LE TEMPS VÉCU
RÉSUMÉS ET DISSERTATIONS

 

Le résumé de texte.
La dissertation.

 

 

LE RÉSUMÉ DE TEXTE

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EXEMPLE 1

OBSERVATIONS

  Le problème du temps et de l'espace est le problème central de la psychologie, de la philosophie et, je dirai même, de toute la culture contemporaine. Générateur de conflits profonds dans notre existence, il doit nécessairement être examiné de plus près par chacun de nous.
  La technique, par ses découvertes, cherche à vaincre le temps et l'espace. Trop heureux de bénéficier des progrès qu'elle ne cesse de réaliser à ce point de vue, nous ne pouvons pas ne pas lui en savoir gré. Pourtant ce sentiment de gratitude reste incomplet. Bien souvent nous nous sentons envahis par une lassitude profonde, comme si le rythme de la vie, créé ainsi, nous faisait violence. C'est que ce progrès s'effectue au détriment d'autres valeurs essentielles. Aller vite ne nous suffit point. Le mot de "barbarie scientifique" vient parfois sur nos lèvres, pour désigner un des traits caractéristiques de notre époque, et c'est avec regret que nous pensons alors aux "lenteurs" et aux loisirs du "bon vieux temps". Nous sentons gronder en nous la révolte; nous voudrions reconquérir nos droits sur le "temps", droits que la vie contemporaine semble nous ravir.
  Que ferions-nous de ce temps reconquis ? Mais à vrai dire cette question exige-t-elle réellement une réponse, ne se suffit-elle pas plutôt à elle-même ? Faut-il vraiment "savoir" ce qu'on fera de son temps, pour se rendre compte de la valeur du "temps libre", de ce temps libre qui n'est ni synonyme de repos, accordé à nos muscles et à notre cerveau surmené, ni encore moins synonyme d'ennui, mais qui nous permet de nous détendre réellement, de contempler la vie ambiante et de nous confondre avec elle, de rester en tête à tête avec nous-même en plongeant notre regard jusqu'au fond de notre être, de réfléchir enfin, sans qu'il soit nécessaire le moins du monde de préciser le but de ces réflexions ? Non, décidément, nous ne voulons pas donner de réponse à cette question, puisque y répondre c'est déjà établir un programme, c'est déjà désigner quelque chose qui peut être fait plus ou moins vite, c'est prêter à nouveau le flanc aux progrès de la technique, forger un nouvel anneau de la chaîne à laquelle on se sent rivé, enlever enfin tout ce qu'il y a d'imprévu, d'indéfini, de mystérieux, de créateur dans le temps libre dont nous éprouvons un tel besoin.
  La science ici se rencontre avec la technique. Procédant par abstraction, elle met de côté quantité de phénomènes qui se montrent réfractaires à la pensée discursive. En appliquant au temps les mêmes méthodes qu'à l'espace intelligible, elle le prive d'emblée, comme l'a montré Bergson, de toutes ses richesses naturelles. Et, à mesure qu'elle progresse, à mesure qu'elle formule des lois de plus en plus générales, elle ne fait que s'éloigner davantage de la source vive où elle a pris naissance, pour aboutir en fin de compte à des conceptions qui ne sont que l'expression ultime de cette "abstraction" croissante par rapport à la vie réelle. Là aussi le besoin de revenir en arrière ne peut pas ne pas se faire sentir. Les progrès de la science exacte, comme ceux de la technique, nous remplissent d'admiration, mais non point d'aise. Las de ces progrès, nous éprouvons le désir de détourner les yeux aussi bien de l'idéal de rapidité et du temps rempli jusqu'aux bords que de la "quatrième dimension de l'espace", pour faire comme machine arrière, pour tourner notre regard vers...
   Mais vers quoi voudrions-nous le tourner ? C'est ici qu'il faut se méfier à nouveau des réponses hâtives. "Vers la nature" aurais-je presque envie de dire, sous réserve toutefois que cette formule ne soit pas prise à la lettre, que le besoin de retour en arrière ne soit pas remplacé par un "programme" ayant pour but de faire renaître le "bon vieux temps" ou de revenir à une vie plus primitive; ce serait là se prendre à son propre piège; le "retour en arrière" se trouverait de cette façon assimilé d'emblée au "passé" de l'histoire, sans même qu'une analyse du phénomène du temps ait été tentée, comme si ce retour devait nécessairement avoir cette signification temporelle. En réalité, ce passé, quand il était présent, n'avait dû être en rien plus séduisant que le présent qui nous accable et nous ne parlons, je crois, du "bon vieux temps" que parce que nous y projetons, sans nous en rendre compte, ce que semble nous refuser notre présent à nous. De plus - et c'est là l'argument de beaucoup le plus important - nous ne saurions, en aucun cas, placer notre idéal, fait de création et d'avenir, dans le passé; cela serait contraire à sa nature. Nous ne voulons ni nier, ni renoncer, ni détruire, ni aller en arrière; nous ferions là de nouveau preuve de barbarie. Aussi le désir de revenir en arrière ne peut-il signifier pour nous qu'une chose : reprendre contact avec la vie et avec ce qu'elle a de "naturel" et de primitif en elle, revenir vers la source première dont jaillissent non seulement la science, mais aussi toutes les autres manifestations de la vie spirituelle, étudier à nouveau les rapports essentiels qui se retrouvent primitivement, avant que la science ne les ait modelés à sa façon, entre les divers phénomènes dont se compose la vie, voir si nous ne pouvons en tirer autre chose encore que ne l'a fait la science, sans pour cela verser ni dans un naturalisme primitif, ni dans un mysticisme, bien souvent aussi éloigné de la réalité que de la science, aussi "rationalisant", dans les images auxquelles il a recours, que celle-ci. Nous voulons regarder "sans instruments" et dire ce que nous voyons. C'est là d'ailleurs, contrairement aux apparences, une tâche bien difficile.
  C'est ainsi que sont nées de nos jours la phénoménologie de Husserl et la philosophie de Bergson. La première s'est posée pour but d'étudier et de décrire les phénomènes dont se compose la vie, sans se laisser guider ou limiter, dans ses recherches, par aucune prémisse quelle qu'en soit l'origine ou quelle qu'en soit la légitimité apparente. La seconde a opposé, avec une hardiesse admirable, l'intuition à l'intelligence, le vivant au mort, le temps à l'espace. Ces deux courants n'ont pas tardé à exercer une influence profonde sur toute la pensée contemporaine. C'est qu'ils correspondent à un besoin réel et profond de notre être.
  En ce qui concerne le temps plus particulièrement, ils nous ont aidés à nous rendre compte que la conquête du temps, loin de se réduire au gain de quelques loisirs complémentaires, ne pouvait consister qu'en une révision critique de toute notre attitude à l'égard de ce phénomène. C'est à ce prix seulement qu'il paraissait maintenant possible de se libérer de l'esclavage auquel nous assujettissait la culture moderne par l'idée du temps qu'elle nous imposait. Il s'agissait non pas d'avoir du temps libre, mais d'apprendre à vivre et à puiser librement et spontanément dans le temps. Le problème du temps, en dépit de son caractère abstrait, devenait ainsi le problème le plus vivant, le plus personnel pour chacun de nous.

Eugène MINKOWSKI, Le Temps vécu (1933).

Première étape : l'énonciation :
 Une première - voire une seconde - lecture doit vous amener à identifier les caractères essentiels du texte, que votre résumé devra reproduire :
- situation d'énonciation : le texte s'inscrit dans une perspective morale (le registre est volontiers didactique, la fonction expressive est dominante).
- niveau de langue : relativement courant.
- difficultés de vocabulaire : le texte n'est pas difficile, mais assurez-vous du sens des mots phénoménologie, discursive.

Deuxième étape : thème, thèse :
- Efforcez-vous de formuler pour vous-même le sujet du texte (critique du rapport au temps induit par la civilisation et la science) et donnez-lui éventuellement un titre : ici, ce pourrait être : "Vers une redéfinition du temps libre".
- Plus important encore : repérez la thèse et prenez soin de la rédiger rapidement : Dans ce texte, l'auteur affirme la nécessité de réviser notre conception du temps pour apprendre à vivre mieux.

Troisième étape : l'organisation :
La lecture du texte vous fait percevoir par les paragraphes différentes unités de sens. Ces paragraphes constituent cependant des indices insuffisants de l'organisation. Vous savez que tout raisonnement discursif s'accompagne de connexions logiques (nous les soulignons en rouge : en gras pour les connexions essentielles) qui vous feront percevoir l'enchaînement des arguments. (Voyez le tableau de structure).
  Comme toujours dans une argumentation, les arguments s'accompagnent d'exemples ou de métaphores : leur caractère concret et circonstancié vous permet de les repérer d'emblée (nous les soulignons en bleu).

  C'est cette organisation que nous vous invitons à représenter précisément dans un tableau de structure : ne pensez pas que le fait d'établir ce tableau au brouillon vous fera perdre du temps. Une fois rempli, il vous permettra au contraire d'aller plus vite dans la reformulation, chaque unité de sens étant nettement repérée. La colonne Parties sépare chaque étape de l'argumentation, que la colonne Sous-Parties décompose si nécessaire. La colonne Arguments vous permet d'identifier rapidement chaque argument et d'aller déjà vers son expression la plus concise en repérant les mots-clefs. C'est cette colonne, surtout, qui vous sera précieuse. Quant à la colonne Exemples, elle vous permet de repérer ce que votre résumé pourra ensuite ignorer (attention cependant au fait qu'un long paragraphe d'exemples peut avoir parfois une valeur argumentative : c'est la cas ici des deux deniers paragraphes, dont il faudra conserver la teneur.)

 

TABLEAU DE STRUCTURE

 

PARTIES (unités de sens) SOUS-PARTIES

ARGUMENTS (mots-clefs)

 EXEMPLES

Le problème... → ... un tel besoin (§ 1à 3). Le problème... → chacun de nous. (§ 1)
Le problème du temps doit être réexaminé.
/
La technique [...] Pourtant → semble nous ravir. (§ 2) La technique nous a gratifié de ses progrès mais elle a créé des rythmes qui nous frustrent.  
Que ferions-nous [...] Mais, à vrai dire... → un tel besoin. (§3)
Nous ne voulons pas réfléchir à l'utilisation d'un temps reconquis, car ce serait encore le planifier.
/
La science ici se rencontre... → ... une tâche bien difficile (§ 4 et 5). La science ici... → tourner notre regard vers... (§ 4)
La science a spatialisé le temps, en faisant une abstraction coupée de la vie réelle.
Comme l'a montré Bergson
Mais vers quoi voudrions-nous... → une tâche bien difficile (§ 5). Il ne s'agit pas de se tourner vers le passé historique.
/
De plus notre idéal est fait de création et d'avenir.
/
Aussi il s'agit de revenir à la source première de la vie.
/
C'est ainsi que sont nées pour chacun de nous (§ 6 et 7).
C'est ainsi que sont nées... → besoin réel et profond de notre être. (§ 6)
La phénoménologie et le bergsonisme, dans leur appréhension nouvelle du vivant, ont répondu à une attente.
/
En ce qui concerne le temps... → chacun de nous. (§ 7)
Ils nous ont appris à nous libérer de l'esclavage du temps.
/

 

 

REFORMULATION

Résumez ce texte en 180 mots ±10%.

 

UNITÉS DE SENS

Observations sur les réductions

PROPOSITION DE RÉSUMÉ

Une seul paragraphe centré sur la concession : frustrations induites par la science dont il faut reconnaître les progrès.
 Il faut attentivement reconsidérer les notions d’espace et de temps. La science a ici accompli des progrès méritoires. Mais nous sentons bien qu’ils menacent notre gestion personnelle du temps par le rythme qu’ils imposent à notre vie. Se demander quelle utilisation nous pourrions faire de ce temps [50] libre est inutile : ce serait retomber dans une planification incompatible avec la disponibilité que nous convoitons.
Le : permet de fondre en une seule phrase les arguments liés par De plus.
 La science et la technique ont opéré une spatialisation logique et abstraite du temps qui nous donne envie de freiner cette course. Non pas pour revenir au passé : celui-ci devait contenir le même [100] lot d’insatisfactions, et il n’est pas question pour nous de défendre une haine barbare du présent. Il s’agit simplement de revenir aux sources de la vie avant que la science et la religion ne l’aient annexée à leur système.

Il est légitime de condenser davantage ces deux parties consacrées à des exemples, à conserver néanmoins dans le résumé pour leur valeur argumentative.
 La phénoménologie et le bergsonisme ont ainsi [150] dû leur succès à leur redéfinition, ouverte et vivante, du temps, et à la chance qu’ils nous ont offerte de l’aménager librement.
                                                            174 mots.

 

 

EXEMPLE 2

  Présent et durée

  Les exercices spirituels [de la philosophie grecque] correspondent presque toujours à ce mouvement par lequel le moi se concentre en lui-même, en découvrant qu'il n'est pas ce qu'il croyait être, qu'il ne se confond pas avec les objets auxquels il s'était attaché.
   La pensée de la mort joue ici un rôle décisif. Nous avons vu comment Platon définissait la philosophie comme un exercice de la mort, dans la mesure où, la mort étant une séparation de l'âme et du corps, le philosophe se séparait spirituellement du corps. Dans la perspective platonicienne, nous sommes ainsi ramenés à l'ascèse qui consiste à découvrir le moi pur, et à dépasser le moi égoïste replié sur son individualité, en le séparant de tout ce qui s'est attaché à lui et à quoi il s'est attaché, et qui l'empêche de prendre conscience de lui-même, comme le dieu marin Glaucos, couvert de coquillages, d'algues et de cailloux, dont parle Platon (Républ., 611d). La prise de conscience est bien un acte d'ascèse et de détachement, comme il apparaît aussi chez Plotin, qui conseille au moi de se séparer de ce qui lui est étranger (Enn. 1, 6 (1),9, 7) : Si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le sculpteur d'une statue qui doit devenir belle: il enlève ceci, il gratte cela, il rend tel endroit lisse, il nettoie tel autre, jusqu'à ce qu'il fasse apparaître le beau visage dans la statue. De la même manière, toi aussi, enlève tout ce qui est superflu, redresse ce qui est oblique, purifiant tout ce qui est ténébreux pour le rendre brillant, et ne cesse de sculpter ta propre statue jusqu'à ce que brille en toi la clarté divine de la vertu.
   L'exercice dont nous venons de parler se retrouve tout aussi bien chez les Stoïciens, par exemple chez Marc Aurèle (Pensées, XII, 3, 1 et suiv.). Il s'exhorte lui-même à « séparer de lui-même », c'est-à-dire, dit-il, de «sa pensée », ce que les autres font ou disent, ce qu'il a lui-même fait ou dit dans le passé, à séparer aussi de son moi toutes les choses futures qui peuvent l'inquiéter, son corps et même l'âme qui anime le corps, les événements qui proviennent de l'enchaînement des causes universelles, c'est-à-dire du destin, les choses qui se sont attachées à lui, parce qu'il s'est attaché à elles, et il se promet ainsi, s'il se sépare du temps passé et du futur et s'il vit dans le présent, d'atteindre à un état de tranquillité et de sérénité.
   Dans cet exercice, le moi est totalement circonscrit dans le présent, il s'exerce à vivre seulement ce qu'il vit, c'est-à-dire le présent: il se « sépare» de ce qu'il a fait et dit dans le passé, et de ce qu'il vivra dans le futur. « On ne vit que le présent, cet infiniment petit, dit Marc Aurèle (Pensées, III, 10, 1), le reste ou bien est déjà vécu ou bien est incertain. » Le passé ne me concerne plus, le futur ne me concerne pas encore (Sénèque, Lettres à Lucilius, 78, 14). Nous retrouvons ici l'opposition stoïcienne entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, c'est le présent, lieu de l'action, de la décision, de la liberté; ce qui ne dépend pas de nous, c'est le passé et le futur auxquels nous ne pouvons rien. Le passé et le futur ne peuvent représenter pour nous que des peines ou des plaisirs imaginaires (Marc Aurèle, Pensées, VIII, 36 et XII, 1).
   Il faut bien comprendre cet exercice de la concentration sur le présent et ne pas s'imaginer que le stoïcien ne se souvient de rien et ne pense jamais au futur. Ce qu'il refuse, ce n'est pas la pensée du futur et du passé, mais les passions qu'elle peut entraîner, les vaines espérances, les vains regrets. Le stoïcien se veut homme d'action, et, pour vivre, pour agir, il faut faire des projets et il faut tenir compte du passé pour prévoir ses actions. Mais précisément, puisque il n'y a d'action que présente, c'est seulement en fonction de cette action, dans la mesure où cette pensée peut avoir quelque utilité pour l'action, qu'il faut penser au passé et à l'avenir. C'est donc le choix, la décision, l'action elle-même qui délimite l'épaisseur du présent. Les Stoïciens distinguaient deux manières de définir le présent. La première consistait à le comprendre comme la limite entre le passé et le futur. De ce point de vue, il n'y a jamais de temps présent, étant donné que le temps est divisible à l'infini. Mais il s'agit là d'une division abstraite, d'ordre mathématique, le présent se réduit alors à un instant infinitésimal. La seconde manière de concevoir le présent consistait à le définir par rapport à la conscience humaine: il représentait alors une certaine épaisseur, une certaine durée, correspondant à l'attention de la conscience vécue. C'est de ce présent vécu qu'il s'agit lorsqu'on parle de concentration sur le présent.
   La conscience de soi n'est rien d'autre que la conscience d'un moi agissant et vivant dans le moment présent. Marc Aurèle, par exemple, ne cesse de le répéter: il faut que je concentre mon attention sur ce que je pense en ce moment, sur ce que je fais en ce moment, sur ce qui m'arrive en ce moment, de façon à voir les choses telles qu'elles se présentent à moi en ce moment, de façon à redresser mon intention dans l'action que je suis en train de faire, en ne voulant faire que ce qui sert la communauté humaine, de façon à accepter, comme voulu par le destin, ce qui m'arrive en ce moment et ne dépend pas de moi (Pensées, VII, 54).
   Cet exercice de la conscience de soi se ramène ainsi à un exercice d'attention à soi-même (prosoché) et de vigilance, qui suppose que l'on renouvelle, à chaque instant, le choix de vie, c'est-à-dire la pureté de l'intention, la conformité de la volonté de l'individu à la volonté de la Nature universelle, et que l'on ait présents à l'esprit les principes et les règles de vie qui l'expriment. Il faut que le philosophe soit, à chaque instant, parfaitement conscient de ce qu'il est et de ce qu'il fait.

   Dans cette perspective, celui qui applique toute son attention et toute sa conscience au présent considérera qu'il a tout dans le moment présent, parce qu'il a, dans ce moment, à la fois la valeur absolue de l'existence et la valeur absolue de l'intention morale. Il n'a rien à désirer au-delà. Toute la durée d'une vie et toute l'éternité ne pourront lui apporter plus de bonheur: « Si on a la sagesse pour un instant, on ne le cédera pas en bonheur à celui qui la possède pendant toute l'éternité. » Le bonheur est tout entier bonheur, comme un cercle reste un cercle, qu'il soit petit ou qu'il soit immense. [...]

Pierre HADOT, Qu’est-ce que la philosophie antique ?, 1995.

Résumez ce texte en 130 mots (± 10%).

 Résumé proposé :

  La philosophie antique valorise systématiquement l'ascèse pour élever la conscience à l'universel. L'exercice spirituel qui y mène prône le retour réflexif sur soi et la méditation sur la mort pour dépasser notre sensibilité égoïste. Platon, Plotin ou les Stoïciens invitent à ce détachement qui suppose d'accepter [50] sereinement ce qui ne dépend pas de nous, notamment le passé et le futur.
  Se recentrer sur nos actions libres au présent, ce n'est cependant pas négliger toute prévoyance ni tout enseignement de l'expérience. Si l'instant présent n'est pas qu'une limite fuyante, c'est dans [100] la conscience qu'il trouve sa consistance. Pour atteindre cette sérénité, une volonté vigilante s'impose. Conforme à l'ordre naturel, la conscience touche alors dans l'instant à un bonheur absolu.
132 mots.

 

EXEMPLE 3

 

André COMTE-SPONVILLE - La gratitude.

  Vous trouverez ce texte parmi ceux que nous proposons sur la page Textes.

Résumé proposé :

   Le présent dans sa durée structure le bonheur épicurien, et le passé y joue un rôle essentiel. En effet notre mémoire conserve les principes de la sagesse et nos expériences heureuses. Le sage seul sait en jouir dans le présent. Si le souvenir du bonheur renforce notre détresse, c'est qu'[50] on ignore le bon usage du passé. Au lieu de le regretter, mieux vaut en savourer l'expérience reconnaissante, qu'Épicure appelle la gratitude. Confiant dans l'avenir, le sage sait emplir son présent du passé retrouvé.
  Ainsi, des âges de la vie, la vieillesse est le plus lumineux, car [100] le plus riche en souvenirs heureux. C'est bien de présent qu'il s'agit, où confiance et gratitude placent tout ce qu'elles peuvent de passé et d'avenir..
130 mots.

 

 

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