciences. Le romancier, dont l'art est fait d'auscultation et de commérages,
transforme nos silences en potins. »
Textes théoriques : H. de Balzac : préface de La Comédie humaine
- G. de Maupassant : préface de Pierre
et Jean - E. Zola : Le Roman expérimental - J. Prévost : Les problèmes
duroman - L. Goldmann : Pour une sociologie du roman -
G. Lukacs : Balzac
et le réalisme français - E. Auerbach : Mimesis - G. Blin : Stendhal et
les problèmes du roman - A. Robbe-Grillet : Pour un nouveauroman
- G. Genette : Figures.
uvres caractéristiques : voyez notre liste de romans, classés
par genres. le conte est une
genre romanesque plus court, dont l'ancêtre est le fabliau médiéval : centré sur une péripétie, il prend souvent une dimension
symbolique et morale (Marguerite de Navarre, L'Heptaméron ; Flaubert, Troiscontes). la nouvelle : initiée par Boccace dans son Decameron (et elle-même issue de genres plus anciens comme le fabliau, l'exemplum ou le lai), la nouvelle a
la même brièveté mais reste préoccupée par les répercussions psychologiques d'un
événement (P. Mérimée, G. de Nerval : Sylvie,
G. de Maupassant, D. Boulanger). Cultivant l'ellipse et la concision, elle sollicite la
participation du lecteur : litotes, fréquente chute finale, dépourvue de conclusion
explicite (D. Buzzati : Les
Journées perdues; K. Taylor : Inconnu à cette adresse). le roman
naît dans toute sa variété au XVIIIème siècle (l'histoire
est alors sa forme la plus répandue) avant de s'épanouir dans sa
vocation réaliste au XIXème. Il a cependant tôt sécrété sa contestation : l'antiroman (Diderot,Jacques le Fataliste
; A. Gide : Les Faux-monnayeurs) affecte de retirer ses privilèges au narrateur
et laisse le lecteur trouver son ordre dans une narration déconstruite. Le
Nouveau Roman(A. Robbe-Grillet, M. Butor, N.
Sarraute, C. Simon) a procédé à une critique en règle du roman traditionnel et
consacré "la mort du personnage".
Exemples : voyez les extraits du Père Goriotd'H. de Balzac et duVoleur d'enfants de J. Supervielle, étudiés dans le
cadre de la lecture méthodique des discours descriptif et narratif. Voyez encore
notre étude de Manon Lescaut et nos pages sur le personnage de roman.
Approche du genre : en dépit de l'usage banal que l'on fait de cet
adjectif, son acception littéraire est exclusivement liée aux rapports que l'homme
entretient avec le destin. Le mot "tragédie" est issu des mots grecs tragos
(le bouc) et ôdê (le chant). Ce "chant du bouc" est en fait la
liturgie par laquelle on avait coutume de célébrer Dionysos. Ceci explique que la
tragédie soit un genre sacré et n'ait guère d'autre expression que théâtrale. Au
contraire du drame, la tragédie repose sur la conscience de la fatalité, contre laquelle
se brisent inéluctablement les entreprises humaines. Devant ce conflit perdu d'avance,
les sentiments cathartiques du public sont la terreur, la pitié et l'admiration.
Formes dominantes : Type de texte : théâtral. les sujets tragiques sont souvent extraordinaires et, volontiers empruntés
à la mythologie ou à l'histoire ancienne, ils mettent en scène des personnages
aristocratiques qui, pris au piège, révèlent la puissance et la noblesse de leur
tempérament (cruauté, héroïsme, sacrifice). " Le monde de la tragédie, écrit André Malraux, est toujours le monde antique : l'homme, la foule, les éléments, les femme, le destin. Il se réduit à deux personnages, le héros et son sens de la vie" (Le Temps du mépris). la dramaturgie repose sur un état de crise, que les trois unités classiques
condensent à l'extrême. L'action bannit la représentation de l'événement au profit de
ses retentissements dans l'âme des personnages. dans le registre tragique, le
langage est noble; l'alexandrin lui prête souvent une solennité qui convient à
l'expression de la plainte.
Textes théoriques : J. Racine : préface de Bérénice - N.
Boileau : Art poétique - F. Nietzsche : La Naissance de la Tragédie
- Alain : Système des Beaux-Arts - L. Goldmann : Le dieu caché
- J.M. Domenach : Le retour du tragique.
uvres
caractéristiques : la tragi-comédie
(P. Corneille, Le Cid) est "une tragédie qui finit bien"; la tragédie religieuse (R. Garnier, Les Juives) est au XVI° siècle une préfiguration
de la tragédie classique.
Celle-ci s'épanouit au XVII° siècle (P. Corneille, Polyeucte ; J. Racine : Phèdre)
avant de disparaître au siècle suivant malgré les efforts de Voltaire (Zaïre).
Mon mal vient de
plus loin. A peine au fils d'Egée
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait s'être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
Par des vux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D'un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la Déesse,
J'adorais Hippolyte; et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J'offrais tout à ce Dieu que je n'osais nommer.
Je l'évitais partout. O comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j'osai me révolter :
J'excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l'ennemi dont
j'étais idolâtre,
J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirais, none, et depuis son
absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence.
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaine précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné :
Ma blessure trop vive a aussitôt saigné,
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J'ai conçu pour mon crime une juste terreur ;
J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,
Et dérober au jour une flamme si noire :
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;
Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas,
Pourvu que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.