LES SUJETS DE L’ EAF 2012 - suite

 

Voir sur Amazon :


Sujets nationaux :

Centres étrangers :

sujets spécifiques aux Terminales :
            série L
            série ES / S

            séries technologiques.

série ES / S (Liban)
série L
(Algérie)
série ES / S (Algérie).

 

 

 

 

CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIE ES / S

 

Objet d'étude : Le personnage de roman, du XVllème siècle à nos jours.
Textes : 
Texte A : Madame de La FAYETTE, La Princesse de Clèves, 1678.
Texte B : Guy de MAUPASSANT, Pierre et Jean, 1888
Texte C : Albert CAMUS, L'Étranger, 1942.

 

Texte A : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves.

  [L'histoire se passe à Paris, dans le milieu de la cour, au XVIème siècle, sous le règne d'Henri II. Mlle de Chartres a essayé d'épouser le cousin germain du roi, mais celui-ci s'est vivement opposé à cette tentative de mariage.]

  Personne n'osait plus penser à Mlle de Chartres, par la crainte de déplaire au roi ou par la pensée de ne pas réussir auprès d'une personne qui avait espéré un prince du sang. M. de Clèves ne fut retenu par aucune de ces considérations. La mort du duc de Nevers, son père, qui arriva alors, le mit dans une entière liberté de suivre son inclination1 et, sitôt que le temps de la bienséance du deuil fut passé, il ne songea plus qu'aux moyens d'épouser Mlle de Chartres. Il se trouvait heureux d'en faire la proposition dans un temps où ce qui s'était passé avait éloigné les autres partis et où il était quasi assuré qu'on ne la lui refuserait pas. Ce qui troublait sa joie, était la crainte de ne pas lui être agréable, et il eût préféré le bonheur de lui plaire à la certitude de l'épouser sans en être aimé.
  Le chevalier de Guise2 lui avait donné quelque sorte de jalousie; mais comme elle était plutôt fondée sur le mérite de ce prince que sur aucune des actions de Mlle de Chartres, il songea seulement à tâcher de découvrir s'il était assez heureux pour qu'elle approuvât la pensée qu'il avait pour elle. Il ne la voyait que chez les reines3 ou aux assemblées; il était difficile d'avoir une conversation particulière. Il en trouva pourtant les moyens et lui parla de son dessein et de sa passion avec tout le respect imaginable; il la pressa de lui faire connaître quels étaient les sentiments qu'elle avait pour lui et il lui dit que ceux qu'il avait pour elle étaient d'une nature qui le rendraient éternellement malheureux si elle n'obéissait que par devoir aux volontés de madame sa mère.
  Comme Mlle de Chartres avait le cœur très noble et très bien fait, elle fut véritablement touchée de reconnaissance du procédé du prince de Clèves. Cette reconnaissance donna à ses réponses et à ses paroles un certain air de douceur qui suffisait pour donner de l'espérance à un homme aussi éperdument amoureux que l'était ce prince; de sorte qu'il se flatta d'une partie de ce qu'il souhaitait.
  Elle rendit compte à sa mère de cette conversation, et Mme de Chartres lui dit qu'il y avait tant de grandeur et de bonnes qualités dans M. de Clèves et qu'il faisait paraître tant de sagesse pour son âge que, si elle sentait son inclination portée à l'épouser, elle y consentirait avec joie. Mlle de Chartres répondit qu'elle lui remarquait les mêmes bonnes qualités; qu'elle l'épouserait même avec moins de répugnance qu'une autre, mais qu'elle n'avait aucune inclination particulière pour sa personne.
  Dès le lendemain, ce prince fit parler à Mme de Chartres; elle reçut la proposition qu'on lui faisait et elle ne craignit point de donner à sa fille un mari qu'elle ne pût aimer en lui donnant le prince de Clèves. Les articles4 furent conclus; on parla au roi, et ce mariage fut su de tout le monde.

1. inclination : penchant, désir.
2. ll est tombé amoureux de Mlle de Chartres peu après son ami Clèves dont il est ainsi devenu un rival.
3. Il s'agit de quatre reines : la femme du roi (Catherine de Médicis), la favorite du roi (Diane de Poitiers), la sœur du roi et l'épouse du fils du roi.
4. Les articles : écrits officiels faisant office de contrat.

 

Texte B : Guy de Maupassant, Pierre et Jean.

 [Monsieur et Madame Roland sont des bourgeois aisés du XIXème siècle. Avec leurs deux fils, Pierre et Jean, ils vont passer une journée, en compagnie d'une amie de la famille, Madame Rosémilly, sur une plage de Normandie. Jean, le frère cadet, qui se prépare à vingt-cinq ans à devenir avocat, parvient à s'isoler du groupe, avec Madame Rosémilly, une jeune veuve de vingt-deux ans. Ils essaient tous deux de pêcher des crustacés entre les rochers. Madame Rosémilly, « adroite et rusée », vient justement d'en attraper plusieurs.]

  Jean maintenant ne trouvait rien, mais il la suivait pas à pas, la frôlait, se penchait sur elle, simulait un grand désespoir de sa maladresse, voulait apprendre.
  - Oh ! montrez-moi, disait-il, montrez-moi !
  Puis, comme leurs deux visages se reflétaient, l'un contre l'autre, dans l'eau si claire dont les plantes noires du fond faisaient une glace limpide, Jean souriait à cette tête voisine qui le regardait d'en bas, et parfois, du bout des doigts, lui jetait un baiser qui semblait tomber dessus.
  - Ah ! que vous êtes ennuyeux, disait la jeune femme; mon cher, il ne faut jamais faire deux choses à la fois.
  Il répondit :
 - Je n'en fais qu'une. Je vous aime.
  Elle se redressa, et d'un ton sérieux :
  - Voyons, qu'est-ce qui vous prend depuis dix minutes, avez-vous perdu la tête ?
  - Non je n'ai pas perdu la tête. Je vous aime, et j'ose, enfin, vous le dire.
  Ils étaient debout maintenant dans la mare salée qui les mouillait jusqu'aux mollets, et les mains ruisselantes appuyées sur leurs filets, ils se regardaient au fond des yeux.
  Elle reprit, d'un ton plaisant et contrarié :
  - Que vous êtes malavisé de me parler de ça en ce moment ! Ne pouviez-vous attendre un autre jour et ne pas me gâter ma pêche ?
  Il murmura :
  - Pardon, mais je ne pouvais plus me taire. Je vous aime depuis longtemps.
  Aujourd'hui vous m'avez grisé à me faire perdre la raison.
  Alors, tout à coup, elle sembla en prendre son parti, se résigner à parler d'affaires et à renoncer aux plaisirs.
  - Asseyons-nous sur ce rocher, dit-elle, nous pourrons causer tranquillement.
  Ils grimpèrent sur un roc un peu haut, et lorsqu'ils y furent installés côte à côte, les pieds pendants, en plein soleil, elle reprit :
  - Mon cher ami, vous n'êtes plus un enfant et je ne suis pas une jeune fille. Nous savons fort bien l'un et l'autre de quoi il s'agit, et nous pouvons peser toutes les conséquences de nos actes. Si vous vous décidez aujourd'hui à me déclarer votre amour, je suppose naturellement que vous désirez m'épouser.
  ll ne s'attendait guère à cet exposé net de la situation, et il répondit niaisement :
  - Mais oui.
  - En avez-vous parlé à votre père et à votre mère ?
  - Non, je voulais savoir si vous m'accepteriez.
  Elle lui tendit sa main encore mouillée, et comme il y mettait la sienne avec élan :
  - Moi, je veux bien, dit-elle. Je vous crois bon et loyal. Mais n'oubliez point que je ne voudrais pas déplaire à vos parents.
  - Oh ! pensez-vous que ma mère n'a rien prévu et qu'elle vous aimerait comme elle vous aime si elle ne désirait pas un mariage entre nous ?
  - C'est vrai, je suis un peu troublée.
  Ils se turent. Et il s'étonnait, lui, au contraire, qu'elle fût si peu troublée, si raisonnable. Il s'attendait à des gentillesses galantes, à des refus qui disent oui, à toute une coquette comédie d'amour mêlée à la pêche, dans le clapotement de l'eau ! Et c'était fini, il se sentait lié, marié, en vingt paroles. Ils n'avaient plus rien à se dire puisqu'ils étaient d'accord et ils demeuraient maintenant un peu embarrassés tous deux de ce qui s'était passé, si vite, entre eux, un peu confus même, n'osant plus parler, n'osant plus pêcher, ne sachant que faire.

 

Texte C : Albert Camus, L'Étranger.

 [L'histoire se déroule dans la première moitié du XXème siècle. Le narrateur, Meursault, vit et travaille à Alger. Le lendemain de l'enterrement de sa mère, il rencontre Marie Cardona, une ancienne collègue de bureau, et passe la nuit avec elle. Au chapitre V, il ne la connaît que depuis une dizaine de jours.]

  Le soir, Marie est venue me chercher1 et m'a demandé si je voulais me marier avec elle. J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l'aimais. J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois2, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas. « Pourquoi m'épouser alors ? » a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier. D'ailleurs c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui. Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai répondu : « Non. » Elle s'est tue un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé. Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit : « Naturellement. » Elle s'est demandé alors si elle m'aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point. Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons. Comme je me taisais, n'ayant rien à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a déclaré qu'elle voulait se marier avec moi.
  J'ai répondu que nous le ferions dès qu'elle le voudrait. Je lui ai parlé alors de la proposition du patron3 et Marie m'a dit qu'elle aimerait connaître Paris. Je lui ai appris que j'y avais vécu dans un temps et elle m'a demandé comment c'était. Je lui ai dit : « C'est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche. »
  Puis nous avons marché et traversé la ville par ses grandes rues. Les femmes étaient belles et j'ai demandé à Marie si elle le remarquait. Elle m'a dit que oui et qu'elle me comprenait. Pendant un moment, nous n'avons plus parlé. Je voulais cependant qu'elle reste avec moi et je lui ai dit que nous pouvions dîner ensemble chez Céleste4, Elle en avait bien envie, mais elle avait à faire. Nous étions près de chez moi et je lui ai dit au revoir. Elle m'a regardé : « Tu ne veux pas savoir ce que j'ai à faire ? » Je voulais bien le savoir, mais je n'y avais pas pensé et c'est ce qu'elle avait l'air de me reprocher. Alors, devant mon air empêtré, elle a encore ri et elle a eu vers moi un mouvement de tout le corps pour me tendre sa bouche.

1. Marie est venue chercher Meursault sur son lieu de travail.
2. Elle lui a posé la même question le samedi précédent, après une journée à la plage.
3. Son patron lui a proposé le matin même un poste à Paris.
4. Il s'agit d'un restaurant où se rend souvent Meursault.

 

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points) :

Vous comparerez ces demandes en mariage en mettant en évidence la façon dont elles caractérisent les personnages de roman suivants : Mademoiselle de Chartres et le prince de Clèves; Jean et Madame Rosémilly; Meursault et Marie.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

 

  haut de page

 

 

CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIE L

 

Objet d'étude : Le personnage de roman du XVIIème siècle à nos jours.
Textes : 
Texte A : Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.
Texte B : Guy de Maupassant, Bel Ami, 1885.
Texte C : Alain Robbe-Grillet, La Jalousie, 1957.
Texte D : Georges Perec, Les Choses, Une histoire des années soixante, 1965.

 

Texte A : Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857.

 [Emma, jeune fille romanesque a épousé un médiocre officier de santé et elle s'ennuie. Un événement vient rompre la monotonie de son existence: les deux époux sont invités à un bal, chez le marquis d'Andervilliers.]

  Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélange du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d'argent ; les cristaux à facettes, couverts d'une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table, et dans les assiettes à larges bordures, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d'évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. [ ... ]
 Madame Bovary remarqua que plusieurs dames n'avaient pas mis leurs gants dans leurs verres.
 Cependant, au bout de la table, seul parmi toutes ces femmes, courbé sur son assiette remplie et la serviette nouée dans le dos comme un enfant, un vieillard mangeait, laissant tomber de sa bouche des gouttes de sauce. Il avait les yeux éraillés et portait une petite queue enroulée d'un ruban noir. C'était le beau-père du marquis, le vieux duc de Laverdiére, l'ancien favori du comte d'Artois, dans le temps des parties de chasse au Vaudreuil, chez le marquis de Conflans, et qui avait été disait-on, l'amant de la reine Marie-Antoinette entre MM. De Coigny et de Lauzun. Il avait mené une vie bruyante de débauches, plei ne de duels, de paris, de femmes enlevées, avait dévoré sa fortune et effrayé toute sa famille. Un domestique derrière sa chaise, lui nommait tout haut, dans l'oreille, les plats qu'il désignait du doigt en bégayant ; et sans cesse les yeux d'Emma revenaient d'eux-mêmes sur ce vieil homme à lèvres pendantes, comme sur quelque chose d'extraordinaire et d'auguste. Il avait vécu à la cour et couché dans le lit des reines !
 On versa du vin de Champagne à la glace. Emma frissonna de toute sa peau en sentant ce froid dans sa bouche. Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas. Le sucre en poudre lui parut plus blanc et plus fin qu'ailleurs.
 Les dames, ensuite, montèrent dans leurs chambres s'apprêter pour le bal.

 

Texte B : Guy de Maupassant, Bel Ami, livre 1.

 [Georges Duroy, jeune officier désargenté de retour d'Algérie, à la recherche d'un emploi, a rencontré à Paris son ami Forestier, journaliste à "La Vie Française". Ce dernier, lors d'un repas à son domicile, lui permet de rencontrer M. Walter, directeur du journal : il compte lui présenter Georges et le faire embaucher en tant que journaliste.]

  Le dîner était fort bon; chacun s'extasiait. M. Walter mangeait comme un ogre, ne parlait presque pas, et considérait d'un regard oblique, glissé sous ses lunettes, les mets qu'on lui présentait. Norbert de Varenne lui tenait tête et laissait tomber parfois des gouttes de sauce sur son plastron de chemise.
  Forestier, souriant et sérieux, surveillait, échangeait avec sa femme des regards d'intelligence, à la façon de compères accomplissant ensemble une besogne difficile et qui marche à souhait. Les visages devenaient rouges, les voix s'enflaient. De moment en moment, le domestique murmurait à l'oreille des convives : « Corton-Château-Laroze ? »
  Duroy avait trouvé le corton de son goût et il laissait chaque fois emplir son verre. Une gaieté délicieuse entrait en lui, une gaieté chaude, qui lui montait du ventre à la tête, lui courait dans les membres, le pénétrait tout entier. Il se sentait envahi par un bien-être complet, un bien-être de vie et de pensée, de corps et d'âme. Et une envie de parler lui venait, de se faire remarquer, d'être écouté, apprécié comme ces hommes dont on savourait les moindres expressions.
  Mais la causerie qui allait sans cesse, accrochant les idées les unes aux autres, sautant d'un sujet à l'autre sur un mot, un rien, après avoir fait le tour des événements du jour et avoir effleuré, en passant, mille questions, revint à la grande interpellation de Monsieur Morel sur la colonisation de l'Algérie.
  M. Walter, entre deux services, fit quelques plaisanteries car il avait l'esprit sceptique et gras. Forestier raconta son article du lendemain. Jacques Rival réclama un gouvernement militaire avec des concessions de terres accordées à tous les officiers après trente années de service colonial. [... ]
  Un léger silence suivit, on souriait. Georges Duroy ouvrit la bouche et prononça, surpris par le son de sa propre voix, comme s'il ne s'était jamais entendu parler : « Ce qui manque le plus là-bas, c'est la bonne terre. Les propriétés vraiment fertiles coûtent aussi cher qu'en France et sont achetées, comme placements de fonds, par des Parisiens très riches. Les vrais colons, les pauvres, ceux qui s'exilent faute de pain, sont rejetés dans le désert, où il ne pousse rien, par manque d'eau. » Tout le monde le regardait. Il se sentit rougir, M. Walter demanda : « Vous connaissez l'Algérie, Monsieur ? »

 

Texte C : Alain Robbe-Grillet, La Jalousie1, 1957.

 [Dans une plantation, quelque part en Afrique, deux couples se retrouvent chaque soir sur une terrasse: A... et son mari que l'on ne voit jamais, y reçoivent Franck et son épouse Christiane.]

  Pour le dîner, Franck est encore là, souriant, loquace, affable. Christiane, cette fois ne l'a pas accompagné ; elle est restée chez eux avec l'enfant, qui avait un peu de fièvre. Il n'est pas rare, à présent, que son mari vienne sans elle : à cause de l'enfant, à cause aussi des propres troubles de Christiane, dont la santé s'accommode mal de ce climat humide et chaud, à cause des ennuis domestiques qu'elle doit à ses serviteurs trop nombreux et mal dirigés. Ce soir, pourtant, A... paraissait l'attendre. Du moins avait-elle fait mettre quatre couverts. Elle donne l'ordre d'enlever tout de suite celui qui ne doit pas servir.
  Sur la terrasse, Franck se laisse tomber dans un des fauteuils bas et prononce son exclamation - désormais coutumière -au sujet de leur confort. Ce sont des fauteuils très simples, en bois et sangles de cuir, exécutés sur les indications de A... par un artisan indigène. Elle se penche vers Franck pour lui tendre son verre.
  Bien qu'il fasse tout à fait nuit maintenant, elle a demandé de ne pas emporter les lampes, qui -dit-elle -attirent les moustiques. Les verres sont emplis, presque jusqu'au bord, d'un mélange de cognac et d'eau gazeuse où flotte un petit cube de glace. Pour ne pas risquer d'en renverser le contenu par un faux mouvement, dans l'obscurité complète, elle s'est approchée le plus possible du fauteuil où est assis Franck, tenant avec précaution dans la main droite le verre qu'elle lui destine. Elle s'appuie de l'autre main au bras du fauteuil et se penche vers lui, si près que leurs têtes sont l'une contre l'autre. Il murmure quelques mots : un remerciement sans doute.
  Elle se redresse d'un mouvement souple, s'empare du troisième verre - qu'elle ne craint pas de renverser, car il est beaucoup moins plein - et va s'asseoir à côté de Franck, tandis que celui-ci continue l'histoire du camion en panne commencée dès son arrivée.
  C'est elle-même qui a disposé les fauteuils ce soir, quand elle les a fait apporter sur la terrasse. Celui qu'elle a désigné à Franck et le sien se trouvent côte à côte, contre le mur ,de la maison -le dos au mur évidemment - sous la fenêtre du bureau. Elle a ainsi le fauteuil de Franck à sa gauche, et sur sa droite -mais plus en avant -la petite table où sont les bouteilles.
  Les deux autres fauteuils sont placés de l'autre côté de cette table, davantage encore vers la droite, de manière à ne pas intercepter la vue entre les deux premiers et la balustrade de la terrasse. Pour la même raison de « vue », ces deux derniers fauteuils ne sont pas tournés vers le reste du groupe : ils ont été mis de biais, orientés obliquement vers la balustrade à jours et l'amont de la vallée. Cette disposition oblige les personnes qui s'y trouvent assises à de fortes rotations de tête vers la gauche, si elles veulent apercevoir A... - surtout en ce qui concerne le quatrième fauteuil, le plus éloigné.

1. Le titre La Jalousie, évoque dans le roman les fenêtres à lames de la maison coloniale, mais aussi la jalousie du mari , le narrateur.

 

Texte D : Georges Perec, Les Choses, Une histoire des années soixante, 1965.

 [Georges Perec décrit la vie quotidienne d'un jeune couple du 20e siècle, issu des classes moyennes, l'idée que ces jeunes gens se font du bonheur, les raisons pour lesquelles ce bonheur leur reste inaccessible... Dans le texte suivant, l'écrivain évoque leurs soirées entre amis.]

  Leur plus grand plaisir était d'oublier ensemble, c'est-à-dire de se distraire. Ils adoraient boire, d'abord, et ils buvaient beaucoup, souvent, ensemble. Ils fréquentaient le Harry's New York Bar, rue Daunou, les cafés du Palais-Royal, le Balzar, Lipp, et quelques autres. Ils aimaient la bière de Munich, la Guiness, le gin, les punch bouillants ou glacés, les alcools de fruits. Ils consacraient parfois des soirées entières à boire, resserrés autour de deux tables rapprochées pour la circonstance, et ils parlaient interminablement, de la vie qu'ils auraient aimé mener, des livres qu'ils écriraient un jour, des travaux qu'ils aimeraient entreprendre, des films qu'ils avaient vus ou qu'ils allaient voir, de l'humanité, de la situation politique, de leurs vacances prochaines, de leurs vacances passées, d'une sortie à la campagne, d'un petit voyage à Bruges, à Anvers ou à Bâle. Et parfois se plongeant de plus en plus dans ces rêves collectifs, sans chercher à s'en éveiller, mais les relançant sans cesse avec une complicité tacite, ils finissaient par perdre tout contact avec la réalité. Alors, de temps en temps, une main simplement émergeait du groupe : le garçon arrivait, emportait les grès vides et en rapportait d'autres et bientôt la conversation, s'épaississant de plus en plus, ne roulait plus que sur ce qu'ils venaient de boire, sur leur ivresse, sur leur soif, sur leur bonheur.
  Ils étaient épris de liberté ! Il leur semblait que le monde entier était à leur mesure ; ils vivaient au rythme exact de leur soif, et leur exubérance était inextinguible; leur enthousiasme ne connaissait plus de bornes. Ils auraient pu marcher, courir, danser, chanter toute la nuit.
  Le lendemain, ils ne se voyaient pas. Les couples restaient enfermés chez eux, à la diète, écœurés, abusant de cafés noirs et de cachets effervescents. Ils ne sortaient qu'à la nuit tombée, allaient manger dans un snack-bar cher un steak nature. Ils prenaient des décisions draconiennes : ils ne fumeraient plus, ne boiraient plus, ne gaspilleraient plus leur argent.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points) :

Ces quatre extraits mettent en scène des personnages au cours de repas ou de soirées.
Montrez comment ces textes proposent différents modes de représentation des personnages principaux.

II- Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

  haut de page

 

 

CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIE ES /S

 

Objet d'étude : Écriture poétique et quête du sens du Moyen Âge à nos jours.
Textes : 
Texte A : Arthur Rimbaud, « Ophélie », Poésies, 1871
Texte B : Aloysius Bertrand, « Ondine », Gaspard de la Nuit, 1842
Texte C : Guillaume Apollinaire, « La Loreley », Alcools, 1913.
Texte D : Jean Lorrain, « Mélusine », L'Ombre ardente, 1897.

 

Texte A : Arthur Rimbaud, « Ophélie », Poésies, 1871.

                           Ophélie
                                 I
Sur I'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia1 flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis2.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle3
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune4 qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

                                 II
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'lnfini terrible effara ton œil bleu !

                                 III
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

1 - Ophélie : personnage féminin de Hamlet, drame de Shakespeare. Devenue folle, elle se noie.
2 - Le hallali : cri qui marque la victoire imminente du chasseur sur l'animal poursuivi lors d'une chasse.
3 - Une corolle : partie de la fleur formée par l'ensemble de ses pétales.
4 - Un aune (ou aulne) : arbre qui croît dans les lieux humides et marécageux.

 

Texte B : Aloysius Bertrand, « Ondine », Gaspard de la Nuit, 1842.

Ondine

  - « Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine1 qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par tes mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire2, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi. »
  « Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.»
  - « Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »
  Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
  Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

1 - Ondine : Nymphe ou génie féminin des eaux dans la mythologie germanique.
2 - La moire : étoffe aux reflets ondoyants.

 

Texte C : Guillaume Apollinaire, « La Loreley », Alcools, 1913.

                                                La Loreley

À Bacharach1 il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à ta ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit2 à cause de sa beauté

Ô belle Lorerey3 aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon cœur me fait si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Va-t-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne4 vêtue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous tes quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château.

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là-bas sur le Rhin s'en vient une nacelles
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

1 - Bacharach : petite ville de la moyenne vallée du Rhin.
2 - Absoudre : pardonner les péchés de quelqu'un.
3 - Loreley : figure de légende, attachée à un rocher qui domine le Rhin et qui renvoie un écho aux appels venus des bateaux qui passent à sa hauteur. Le génie de ce lieu, confondu souvent avec une fée des eaux, a été célébré par le romantisme allemand.
4 - Une nonne : religieuse qui vit dans un couvent.
5 - Une nacelle : petite embarcation à rames.

 

Texte D : Jean Lorrain, « Mélusine », L'Ombre ardente, 1897.

                                        Mélusine

Les bras nus cerclés d'or et froissant le brocart1
De sa robe argentée aux taillis d'aubépines,
Mélusine2 apparaît entre les herbes fines,
Les cheveux révoltés, saignante et l'œil hagard.

La splendeur de sa gorge éblouit le regard
Et l'émail de ses dents a des clartés divines ;
Mais Mélusine est folle et fait dans les ravines
Paître au pied des sapins la biche et le brocart3.

Depuis cent ans qu'elle erre au pied des arbres fées,
Elle est fée elle-même ; un charme étrange et doux
La fait suivre à minuit des renards et des loups.

Ses yeux au ciel nocturne enchantent les hiboux
Et près d'elle, érigeant ses fleurs en clairs trophées,
Jaillit un glaïeul rose à feuillage de houx.

1 - Le brocart : étoffe de soie, brochée d'or, d'argent.
2 - Mélusine : fée de la mythologie celtique qui pouvait se métamorphoser partiellement en serpent. Les légendes du Poitou la représentent comme l'aïeule et la protectrice de la maison de Lusignan.
3 - Brocart : chevreuil, daim ou cerf d'un an.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points) :

Comparez les figures féminines et la manière dont elles sont évoquées dans les quatre textes.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

  haut de page

 

SÉRIE L

 

Objet d'étude : La poésie.
Textes : 
Texte A : Victor Hugo, « La Coccinelle », Les Contemplations, I, 15, 1856
Texte B : Jules Laforgue, Premiers Poèmes, 1885
Texte C : Francis Ponge, « Le mollusque », Le Parti pris des choses, 1942
Texte D : Norge, Les Quatre Vérités, « Insectes et mouches », 1962.

 

Texte A : Victor Hugo, Les Contemplations, I, 15, 1856.

       LA COCCINELLE

Elle me dit : « Quelque chose
Me tourmente. » Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J'aurais dû - mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche1,
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes2 pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s'envola.

« Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l'insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu3 ;
Mais la bêtise est à l'homme. »

1. Farouche : sauvage, mal apprivoisé.
2. Fauvette : petit oiseau au plumage fauve.
3. Les bêtes sont au bon Dieu : jeu de mots ; les coccinelles sont souvent surnommées « bêtes à bon dieu ».

 

Texte B : Jules Laforgue, Premiers Poèmes, 1885.

[Alors qu’il se trouve dans une fête foraine, le poète aperçoit un manège que fait tourner un cheval épuisé et misérable (« une rosse fourbue »)…]

                  HUE, CARCAN1 !

J'errais par la banlieue en fête, un soir d'été.
Et, triste d'avoir vu cette femelle enceinte
Glapissant2 aux quinquets3 devant sa toile peinte,
Près des chevaux de bois je m'étais arrêté.

Aux refrains automnals d'un vieil orgue éreinté,
Une rosse fourbue à la prunelle éteinte
Faisait tourner le tout, résignée et sans plainte ;
Et je songeai, voilà pourtant l'Humanité.

Elle aussi, folle aveugle, elle trotte sans trêve ;
Vers quel but ? Sous quel maître ? elle ne le sait trop,
Car le fouet du désir ne veut pas qu'elle y rêve !

Trimer pour l'lnconnu (l'incertain!) est son lot,
Un jour, plus bonne à rien, il faudra qu'elle crève
Sans avoir vu son Dieu, sans emporter le Mot4.

1. Carcan : désigne le cheval. Le carcan était un collier de fer qui servait autrefois à attacher par le cou les condamnés à l’exposition publique.
2. Glapir : crier, en parlant des animaux.
3. Quinquets : ancienne lampe.
4. Le Mot : allusion à la parole divine qui pourrait donner sens à cette souffrance.

 

Texte C : Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942.

LE MOLLUSQUE

    Le mollusque est un être – presque une – qualité. Il n’a pas besoin de charpente mais seulement d’un rempart, quelque chose comme la couleur1 dans le tube.
    La nature renonce ici à la présentation du plasma en forme. Elle montre seulement qu’elle y tient en l’abritant soigneusement, dans un écrin dont la face intérieure est la plus belle.
    Ce n’est donc pas un simple crachat, mais une réalité des plus précieuses.
    Le mollusque est doué d’une énergie puissante à se renfermer. Ce n’est à vrai dire qu’un muscle, un gond, un blount2 et sa porte.
    Le blount ayant sécrété la porte. Deux portes légèrement concaves constituent sa demeure entière.
    Première et dernière demeure. Il y loge jusqu’après sa mort. Rien à faire pour l’en tirer vivant.
    La moindre cellule du corps de l’homme tient ainsi, et avec cette force, à la parole, - et réciproquement3.
    Mais parfois un autre être vient violer ce tombeau, lorsqu’il est bien fait, et s’y fixer à la place du constructeur défunt.
    C’est le cas du pagure4.

1. La couleur : la peinture.
2. Un blount : le cadre de la porte.
3. Réciproquement : la parole joue pour l’homme le rôle de la coquille pour le mollusque.
4. Pagure : crustacé couramment appelé bernard-l’ermite.

 

Texte D : Norge, Les Quatre Vérités, « Insectes et mouches », 1962.
 

Une fourmi
Fait un trajet
De cette branche
A cette pierre,
Une fourmi,
Taille ordinaire
Sans aucun si-
Gne distinctif,
Ce matin, juin,
Je crois le sept;
Elle porte un
Brin, un fétu1.
Cette fourmi,
Taille ordinaire,
Qui n'a pas la
Moindre importance
Passe d'un trot
Simple et normal.
Il va pleuvoir,
Cela se sent.
Et je suis seul;
Moi, seul au monde
Ai vu passer
Cette fourmi.
Au temps des Grecs
Et des Romains,
D'autres fourmis
Couraient ainsi
Dont rien jamais
Ne parle plus.
Cette fourmi,
Taille ordinaire
Sans aucun si-
Gne distinctif,
Qui serait-elle,
Comment va-t-elle ?

Et toi et moi,
Qui sommes-nous,
Et comment tour-
Nent les planètes
Qui n'ont pas la
Moindre importance ?
Que fait l'histoire
Au fond des coeurs
Et comment battent
Ces cœurs d'hommes
Qui n'ont pas la
Moindre importance ?
Que font les four-
Mis de l'esprit
Ce matin, juin,
Je crois le sept,
Sans aucun si-
Gne distinctif.
Il va pleuvoir,
Cela se sent ;
Cela fera
Du bien aux champs.
- Et ta fourmi,
Taille ordinaire,
Qu'en as-tu fait ?
Que devient-elle,
Crois-tu qu'elle é-
Tait amoureuse,
Crois-tu qu'elle a-
Vait faim ou soif,
Crois-tu qu'elle é-
Tait vieille ou jeune
Ou triste ou gaie,
Intelligente
Ou bien quelconque ?
Pourquoi, pourquoi,
Pourquoi, pourquoi
Ça n'a-t-il pas
Plus d'importance ?

1. Fétu : brin de paille.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points) :

Quelles significations peut-on donner aux figures animales dans ces quatre poèmes ?

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez le texte D (texte de Norge).
  • Dissertation
    La réalité quotidienne peut-elle être la seule source d’inspiration pour les poètes ?
    Vous répondrez à la question en vous appuyant sur les textes du corpus, les textes que vous avez étudiés en classe et sur vos lectures personnelles.
  • Invention
    A partir de l’évocation d’un objet ou d’un animal ordinaire, écrivez à votre tour un texte dans lequel vous proposerez une réflexion sur l’Homme.
    Dans ce texte qui aura un développement suffisant, vous vous efforcerez d’employer des tournures poétiques, mais vous n’êtes pas tenu d’écrire en vers.

  haut de page

 

SÉRIE ES / S

 

Objet d'étude : L’argumentation : convaincre, persuader et délibérer.
Textes : 
Texte A : La Bruyère, « Des jugements », Les Caractères, 1688-1696.
Texte B : La Fontaine, « Les compagnons d’Ulysse », Livre XII, Fables, 1694.
Texte C : Voltaire, « Conversation avec les hommes », Micromégas (chapitre VII), 1752.

 

Texte A : La Bruyère, « Des jugements », Les Caractères, 1688-1696.

   Petits hommes, hauts de six pieds1, tout au plus de sept, qui vous enfermez aux foires comme géants, et comme des pièces rares dont il faut acheter la vue, dès que vous allez jusques à huit pieds ; qui vous donnez sans pudeur de la hautesse et de l’éminence2, qui3 est tout ce que l’on pourrait accorder à ces montagnes voisines du ciel et qui voient les nuages se former au-dessous d’elles ; espèce d’animaux glorieux et superbes4, qui méprisez toute autre espèce, qui ne faites pas même comparaison avec l’éléphant et la baleine ; approchez, hommes, répondez un peu à Démocrite5. Ne dites-vous pas en commun proverbe : des loups ravissants6, des lions furieux, malicieux comme un singe ? Et vous autres, qui êtes-vous ? J’entends corner sans cesse à mes oreilles : L’homme est un animal raisonnable. Qui vous a passé7 cette définition ? sont-ce les loups, les singes, et les lions, ou si8 vous vous l’êtes accordée à vous-mêmes ? C’est déjà une chose plaisante, que vous donniez aux animaux, vos confrères, ce qu’il y a de pire, pour prendre pour vous ce qu’il y a de meilleur. Laissez-les un peu se définir eux-mêmes, et vous verrez comme ils s’oublieront, et comme vous serez traités. Je ne parle point, ô hommes, de vos légèretés, de vos folies et de vos caprices, qui vous mettent au-dessous de la taupe et de la tortue, qui vont sagement leur petit train, et qui suivent sans varier l’instinct de leur nature ; mais écoutez-moi un moment. Vous dites d’un tiercelet de faucon9 qui est fort léger, et qui fait une belle descente sur la perdrix : « Voilà un bon oiseau » ; et d’un lévrier qui prend un lièvre corps à corps : « C’est un bon lévrier. » Je consens aussi que vous disiez d’un homme qui court le sanglier, qui le met aux abois, qui l’atteint et qui le perce : « Voilà un brave homme. »10 Mais si vous voyez deux chiens qui s’aboient, qui s’affrontent, qui se mordent et se déchirent, vous dites : « Voilà de sots animaux » ; et vous prenez un bâton pour les séparer. Que si l’on vous disait que tous les chats d’un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu’après avoir miaulé tout leur soûl, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont joué ensemble de la dent et de la griffe ; que de cette mêlée il est demeuré de part et d’autre neuf à dix mille chats sur la place, qui ont infecté l’air à dix lieues de là par leur puanteur, ne diriez-vous pas : « Voilà le plus abominable sabbat11 dont on ait jamais ouï parler ? » Et si les loups en faisaient de même : « Quels hurlements ! quelle boucherie ! » Et si les uns ou les autres vous disaient qu’ils aiment la gloire, concluriez-vous de ce discours qu’ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous, à détruire ainsi et à anéantir leur propre espèce ? ou après l’avoir conclu, ne ririez-vous pas de tout votre coeur de l’ingénuité de ces pauvres bêtes ? Vous avez déjà, en animaux raisonnables, et pour vous distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et de leurs ongles, imaginé les lances, les piques, les dards, les sabres et les cimeterres, et à mon gré fort judicieusement ; car avec vos seules mains que pouviez-vous vous faire les uns aux autres, que vous arracher les cheveux, vous égratigner au visage, ou tout au plus vous arracher les yeux de la tête ? au lieu que vous voilà munis d’instruments commodes, qui vous servent à vous faire réciproquement de larges plaies d’où peut couler votre sang jusqu’à la dernière goutte, sans que vous puissiez craindre d’en échapper.

1. Pied : 32 cm.
2. Hautesse : appellation du sultan ; éminence : titre donné à un cardinal.
3. Qui : comprendre : ce qui.
4. « Glorieux et superbes » : vaniteux, orgueilleux.
5. Démocrite : philosophe grec qui tournait les prétentions humaines en dérision.
6. Loups ravissants : comprendre : qui ravissent, ravisseurs.
7. Qui vous a passé : qui vous a permis.
8. « Ou si » : ou bien plutôt.
9. Tiercelet : faucon mâle.
10. Un brave homme : un homme brave, courageux.
11. Sabbat : comprendre, ici : agitation frénétique.

 

Texte B : La Fontaine, « Les compagnons d’Ulysse », Livre XII, Fables, 1694.

 [La magicienne Circé a changé les compagnons d’Ulysse en animaux. Ulysse obtient qu’elle les fasse redevenir humains.]

 Il obtint qu’on rendrait à ces Grecs leur figure.
Mais la voudront-ils bien, dit la Nymphe1, accepter ?
Allez le proposer de ce pas à la troupe.
Ulysse y court, et dit : L’empoisonneuse coupe
A son remède encore ; et je viens vous l’offrir :
Chers amis, voulez-vous hommes redevenir ?
On vous rend déjà la parole.
Le Lion dit, pensant rugir : Je n’ai pas la tête si folle ;
Moi renoncer aux dons que je viens d’acquérir ?
J’ai griffe et dent, et mets en pièces qui m’attaque.
Je suis Roi : deviendrai-je un Citadin d’Ithaque2 ?
Tu me rendras peut-être encor simple Soldat :
Je ne veux point changer d’état.
Ulysse du Lion court à l’Ours : Eh ! mon frère,
Comme te voilà fait ! je t’ai vu si joli !
- Ah ! vraiment nous y voici,
Reprit l’Ours à sa manière.
Comme me voilà fait ? comme doit être un ours.
Qui t’a dit qu’une forme est plus belle qu’une autre ?
Est-ce à la tienne à juger de la nôtre ?
Je me rapporte aux yeux d’une Ourse mes amours.
Te déplais-je ? va-t-en, suis ta route et me laisse :
Je vis libre, content, sans nul soin3 qui me presse ;
Et te dis tout net et tout plat :
Je ne veux point changer d’état.
Le prince grec au Loup va proposer l’affaire ;
Il lui dit, au hasard d’un semblable refus4 :
Camarade, je suis confus
Qu’une jeune et belle Bergère
Conte aux échos les appétits gloutons
Qui t’ont fait manger ses moutons.
Autrefois on t’eût vu sauver sa bergerie :
Tu menais une honnête vie.
Quitte ces bois, et redeviens,
Au lieu de loup, homme de bien.
- En est-il5 ? dit le Loup. Pour moi, je n’en vois guère.
Tu t’en viens me traiter de bête carnassière :
Toi qui parles, qu’es-tu ? N’auriez-vous pas sans moi
Mangé ces animaux que plaint tout le Village ?
Si j’étais Homme, par ta foi,
Aimerais-je moins le carnage ?
Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous :
Ne vous êtes-vous pas l’un à l’autre des Loups ?
Tout bien considéré, je te soutiens en somme
Que scélérat pour scélérat,
Il vaut mieux être un Loup qu’un Homme :
Je ne veux point changer d’état.
Ulysse fit à tous une même semonce6,
Chacun d’eux fit même réponse,
Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur appétit,
C’était leurs délices suprêmes :
Tous renonçaient au lôs7 des belles actions.
Ils croyaient s’affranchir suivant leurs passions,
Ils étaient esclaves d’eux-mêmes.
Prince8 j’aurais voulu vous choisir un sujet
Où je pusse mêler le plaisant à l’utile :
C’était sans doute un beau projet
Si ce choix eût été facile.
Les compagnons d’Ulysse enfin se sont offerts.
Ils ont force9 pareils en ce bas Univers :
Gens à qui j’impose pour peine10
Votre censure et votre haine.

1. Nymphe : déesse de second rang (désigne Circé).
2. Citadin d’Ithaque : habitant d’Ithaque, patrie d’Ulysse et de ses hommes.
3. Soin : souci, occupation.
4. Au hasard d’un refus : pour éviter un semblable refus.
5. En est-il : y a-t-il des hommes de bien ?
6. Semonce : admonestation, reproche.
7. Lôs : louange ; honneur, renom.
8. La fable, qui ouvre le Livre XII, est dédiée au jeune duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV.
9. Ils ont force : beaucoup de.
10. Peine : sanction.

 

Texte C : Voltaire, « Conversation avec les hommes », Micromégas (chapitre VII), 1752.

 [Ce conte de Voltaire fait le récit de la visite de la Terre par Micromégas, un géant de trente-deux kilomètres de haut venu d’une planète de l’étoile Sirius, accompagné par un habitant de Saturne, un « nain » de dix kilomètres de haut. Micromégas parle ici aux hommes..]

   « Ô atomes intelligents, dans qui l’Être éternel s’est plu à manifester son adresse et sa puissance, vous devez sans doute goûter des joies bien pures sur votre globe : car, ayant si peu de matière, et paraissant tout esprit, vous devez passer votre vie à aimer et à penser ; c’est la véritable vie des esprits. Je n’ai vu nulle part le vrai bonheur ; mais il est ici, sans doute. » À ce discours, tous les philosophes secouèrent la tête ; et l’un d’eux, plus franc que les autres, avoua de bonne foi que, si l’on en excepte un petit nombre d’habitants fort peu considérés, tout le reste est un assemblage de fous, de méchants et de malheureux. « Nous avons plus de matière qu’il ne nous en faut, dit-il, pour faire beaucoup de mal, si le mal vient de la matière, et trop d’esprit, si le mal vient de l’esprit. Savez-vous bien, par exemple, qu’à l’heure que je vous parle, il y a cent mille fous de notre espèce, couverts de chapeaux, qui tuent cent mille autres animaux couverts d’un turban, ou qui sont massacrés par eux, et que, presque sur toute la terre, c’est ainsi qu’on en use de temps immémorial ? » Le Sirien1 frémit et demanda quel pouvait être le sujet de ces horribles querelles entre de si chétifs2 animaux. « Il s’agit, dit le philosophe, de quelque tas de boue grand comme votre talon. Ce n’est pas qu’aucun de ces millions d’hommes qui se font égorger prétende un fétu sur ce tas de boue. Il ne s’agit que de savoir s’il appartiendra à un certain homme qu’on nomme Sultan, ou à un autre qu’on nomme, je ne sais pourquoi, César. Ni l’un ni l’autre n’a jamais vu ni ne verra jamais le petit coin de terre dont il s’agit ; et presque aucun de ces animaux qui s’égorgent mutuellement n’a jamais vu l’animal pour lequel ils s’égorgent.
   - Ah ! malheureux ! s’écria le Sirien avec indignation, peut-on concevoir cet excès de rage forcenée3 ! Il me prend envie de faire trois pas, et d’écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d’assassins ridicules. – Ne vous en donnez pas la peine, lui répondit-on ; ils travaillent assez à leur ruine. Sachez qu’au bout de dix ans, il ne reste jamais la centième partie de ces misérables ; sachez que, quand même ils n’auraient pas tiré l’épée, la faim, la fatigue ou l’intempérance4 les emportent presque tous. D’ailleurs, ce n’est pas eux qu’il faut punir, ce sont ces barbares sédentaires qui du fond de leur cabinet ordonnent, dans le temps de leur digestion, le massacre d’un million d’hommes, et qui ensuite en font remercier Dieu solennellement. »

1. Sirien : habitant de Sirius, il s’agit bien sûr de Micromégas.
2. Chétifs : de faible constitution.
3. Forcenée : qui relève de la folie ; furieuse.
4. Intempérance : abus, excès.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points) :

En quoi peut-on rapprocher les représentations de l’homme proposées par ces trois textes ?

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

 haut de page

 

 


SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objets d'étude : La poésie - Convaincre, persuader et délibérer.
Textes : 
Texte A : Du Bellay, sonnet I, Les Regrets, 1558
Texte B : Victor Hugo, Fonction du poète, Les Rayons et les Ombres (vers 277-306), 1840
Texte C : Léo Ferré, Les Poètes, 1960.
Texte D : Eugène Guillevic, Inclus, 1973.

 

Texte A : Du Bellay, sonnet I, Les Regrets, 1558.

Je ne veux point fouiller au sein de la nature,
Je ne veux point chercher l'esprit de l'univers,
Je ne veux point sonder les abîmes couverts,
Ni dessiner du ciel la belle architecture.

Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts arguments1 ne recherche à mes vers :
Mais suivant de ce lieu les accidents2 divers,
Soit de bien, soit de mal, j'écris à l'aventure3.

Je me plains à mes vers, si j'ai quelque regret :
Je me ris avec eux, je leur dis mon secret,
Comme étant de mon cœur les plus sûrs secrétaires4.

Aussi ne veux-je tant les peigner et friser,
Et de plus braves noms ne les veux déguiser
Que de papiers journaux5 ou bien de commentaires6.

1 - arguments : sujets.
2 - accidents : irrégularités de l'espace arpenté par le poète (lieu accidenté).
3 - à l'aventure : au hasard, sans intention précise.
4 - scrétaires : dépositaires de secrets.
5 - papiers journaux : journal intime.
6 - commentaires : écrits relatant des événements dont l'auteur a été le protagoniste et qu'il commente au fur et à mesure.

 

Texte B : Victor Hugo, Fonction du poète, Les Rayons et les Ombres (vers 277-306), 1840.

Peuples ! écoutez le poète !
Écoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres.
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe1 qui n’est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots.

C’est lui qui, malgré les épines,
L’envie et la dérision,
Marche, courbé dans vos ruines.
Ramassant la tradition.
De la tradition féconde
Sort tout ce qui couvre le monde,
Tout ce que le ciel peut bénir.
Toute idée, humaine ou divine,
Qui prend le passé pour racine
A pour feuillage l’avenir.

Il rayonne ! Il jette sa flamme
Sur l’éternelle vérité !
II la fait resplendir pour l’âme
D’une merveilleuse clarté.
Il inonde de sa lumière
Ville et désert, Louvre et chaumière,
Et les plaines et les hauteurs ;
À tous d’en haut il la dévoile ;
Car la poésie est l’étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs2 !

23 mars-1er avril 1839.

1 - germe : origine, source, principe premier en mesure de se développer.
2 - pasteurs : celui qui fait paître les troupeaux et en prend soin.

 

Texte C : Léo Ferré, Les Poètes, 1960.

                                    LES POÈTES

Ce sont de drôl's de typ's qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c'est selon la saison
Ce sont de drôl's de typ's qui traversent la brume
Avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons

Leur âme est en carafe1 sous les ponts de la Seine
Leurs sous dans les bouquins qu'ils n'ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d'une rengaine2
Qui nous parle d'amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l'alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l'air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d'absurdité

Ce sont des drôl's de typ's qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôl's de typ's qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme

Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront3 leurs vers comme un effet de l'Art

Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes
Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles
Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux

Ils ont des paradis que l'on dit d'artifice
Et l'on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l'on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l'égout...

1 - Leur âme est en carafe : leur âme abandonnée stagne et attend vainement (langage familier).
2 - Rengaine : refrain familier qu'on répète sans cesse.
3 - Remourront : mourront à nouveau.

 

Texte D : Eugène Guillevic, Inclus.

Travailleur
Comme eux tous.

Vivant le même temps
De machines, de bruit
De guerre, de journaux.

Les mêmes problèmes
De nourriture, de logement,
D'impôts.

Citoyen,
Comme eux tous.

Préoccupé
Comme eux,

Par les problèmes du présent,
Du futur.

Rêvant
De cette société

Où tous
Auront loisir d'écrire.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique (6 points) :

- Qu'est-ce qui permet de dire que ces textes appartiennent au genre poétique ? Vous justifierez votre réponse en vous appuyant sur des observations précises. (3 points)
- Quelle fonction principale l'auteur attribue-t-il à la poésie dans chacun des textes du corpus ? (3 points).

II- Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (14 points) :

  haut de page

 

 

 

 

 

 

Sommaire du site Magister                   m'écrire

Vocabulaire Types de textes Genres littéraires
Lecture analytique Registres littéraires Travaux d'écriture
Texte argumentatif Corpus de textes Œuvres intégrales
Dossiers Classes Prépas Liens