Si les dossiers proposés sont organisés autour d'un thème, que désigne leur titre, celui-ci ne peut suffire à organiser une synthèse, c'est-à-dire à lui donner du sens. Il vous faut encore déterminer l'intention qui a présidé au regroupement des documents, c'est-à-dire cerner la problématique qui le sous-tend.
Exercice 1
Voici, par exemple, deux petits dossiers qui, tous les deux, pourraient s'intituler : « La moto ». Mais dans chacun, les documents - ou les extraits choisis dans un même texte - sont de nature différente.
Quelle problématique peut-on poser dans le premier dossier ? dans le second ?
Qu'allez-vous faire signifier à l'image - qui est pourtant la même - dans les deux cas ?
voyez nos réponses et la construction des plans à partir de tableaux de confrontation.
Dossier n° 1
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1 |
2 A tout bien
considérer, ne pourrait-on croire que c'est une sorte de chasse-neige ou
de charrue dont l'on tient le guidon, et qu'en s'enfonçant comme un coin
dans le paysage il crée sa propre piste ? La tentation à laquelle il faut
résister est de prendre une direction oblique, pour creuser à travers les
vaux et les monts de la belle Allemagne une tranchée qui directement
aboutisse à la terrasse où va déjeuner Daniel. Rebecca s'est
habituée à la vitesse; elle n'éprouve aucune difficulté à garder son
allure, aucun malaise à être ainsi projetée. Un certain bien-être, au contraire, s'est
affirmé dans son corps et dans sa conscience. Son équilibre est aussi
solide que si elle était de fer ou de cuivre poli, et rivée, la gorge en
pointe, à l'avant d'une locomotive. Pour le perdre, le voudrait-elle, elle
devrait se donner du mal assurément. Les soins du pilotage sont réduits à
peu: il suffit de se tenir ferme au guidon qui se tient droit tout seul,
de serrer les cuisses sur le réservoir (le ventre d'ébène), de serrer les
jambes et de maintenir à bout les commandes. Un enfant n'y faudrait pas.
Quelle sérénité ! Rares sont les voitures qui vont dans la même direction
que la sienne, et elles vont sagement, sans déboîter de la bande à lente
allure. Quand elle est sur le point de rattraper l'une d'elles, il semble
qu'au lieu d'aller celle-là vienne à sa rencontre, par l'arrière; c'est
malaisément qu'on la distingue du décor latéral, dont tous les points
semblent venir pareillement. La voie donc est libre devant Rebecca,
comme si elle courait dans ce désert jalonné auquel elle a songé tout à
l'heure. En se courbant, pour offrir moins de résistance, elle frôle des
seins le tableau de bord à l'endroit de la clé, elle est monstrueusement
accouplée à la machine, et le gros phare prolonge son corps ainsi que fait
la tête du cheval en avant et au-dessous de celle du cavalier, à
l'approche de l'obstacle à sauter. Telle position ne laisse pas à portée
de sa vue le cadran du compteur, mais tant pis. Connaître exactement la
vitesse à laquelle elle est lancée ne lui importe plus depuis qu'avec
l'habitude elle a trouvé la paix et qu'elle se sent dans le vent brutal
comme en l'air pur des cimes. |
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Affiche du film The Wild one (L'Équipée sauvage) de Laslo Benedek (1953). Dans une calme bourgade, l'arrivée d'une bande de motards, menée par Johnny (Marlon Brando), va provoquer un grand bouleversement. |
4
Je n'ai besoin de personne |
Je n'ai besoin de personne
Je n'ai besoin de personne |
Dossier n° 2
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3 |
4
Jamais il ne se coiffait, jamais il ne se lavait,
Il portait des culottes, des bottes de moto, |
Marie-Lou, la pauvre fille, l'implora, le supplia,
On trouva sa culotte, ses bottes de moto,
« L'Homme à la moto » |
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Affiche du film The Wild one (L'Équipée sauvage) de Laslo Benedek (1953). |
Exercice 2
Le propre du texte littéraire est de rester ouvert à de multiples interprétations. Ce pouvoir est de nature à rendre incertaine - car trop ouverte - la problématisation des dossiers. C'est pourquoi il faudra toujours veiller à commencer le relevé des arguments par un texte argumentatif et à confronter le texte littéraire (narratif, poétique, théâtral) avec celui-ci.
Voici deux textes :
le premier, de nature narrative, pourrait être rattaché à de nombreuses
problématiques d'étude. En quoi le texte argumentatif que nous citons ensuite,
rétrécit-il les problématiques possibles ?
Quels arguments du texte 2
correspondent aux situations évoquées dans le texte 1 ?
Quelle problématique
pourrait-on tirer de cette confrontation ?
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[Gervaise et Coupeau, elle blanchisseuse, lui zingueur, se marient. Pour échapper au mauvais temps, ils décident, avec les invités de la noce, de visiter le musée du Louvre.] La nudité sévère de l'escalier les rendit graves. Un huissier superbe, en gilet rouge, la livrée galonnée d'or, qui semblait les attendre sur le palier, redoubla leur émotion. Ce fut avec un grand respect, marchant le plus doucement possible, qu'ils entrèrent dans la galerie française.
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Si l'amour de l'art est bien la
marque de l'élection séparant comme par une barrière invisible et
infranchissable, ceux qui en sont touchés de ceux qui n'ont pas reçu cette
grâce, on comprend que les musées trahissent, dans les moindres détails de
leur morphologie et de leur organisation, leur fonction véritable, qui est
de renforcer chez les uns le sentiment de l'appartenance et chez les
autres le sentiment de l'exclusion. Tout en ces lieux saints de l'art où
la société bourgeoise dépose les reliques héritées d'un passé qui n'est
pas le sien, palais anciens ou grandes demeures historiques auxquels le
XIXème siècle a ajouté des édifices imposants, bâtis souvent dans le style
gréco-romain des sanctuaires civiques, concourt à indiquer que le monde de
l'art s'oppose au monde de la vie quotidienne comme le sacré au profane :
l'intouchabilité des objets, le silence religieux qui s'impose aux
visiteurs, l'ascétisme puritain des équipements, toujours rares et peu
confortables, le refus quasi systématique de toute didactique, la
solennité grandiose du décor et du décorum, colonnades, vastes galeries,
plafonds peints, escaliers monumentaux, tout semble fait pour rappeler que
le passage du monde profane au monde sacré suppose, comme dit Durkheim, «
une véritable métamorphose », une conversion radicale des esprits [ ... ].
Si, par son sacré, l'œuvre d'art exige des dispositions ou des
prédispositions particulières, elle confère en retour sa consécration à
ceux qui satisfont à ses exigences, à ces élus qui se sont eux-mêmes
choisis par leur aptitude à répondre à son appel. Accorder à l'œuvre d'art
le pouvoir d'éveiller la grâce de l'illumination esthétique en toute
personne, si démunie soit-elle culturellement, et de produire elle-même
les conditions de sa propre diffusion [...], est s'autoriser à attribuer
dans tous les cas aux hasards insondables de la grâce ou à l'arbitraire
des « dons » des aptitudes qui sont toujours le produit d'une éducation
inégalement répartie. |
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