LES SUJETS DE L’ EAF 2018 - suite

 

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-PAYS DU GROUPE 1
SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIème siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : MARIVAUX, Les Fausses confidences, Acte I scène 14 (1737) 1631.
Texte B : BEAUMARCHAIS, Le Barbier de Séville, Acte II scène 2, 1775.
Texte C : FEYDEAU, Occupe-toi d'Amélie, Acte I scène 10, 1911.

 

Texte A : MARIVAUX, Les Fausses confidences, Acte I scène 14 (1737).

[Dorante est amoureux d'Araminte. Sur les conseils de Dubois, son ancien valet, maintenant au service d'Araminte, il s'est fait engager auprès d'elle comme intendant. Dubois, dans cette scène, joue le rôle d'intermédiaire.]

DUBOIS. — Il1 vous adore ; il y a six mois qu’il n’en vit point, qu’il donnerait sa vie pour avoir le plaisir de vous contempler un instant. Vous avez dû voir qu’il a l’air enchanté, quand il vous parle.

ARAMINTE. — Il y a bien, en effet, quelque petite chose qui m’a paru extraordinaire. Eh ! juste ciel ! le pauvre garçon, de quoi s’avise-t-il ?

DUBOIS. – Vous ne croiriez pas jusqu’où va sa démence ; elle le ruine, elle lui coupe la gorge. Il est bien fait, d’une figure passable, bien élevé et de bonne famille ; mais il n’est pas riche ; et vous saurez qu’il n’a tenu qu’à lui d’épouser des femmes qui l’étaient, et de fort aimables, ma foi, qui offraient de lui faire sa fortune, et qui auraient mérité qu’on la leur fît à elles-mêmes. Il y en a une qui n’en saurait revenir, et qui le poursuit encore tous les jours. Je le sais, car je l’ai rencontrée.

ARAMINTE, avec négligence. — Actuellement ?

DUBOIS. — Oui, madame, actuellement ; une grande brune très piquante2, et qu’il fuit. Il n’y a pas moyen ; Monsieur refuse tout. « Je les tromperais, me disait-il ; je ne puis les aimer, mon cœur est parti. » Ce qu’il disait quelquefois la larme à l’œil ; car il sent bien son tort.

ARAMINTE. — Cela est fâcheux ; mais où m’a-t-il vue avant de venir chez moi, Dubois ?

DUBOIS. — Hélas ! madame, ce fut un jour que vous sortîtes de l’Opéra, qu’il perdit la raison. C’était un vendredi, je m’en ressouviens ; oui, un vendredi ; il vous vit descendre l’escalier, à ce qu’il me raconta, et vous suivit jusqu’à votre carrosse. Il avait demandé votre nom, et je le trouvai qui était comme extasié ; il ne remuait plus.

ARAMINTE. — Quelle aventure !

DUBOIS. — J’eus beau lui crier : « Monsieur ! » Point de nouvelles, il n’y avait personne au logis. À la fin, pourtant, il revint à lui avec un air égaré ; je le jetai dans une voiture, et nous retournâmes à la maison. J’espérais que cela se passerait ; car je l’aimais : c’est le meilleur maître ! Point du tout, il n’y avait plus de ressource. Ce bon sens, cet esprit jovial, cette humeur charmante, vous aviez tout expédié ; et dès le lendemain nous ne fîmes plus tous deux, lui, que rêver à vous, que vous aimer ; moi, qu’épier depuis le matin jusqu’au soir où vous alliez.

ARAMINTE. — Tu m’étonnes à un point !…

DUBOIS. — Je me fis même ami d’un de vos gens qui n’y est plus, un garçon fort exact, qui m’instruisait, et à qui je payais bouteille. « C’est à la Comédie qu’on va », me disait-il ; et je courais faire mon rapport, sur lequel, dès quatre heures, mon homme était à la porte. C’est chez Madame celle-ci, c’est chez Madame celle-là ; et, sur cet avis, nous allions toute la soirée habiter la rue, ne vous déplaise, pour voir Madame entrer et sortir, lui dans un fiacre, et moi derrière, tous deux morfondus et gelés, car c’était dans l’hiver ; lui ne s’en souciant guère, moi jurant par-ci par-là pour me soulager.

ARAMINTE. — Est-il possible ?

DUBOIS. — Oui, Madame. À la fin, ce train de vie m’ennuya ; ma santé s’altérait, la sienne aussi. Je lui fis accroire3 que vous étiez à la campagne ; il le crut, et j’eus quelque repos. Mais n’alla-t-il pas, deux jours après, vous rencontrer aux Tuileries, où il avait été s’attrister de votre absence ! Au retour, il était furieux ; il voulut me battre, tout bon qu’il est ; moi, je ne le voulus point, et je le quittai. Mon bonheur ensuite m’a mis chez Madame, où, à force de se démener, je le trouve parvenu à votre intendance ; ce qu’il ne troquerait pas contre la place de l’empereur.

ARAMINTE. — Y a-t-il rien de si particulier ? Je suis si lasse d’avoir des gens qui me trompent, que je me réjouissais de l’avoir parce qu’il a de la probité4. Ce n’est pas que je sois fâchée ; car je suis bien au-dessus de cela.

DUBOIS. — Il y aura de la bonté à le renvoyer. Plus il voit Madame, plus il s’achève.

ARAMINTE. — Vraiment, je le renverrais bien ; mais ce n’est pas là ce qui le guérira. Je ne sais que dire à M. Remy qui me l’a recommandé, et ceci m’embarrasse. Je ne vois pas trop comment m’en défaire honnêtement.

DUBOIS. — Oui ; mais vous ferez un incurable, Madame.

ARAMINTE, vivement. — Oh ! tant pis pour lui ; je suis dans des circonstances où je ne saurais me passer d’un intendant. Et puis, il n’y a pas tant de risque que tu le crois. Au contraire, s’il y avait quelque chose qui pût ramener cet homme, c’est l’habitude de me voir plus qu’il n’a fait ; ce serait même un service à lui rendre.

DUBOIS. — Oui ; c’est un remède bien innocent.
[...]

1 Il : Dorante.
2 piquante : charmante.
3 accroire : croire.
4 probité : honnêteté.

 

Texte B : BEAUMARCHAIS, Le Barbier de Séville, Acte II scène 2, 1775.

[Bartholo retient chez lui Rosine, jeune femme innocente qu'il a enlevée et qui lui est promise. Lindor, qui l'a aperçue à sa fenêtre, est tombé amoureux d'elle. Il charge son valet Figaro de jouer les intermédiaires en révélant ses sentiments à la jeune fille.]

ROSINE. — Avec qui parliez-vous donc là-bas si vivement ? Je n’entendais pas : mais…

FIGARO. — Avec un jeune bachelier1 de mes parents, de la plus grande espérance ; plein d’esprit, de sentiments, de talents, et d’une figure fort revenante.

ROSINE. — Oh ! tout à fait bien, je vous assure ! il se nomme…

FIGARO. — Lindor. Il n’a rien : mais, s’il n’eût pas quitté brusquement Madrid, il pouvait y trouver quelque bonne place.

ROSINE, étourdiment. — Il en trouvera, monsieur Figaro, il en trouvera. Un jeune homme tel que vous le dépeignez n’est pas fait pour rester inconnu.

FIGARO, à part. — Fort bien. (Haut.) Mais il a un grand défaut, qui nuira toujours à son avancement.

ROSINE. — Un défaut, monsieur Figaro ! un défaut ! En êtes-vous bien sûr ?

FIGARO. — Il est amoureux.

ROSINE. — Il est amoureux ! et vous appelez cela un défaut ?

FIGARO. — À la vérité, ce n’en est un que relativement à sa mauvaise fortune.

ROSINE. — Ah ! que le sort est injuste ! et nomme-t-il la personne qu’il aime ? Je suis d’une curiosité…

FIGARO. — Vous êtes la dernière, Madame, à qui je voudrais faire une confidence de cette nature.

ROSINE, vivement. — Pourquoi, monsieur Figaro ? je suis discrète ; ce jeune homme vous appartient, il m’intéresse infiniment… dites donc.

FIGARO, la regardant finement. — Figurez-vous la plus jolie petite mignonne, douce, tendre, accorte2 et fraîche, agaçant l’appétit ; pied furtif, taille adroite, élancée, bras dodus, bouche rosée, et des mains ! des joues ! des dents ! des yeux !…

ROSINE. — Qui reste en cette ville ?

FIGARO. — En ce quartier.

ROSINE. — Dans cette rue peut-être ?

FIGARO. — À deux pas de moi.

ROSINE. — Ah ! que c’est charmant… pour monsieur votre parent ! Et cette personne est…

FIGARO. — Je ne l’ai pas nommée ?

ROSINE, vivement. — C’est la seule chose que vous ayez oubliée, monsieur Figaro. Dites donc, dites donc vite ; si l’on rentrait, je ne pourrais plus savoir…

FIGARO. — Vous le voulez absolument, Madame ? Eh bien ! cette personne est… la pupille3 de votre tuteur.

ROSINE. — La pupille…

FIGARO. — Du docteur Bartholo ; oui, Madame.

ROSINE, avec émotion. — Ah ! monsieur Figaro !… je ne vous crois pas, je vous assure.

FIGARO. — Et c’est ce qu’il brûle de venir vous persuader lui-même.

ROSINE. — Vous me faites trembler, monsieur Figaro.

FIGARO. — Fi donc, trembler ! mauvais calcul, Madame ; quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur. D’ailleurs, je viens de vous débarrasser de tous vos surveillants jusqu’à demain.

ROSINE. — S’il m’aime, il doit me le prouver en restant absolument tranquille.

FIGARO. — Eh, Madame ! amour et repos peuvent-ils habiter en même cœur ? La pauvre jeunesse est si malheureuse aujourd’hui, qu’elle n’a que ce terrible choix : amour sans repos, ou repos sans amour.

ROSINE, baissant les yeux. — Repos sans amour… paraît…

FIGARO. — Ah ! bien languissant4. Il semble, en effet, qu’amour sans repos se présente de meilleure grâce : et pour moi, si j’étais femme…

ROSINE, avec embarras. — Il est certain qu’une jeune personne ne peut empêcher un honnête homme de l’estimer.

FIGARO. — Aussi mon parent vous estime-t-il infiniment.

ROSINE. — Mais s’il allait faire quelque imprudence, monsieur Figaro, il nous perdrait.

FIGARO, à part. — Il nous perdrait ! (Haut.) Si vous le lui défendiez expressément par une petite lettre… Une lettre a bien du pouvoir.

ROSINE lui donne la lettre qu’elle vient d’écrire. — Je n’ai pas le temps de recommencer celle-ci ; mais en la lui donnant, dites-lui… dites-lui bien… (Elle écoute.)

FIGARO. — Personne, Madame.

ROSINE. — Que c’est par pure amitié tout ce que je fais.

FIGARO. — Cela parle de soi. Tudieu5 ! l’amour a bien une autre allure !

1 bachelier : jeune homme de bonne famille, célibataire. En réalité, Lindor est le comte Almaviva, déguisé en pauvre jeune homme afin de se faire aimer pour lui-même.
2 accorte : aimable.
3 pupille : personne mineure placée sous l'autorité d'un tuteur.
4 languissant : ici, maladif
5 Tudieu : juron.

 

Texte C : FEYDEAU, Occupe-toi d'Amélie, Acte I scène 10, 1911.

[Le général Koschnadieff est envoyé auprès d'Amélie par le prince Nicolas de Palestrie pour lui obtenir un rendez-vous avec cette dernière.]

AMÉLIE, KOSCHNADIEFF

AMÉLIE, paraissant à la baie1 et descendant par la droite du canapé. — Monsieur ?

KOSCHNADIEFF, s'inclinant et se présentant. — Général Koschnadieff !
(Amélie lui indique le canapé pour l'inviter à s'asseoir près d'elle; du geste, il décline respectueusement cet honneur et, allant jusqu'au piano sur lequel il dépose son chapeau, il prend la chaise qu'il descend près du canapé. Se présentant à nouveau.) Général Koschnadieff, premier aide de camp de Son Altesse Royale le prince Nicolas de Palestrie.
Sur un nouveau signe d'Amélie, il s'assied sur la chaise qu'il a descendue.


AMÉLIE. — Oh ! Général, très honorée, mais...?

KOSCHNADIEFF. — C'est Son Altesse qui m'envoie vers vous.

AMÉLIE, étonnée. — Son Altesse ?

KOSCHNADIEFF. — Le prince est donc très amoureux de vous.

AMÉLIE. — De moi ?... comment ? Mais Son Altesse ne me connaît pas.

KOSCHNADIEFF. — Je vous demande pardon ! Vous étiez bien une fois au gala du Français2, lors de la dernière visite officielle du prince à Paris ?... Aux fauteuils de l'orchestre ?

AMÉLIE. — En effet, mais...

KOSCHNADIEFF. — Eh bien ! le prince vous a remarquée.

AMÉLIE, très flattée. — Moi ! non, vraiment ? Oh !

KOSCHNADIEFF .— Certes !... Il a même demandé au Président de la République qui vous étiez !

AMÉLIE, n'en croyant pas ses oreilles. — Non ?

KOSCHNADIEFF. — Mais le Président n'a pas pu le renseigner.

AMÉLIE. — Ah ?

KOSCHNADIEFF. — Non !

AMÉLIE. — Tiens !

KOSCHNADIEFF. — Alors, nous avons délégué un attaché de l'ambassade, qui s'est mis en rapport avec la police, laquelle, le lendemain, nous a fait parvenir une fiche.

AMÉLIE, estomaquée. — Une... une fiche !

KOSCHNADIEFF, confirmant de la tête. — Une fiche. C'est comme cela que le prince a eu la joie d'apprendre qui vous étiez.

AMÉLIE, aimable, mais vexée. — Ah ! c'est... c'est d'un galant !

KOSCHNADIEFF. — Oh! Son Altesse est très éprise ! Elle a le pépin3... comme vous dites! (Rapprochant sa chaise d'Amélie, et confidentiellement, presque dans l'oreille.) Je crois que si elle est revenue incognito, c'est beaucoup pour vous.

AMÉLIE. — A ce point !

KOSCHNADIEFF, hoche la tête affirmativement, puis — A ce ! Son Altesse est arrivée ce matin... En ce moment, elle fait la visite au Président, qui la lui rendra un quart d'heure après; après quoi, elle sera débarrassée !

AMÉLIE. — Oui, le fait est que ces petites cérémonies...!

KOSCHNADIEFF. — Qu'est-ce que vous voulez ? c'est le protocole ! (Revenant à ses moutons.) Si je vous disais que la première chose que le prince m'a dite en s'installant à l'hôtel - sur l'honneur ! - c'est une parole d'amour pour vous.

AMÉLIE, sur un ton légèrement langoureux. — Le prince est donc sentimental ?

KOSCHNADIEFF, élevant la main au-dessus de sa tête pour exprimer l'immensité de la chose. — Très!... (Comme à l'appui de son dire.) Il m'a dit : "Koschnadieff, mon bon ! Cours chez elle et arrange-moi ça, hein ? Sur toi je compte !"

AMÉLIE, un peu estomaquée. — Ah ?... Ah ? Comme ça ?

KOSCHNADIEFF. — Positivement.

AMÉLIE, entre chair et cuir4. — Eh ! ben, mon colon !

KOSCHNADIEFF. — Oh ! il est très amoureux ! (Changeant de ton.) Et alors, voilà, je fais la démarche.

AMÉLIE, interloquée. — Ah ? Ah ! Alors c'est vous qui...

KOSCHNADIEFF, étonné de la surprise d'Amélie. — Quoi ?... on dirait que je vous étonne ?...

AMÉLIE. — Du tout, du tout; seulement, n'est-ce pas...?

KOSCHNADIEFF. — Oui, je comprends ! c'est un peu délicat !... Vous n'êtes peut-être pas habituée à ce genre de démarche !

AMÉLIE. — Oh ! c'est pas ça !... Vous pensez bien, n'est-ce pas ? Que tous les jours... Seulement, tout de même, ordinairement, c'est pas un général.

KOSCHNADIEFF. — Vraiment ?... Tiens, tiens, tiens !

AMÉLIE. — Non.

KOSCHNADIEFF. — Comme c'est curieux !

AMÉLIE. — Ah ?

KOSCHNADIEFF, avec fierté. — En Palestrie, c'est moi que j'ai l'honneur d'être chargé !... (Comme raison de cette charge :) Je suis l'aide de camp de Son Altesse !

AMÉLIE, s'inclinant avec un peu d'ironie. — Évidemment ! évidemment !

KOSCHNADIEFF, se levant comme mû par un ressort, et les deux mains sur les hanches, bien en face d'Amélie. — Alors !... dites-moi quoi ? Voyons !... quand ?

AMÉLIE, se levant également. — Quoi, quand ?

KOSCHNADIEFF, très à la hussarde. — Quelle nuit voulez-vous ?

AMÉLIE, avec un sursaut d'effarement. — Hein ? Ah! non, vous savez ? Vous avez une façon de vous coller ça dans l'estomac !... Mais je ne suis pas libre, général ! J'ai un ami !

[...]

1 la baie : porte-fenêtre.
2 Français : nom couramment donné à la Comédie-Française.
3 le pépin : pour "le béguin"; avoir un faible pour quelqu'un.
4 entre chair et cuir : à part.

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Quelles stratégies ont en commun les intermédiaires dans les trois textes du corpus ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

haut de page

 

POLYNÉSIE
SÉRIE L

 

Objet d'étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : STENDHAL, La Chartreuse de Parme, Livre premier, chapitre troisième, 1839.
Texte B : Henri BARBUSSE, Le Feu, chapitre XX, 1916.
Texte C : Laurent GAUDÉ, Cris, V, « Statues de boue », 2001.
Texte D : Pierre LEMAITRE, Au revoir là-haut, chapitre I, 2013.

 

Texte A : STENDHAL, La Chartreuse de Parme, Livre premier, chapitre troisième, 1839.

  Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois, la peur ne venait chez lui qu'en seconde ligne; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. L'escorte prit le galop; on traversait une grande pièce de terre labourée, située au-delà du canal, et ce champ était jonché de cadavres.
  — Les habits rouges1 ! les habits rouges! criaient avec joie les hussards de l'escorte, et d'abord Fabrice ne comprenait pas ; enfin il remarqua qu'en effet presque tous les cadavres étaient vêtus de rouge. Une circonstance lui donna un frisson d'horreur ; il remarqua que beaucoup de ces malheureux habits rouges vivaient encore; ils criaient évidemment pour demander du secours, et personne ne s'arrêtait pour leur en donner. Notre héros, fort humain, se donnait toutes les peines du monde pour que son cheval ne mît les pieds sur aucun habit rouge. L'escorte s'arrêta; Fabrice, qui ne faisait pas assez d'attention à son devoir de soldat, galopait toujours en regardant un malheureux blessé.
  — Veux-tu bien t'arrêter, blanc-bec ! lui cria le maréchal des logis. Fabrice s'aperçut qu'il était à vingt pas sur la droite en avant des généraux, et précisément du côté où ils regardaient avec leurs lorgnettes. En revenant se ranger à la queue des autres hussards restés à quelques pas en arrière, il vit le plus gros de ces généraux qui parlait à son voisin, général aussi, d'un air d'autorité et presque de réprimande; il jurait. Fabrice ne put retenir sa curiosité; et, malgré le conseil de ne point parler, à lui donné par son amie la geôlière, il arrangea une petite phrase bien française, bien correcte, et dit à son voisin :
  — Quel est-il ce général qui gourmande son voisin ?
  — Pardi, c'est le maréchal !
  — Quel maréchal ?
  — Le maréchal Ney, bêta ! Ah çà ! où as-tu servi jusqu'ici ? Fabrice, quoique fort susceptible, ne songea point à se fâcher de l'injure; il contemplait, perdu dans une admiration enfantine, ce fameux prince de la Moskova2, le brave des braves.
  Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d'une façon singulière. Le fond des sillons était plein d'eau, et la terre fort humide, qui formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier; puis sa pensée se remit à songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de lui : c'étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu'il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l'escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles; il voulait suivre les autres: le sang coulait dans la boue.
  Ah ! m'y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J'ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. À ce moment, l'escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c'étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d'où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines; il n'y comprenait rien du tout.

1 Habits rouges : soldats britanniques.
2 Prince de la Moskova : la Moskova est un fleuve russe. Le titre de « Prince de la Moskova» a été donné au Maréchal Ney par Napoléon

 

Texte B : Henri BARBUSSE, Le Feu, chapitre XX, 1916.

  Nous traversons nos fils de fer par les passages. On ne tire encore pas sur nous. Des maladroits font des faux pas et se relèvent. On se reforme de l'autre côté du réseau, puis on se met à dégringoler la pente un peu plus vite: une accélération instinctive s'est produite dans le mouvement. Quelques balles arrivent alors entre nous. Bertrand nous crie d'économiser nos grenades, d'attendre au dernier moment.
  Mais le son de sa voix est emporté. Brusquement, devant nous, sur toute la largeur de la descente, de sombres flammes s'élancent en frappant l'air de détonations épouvantables. En ligne, de gauche à droite, des fusants sortent du ciel, des explosifs sortent de la terre. C'est un effroyable rideau qui nous sépare du monde, nous sépare du passé et de l'avenir. On s'arrête, plantés au sol, stupéfiés par la nuée soudaine qui tonne de toutes parts; puis un effort simultané soulève notre masse et la rejette en avant, très vite. On trébuche, on se retient les uns aux autres, dans de grands flots de fumée. On voit, avec de stridents fracas et des cyclones de terre pulvérisée, vers le fond, où nous nous précipitons pêle-mêle, s'ouvrir des cratères çà et là, à côté les uns des autres, les uns dans les autres. Puis on ne sait plus où tombent les décharges. Des rafales se déchaînent si monstrueusement retentissantes qu'on se sent annihilé1 par le seul bruit de ces averses de tonnerre, de ces grandes étoiles de débris qui se forment en l'air. On voit, on sent passer près de sa tête des éclats avec leur cri de fer rouge dans l'eau. À un coup, je lâche mon fusil, tellement le souffle d'une explosion m'a brûlé les mains. Je le ramasse en chancelant et repars tête baissée dans la tempête à lueurs fauves, dans la pluie écrasante des laves, cinglé par des jets de poussier2 et de suie. Les stridences des éclats qui passent vous font mal aux oreilles, vous frappent sur la nuque, vous traversent les tempes, et on ne peut retenir un cri lorsqu'on les subit. On a le cœur soulevé, tordu par l'odeur soufrée. Les souffles de la mort nous poussent, nous soulèvent, nous balancent. On bondit; on ne sait pas où on marche. Les yeux clignent, s'aveuglent et pleurent. Devant nous, la vue est obstruée par une avalanche fulgurante, qui tient toute la place.

1 Annihilé : détruit.
2 Poussier : poudre d'artillerie.

 

Texte C : Laurent GAUDÉ, Cris, V, « Statues de boue », 2001.

[Ce roman fait se succéder les voix de soldats de la Première guerre mondiale. Le soldat Marius est lancé à la poursuite de l'homme cochon, un soldat devenu fou qui porte un masque à gaz. Ce dernier, perdu entre les deux lignes de front, a tué le soldat Boris, qui est le camarade de Marius.]

  MARIUS
Je ne l'ai pas perdu des yeux. Je l'ai suivi sans cesse. Essayant toujours de me rapprocher sans savoir si c'était pour le tuer ou pour l'embrasser. L'important était de l'atteindre. Lorsque je l'aurai rattrapé, tué ou ramené au monde, tout cela cessera. J'en suis sûr. Je ne l'ai pas perdu des yeux mais soudain, à deux cents mètres, un obus a explosé. C'était une grande pluie qui commençait. Les premières gouttes d'un orage d'été. Les premières gouttes, lourdes et espacées, qui s'écrasent au sol avec force et annoncent la violente giboulée1. Il ne s'y est pas trompé. Il s'est mis à courir. Cherchant probablement un endroit où se terrer, cherchant au milieu de cette averse de feu une tanière ou un pauvre refuge. Je l'ai suivi. Je n'oublierai jamais cette course hallucinée. Je suis Vulcain2 et chacun de mes talons qui heurte le sol fait éclater la terre et gicler des milliers d'étincelles. Je suis Vulcain, haletant, et je cours au milieu des détonations et du souffle chaud du métal. Je cours dans le déluge crépitant. Je suis un lapin fou dans l'incendie et je pourrais rire à gorge déployée si je n'étais pas si avare de mon souffle. Mais l'homme-cochon ne doit pas m'échapper. Des milliers de petites scories3 incandescentes me fouettent les flancs et le visage, des milliers de petits gravats viennent cogner contre ma face. Mais cela ne saurait m'arrêter. Je suis Vulcain et je suis en chasse. Nous courons comme des dératés. Je ne le laisserai pas m'échapper cette fois. Les explosions font rage et couvrent le bruit de mes poumons éreintés. Je ne céderai pas. Jusqu'au bout. Au-delà de la fatigue. Je n'écoute pas mon corps. Je courrai jusqu'à mourir. De la terre me gicle au visage. Mais rien n'arrête ma course. Rien. Le sol tremble sous mes pieds. Je ne sais pas ce que je veux. Je ne sais pas ce qui va se passer lorsque je l'aurai rattrapé. Je cours. Même mort, je continuerai à courir. À chaque enjambée, il me semble que la terre se fend sous mon pied. Tout n'est que fournaise et tonnerre. Je cours. Je me rapproche. Il sait que je le talonne. Il m'a vu. Il sait que je suis à sa poursuite. Au milieu du souffle des obus, au milieu des rafales de terre et des pluies de métal, je me concentre sur ma proie. Je veux courir jusqu'au bout. Je me rapproche sans cesse. Il devient moins rapide. Soudain un éclair claque dans mes tympans. Je vois l'homme-cochon disparaître dans un nuage de feu. En une fraction de seconde, je suis soufflé. Soulevé de terre. Le corps tout entier projeté dans les airs puis plaqué contre terre et martelé de gravats. Mort, j'ai pensé. Me voilà mort. Soufflé par un obus. Démembré dans les airs. J'ai fermé les yeux et je n'ai plus pensé à rien.

1 Giboulée : averse soudaine et violente.
2 Vulcain : dieu du feu.
3 Scories : petits fragments projetés ici par l'explosion.

 

Texte D : Pierre LEMAITRE, Au revoir là-haut, chapitre 1, 2013.

[À la suite d'une explosion, le soldat Albert a été enseveli.]

  Ses doigts touchent quelque chose de souple, pas de la terre, pas de l'argile, c'est presque soyeux, avec du grain.
  Il met du temps à comprendre de quoi il s'agit.
  À mesure qu'il accommode, il discerne ce qu'il a en face de lui : deux gigantesques babines d'où s'écoule un liquide visqueux, d'immenses dents jaunes, de grands yeux bleuâtres qui se dissolvent...
  Une tête de cheval, énorme, repoussante, une monstruosité.
  Albert ne peut réprimer un violent mouvement de recul. Son crâne cogne contre la coquille, de la terre s'écroule de nouveau, lui inonde le cou, il monte les épaules pour se protéger, cesse de bouger, de respirer. Laisse passer les secondes.
  L'obus, en trouant le sol, a déterré un de ces innombrables canassons1 morts qui pourrissent sur le champ de bataille et vient d'en livrer une tête à Albert. Les voici face à face, le jeune homme et le cheval mort, presque à s'embrasser. L'effondrement a permis à Albert de dégager ses mains, mais le poids de la terre est lourd, très lourd, ça comprime sa cage thoracique. Il reprend doucement une respiration saccadée, ses poumons n'en peuvent déjà plus. Des larmes commencent à monter qu'il parvient à réprimer. Il se dit que pleurer, c'est accepter de mourir.
  Il ferait mieux de se laisser aller, parce que ça ne va plus être long maintenant.
  Ce n'est pas vrai qu'au moment de mourir toute notre vie se déroule en un instant fulgurant. Mais des images, ça oui. Et de vieilles encore. Son père, dont le visage est si net, si précis, qu'il jurerait qu'il est là, sous la terre avec lui. C'est sans doute parce qu'ils vont s'y retrouver. Il le voit jeune, au même âge que lui. Trente ans et des poussières, évidemment, ce sont les poussières qui comptent. Il porte son uniforme du musée, il a ciré sa moustache, il ne sourit pas, comme sur la photographie du buffet. Albert manque d'air. Ses poumons lui font mal, des mouvements convulsifs le saisissent. Il voudrait réfléchir.

1 Canasson : cheval.

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

À travers quels regards ces scènes de bataille sont-elles perçues ? Vous en commenterez les effets produits.

II - Travail d'écriture (16 points) :

haut de page

 

 

POLYNÉSIE
SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Gustave FLAUBERT, Madame Bovary, 1857
.
Texte B : Jules VERNE, Vingt mille lieues sous les mers, 1870.
Texte C : André GIDE, Les Faux-monnayeurs, 1925.
Texte D : Julien GRACQ, Le Rivage des Syrtes, 1951.

 

Texte A : Gustave FLAUBERT, Madame Bovary, 1857.

[Dans la campagne normande, Emma Bovary mène une vie ennuyeuse auprès de Charles, son mari. Elle tombe amoureuse de Rodolphe, un riche voisin. Les deux amants ont alors le projet de s'enfuir. Toutefois, cet amour n'est pas réciproque.]

  « Ah ! la belle nuit ! dit Rodolphe.
  — Nous en aurons d'autres ! » reprit Emma.
  Et, comme se parlant à elle-même :
  « Oui, il fera bon voyager... Pourquoi ai-je le cœur triste, cependant ? Est-ce l'appréhension de l'inconnu..., l'effet des habitudes quittées..., ou plutôt... ? Non, c'est l'excès du bonheur ! Que je suis faible, n'est-ce pas ? Pardonne-moi !
  — Il est encore temps! s'écria-t-il. Réfléchis, tu t'en repentiras peut-être.
  — Jamais ! » fit-elle impétueusement1.
  Et, en se rapprochant de lui :
  « Quel malheur donc peut-il me survenir ? Il n'y a pas de désert, pas de précipice ni d'océan que je ne traverserais avec toi. À mesure que nous vivrons ensemble, ce sera comme une étreinte chaque jour plus serrée, plus complète ! Nous n'aurons rien qui nous trouble, pas de soucis, nul obstacle ! Nous serons seuls, tout à nous, éternellement... Parle donc, réponds-moi. »
  Il répondait à intervalles réguliers : « Oui... oui !... » Elle lui avait passé les mains dans ses cheveux, et elle répétait d'une voix enfantine, malgré de grosses larmes qui coulaient :
  « Rodolphe ! Rodolphe !. .. Ah ! Rodolphe, cher petit Rodolphe ! »
  Minuit sonna.
  « Minuit ! dit-elle. Allons, c'est demain ! encore un jour ! »
  Il se leva pour partir; et, comme si ce geste qu'il faisait eût été le signal de leur fuite, Emma, tout à coup, prenant un air gai:
  « Tu as les passeports ?
  — Oui.
  — Tu n'oublies rien ?
  — Non.
  — Tu en es sûr ?
  — Certainement.
  — C'est à l'hôtel de Provence, n'est-ce pas, que tu m'attendras ?... à midi ? »
  Il fit un signe de tête.
  « À demain, donc ! » dit Emma dans une dernière caresse.
  Et elle le regarda s'éloigner.
  Il ne se détournait pas. Elle courut après lui, et, se penchant au bord de l'eau entre des broussailles :
  « À demain ! » s'écria-t-elle.
  Il était déjà de l'autre côté de la rivière et marchait vite dans la prairie.
  Au bout de quelques minutes, Rodolphe s'arrêta; et, quand il la vit avec son vêtement blanc peu à peu s'évanouir dans l'ombre comme un fantôme, il fut pris d'un tel battement de cœur, qu'il s'appuya contre un arbre pour ne pas tomber.
  « Quel imbécile je suis ! fit-il en jurant épouvantablement. N'importe, c'était une jolie maîtresse ! »

1 Impétueusement : de manière violente et rapide.

 

Texte B : Jules VERNE, Vingt mille lieues sous les mers, 1870.

[Pierre Aronnax, le narrateur, est un scientifique français. Il a publié une étude sur un mystérieux monstre marin qui attaque des navires. De passage à New York, accompagné de son domestique nommé Conseil, il reçoit à son hôtel une lettre du Secrétaire de la Marine qui l'invite à embarquer à bord du navire l'Abraham Lincoln.]

  « Conseil ! » répétai-je, tout en commençant d'une main fébrile mes préparatifs de départ.
  Certainement, j'étais sûr de ce garçon si dévoué. D'ordinaire, je ne lui demandais jamais s'il lui convenait ou non de me suivre dans mes voyages; mais cette fois, il s'agissait d'une expédition qui pouvait indéfiniment se prolonger, d'une entreprise hasardeuse, à la poursuite d'un animal capable de couler une frégate comme une coque de noix ! Il y avait là matière à réflexion, même pour l'homme le plus impassible du monde ! Qu'allait dire Conseil ?
  « Conseil ! » criai-je une troisième fois.
  Conseil parut.
  « Monsieur m'appelle ? dit-il en entrant.
  — Oui, mon garçon. Prépare-moi, prépare-toi. Nous partons dans deux heures.
  — Comme il plaira à Monsieur, répondit tranquillement Conseil.
  — Pas un instant à perdre. Serre dans ma malle tous mes ustensiles de voyage, des habits, des chemises, des chaussettes, sans compter, mais le plus que tu pourras, et hâte-toi !
  — Et les collections de Monsieur ? fit observer Conseil.
  — On s'en occupera plus tard.
  — Quoi! les archiotherium, les hyracotherium, les oréodons, les chéropotarnus1 et autres carcasses de Monsieur ?
  — On les gardera à l'hôtel.
  — Et le babiroussa2 vivant de Monsieur ?
  — On le nourrira pendant notre absence. D'ailleurs, je donnerai l'ordre de nous —expédier en France notre ménagerie.
  — Nous ne retournons donc pas à Paris ? demanda Conseil.
  — Si... certainement... répondis-je évasivement, mais en faisant un crochet.
  — Le crochet qui plaira à Monsieur.
  — Oh ! ce sera peu de chose ! Un chemin un peu moins direct, voilà tout. Nous prenons passage sur l'Abraham Lincoln.
  — Comme il conviendra à Monsieur, répondit paisiblement Conseil.
  — Tu sais, mon ami, il s'agit du monstre
... du fameux narwal3... Nous allons en purger les mers !... L'auteur d'un ouvrage in-quarto en deux volumes sur les Mystères des grands fonds sous-marins ne peut se dispenser de s'embarquer avec le commandant Farragut. Mission glorieuse, mais... dangereuse aussi ! On ne sait pas où l'on va ! Ces bêtes-là peuvent être très capricieuses ! Mais nous irons quand même ! Nos avons un commandant qui n'a pas froid aux yeux !...
  — Comme fera Monsieur, je ferai, répondit Conseil.
  — Et songes-y bien ! car je ne veux rien te cacher. C'est là un de ces voyages dont on ne revient pas toujours !
  — Comme il plaira à Monsieur. »

1 Les archiotherium, [...] les chéropotamus : noms scientifiques de petits mammifères.
2 Babiroussa : animal appartenant à la famille des cochons et des sangliers.
3 Narwal : mammifère marin, cétacé, orthographié souvent « narval ».

 

Texte C : André GIDE, Les Faux-monnayeurs, 1925.

[Bernard Profitendieu est un lycéen. Quand il apprend que son père n'est pas son père biologique, il décide de fuir le domicile bourgeois familial et trouve refuge pour la nuit chez son ami Olivier.]

  Sans éveiller Olivier, il se lève, se rhabille et revient s'étendre sur le lit. Il est encore trop tôt pour partir. 4 heures. La nuit commence à peine à pâlir. Encore une heure de repos, d'élan pour commencer vaillamment la journée. Mais c'en est fait du sommeil. Bernard contemple la vitre bleuissante, les murs gris de la petite pièce, le lit de fer où Georges1 s'agite en rêvant.
  « Dans un instant, se dit-il, j'irai vers mon destin. Quel beau mot : l'aventure ! Ce qui doit advenir. Tout le surprenant qui m'attend. Je ne sais pas si d'autres sont comme moi, mais dès que je suis réveillé, j'aime à mépriser ceux qui dorment. Olivier, mon ami, je partirai sans ton adieu. Houst ! Debout, valeureux Bernard ! Il est temps. »
  Il frotte son visage d'un coin de serviette trempée; se recoiffe; se rechausse. Il ouvre la porte, sans bruit. Dehors !
  Ah ! que paraît salubre à tout l'être l'air qui n'a pas encore été respiré! Bernard suit la grille du Luxembourg2 ; il descend la rue Bonaparte, gagne les quais, traverse la Seine. Il songe à sa nouvelle règle de vie, dont il a trouvé depuis peu la formule : « Si tu ne fais pas cela, qui le fera ? Si tu ne le fais pas aussitôt, quand sera-ce ? » — Il songe : « De grandes choses à faire » ; il lui semble qu'il va vers elles. « De grandes choses », se répète-t-il en marchant. Si seulement il savait lesquelles !... En attendant, il sait qu'il a faim : le voici près des halles. Il a quatorze sous dans sa poche, pas un liard de plus. Il entre dans un bar; prend un croissant et un café au lait sur le zlnc3. Coût : dix sous. Il lui en reste quatre; crânement4, il en abandonne deux sur le comptoir, tend les deux autres à un va-nu-pieds qui fouille une boîte à ordures. Charité ? Défi ? Peu importe. À présent, il se sent heureux comme un roi. Il n'a plus rien; tout est à lui !

1 Georges : petit frère d'Olivier.
2 Luxembourg : le jardin du Luxembourg se trouve à Paris.
3 Zinc : les comptoirs des cafés étaient souvent recouverts d'un métal gris, le zinc.
4 Crânement : avec fierté.

 

Texte D  : Julien GRACQ, Le Rivage des Syrtes, 1951.

[Le Rivage des Syrtes est un roman qui se déroule dans des lieux imaginaires. Le jeune Aldo appartient à une grande famille de la Seigneurie d'Orsenna. Il est volontaire pour effectuer une mission de surveillance sur le rivage des Syrtes, zone presque déserte qui fait face au pays ennemi, le Farghestan.]

  Il y a un grand charme à quitter au petit matin une ville familière pour une destination ignorée. Rien ne bougeait encore dans les rues engourdies d'Orsenna, les grands éventails des palmes1 s'épanouissaient plus larges au-dessus des murs aveugles; l'heure sonnant à la cathédrale éveillait une vibration sourde et attentive dans les vieilles façades. Nous glissions au long de rues connues, et déjà étranges de tout ce que leur direction semblait choisir pour moi si fermement dans un lointain encore indéfini. Cet adieu m'était léger : j'étais tout à goûter l'air acide et le plaisir de deux yeux dispos, détachés déjà au milieu de toute cette somnolence confuse : nous partions à l'heure réglementaire. Les jardins des faubourgs défilèrent sans agrément2 : un air glacial stagnait sur les campagnes humides, je me pelotonnai au fond de la voiture et me mis à inventorier avec curiosité un grand portefeuille de cuir que j'avais retiré la veille de la Chancellerie en prêtant serment. Je tenais là, dans mes mains, une marque concrète de ma nouvelle importance, j'étais trop jeune encore pour ne pas trouver à la soupeser un plaisir presque enfantin. Il contenait diverses pièces officielles relatives à ma nomination — assez nombreuses, ce qui me rendit bonne humeur —, des instructions concernant les devoirs de ma charge et la conduite à suivre dans le poste que j'allais occuper; je décidai de les lire à tête reposée. La dernière pièce était une forte enveloppe jaune scellée aux armes3 de la Seigneurie; la suscription, manuscrite et soigneuse, arrêta soudain mon regard : « À ouvrir seulement après réception de l'Instruction spéciale d'Urgence. » C'était les ordres secrets; je me redressai imperceptiblement et balayai l'horizon d'un regard déterminé. Un souvenir, teinté à la fois d'absurde et de mystère, remontait lentement jusqu'à moi, qui m'avait aiguillonné4 sourdement depuis qu'on me destinait à ce poste perdu des Syrtes : sur la frontière que j'allais rejoindre, Orsenna était en guerre. Ce qui ôtait de la gravité à la chose, c'est qu'elle était en guerre depuis trois cents ans5.

1 Palmes : feuilles de palmier.
2 Sans agrément : sans charme.
3 Armes : emblème, blason.
4 Aiguillonné : stimulé, incité à l'action.
5 Les deux pays n'ont pas signé de traité de paix mais il n'y a plus de conflit armé.

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Comment les textes du corpus font-ils de ces départs des moments chargés d'émotion pour les personnages ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

haut de page

 

POLYNÉSIE
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIe siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : MOLIERE, Georges Dandin, extrait de la scène 2 de l'acte I, 1668.
Texte B : BEAUMARCHAIS, Le Barbier de Séville, extrait de l'acte II, scène 11, 1775 .
Texte C : FEYDEAU, Le Dindon, extrait de la scène 2 de l'acte I, 1896.

 

Texte A : MOLIERE, Georges Dandin, extrait de la scène 2 de l'acte I, 1668.

[Georges Dandin est un riche paysan, mari d'Angélique. De retour chez lui, il croise Lubin, le valet de Clitandre, lequel est amoureux d'Angélique.]

l, 2 - DANDIN, LUBIN

[ ... ]
LUBIN. — Motus ! il ne faut pas dire que vous m'ayez vu sortir de là.
GEORGE DANDIN. — Pourquoi ?
LUBIN. — Mon Dieu ! parce...
GEORGE DANDIN. — Mais encore ?
LUBIN. — Doucement. J'ai peur qu'on ne nous écoute.
GEORGE DANDIN. — Point, point.
LUBIN. — C'est que je viens de parler à la maîtresse du logis de la part d'un certain Monsieur qui lui fait les doux yeux, et il ne faut pas qu'on sache cela. Entendez-vous ?
GEORGE DANDIN. — Oui.
LUBIN. — Voilà la raison. On m'a enchargé1 de prendre garde que personne ne me vît, et je vous prie, au moins de ne pas dire que vous m'ayez vu.
GEORGE DANDIN. — Je n'ai garde.
LUBIN. — Je suis bien aise de faire les choses secrètement, comme on m'a recommandé.
GEORGE DANDIN. — C'est bien fait.
LUBIN. — Le mari, à ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas qu'on fasse l'amour2 à sa femme, et il ferait le diable à quatre si cela venait à ses oreilles : vous comprenez bien ?
GEORGE DANDIN. — Fort bien.
LUBIN. — Il ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci.
GEORGE DANDIN. — Sans doute.
LUBIN. — On le veut tromper tout doucement : vous entendez bien ?
GEORGE DANDIN. — Le mieux du monde.
LUBIN. — Si vous alliez dire que vous m'avez vu sortir de chez lui, vous gâteriez toute l'affaire : vous comprenez bien ?
GEORGE DANDIN. — Assurément. Hé ! comment nommez-vous celui qui vous a envoyé là dedans ?
LUBIN. — C'est le seigneur de notre pays, Monsieur le Vicomte de chose ... Foln3 ! je ne me souviens jamais comment diantre ils baragouinent4 ce nom-là, monsieur Cli... Clitandre.
GEORGE DANDIN. — Est-ce ce jeune courtisan qui demeure...
LUBIN. — Oui, auprès de ces arbres.
GEORGE DANDIN, à part.— C'est pour cela que depuis peu ce damoiseau5 poli s'est venu loger contre moi6 : j'avais bon nez sans doute, et son voisinage déjà m'avait donné quelque soupçon.
LUBIN. — Testigué ! c'est le plus honnête homme que vous ayez jamais vu. Il m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu'il est amoureux d'elle, et qu'il souhaite fort l'honneur de pouvoir lui parler. Voyez s'il y a là une grande fatigue pour me payer si bien, et ce qu'est, au prix de cela, une journée de travail où je ne gagne que dix sols !
GEORGE DANDIN. — Hé bien! avez-vous fait votre message ?
LUBIN. — Oui, j'ai trouvé là-dedans une certaine Claudine, qui, tout du premier coup, a compris ce que je voulais, et qui m'a fait parler à sa maîtresse.
GEORGE DANDIN, à part. — Ah coquine de servante !
LUBIN. — Morguienne ! cette Claudine-là est tout à fait jolie, elle a gagné mon amitié, et il ne tiendra qu'à elle que nous ne soyons mariés ensemble.
GEORGE DANDIN. — Mais quelle réponse a fait la maîtresse à ce Monsieur le courtisan ?
LUBIN. — Elle m'a dit de lui dire... attendez, je ne sais si je me souviendrai bien de tout cela... qu'elle lui est tout à fait obligée de l'affection qu'il a pour elle, et qu'à cause de son mari, qui est fantasque7, il garde d'en rien faire paraître, et qu'il faudra songer à chercher quelque invention pour se pouvoir entretenir tous deux.
GEORGE DANDIN, à part. — Ah ! pendarde de femme !
LUBIN. — Testiguienne ! cela sera drôle, car le mari ne se doutera point de la manigance, voilà ce qui est de bon; et il aura un pied de nez avec sa jalousie : est-ce pas ?
GEORGE DANDIN. — Cela est vrai.
LUBIN. — Adieu. Bouche cousue, au moins. Gardez bien le secret, afin que le mari ne le sache pas.
GEORGE DANDIN. — Oui, oui.
LUBIN. — Pour moi, je vais faire semblant de rien : je suis un fin matois8, et l'on ne dirait pas que j'y touche.

1 On m'a enchargé : on m'a donné la recommandation.
2 Qu'on fasse l'amour : qu'on fasse la cour.
3 Foin : interjection qui exprime le dépit ou la colère.
4 Baragouinent : prononcent de façon incompréhensible
5 Damoiseau : terme moqueur pour désigner un jeune homme.
6 Contre moi : auprès de moi.
7 Fantasque : d'humeur imprévisible.
8 Fin matois : rusé.

 

Texte B : : BEAUMARCHAIS, Le Barbier de Séville, extrait de l'acte II, scène 11, 1775

[Rosine aime un jeune comte mais son tuteur Bartholo, qui la tient enfermée, a décidé de l'épouser et surveille la jeune femme. Il a vu que Rosine a laissé tomber un papier par la fenêtre et il la soupçonne d'avoir écrit une nouvelle lettre au comte, lettre effectivement remise au barbier Figaro.]

[ ... ]
BARTHOLO. — Je voudrais bien savoir ce que ce barbier avait de si pressé à vous dire ?
ROSINE. — Faut-il parler sérieusement ? Il m'a rendu compte de l'état de Marceline, qui même n'est pas trop bien, à ce qu'il dit.
BARTHOLO. — Vous rendre compte ! Je vais parier qu'il était chargé de vous remettre quelque lettre.
ROSINE. — Et de qui, s'il vous plaît ?
BARTHOLO. — Oh ! de qui ? De quelqu'un que les femmes ne nomment jamais. Que sais-je, moi ? Peut-être la réponse au papier de la fenêtre.
ROSINE, à part. — Il n'en a pas manqué une seule. (Haut.) Vous mériteriez bien que cela fût.
BARTHOLO, regarde les mains de Rosine. — Cela est. Vous avez écrit.
ROSINE, avec embarras. — Il serait assez plaisant que vous eussiez le projet de m'en faire convenir.
BARTHOLO, lui prenant la main droite. — Moi ! point du tout; mais votre doigt encore taché d'encre ! Hein ? rusée slgnora1 !
ROSINE, à part. — Maudit homme !
BARTHOLO, lui tenant toujours la main. — Une femme se croit bien en sûreté, parce qu'elle est seule.
ROSINE. — Ah ! sans doute... La belle preuve !... Finissez donc, monsieur, vous me tordez le bras. Je me suis brûlée en chiffonnant2 autour de cette bougie; et l'on m'a toujours dit qu'il fallait aussitôt tremper dans l'encre : c'est ce que j'ai fait.
BARTHOLO. — C'est ce que vous avez fait ? Voyons donc si un second témoin confirmera la déposition du premier. C'est ce cahier de papier où je suis certain qu'il y avait six feuilles; car je les compte tous les matins, aujourd'hui encore.
ROSINE, à part. — Oh ! imbécile !...
BARTHOLO, comptant. — Trois, quatre, cinq...
ROSINE. — La sixième
...
BARTHOLO. — Je vois bien qu'elle n'y est pas, la sixième.
ROSINE, baissant les yeux. — La sixième, je l'ai employée à faire un cornet pour des bonbons que j'ai envoyés à la petite Figaro.
BARTHOLO. — À la petite Figaro ? Et la plume qui était toute neuve, comment est-elle devenue noire ? Est-ce en écrivant l'adresse de la petite Figaro ?
ROSINE, à part. — Cet homme a un instinct de jalousie !... (Haut.) Elle m'a servi à retracer une fleur effacée sur la veste que je vous brode au tambour3.
BARTHOLO. — Que cela est édifiant ! Pour qu'on vous crût, mon enfant, il faudrait ne pas rougir en déguisant coup sur coup la vérité; mais c'est ce que vous ne savez pas encore.
ROSINE. — Eh ! qui ne rougirait pas, monsieur, de voir tirer des conséquences aussi malignes des choses le plus innocemment faites ?
BARTHOLO. — Certes, j'ai tort : se brûler le doigt, le tremper dans l'encre, faire des cornets aux bonbons pour la petite Figaro, et dessiner ma veste au tambour ! quoi de plus innocent ? Mais que de mensonges entassés pour cacher un seul fait !... Je suis seule, on ne me voit point; je pourrai mentir à mon aise. Mais le bout du doigt reste noir, la plume est tachée, le papier manque; on ne saurait penser à tout. Bien certainement, signora, quand j'irai par la ville, un bon double tour me répondra de vous.

1 Signora : madame.
2 En chiffonnant : en s'occupant de travaux de lingerie.
3 Tambour : cercle de bois sur lequel est tendu le tissu que l'on veut broder.

 

Texte C : Feydeau, Le Dindon, extrait de la scène 2 de l'acte l, 1896.

[Pontagnac a suivi Lucienne Vatelin dans la rue et s'est introduit chez elle. Lucienne appelle son mari pour faire partir l'intrus mais, avant qu'elle ait pu lui expliquer la situation, elle a la surprise de découvrir que les deux hommes sont amis. Elle finit par intervenir dans la discussion pour raconter sa mésaventure.]

Acte l, scène 2 — LUCIENNE, PONTAGNAC, VATELIN.

[ ... ]
VATELIN, se levant et allant à sa femme. — Il y a un homme qui te suit ?
LUCIENNE. — Tout le temps !
PONTAGNAC, se levant et descendant. — Mon Dieu ! si nous parlions d'autre chose, il me semble que cette conversation...
VATELIN, allant à lui. — Mais pas du tout ! ça m'intéresse ! pensez donc, un homme qui se permet de suivre ma femme !
PONTAGNAC. — Oh ! mais si discrètement !
VATELIN. — Qu'est-ce que vous en savez ? Un homme qui suit une femme est toujours indiscret. Mais aussi, pourquoi ne m'as-tu pas dit ça plus tôt ?
LUCIENNE. — Bah ! À quoi bon ! je tenais le galant pour si peu dangereux...
PONTAGNAC, à part. — Merci !
VATELIN. — Mais enfin, il fallait au moins chercher à t'en débarrasser. Ce doit être assommant d'avoir comme ça un être à ses trousses !...
LUCIENNE. — Oh ! assommant !
VATELIN. — Et puis enfin, c'est humiliant pour moi. Il fallait, je ne sais pas, moi... prendre une voiture... entrer dans un magasin.
LUCIENNE. — C'est ce que j'ai fait, je suis entrée chez un pâtissier, il y est entré derrière moi.
VATELIN. — Eh ! aussi, quand un monsieur vous suit, on n'entre pas chez un pâtissier, on entre chez un bijoutier. Pourquoi n'es-tu pas entrée chez un bijoutier ?
...
LUCIENNE. — J'ai essayé ! Il m'a attendue à la porte !
PONTAGNAC, à part. — Tiens ! parbleu!
VATELIN. — C'est ça !... Tenace et pratique ! (À Pontagnac.) Non, c'est inconcevable, mon cher, ce qu'il y a de gens mal élevés à Paris.
PONTAGNAC. — Oui ! oh ! mal élevés, c'est plutôt, euh !... si on parlait d'autre chose...
VATELIN. — C'est-à-dire qu'un mari ne peut plus laisser sortir sa femme sans l'exposer aux impertinences d'un polisson1!...
Lucienne se lève et va presque aussitôt s'asseoir sur le pouf.
PONTAGNAC, furieux. — Vatelin !
VATELIN. — Quoi ?
PONTAGNAC, se réprimant. — Vous allez trop loin !
VATELIN. — Allons donc ! jamais trop !... Ah ! je voudrais qu'il me tombe sous la main, ce petit crevé2 !
LUCIENNE, sur le pouf. — Oui ! Eh bien ! c'est facile, n'est-ce pas, monsieur de Pontagnac ?
PONTAGNAC. — Mon Dieu... Euh ! quelle heure est-il ?
VATELIN. — Comment ! il le connaît ?
LUCIENNE. — Mieux que personne... Euh ! dites-nous donc son nom, monsieur de Pontagnac ?
PONTAGNAC, sur des charbons. — Mais, madame, moi, comment voulez-vous ?...
LUCIENNE. — Mais si, mais si !... Il s'appelle... Pon... ta... allons, voyons, Pontaquoi ?
PONTAGNAC. — Pontaquoi ! C'est possible !
LUCIENNE. — Pontagnac !
VATELIN. — Pontagnac ! Vous ?
PONTAGNAC, riant faux. — Mon Dieu oui... c'était moi ! hé ! hé ! c'était moi !
VATELIN, éclatant de rire. — Ah ! ah ! ah ! farceur !
Lucienne se lève et va à la cheminée.
PONTAGNAC. — Oh ! mais, c'est parce que je savais à qui j'avais affaire... Je savais que c'était Mme Vatelin, alors, je me suis dit : tiens, je vais bien l'intriguer, je vais avoir l'air de la suivre...
LUCIENNE, à part. — Ah ! "avoir l'air" est heureux !
Elle reste devant la cheminée.
PONTAGNAC. — Et elle sera joliment étonnée le jour où nous nous trouverons nez à nez chez son mari.
VATELIN. — Oui ! taratata ! Vous ne saviez rien du tout ! Eh bien ! voilà, ça vous apprendra à suivre les femmes ! Vous tombez sur la femme d'un ami et vous êtes bien avancé !... C'est votre leçon !...
[ ... ]

1 Polisson : homme au comportement déplacé.
2 Petit crevé : jeune homme à la mode un peu ridicule.

 

I - Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique (6 points) :

— Question 1 :
Par quels moyens sont révélés les mensonges ou les ruses des personnages ? (3 points)
— Question 2 :
À quoi tient le plaisir du spectateur dans ces scènes de théâtre? (3 points).

II - Travail d'écriture (14 points) :

 

 

 

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