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L E S R E G I S T R E S L I T T É R A I R E S |
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Aux termes de ton ou de tonalité,
longtemps employés pour désigner l'impression particulière ressentie par le
lecteur devant un texte, on préfère aujourd'hui le terme de registre, qu'il
conviendra donc d'éviter de confondre avec le registre de langue (soutenu,
vulgaire ....). Depuis l'Antiquité, la production littéraire a été l'objet de
tentatives de classification autour des attitudes "graves" ou "plaisantes" qui
président à leur élaboration et qu'elles appellent chez le récepteur. «
On
est donc conduit à désigner comme « registres », ces « attitudes» qui correspondent
à des façons fondamentales de ressentir.»
(Documents d'accompagnement des programmes de Seconde et Première, septembre 2001). On l'aura compris ; le registre correspond à la
nature particulière de l'émotion que le texte vise à communiquer indépendamment du «
genre » dans lequel il s'inscrit : ainsi un texte romanesque peut être traversé du
registre épique, le registre réaliste peut caractériser tel passage d'une épopée,
etc.
Nous proposons ci-dessous un bref lexique des principaux registres accompagnés de
textes qui pourront aussi bien servir d'exemples que de supports d'exercices. Pour la
plupart d'entre eux, il conviendra de se reporter ponctuellement à notre page sur les genres littéraires : en effet, certains de ceux-ci
ont disparu (épopée, tragédie) et ne survivent que par leurs registres. D'autre part,
les textes que nous avons choisis sont systématiquement empruntés à des genres où ces
registres peuvent être inattendus.
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Origine : l'adjectif burlesque (du latin burla, plaisanterie) désigne un comique outré. Sous sa forme substantivée, il désigne un style très prisé au XVII° siècle qui traitait un sujet noble de manière familière. Très voisin, le registre héroï-comique traite, lui, un sujet vulgaire de manière noble (Boileau, Le Lutrin). |
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Vocabulaire : familier, voire vulgaire pour traiter un sujet noble, il peut être à l'inverse délicat et précieux pour traiter un sujet vulgaire. |
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Formes : le burlesque, volontiers narratif, consiste à caricaturer les situations, à travestir les individus (humanisation des dieux, animalisation des hommes). Les situations les plus grossières, violemment contrastées, peuvent être racontées de manière mécanique. |
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Exemple
:
le registre burlesque dans la
chanson :
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Formes : quelles qu'en soient les formes (voyez notre notice sur le genre comique), c'est toujours d'un décalage qu'est fait le comique : décalage entre la souplesse du vivant et le mécanisme d'une situation; décalage entre l'apparence de sérieux et le ridicule ou l'énormité du propos (humour). Le comique est toujours pour cela, à des degrés divers, dominé par un registre parodique. Il manifestera ce décalage par l'alliance de termes au niveau de langue différent, par les jeux de mots, l'utilisation incongrue d'un vocabulaire et d'une syntaxe (lexique précieux appliqué à une situation triviale). Le registre comique naît souvent aussi de reprises parodiques (pastiche littéraire, clichés détournés). |
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Exemple :
le registre comique dans le roman :
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Vocabulaire : il peut être technique, en tout cas référentiel, puisqu'il s'agit toujours par ce registre d'apporter au lecteur des informations circonstanciées ou de lui enseigner un certain type de comportement (voyez définition et exemple sur la page consacrée aux registres du texte argumentatif. Nous avons d'autre part, dans notre lexique des genres littéraires, proposé une classification de certains types d'uvres dans le genre didactique.) |
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Formes : elles seront volontiers injonctives (recettes, modes d'emploi), la fonction impressive conjuguée avec la fonction référentielle. La phrase restera brève et claire, facilitant la compréhension du message. |
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Exemple
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le registre didactique dans le
roman :
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Vocabulaire : l'élégie (du grec elegeia) désigne un poème lyrique où s'exprime un chant funèbre plaintif. Fort à l'honneur dans l'Antiquité, il est adopté par les poètes du XVIème siècle et traite alors des passions amoureuses. Le lexique est au service de l'expression de sentiments mélancoliques (méditations sur la mort, tourments engendrés par l'amour). La peinture de la nature figure aussi parmi les thèmes les plus caractéristiques du genre. |
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Formes : élisant exclusivement la forme poétique, l'élégie est la plupart du temps une plainte. Le registre élégiaque met ainsi en avant la subjectivité d'un épanchement presque toujours lié à un destinataire. Le développement de la méditation déplorative est ample et pathétique. La forme, même si elle varie beaucoup, est toujours harmonieuse : le travail effectué sur le rythme, les sonorités et les images privilégie l'esthétique et la plastique. |
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Exemple
:
le registre élégiaque dans le
calligramme :
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Vocabulaire : la célébration des prouesses et des exploits est caractéristique de l'épopée (voir notre notice sur le genre épique). Pour cela, le vocabulaire sera emprunté au lexique guerrier. L'exaltation des vertus héroïques s'inscrira aussi dans le vocabulaire mélioratif des qualités morales (sacrifice, énergie, hauteur stoïque : voir les vertus du héros). Parce qu'il est confronté à des obstacles surhumains ou des déchaînements cosmiques, le héros épique est souvent accompagné d'un vocabulaire mythologique et panthéiste. |
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Formes : elles visent à susciter l'admiration et concourent donc, par les ressources de la description, à amplifier les forces en présence. Dressées l'une contre l'autre de manière manichéenne, elles sont violemment mises en valeur par l'ampleur des phrases, les verbes de mouvement en cascade, les rythmes (anaphores). Les images sont choisies parmi celles de l'amplification (hyperboles, gradations) et de l'analogie (personnifications, allégories mythologiques). |
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Exemple
: le registre épique dans la chronique sportive :
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Vocabulaire : l'atmosphère fantastique est destinée à susciter l'inquiétude (voir notre notice sur le genre fantastique). Le vocabulaire saura pour cela maintenir l'ambiguïté (termes à double sens, lexique de l'incertitude) et caractériser constamment le trouble du personnage, confronté à des phénomènes inexplicables, par le lexique de l'étrange et le champ lexical de la peur. |
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Formes : le registre fantastique est souvent associé à la description dont on observera la valeur subjective et incertaine (onirisme, comparaisons et métaphores témoignant de l'incapacité à cerner le phénomène). Renvoyée au témoignage incertain d'un sujet solitaire (focalisation interne), l'appréciation des faits nous est livrée de manière parcellaire et hésitante. La syntaxe sera pour cela caractérisée par la phrase brève, volontiers elliptique (suspensions), et fréquemment interrogative. |
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Exemple :
le registre fantastique dans le roman policier :
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Voyez la page que nous lui consacrons dans le cadre de notre étude des registres du texte argumentatif. |
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Vocabulaire : ce registre couvre tous les champs de la louange. Destiné à vanter les mérites d'un personnage (éloge funèbre), d'une valeur abstraite (hymne) voire d'un produit (publicité) ou d'une idéologie (propagande), il emploie naturellement un lexique mélioratif et des images valorisantes de nature à parer les objets concernés de toutes les qualités. |
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Formes : le registre laudatif appartient au genre épidictique de la rhétorique classique. On y retrouve ainsi les procédés oratoires capables de provoquer l'adhésion morale du public aux vertus qu'on entreprend de prôner : modalisateurs de la certitude, exclamations admiratives, énumérations de qualités et avantages. On veillera à dépister les antiphrases qui marquent ce registre lorsque l'intention est ironique (éloge paradoxal). |
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Exemple :
le registre laudatif dans le genre
satirique :
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Vocabulaire : on trouvera dans ce registre tout le vocabulaire de l'émotion en relation avec les grands thèmes lyriques (voyez notre notice sur le genre lyrique) : amour, mélancolie, nostalgie, bonheur, extase, communion avec la nature... |
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Formes : la fonction expressive est évidemment dominante (forte implication du pronom je) et alterne avec la fonction impressive qui mobilise le récepteur et l'invite à partager la ferveur. Pour suggérer l'intensité des émotions éprouvées, les tournures exclamatives (invocations, apostrophes) ou interrogatives sont fréquentes, ainsi que les figures de l'insistance (anaphores, hyperboles, gradations). La syntaxe est enfin soucieuse de musicalité (cadences du vers, ampleur de la phrase). |
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Exemple :
le registre lyrique dans le
roman :
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Formes : ce registre est étymologiquement associé à la prière (voir notre notice sur le genre oratoire et définition et exemple sur la page consacrée aux registres du texte argumentatif.) Il reste de cette origine une évidente vocation du registre oratoire pour le discours public capable de mobiliser l'auditoire. Il peut y parvenir par le souci de persuader plus que de convaincre, sûr de faire partager l'émotion par toutes les ressources du verbe (voyez notre page sur Plaidoyer et réquisitoire) : ampleur de la phrase (période), choix évocateur des images, prises à partie de l'auditoire (apostrophes, questions rhétoriques). |
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Exemple :
le registre oratoire dans le roman :
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Vocabulaire : destiné à apitoyer le récepteur, le registre pathétique utilise le lexique de la compassion : termes évoquant la misère et la douleur associés à un vocabulaire affectif (tristesse, lamentation) et religieux (supplications). |
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Formes : afin d'émouvoir, le registre pathétique use d'une fréquente prise à partie de l'auditoire (exclamations, invocations, apostrophes invitant à la déploration). Les images sont violentes, parfois hyperboliques. |
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Exemple :
le registre pathétique dans le roman
naturaliste :
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Vocabulaire : lié au combat (voir notre notice sur le genre polémique), ce registre vise à inspirer au récepteur une adhésion intellectuelle à des valeurs jugées menacées. Pour ce faire, il utilise un lexique moral mélioratif (vertu, liberté, beauté) qu'il oppose à celui du dérèglement et de la dépravation (termes violemment péjoratifs). |
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Formes : c'est à la raison que s'adresse le registre polémique, même s'il lui arrive de s'allier à des formes oratoires (exclamations, questions rhétoriques). On y trouvera un souci constant de l'implication du destinataire (cible à condamner ou auditoire à convaincre) par l'apostrophe et l'ironie provocante. |
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Exemple : Voyez définition et exemple sur la page consacrée aux registres du texte argumentatif. Nous avons d'autre part, dans notre lexique des genres littéraires, proposé une classification de certains types d'uvres dans le genre polémique, et conduit une série d'exercices sur le réquisitoire. |
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Vocabulaire : fréquent dans le genre romanesque, le registre réaliste correspond au choix de personnages et de situations ordinaires. Il pourra ainsi se caractériser par un lexique référentiel en rapport avec certains milieux. Soucieux d'authenticité, le vocabulaire est parfois argotique et s'applique de préférence à la matière (décors, objets) ou au corps. |
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Formes : le registre réaliste fourmille de détails authentiques afin de produire un effet de réel. Ces détails peuvent être empruntés au sordide ou simplement à l'univers familier. Ce regard témoigne souvent d'un certain pessimisme, voire d'une fascination morbide. Épanoui dans la description minutieusement référentielle (temps, lieux), le registre réaliste se caractérise, dans le roman, par le souci d'une langue authentique, parfois familière, et par l'emploi d'une syntaxe relâchée. |
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Exemple
:
le registre réaliste dans la poésie lyrique :
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Vocabulaire : la satire s'inscrit dans le genre polémique dont elle valorise la raillerie. Le vocabulaire y est volontiers réaliste et familier, et se caractérise par des termes péjoratifs, parfois violemment caricaturaux. |
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Formes : c'est dans le portrait que s'épanouit la satire. Les traits pittoresques, les formules ironiques visent à s'attirer la complicité amusée du lecteur. Certaines formes oratoires rappellent néanmoins l'inspiration morale qui préside au registre satirique dans la condamnation des errements sociaux. |
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Exemple
: le registre satirique dans le roman :
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Vocabulaire : inséparable de son contexte religieux (voir notre notice sur le genre tragique), ce registre utilise un lexique noble et solennel qui est souvent en rapport avec le Destin. Pris au piège du déterminisme de ses dieux ou de ses passions, le héros tragique exprime sa douleur dans un vocabulaire moral où s'allient lucidement l'impuissance et la révolte. |
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Formes : les interrogations, les exclamations expriment la détresse de l'individu pris au piège. Apostrophes et invocations prennent à témoin les instruments du fatum, dans la plainte ou la colère (imprécations, lamentations). La phrase ou le vers, amples et solennels, contribuent à inspirer au public horreur, effroi et compassion devant un destin exemplaire. |
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Exemple : le registre tragique dans le roman (voyez l'extrait de la lettre CII des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, que nous proposons dans le cadre de l'étude de ce roman). |
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