LES SUJETS DE L’EAF 2002

 

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SÉRIE L

 

Objet d'étude : La poésie.
Textes : 
Texte A - J. du Bellay, «Las où est maintenant...» (Les Regrets, 1558)
Texte B - T. Corbière : «Un sonnet avec la manière de s'en servir» (Les Amours jaunes, 1873)
Texte C - J. Laforgue : «La Cigarette» (Le Sanglot de la terre, 1880)
Texte D - B. Cendrars : «Académie Medrano», (Sonnets dénaturés, 1923)
Texte E - N. Boileau : Art poétique (1674), chant II (extrait).

 

Texte A - Joachim du Bellay, Les Regrets, 1558.

Las1, où est maintenant ce mépris de Fortune2 ?
Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir de l'immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

Où sont ces doux plaisirs, qu'au soir sous la nuit brune
Les Muses me donnaient, alors qu'en liberté
Dessus le vert tapis d'un rivage écarté
Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,
Et mon cœur qui soulait3 être maître de soi
Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuient4.

De la postérité je n'ai plus de souci,
Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussi,
Et les Muses de moi, comme étranges5, s'enfuient.

1. hélas.
2. personnification du destin.
3. avait l'habitude de.
4. me tourmentent.
5. étrangères.

 

Texte B - Tristan Corbière, Les Amours jaunes, 1873.

                     UN SONNET
     AVEC LA MANIERE DE S'EN SERVIR
Réglons notre papier et formons bien nos lettres

Vers filés à la main et d'un pied uniforme,
Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton ;
Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme...
Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.

Sur le railway du Pinde1 est la ligne, la forme ;
Aux fils du télégraphe ; - on en suit quatre, en long ;
A chaque pieu, la rime - exemple : chloroforme.
- Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.

- Télégramme sacré - 20 mots. - Vite à mon aide...
(Sonnet - c'est un sonnet -) ô Muse d'Archimède2
- La preuve d'un sonnet est par l'addition :

- Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,
En posant 3 et 3 ! Tenons Pégase3 raide :
"O lyre ! O délire : O..." - Sonnet - Attention !

1.Pinde : montagne grecque ; dans l'antiquité, dédiée à Apollon (dieu de la musique et de la poésie) et aux Muses.
2. Archimède : savant grec (mathématicien et physicien) du IIIe s. av. J-C.
3. Pégase : cheval ailé d'origine divine dans la mythologie grecque, souvent associé à l'activité poétique.

 

Texte C - Jules Laforgue, Le Sanglot de la terre, 1880.

                      [ LA CIGARETTE ]

Oui, ce monde est bien plat ; quant à l'autre, sornettes.
Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
Et pour tuer le temps, en attendant la mort,
Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.

Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes,
Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord,
Me plonge en une extase infinie et m'endort
Comme aux parfums mourants de mille cassolettes1.

Et j'entre au paradis, fleuri de rêves clairs
Où l'on voit se mêler en valses fantastiques
Des éléphants en rut à des chœurs de moustiques.

Et puis, quand je m'éveille en songeant à mes vers,
Je contemple, le cœur plein d'une douce joie,
Mon cher pouce rôti comme une cuisse d'oie.

1. Brûle-parfum.

 

Texte D - Blaise Cendrars, Sonnets dénaturés, 1923.

                ACADÉMIE MÉDRANO

                                                                    A Conrad Moricand

Danse avec ta langue, Poète, fais un entrechat
Un tour de piste 
                       sur un tout petit basset
                                               noir ou haquenée1
Mesure les beaux vers mesurés et fixe les formes fixes
Que sont
LES BELLES LETTRES apprises
Regarde :
                             
Les Affiches se fichent de toi te
                                                mordent avec leurs dents
                                                en couleur entre les doigts
                                                de pied
La fille du directeur a des lumières électriques
Les jongleurs sont aussi les trapézistes
                                   xuellirép tuaS
               teuof ed puoC
aç-emirpxE
Le clown est dans le tonneau malaxé
Il faut que ta langueles soirs où
Les Billets de faveur sont supprimés.

                                                                          Novembre 1916.

1. haquenée : cheval ou jument d'allure douce, généralement montée par les dames.

 

Texte E - Nicolas Boileau, Art poétique, chant II, v. 82-94 (1674).

On dit, à ce propos, qu'un jour ce dieu bizarre1,
Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois,
Inventa du Sonnet les rigoureuses lois :
Voulut qu'en deux quatrains de mesure pareille
La rime avec deux sons frappât huit fois l'oreille ;
Et qu'ensuite six vers, artistement rangés,
Fussent en deux tercets par le sens partagés,
Surtout, de ce poème il bannit la licence :
Lui-même en mesura le nombre et la cadence ;
Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer,
Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer.
Du reste, il l'enrichit d'une beauté suprême :
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème.

1. "ce dieu bizarre" : Apollon.

 

I - APRÈS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'ENSEMBLE DES TEXTES, VOUS RÉPONDREZ À LA QUESTION SUIVANTE.   (4 points)

  Analyser brièvement les différents traitements réservés à la forme du sonnet dans ce corpus et l'effet produit lorsque "ses rigoureuses lois" ne sont pas respectées.

Il -  VOUS TRAITEREZ ENSUITE UN DES TROIS SUJETS SUIVANTS AU CHOIX.  (16 point

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SÉRIES S - ES

 

Objet d'étude : Convaincre, persuader, délibérer.
Textes : 
Texte A - J. de La Bruyère, « Du Souverain ou de la République » (Caractères, 1688)
Texte B - E.N. Damilaville : Article « Paix » (Encyclopédie, 1750-1772)
Texte C - Voltaire : « Guerre » (Dictionnaire philosophique, 1764)
Texte D - J. Giraudoux : La guerre de Troie n'aura pas lieu, 1935.

 

Texte A - Jean de La Bruyère, «Du Souverain ou de la République», Les Caractères, 1688.

  La guerre a pour elle l'antiquité ; elle a été dans tous les siècles : on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers, et faire périr les frères à une même bataille. Jeune Soyecour1 ! je regrette ta vertu, ta pudeur, ton esprit déjà mûr, pénétrant, élevé, sociable, je plains cette mort prématurée qui te joint à ton intrépide frère, et t'enlève à une cour où tu n'as fait que te montrer : malheur déplorable, mais ordinaire! De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s'égorger les uns les autres ; et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu'on appelle l'art militaire ; ils ont attaché à la pratique de ces règles la gloire ou la plus solide réputation ; et ils ont depuis renchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement. De l'injustice des premiers hommes, comme de son unique source, est venue la guerre, ainsi que la nécessité où ils se sont trouvés de se donner des maîtres qui fixassent leurs droits et leurs prétentions. Si, content du sien, on eût pu s'abstenir du bien de ses voisins, on avait pour toujours la paix et la liberté.

1. Jeune homme tué à la guerre et dont La Bruyère avait peut-être été le précepteur.

 

Texte B - Article «Paix», Encyclopédie, (1750 - 1772).

  PAIX. La guerre est un fruit de la dépravation des hommes : c'est une maladie convulsive et violente du corps politique, il n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel que lorsqu'il jouit de la paix ; c'est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l'ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l'agriculture et le commerce : en un mot elle procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute société. La guerre au contraire dépeuple les états ; elle y fait le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vue de la licence qu'elle introduit ; elle rend incertaines la liberté et la propriété des citoyens ; elle trouble et fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes et abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatants ne peuvent dédommager une nation de la perte d'une multitude de ses membres que la guerre sacrifie ; ses victoires même lui font des plaies profondes que la paix seule peut guérir.

 

Texte C - Voltaire, «Guerre», Dictionnaire philosophique, 1764.

    Un généalogiste prouve à un prince qu'il descend en droite ligne d'un comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a trois ou quatre cents ans avec une maison dont la mémoire même ne subsiste plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont le dernier possesseur est mort d'apoplexie : le prince et son conseil concluent sans difficulté que cette province lui appartient de droit divin. Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau protester qu'elle ne le connaît pas, qu'elle n'a nulle envie d'être gouvernée par lui ; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur consentement : ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent un grand nombre d'hommes qui n'ont rien à perdre ; il les habille d'un gros drap bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire.
Les autres princes qui entendent parler de cette équipée y prennent part, chacun selon son pouvoir, et couvrent une petite étendue de pays de plus de meurtriers mercenaires que Gengis Khan, Tamerlan, Bajazet n'en traînèrent à leur suite.
  Des peuples assez éloignés entendent dire qu'on va se battre, et qu'il y a cinq à six sous par jour à gagner pour eux s'ils veulent être de la partie : ils se divisent aussitôt en deux bandes comme des moissonneurs, et vont vendre leurs services à quiconque veut les employer.
  Ces multitudes s'acharnent les unes contre les autres, non seulement sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il s'agit.
  Il se trouve à la fois cinq ou six puissances belligérantes, tantôt trois contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq, se détestant toutes également les unes les autres, s'unissant et s'attaquant tour à tour ; toutes d'accord en seul point, celui de faire tout le mal possible.
  Le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain.

 

Texte D - Jean Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu, 1935.

[La scène se passe dans l'Antiquité. Les Grecs assiègent la ville de Troie. Des négociations sont encore possibles pour éviter l'assaut et la guerre. Andromaque, belle-fille du roi de Troie, Priam, et épouse d'Hector, lutte de toutes ses forces contre l'idée même de la guerre.]

ANDROMAQUE
- Mon père, je vous en supplie. Si vous avez cette amitié pour les femmes, écoutez ce que toutes les femmes du monde vous disent par ma voix. Laissez-nous nos maris comme ils sont. Pour qu'ils gardent leur agilité et leur courage, les dieux ont créé autour d'eux tant d'entraîneurs vivants ou non vivants ! Quand ce ne serait que l'orage ! Quand ce ne serait que les bêtes ! Aussi longtemps qu'il y aura des loups, des éléphants, des onces, l'homme aura mieux que l'homme comme émule et comme adversaire. Tous ces grands oiseaux qui volent autour de nous, ces lièvres dont nous les femmes confondons le poil avec les bruyères, sont de plus sûrs garants de la vue perçante de nos maris que l'autre cible, que le cœur de l'ennemi emprisonné dans sa cuirasse. Chaque fois que j'ai vu tuer un cerf ou un aigle, je l'ai remercié. Je savais qu'il mourait pour Hector. Pourquoi voulez-vous que je doive Hector à la mort d'autres hommes ?
PRIAM
- Je ne veux pas, ma petite chérie. Mais savez-vous pourquoi vous êtes là, toutes si belles et si vaillantes ? C'est parce que vos maris et vos pères et vos aïeux furent des guerriers. S'ils avaient été paresseux aux armes, s'ils n'avaient pas su que cette occupation terne et stupide qu'est la vie se justifie soudain et s'illumine par le mépris que les hommes ont d'elle, c'est vous qui seriez lâches et réclameriez la guerre. Il n'y a pas deux façons de se rendre immortel ici-bas, c'est d'oublier qu'on est mortel.
ANDROMAQUE
- Oh ! justement, Père, vous le savez bien ! Ce sont les braves qui meurent à la guerre. Pour ne pas y être tué, il faut un grand hasard ou une grande habileté. Il faut avoir courbé la tête, ou s'être agenouillé au moins une fois devant le danger. Les soldats qui défilent sous les arcs de triomphe sont ceux qui ont déserté la mort. Comment un pays pourrait-il gagner dans son honneur et dans sa force en les perdant tous les deux ?
PRIAM
- Ma fille, la première lâcheté est la première ride d'un peuple.

 

I - APRÈS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'ENSEMBLE DES TEXTES, VOUS RÉPONDREZ À LA QUESTION SUIVANTE.   (4 points)

Ces quatre textes dénoncent la guerre. Vous analyserez les différents procédés littéraires utilisés à cette fin.

Il -  VOUS TRAITEREZ ENSUITE UN DES TROIS SUJETS SUIVANTS AU CHOIX. (16 points)

 

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SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : Le théâtre.
Textes : 
Texte A - Molière, Le Bourgeois gentilhomme , 1670 (II,4)
Texte B - E. Ionesco : La Leçon, 1951 (extrait)
Texte C - G. Feydeau : On purge bébé, 1910 (extrait).

 

Texte A - Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, Acte II, scène 4, 1670.

Monsieur Jourdain est un bourgeois enrichi qui rêve d'imiter la noblesse de la cour du roi. Il prend toutes sortes de leçons.

MAITRE DE PHILOSOPHIE. - Que voulez-vous donc que je vous apprenne ?
MONSIEUR JOURDAIN. - Apprenez-moi l'orthographe.
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - Très volontiers.
MONSIEUR JOURDAIN. - Après, vous m'apprendrez l'almanach, pour savoir quand il y a de la lune et quand il n'y en a point.
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - Soit. Pour bien suivre votre pensée et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer selon l'ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j'ai à vous dire que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles parce qu'elles expriment les voix ; et en consonnes, ainsi appelées consonnes parce qu'elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les différentes articulations des voix. Il y a cinq voyelles ou voix : A, E, I, O, U.
MONSIEUR JOURDAIN. - J'entends tout cela.
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - La voix A se forme en ouvrant fort la bouche : A.
MONSIEUR JOURDAIN. - A, A. Oui.
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d'en bas de celle d'en haut : A, E.
MONSIEUR JOURDAIN. - A, E, A, E. Ma foi ! oui. Ah ! que cela est beau !
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - Et la voix I en rapprochant encore davantage les mâchoires l'une de l'autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles : A, E, I.
MONSIEUR JOURDAIN. - A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science !
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - La voix O se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas : O.
MONSIEUR JOURDAIN. - O, O. Il n'y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable! I, O, I, O.
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - L'ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.
MONSIEUR JOURDAIN. - O, O, O. Vous avez raison, O. Ah ! la belle chose, que de savoir quelque chose !
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - La voix U se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l'une de l'autre sans les joindre tout à fait : U.
MONSIEUR JOURDAIN. - U, U. Il n'y a rien de plus véritable : U.
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - Vos deux lèvres s'allongent comme si vous faisiez la moue : d'où vient que si vous la voulez faire à quelqu'un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que : U.
MONSIEUR JOURDAIN. - U, U. Cela est vrai. Ah ! que n'ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela ?
MAITRE DE PHILOSOPHIE. - Demain, nous verrons les autres lettres, qui sont les consonnes.

 

Texte B - Eugène Ionesco, La Leçon, 1951.

[Dans La Leçon (1951), Eugène Ionesco met en scène un professeur qui tente d'enseigner son savoir à une jeune élève. Très patient et doux au début, il perd peu à peu son calme.]

LE PROFESSEUR - Toute langue, Mademoiselle, sachez-le, souvenez-vous-en jusqu'à l'heure de votre mort...
L'ELEVE - Oh ! Oui, Monsieur, jusqu'à l'heure de ma mort... Oui, Monsieur...
LE PROFESSEUR - ...et ceci est encore un principe fondamental, toute langue n'est en somme qu'un langage, ce qui implique nécessairement qu'elle se compose de sons, ou...
L'ELEVE - Phonèmes...
LE PROFESSEUR - J'allais vous le dire. N'étalez donc pas votre savoir. Ecoutez, plutôt.
L'ELEVE - Bien, Monsieur. Oui, Monsieur.
LE PROFESSEUR - Les sons, Mademoiselle, doivent être saisis au vol par les ailes pour qu'ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds. Par conséquent, lorsque vous vous décidez d'articuler, il est recommandé, dans la mesure du possible, de lever très haut le cou et le menton, de vous élever sur la pointe des pieds, tenez, ainsi, vous voyez...
L'ELEVE - Oui, Monsieur.
LE PROFESSEUR - Taisez-vous. Restez assise, n'interrompez pas... Et d'émettre les sons très haut et de toute la force de vos poumons associée à celle de vos cordes vocales. Comme ceci : regardez : "Papillon", "Euréka", "Trafalgar", "papi, papa". De cette façon, les sons remplis d'un air chaud plus léger que l'air environnant voltigeront, voltigeront sans plus risquer de tomber dans les oreilles des sourds qui sont les véritables gouffres, les tombeaux des sonorités. Si vous émettez plusieurs sons à une vitesse accélérée, ceux-ci s'agripperont les uns aux autres automatiquement, constituant ainsi des syllabes, des mots, à la rigueur des phrases, c'est-à-dire des groupements plus ou moins importants, des assemblages purement irrationnels de sons, dénués de tout sens, mais justement pour cela capables de se maintenir sans danger à une altitude élevée dans les airs. Seuls, tombent les mots chargés de signification, alourdis par leur sens, qui finissent toujours par succomber, s'écrouler...
L'ELEVE - ... dans les oreilles des sourds.
LE PROFESSEUR - C'est ça, mais n'interrompez pas... et dans la pire confusion...Ou par crever comme des ballons. Ainsi donc, Mademoiselle...(L'Elève a soudain l'air de souffrir). Qu'avez-vous donc ?
L'ELEVE - J'ai mal aux dents, Monsieur.
LE PROFESSEUR - Ça n'a pas d'importance. Nous n'allons pas nous arrêter pour si peu de chose. Continuons...
L'ELEVE, qui aura l'air de souffrir de plus en plus. - Oui, Monsieur.
LE PROFESSEUR - J'attire au passage votre attention sur les consonnes qui changent de nature en liaisons. Les f deviennent en ce cas des v, les d des t, les g des k et vice versa, comme dans les exemples que je vous signale : "trois heures, les enfants, le coq au vin, l'âge nouveau, voici la nuit".
L'ELEVE - J'ai mal aux dents.
LE PROFESSEUR - Continuons.
L'ELEVE - Oui.

 

Texte C - Georges Feydeau, On purge bébé, 1910.

Rose est femme de ménage chez les Follavoine.

FOLLAVOINE - Au fait, dites donc, vous ...!
ROSE - Monsieur ?
FOLLAVOINE - Par hasard, les ... les Hébrides1 ... ?
ROSE, qui ne comprend pas - Comment ?
FOLLAVOINE - Les Hébrides ? ... Vous ne savez pas où c'est ?
ROSE, ahurie - Les Hébrides ?
FOLLAVOINE - Oui.
ROSE - Ah ! non ! ... non ! (Comme pour se justifier). C'est pas moi qui range ici ! ... C'est Madame.
FOLLAVOINE, se redressant en fermant son dictionnaire sur son index de façon à ne pas perdre la page - Quoi ! quoi, "qui range" ! Les Hébrides ! ... des îles ! bougre d'ignare2 ! ... de la terre entourée d'eau ... vous ne savez pas ce que c'est ?
ROSE, ouvrant de grands yeux - De la terre entourée d'eau ?
FOLLAVOINE - Oui ! de la terre entourée d'eau, comment ça s'appelle ?
ROSE - De la boue ?
FOLLAVOINE, haussant les épaules - Mais non, pas de la boue ! C'est de la boue quand il n'y a pas beaucoup de terre et pas beaucoup d'eau ; mais quand il y a beaucoup de terre et beaucoup d'eau, ça s'appelle des îles !
ROSE, abrutie - Ah ?
FOLLAVOINE - Eh ! bien, les Hébrides, c'est ça ! c'est des îles ! par conséquent, c'est pas dans l'appartement.
ROSE, voulant avoir compris - Ah ! oui ! ... c'est dehors !
FOLLAVOINE, haussant les épaules - Naturellement ! ... c'est dehors !
ROSE - Ah ! ben, non ! non, je les ai pas vues.
FOLLAVOINE, quittant son bureau et poussant familièrement Rose vers la porte. - Oui, bon, merci, ça va bien !
ROSE, comme pour se justifier. - Y a pas longtemps que je suis à Paris, n'est-ce pas ?
FOLLAVOINE - Oui ! ... oui, oui !
ROSE - Et je sors si peu !
FOLLAVOINE - Oui ! ça va bien ! Allez ! ... Allez retrouver Madame.
ROSE - Oui, Monsieur ! (Elle sort).
FOLLAVOINE - Elle ne sait rien, cette fille ! rien ! qu'est-ce qu'on lui a appris à l'école ? "C'est pas elle qui a rangé les Hébrides" ! Je te crois, parbleu ! (Se replongeant dans son dictionnaire). "Z'Hébrides ... Z'Hébrides ...". C'est extraordinaire ! je trouve zèbre, zébré, zébrure, zébu ! ... Mais les Z'Hébrides, pas plus que dans mon œil ! Si ça y était, ce serait entre zébré et zébrure. On ne trouve rien dans ce dictionnaire !

1. Les Hébrides sont des îles situées à l'ouest de l'Ecosse.
2. Bougre d'ignare : ignorante.

 

I - APRÈS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'ENSEMBLE DES TEXTES, VOUS RÉPONDREZ AUX QUESTIONS SUIVANTES.   (6 points)

1) Comparez les relations entre les personnages mis en scène dans ces extraits.
2) Qu'est-ce qui rend ces trois textes comiques ? Vous justifierez votre réponse en vous appuyant sur des éléments précis.

Il -  VOUS TRAITEREZ ENSUITE UN DES TROIS SUJETS SUIVANTS AU CHOIX. (14 points)

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CENTRES ÉTRANGERS
  SÉRIE L

 

Objet d'étude : Réécritures.
Textes :
Texte A - Madame de Staël, Corinne ou l'Italie, Livre X, chapitre IV, 1807
Texte B - Chateaubriand, Lettre à Julie Récamier, 1829
(texte cité par Jean d'Ormesson dans Mon dernier rêve sera pour vous, 1998).
Texte C - Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, III, 1848-1850.
Texte D - Annexe : Gérard Genette, « La littérature au second degré » , Palimpsestes, 1982.

 

Texte A - Madame de Staël, Corinne ou l'Italie, 1807.

[A Rome, Oswald fait la connaissance de Corinne. Ils visitent ensemble la ville et se rendent, au moment de la Semaine Sainte, à la chapelle Sixtine pour y entendre le Miserere1 d'Allegri.]

  Oswald se rendit à la chapelle Sixtine pour entendre le fameux Miserere vanté dans toute l'Europe. Il arriva de jour encore, et vit ces peintures célèbres de Michel-Ange, qui représentent le jugement dernier, avec toute la force effrayante de ce sujet, et du talent qui l'a traité. Michel-Ange s'était pénétré de la lecture du Dante; et le peintre comme le poète représente des êtres mythologiques en présence de Jésus-Christ; mais il fait presque toujours du paganisme le mauvais principe, et c'est sous la forme des démons qu'il caractérise les fables païennes. On aperçoit sur la voûte de la chapelle les Prophètes et les Sibylles appelés en témoignage par les chrétiens; une foule d'anges les entourent, et toute cette voûte ainsi peinte semble rapprocher le ciel de nous; mais ce ciel est sombre et redoutable; le jour perce à peine à travers les vitraux qui jettent sur les tableaux plutôt des ombres que des lumières; l'obscurité agrandit encore les figures déjà si imposantes que Michel-Ange a tracées; l'encens, dont le parfum a quelque chose de funéraire, remplit l'air dans cette enceinte, et toutes les sensations préparent à la plus profonde de toutes, celle que la musique doit produire. Pendant qu'Oswald était absorbé par les réflexions que faisaient naître tous les objets qui l'environnaient, il vit entrer dans la tribune des femmes, derrière la grille qui les sépare des hommes, Corinne qu'il n'espérait pas encore, Corinne vêtue de noir, toute pâle de l'abstinence, et si tremblante dès qu'elle aperçut Oswald, qu'elle fut obligée de s'appuyer sur la balustrade pour avancer : en ce moment, le miserere commença. Les voix, parfaitement exercées à ce chant antique et pur, partent d'une tribune au commencement de la voûte; on ne voit point ceux qui chantent; la musique semble planer dans les airs; à chaque instant la chute du jour rend la chapelle plus sombre. [...] C'était une musique toute religieuse qui conseillait le renoncement à la terre. Corinne se jeta à genoux devant la grille et resta plongée dans la plus profonde méditation; Oswald lui-même disparut à ses yeux. II lui semblait que c'était dans un tel moment d'exaltation qu'on aimerait à mourir, si la séparation de l'âme d'avec le corps ne s'accomplissait point par la douleur; si tout à coup un ange venait enlever sur ses ailes le sentiment et la pensée, étincelles divines qui retourneraient vers leur source : la mort ne serait pour ainsi dire alors qu'un acte spontané du cœur, qu'une prière plus ardente et mieux exaucée. Le miserere, c'est-à-dire ayez pitié de nous, est un psaume composé de versets qui se chantent alternativement d'une manière très différente. Tour à tour une musique céleste se fait entendre, et le verset suivant, dit en récitatif, est murmuré d'un ton sourd et presque rauque; on dirait que c'est la réponse des caractères durs aux cœurs sensibles, que c'est le réel de la vie qui vient flétrir et repousser les vœux des âmes généreuses; et quand ce chœur si doux reprend, on renaît à l'espérance; mais lorsque le verset récité recommence, une sensation de froid saisit de nouveau; ce n'est pas la terreur qui la cause, mais le découragement de l'enthousiasme. Enfin le dernier morceau, plus noble et plus touchant encore que tous les autres, laisse au fond de l'âme une impression douce et pure : Dieu nous accorde cette même impression avant de mourir. On éteint les flambeaux; la nuit s'avance; les figures des Prophètes et des Sibylles apparaissent comme des fantômes enveloppés du crépuscule. Le silence est profond, la parole ferait un mal insupportable dans cet état de l'âme où tout est intime et intérieur; et quand le dernier son s'éteint, chacun s'en va lentement et sans bruit; chacun semble craindre de rentrer dans les intérêts vulgaires de ce monde.

1. Miserere : pièce de musique chantée d'inspiration religieuse.

 

Texte B - Chateaubriand, Lettre à Julie Récamier, 1829.

Rome, mercredi 15 avril 1829.

  Je commence cette lettre le mercredi saint au soir, au sortir de la chapelle Sixtine, après avoir assisté à Ténèbres1 et entendu chanter le Miserere. Je me souvenais que vous m'aviez parlé de cette belle cérémonie, et j'en étais, à cause de cela, cent fois plus touché. C'est vraiment incomparable. Cette clarté qui meurt par degrés, ces ombres qui enveloppent peu à peu les merveilles de Michel-Ange; tous ces cardinaux à genoux; ce nouveau pape prosterné lui-même au pied de l'autel où, quelques jours avant, j'avais vu son prédécesseur; cet admirable chant de souffrance et de miséricorde s'élevant par intervalles dans le silence et la nuit; l'idée d'un Dieu mourant sur la croix pour expier les crimes et les faiblesses des hommes, Rome et tous ses souvenirs sous la voûte du Vatican. Que n'étiez-vous là avec moi ! J'aime jusqu'à ces cierges dont la lumière étouffée laisse échapper une fumée blanche, image d'une vie subitement éteinte. C'est une belle chose que Rome pour tout oublier, pour mépriser tout et pour mourir. Au lieu de cela, le courrier demain m'apportera des lettres, des journaux, des inquiétudes. II faudra vous parler de politique. Quand aurai-je fini de mon avenir et quand n'aurai-je plus à faire dans le monde qu'à vous aimer et à vous consacrer mes derniers jours ?

1. Ténèbres : office du soir célébré pendant la Semaine sainte.

 

Texte C - Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, livre III, 1848-1850.

Mercredi saint, 15 avril.

  Je sors de la chapelle Sixtine, après avoir assisté à Ténèbres et entendu chanter le Miserere. Je me souvenais que vous m'aviez parlé de cette cérémonie et j'en étais, à cause de cela, cent fois plus touché. Le jour s'affaiblissait, les ombres envahissaient lentement les fresques de la chapelle et l'on n'apercevait plus que quelques grands traits du pinceau de Michel-Ange. Les cierges, tour à tour éteints, laissaient échapper de leur lumière étouffée une légère fumée blanche, image assez naturelle de la vie que l'Écriture compare à une petite vapeur. Les cardinaux étaient à genoux, le nouveau pape prosterné au même autel où quelques jours avant j'avais vu son prédécesseur; l'admirable prière de pénitence et de miséricorde, qui avait succédé aux lamentations du prophète, s'élevait par intervalles dans le silence et la nuit. On se sentait accablé sous le grand mystère d'un Dieu mourant pour effacer les crimes des hommes. La catholique héritière sur ses sept collines était là avec tous ses souvenirs; mais, au lieu de ces pontifes puissants, de ces cardinaux qui disputaient la préséance aux monarques, un pauvre vieux pape paralytique, sans famille et sans appui, des princes de l'Église sans éclat, annonçaient la fin d'une puissance qui civilisa le monde moderne. Les chefs-d'œuvre des arts disparaissaient avec elle, s'effaçaient sur les murs et sur les voûtes du Vatican, palais à demi abandonné. Des étrangers curieux, séparés de l'unité de l'Église, assistaient en passant à la cérémonie et remplaçaient la communauté des fidèles. Une double tristesse s'emparait du cœur. Rome chrétienne en commémorant l'agonie de Jésus-Christ avait l'air de célébrer la sienne, de redire pour la nouvelle Jérusalem les paroles que Jérémie1 adressait à l'ancienne. C'est une belle chose que Rome pour tout oublier, mépriser tout et mourir.

1. Jérémie : prophète biblique qui fut témoin de la chute de Jérusalem.

 

Texte D - Annexe : Gérard Genette, « La littérature au second degré », Palimpsestes, 1982.

  Un palimpseste est un parchemin dont on a gratté la première inscription pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout à fait, en sorte qu'on peut y lire, par transparence, l'ancien sous le nouveau. On entendra donc, au figuré, par palimpsestes (plus littéralement : hypertextes), toutes les œuvres dérivées d'une œuvre antérieure, par transformation ou par imitation. De cette littérature au second degré, qui s'écrit en lisant, la place et l'action dans le champ littéraire sont généralement, et fâcheusement, méconnues. On entreprend ici d'explorer ce territoire. Un texte peut toujours en lire un autre, et ainsi de suite jusqu'à la fin des textes. Celui-ci n'échappe pas à la règle : il l'expose et s'y expose. Lira bien qui lira le dernier.

 

I - APRÈS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'ENSEMBLE DES TEXTES, VOUS RÉPONDREZ À LA QUESTION SUIVANTE.  (4 points)

Quels sont les éléments purement informatifs concernant le Miserere ?

Il -  VOUS TRAITEREZ ENSUITE UN DES TROIS SUJETS SUIVANTS AU CHOIX. (16 points)

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CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES S - ES

 

Objet d'étude : Convaincre, persuader et délibérer.
Textes :
Texte A - Marivaux, Préface à La Voiture embourbée, 1715.
Texte B - Jean-Noël Schifano, réédition de Le Corricolo d'Alexandre Dumas, 1984.

 

Texte A - Marivaux, Préface à La Voiture embourbée, 1715.

  Les premières lignes que j'adresse à mon ami, en commençant cette histoire, devraient m'épargner une préface; mais il en faut une : un livre imprimé, relié, sans préface, est-il un livre ? Non sans doute : il ne mérite point encore ce nom; c'est une manière de livre, livre sans brevet, ouvrage de l'espèce de ceux qui sont livres, ouvrage candidat, aspirant à le devenir, et qui n'est digne de porter véritablement ce nom, que revêtu de cette dernière formalité; alors le voilà complet. Qu'il soit plat, médiocre, bon ou mauvais, il porte avec sa préface le nom de livre dans tous les endroits où il court : une seule épithète le différencie de ses pareils, bon ou mauvais. A l'égard de l'épître dédicatoire, c'est une formalité qu'il est libre de retrancher ou d'ajouter. Or donc, Lecteur, puisqu'il faut une préface, en voici une. Je ne sais si ce roman plaira; la tournure m'en paraît plaisante, le comique divertissant, le merveilleux assez nouveau, les transitions assez naturelles; et le mélange bizarre de tous ces différents goûts lui donne totalement un air extraordinaire, qui doit faire espérer qu'il divertira plus qu'il n'ennuiera; et... Mais il me semble que je commence bien mal ma préface; il n'y a qu'à suivre mes conclusions : c'est un livre dont le comique est plaisant, les transitions naturelles, le merveilleux nouveau; si cela est, l'ouvrage est beau : mais, qui le dit ? c'est moi, c'est l'auteur. Ah ! dira-t-on, que ces auteurs sont comiques avec leurs préfaces qu'ils remplissent de l'éloge de leurs livres ! Mais vous-même, Lecteur, que vous êtes bizarre ! Vous voulez une préface absolument, et vous vous révoltez, parce que l'auteur dit de son livre ce qu'il pense : vous devez concevoir que, si ce livre ne lui paraissait bon, il ne le produirait pas. Je conviens, direz-vous, qu'il ne le met au jour, que parce qu'il l'en croit digne; mais un sentiment de modestie, d'humilité même, doit, quand il annonce son livre, jeter, pour ainsi dire, un rideau sur l'opinion bien ou mal fondée qu'il a que son livre est bon. Qu'il soit vain, téméraire, je le veux; penser mal de ce qu'on a fait, et le produire, sont deux choses impossibles, à moins que d'un dérangement de cerveau : mais penser bien de son ouvrage, l'annoncer modestement, voilà la conduite d'un prudent auteur, qui, ne pouvant s'empêcher d'être vain sur son livre, se sauve, par un masque adroit de modestie, du ridicule de le paraître.  Eh bien ! oui ; je conviens que j'ai tort : j'ai dit trop naturellement ce que je pensais; je vais donc me masquer. Or, Lecteur, sachez donc qu'en vous donnant cette histoire, je n'ai point la vanité de penser que je vous offre rien de beau; quelques amis, sans doute flatteurs, m'ont, par leurs importunités, obligé de la produire; mais... Mais finissez, s'écriera peut-être un chagrin misanthrope; si vous savez qu'en offrant votre livre, vous n'offrez rien de beau, pourquoi le produire ? Des amis flatteurs vous y ont forcé, dites-vous : eh bien ! il fallait rompre avec eux, ce sont vos ennemis : ou bien, puisqu'ils vous pressaient tant, n'aviez-vous pas le secours du feu, qui pouvait faire évanouir le mauvais sujet de leurs importunités ? Belle excuse que ces instances ! Je ne puis souffrir cette humilité fardée, ce mélange ridicule d'hypocrisie et d'orgueil de presque tous messieurs les auteurs; j'aimerais mieux un sentiment de présomption déclaré, que les détours de mauvaise foi. Et moi, monsieur le misanthrope, j'aime mieux faire un livre sans préface, que de suer pour ne contenter personne. Sans l'embarrassant dessein de faire cette préface, j'aurais parlé de mon livre en termes plus naturels, plus justes, ni humbles, ni vains j'aurais dit qu'il y avait de l'imagination; que je n'osais décider si elle était bonne; qu'au reste, je m'étais véritablement diverti à le composer, et que je souhaitais qu'il divertît aussi les autres : mais le dessein de préface est venu guinder mon esprit, de manière que j'ai brisé aux deux écueils ordinaires. Dieu soit béni, me voilà délivré d'un grand fardeau; et j'avoue que je ris du personnage que j'allais faire, si j'avais été obligé de soutenir ma préface. Adieu; j'aime mieux mille fois couper court, que d'ennuyer par trop de longueur. Passons à l'ouvrage.

 

Texte B - Jean-Noël Schifano, 4ème de couverture pour une réédition de Le Corricolo 1 d'Alexandre Dumas, 1984.

  Ce livre, c'est d'abord le grand rire éclatant de l'aventure vécue dans la ville la plus surprenante du monde. Sévèrement mis en garde par la police, Alexandre Dumas jette le gant du défi et se met en tête de séjourner à sa façon, rapide et gaillarde, l'intelligence affûtée, dans la bouillonnante Naples au million de faces, dont il se voit proscrit. Le voilà, palpitant clandestin, dans la ville de lave, accompagné de sa maîtresse, de son ami peintre et d'un petit chien - oui, comptez sur vos doigts, bonnes gens, les trois mousquetaires sont bien quatre ! -, pour sentir battre au plus près le cœur en feu et en folie des Napolitains. Transgressant les interdits, l'œil vif et plein de jeu, Dumas se trouve, dès le premier instant de sa chasse à l'insolite et à l'émotion, dans la peau d'un Napolitain; et, à un train d'enfer, il s'initie et nous initie, comme aucun écrivain de nos aînés n'a su le faire - pas même Stendhal - au bonheur napolitain. Qui est le bonheur tout court. Jamais Alexandre Dumas ne nous a tant amusé en nous instruisant. Et ce mystérieux Corricolo a été tellement oublié depuis cent quarante ans, que nous pouvons considérer sa publication actuelle comme un événement majeur dans la production littéraire de l'année 1984. Livre du rire et de l'amour, où le talent de l'observateur et le génie du conteur dessinent l'arabesque volcanique d'une vie audacieuse confrontée au destin de la Cité fatale.

1. Corricolo : voiture napolitaine tirée par deux chevaux.

 

I - APRÈS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'ENSEMBLE DES TEXTES, VOUS RÉPONDREZ À LA QUESTION SUIVANTE. (4 points)

  En relevant des indices précis, vous montrerez comment chaque texte incite de manière différente à la lecture du livre qu'il présente.

Il -  VOUS TRAITEREZ ENSUITE UN DES TROIS SUJETS SUIVANTS AU CHOIX. (16 points)

  • Commentaire :
      Vous commenterez le passage de la préface de Marivaux de: « Je ne sais si ce roman plaira... » à « ... se sauve par un masque adroit de modestie, du ridicule de le paraître. »().
  • Dissertation :
      Dans sa préface, Marivaux s'interroge : « ... un livre imprimé, relié, sans préface, est-il un livre ? » (ligne 2). Vous répondrez à cette question en vous interrogeant sur le rôle d'une préface ainsi que sur celui de l'ensemble du paratexte (quatrième de couverture, illustrations, titre...).
    Vous prendrez appui sur les textes du corpus, les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.
  • Invention :
      En vous adressant au lecteur, vous ferez la préface d'un livre qui vous a marqué.

 

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CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : Le biographique.
Textes :
Texte A - Édouard CORBIÈRE : Le Négrier, Aventure de mer, 1832, Édition Baudinière, 1979
Texte B - Mikhaïl BOULGAKOV : Le Roman de Monsieur de Molière, Édition Lebovici, 1972
Texte C - Calixthe BEYALA : Les Honneurs perdus, 1996
Texte D - Article « Molière», Dictionnaire de la littérature française et francophone, Bordas, 1986
.

 

Texte A - Édouard CORBIÈRE : Le Négrier, Aventure de mer, 1832.

[Dans la préface de son roman, l'auteur raconte sa rencontre avec un jeune marin qui s'est livré au trafic des esclaves noirs après avoir combattu vaillamment contre la marine anglaise durant les guerres napoléoniennes. Ce dernier, désespéré par ses crimes, sur son lit de mort, confie à l'auteur "quelques paperasses [...]." "C'est le journal de ma vie de forban [...]. Tu arrangeras un peu tout ce barbouillage, en ayant soin de cacher mon nom, par égard pour ma pauvre mère." "C'est cet écrit aussi bizarre que les événements qui l'ont produit, que je me suis appliqué à mettre un peu en ordre."]

LE DÉPART
  Les circonstances de ma naissance semblèrent tracer ma vocation. J'ai reçu le jour en pleine mer, dans une traversée que mon père, vieil officier d'artillerie de marine, avait fait entreprendre, pour l'amener en France, à une jolie créole devenue sa femme pendant le séjour de sa frégate aux Gonaïves. Un frère vint au monde en même temps que moi, et du même coup de roulis; car ce fut dans la violence d'une bourrasque et au moment même où la frégate recevait le choc d'une lame effroyable que ma mère accoucha de nous, après sept mois de grossesse. En arrivant à Brest, notre destination, mon père n'eut rien de plus pressé que de faire baptiser ce qu'il appelait gaîment le double péché de sa vieillesse. II voulut nous tenir, malgré les observations du curé de Saint-Louis, sur les fonts baptismaux1, enveloppés du pavillon de poupe de sa frégate; et par un hasard, qui fut accepté alors comme le plus heureux présage, en me débattant pendant la cérémonie, je passai ma petite tête dans un trou de boulet que le pavillon qui nous servait de lange avait reçu dans un combat mémorable. Les témoins de ce prodige en conclurent que je ne pourrais faire autrement que d'être un jour une des gloires de la marine française. Les vieux marins sont superstitieux; mais leur crédulité n'a jamais rien que ne puisse avouer leur courage ou leur fierté. A neuf ans, je savais nager et je ne savais pas lire. A douze ans, j'étais déjà aussi mauvais petit sujet qu'on peut l'être à cet âge. Mon frère remportait tous les prix de ses classes. II faisait les délices de ses professeurs. J'en étais le tourment. Quand on l'attaquait, je me battais pour lui, plus qu'il n'aurait voulu. Quand j'étais puni, il faisait mes pensums2, je l'aimais à ma manière, avec impétuosité et brusquerie. II me chérissait de son côté; mais son amitié, douce et caressante, avait quelquefois pour moi l'air du reproche. J'étais l'idole de mon père, qui retrouvait en moi tous les défauts de sa jeunesse. Ma mère ne pouvait vivre qu'auprès d'Auguste : c'était le nom de mon frère. Mon père avait voulu qu'on m'appelât comme lui, Léonard. C'était à son avis un nom sonore, qui avait quelque chose de marin et martial. Chaque semaine nos parents nous donnaient quelques sous, que nous employions selon nos goûts différents. Auguste achetait des livres, du fruit de ses petites épargnes. Moi, je me glissais dans les bateaux de passage au port pour acheter, des bateliers, le plaisir de manier un aviron ou de brandir fièrement une gaffe. Souvent, je parvenais à démarrer furtivement du rivage un canot sur lequel je me confiais seul aux flots que je voulais apprendre à maîtriser. [...] Je rangeais3 les vaisseaux de ligne mouillés sur rade, en fumant de mon mieux un cigare détestable qui me soulevait le cœur. C'est dans ces moments que, m'abandonnant à la destinée que je me croyais promise, je rêvais avec ivresse, au bruit des vagues qui me berçaient, le jour où je pourrais affronter des tempêtes, les dompter ou périr au milieu d'elles. Ces petites luttes, que mon inexpérience livrait aux lames et aux vents de la rade de Brest, sont les seuls amusements de mon enfance que je me sois toujours rappelés avec plaisir. Mes illusions n'avaient qu'un objet : ma mémoire n'a guère conservé délicieusement qu'un souvenir.

1. fonts baptismaux : bassin qui contient l'eau dont on se sert pour baptiser les enfants.
2. pensums : punitions sous forme de devoir écrit.
3.ranger : terme de marine (longer, passer le long de ...).

 

Texte B - Mikhaïl BOULGAKOV : Le Roman de Monsieur de Molière, 1972.

« Qu'est-ce qui m'empêche de dire la vérité en riant ? » Horace.

  Une accoucheuse qui avait appris son art à la maternité de l'Hôtel-Dieu de Paris sous la direction de la fameuse Louise Bourgeois délivra le 13 janvier 1622 la très aimable madame Poquelin, née Cressé, d'un premier enfant, un prématuré de sexe masculin. Je peux dire sans crainte de me tromper que si j'avais pu expliquer à l'honorable sage-femme qui était celui qu'elle mettait au monde, elle eût pu d'émotion causer quelque dommage au nourrisson, et du même coup à la France. Et voilà : j'ai une veste aux poches immenses et à la main une plume non d'acier, mais d'oie. Devant moi se consument des bougies de cire, et mon cerveau est enflammé.
- Madame, dis-je, faites attention au bébé, n'oubliez pas qu'il est né avant terme. La mort de ce bébé serait une très grande perte pour votre pays !
- Mon Dieu ! Madame Poquelin en fera un autre !
- Madame Poquelin n'en fera jamais plus un semblable, et aucune dame n'en fera de semblable avant un certain nombre de siècles.
- Vous m'étonnez, monsieur.
- Je suis moi-même étonné. Comprenez bien que dans trois siècles, dans un pays lointain, je ne me souviendrai de vous que parce que vous aurez tenu dans vos mains le fils de monsieur Poquelin.
- J'ai tenu dans mes mains des enfants plus illustres.
- Qu'entendez-vous par le mot « illustre » ? Ce bébé deviendra plus célèbre que votre roi régnant Louis XIII, plus renommé que le roi suivant, et ce roi, madame, sera appelé Louis le Grand ou le Roi-Soleil. Chère madame, il y a un pays lointain, vous ne le connaissez pas, c'est la Moscovie. II est peuplé de gens qui parlent une langue étrange à votre oreille. Et dans ce pays pénétreront bientôt les mots de celui que vous mettez au monde maintenant.

 

Texte C - Calixthe BEYALA : Les Honneurs perdus, 1996.

[La narratrice d'origine africaine évoque sa naissance au Cameroun.]

  L'accoucheuse haussa les épaules : « Ce n'est pas à moi d'annoncer la nouvelle. » Et elle jeta un regard franc et direct à papa dont le visage devenait pathétique, avant de continuer : « Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai fait mon job ! Jamais un accident en trente ans de métier. » Elle énuméra les deux cents bébés nés à coups de forceps1 avec juste ce qu'il faut de déformation faciale; les trois cents actes chirurgicaux pratiqués sur parturientes2 en état de mort avancée et tous réussis. Et tandis que l'accoucheuse étalait ses techniques de l'accouchement, papa se mit à pleurer. Sa mélancolie était trop forte pour qu'on puisse la supporter longtemps. Madame Kimoto3 s'approcha de papa, battit ses paupières, pinça son nez et lança le flux de sa rhétorique.
-  Qu'est-ce qui se passe, mon vieux ? l'enfant est né, n'est-ce pas ? (Et à voix basse) Passe donc me voir. Je t'arrangerai ça. (Et de nouveau à voix haute) Sois pas triste un jour comme celui-là.
- Oui, dit papa sans conviction.
- Que c'est dommage ! dit le menuisier. Des occases comme celles-ci, c'est pas tous les jours qu'on tombe dessus, je vous préviens...
   A ces mots, papa éclata de rire.
- Que c'est drôle ! dit-il.
- Qu'est-ce qui est drôle ? demanda madame Kimoto.
- Il parle de mort. J'aurais préféré que mon fils soit mort au lieu d'être transformé en fille.
- Ah oui ? demanda un vieillard.
- Oui. Mon fils vient d'être transformé en fille.
- Malchance ! hurla la foule, sans cacher sa déception.
- Mauvais œil ! dit le vieillard.
- Poisse, renchérit un autre. II n'y aura que du vin de palme à la fête. Quelle malchance !

1. forceps : instrument de chirurgie utilisé dans les accouchements difficiles.
2. parturientes : terme médical qui désigne la femme en train d'accoucher.
3. Kimoto : autre personnage, prostituée amie et voisine du père.

 

Texte D - Article «Molière», Dictionnaire de la littérature française et francophone, 1986.

  MOLIÈRE, Jean-Baptiste, Poquelin, dit. Paris 15.1.1622 - 17.2.1673. Son père, tapissier ordinaire du roi, devenu veuf en 1632, se remarie l'année suivante avec Catherine Fleurette, qui meurt en couches en 1636. L'enfant, qui a vu mourir trois de ses frères et sœurs, grandit dans un climat de deuil; son grand-père maternel, qui l'emmenait à l'hôtel de Bourgogne voir les farceurs italiens, disparaît à son tour (1638). Resté seul, Jean-Baptiste fait des études de droit; avocat en 1640, il rencontre Scaramouche, le rénovateur de la comédie italienne, puis Madeleine Béjart, comédienne de vingt-quatre ans et directrice d'une troupe déjà connue. Malgré les efforts de son père, Jean-Baptiste choisit la carrière dramatique et, avec Madeleine et sept autres comédiens, fonde l'Illustre-Théâtre (30 juin 1643); il prend rapidement la direction de la troupe, choisissant comme pseudonyme le nom d'un romancier naguère à la mode; mais les échecs se succèdent et les dettes ont raison de cette éphémère expérience. Molière et les Béjart se joignent à la troupe de Ch. du Fresne (1645) et commencent de longues tournées à travers la France; c'est seulement en 1655, à Lyon, qu'est créée la première comédie de Molière, L'Étourdi. Suivent Le Dépit amoureux (Béziers, 1656) et, surtout, premier triomphe, Les Précieuses ridicules, créées à Paris le 18 novembre 1659 : naissance, à presque quarante ans, d'un auteur qui donnera tous ses chefs-d'œuvre en moins de quatorze ans. Relégué par des intrigues dans la salle médiocre du Palais-Royal, Molière connaît à nouveau des difficultés d'argent; l'échec de Dom Garcie de Navarre est à peine compensé par le succès de L'École des maris (1661) ; Les Fâcheux, comédie-ballet commandée par Fouquet, sont créés devant le roi le même été. En 1662, Molière. épouse Armande Béjart, fille de Madeleine; il a quarante ans, elle en a moins de vingt; le 26 décembre, L'École des femmes fait sensation et provoque une querelle qui durera deux ans; La Critique de l'École des femmes et L'Impromptu de Versailles sont la défense d'un homme qui a reçu publiquement le soutien royal et une pension. Cette tourmente à peine apaisée, l'« affaire Tartuffe » commence; les trois premiers actes de cette pièce, dénonciation des faux dévots, sont joués à Versailles (12 mai 1664). La reine mère la fait interdire avant même son achèvement; Molière, qui a envoyé sans succès un placet au roi, donne la totalité de sa pièce chez la princesse Palatine (29 novembre). Il a des ennuis de santé et de ménage, se sépare d'Armande, crée une version adoucie de sa pièce, L'Imposteur : elle est interdite. Ce n'est qu'après deux autres placets que Tartuffe sera créé officiellement (5 février 1669). Entre-temps sont apparus Dom Juan, Le Misanthrope, Amphitryon et L'Avare. Molière, qui jusque-là avait créé et joué de nombreuses pièces d'autres auteurs (notamment des tragédies de Racine et Corneille), se restreint davantage à son propre répertoire : Monsieur de Pourceaugnac, Les Fourberies de Scapin, Les Femmes savantes, Le Malade imaginaire. C'est au cours de la quatrième représentation de cette dernière pièce que Molière, interprète du rôle principal, s'écroula; il mourut le jour même.

 

I - APRÈS AVOIR PRIS CONNAISSANCE DE L'ENSEMBLE DES TEXTES, VOUS RÉPONDREZ AUX QUESTIONS SUIVANTES.  (6 points)

1. Quelle est la fonction particulière du dernier texte ? Retrouvez-vous cette fonction dans les trois autres textes ? Justifiez votre réponse. (3 points)
2. Quel sens Edouard Corbière donne-t-il au récit de naissance dans le texte 1 ? Montrez que les textes 2 et 3 laissent deviner la même intention. (3 points)

Il -  VOUS TRAITEREZ ENSUITE UN DES TROIS SUJETS SUIVANTS AU CHOIX.  (14 points)

    • Commentaire :
        Vous commenterez le texte d'Edouard Corbière depuis le début jusqu'à « quelque chose de marin et de martial »(), en vous aidant du parcours de lecture suivant :
      - Dans quelle mesure le récit des deux naissances laisse-t-il présager un destin différent pour les jumeaux ? Montrez notamment comment l'auteur met en scène de manière vivante ces deux destins.
    • Dissertation :
        Raconter tout événement d'une vie (la sienne ou celle d'un autre), est-ce constater des faits objectifs ou ordonner, donner un sens, voire inventer ?
        Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les textes proposés ici, sur les textes étudiés en classe et sur vos lectures personnelles.
    • Invention :
        Un(e) artiste est invité(e) par un animateur de radio ou de télévision pour évoquer sa vie privée. Cet(te) artiste lui écrit une lettre pour expliquer pourquoi il (elle) accepte ou refuse de parler de lui-même (d'elle-même). Vous rédigerez cette lettre.

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