LA DISSERTATION |
EXEMPLE 1
| La nature nous conduit-elle à la guerre ou à la paix ? Vous répondrez à cette question en vous fondant sur les trois uvres au programme. |
Mise en place du sujet :
- les mots-clés : le mot « nature » est polysémique, et l'exploitation de ce champ sémantique nuancera et enrichira les arguments. Rappelons que le mot « nature » peut désigner l'ensemble des caractères qui définissent un être ou une chose (ce qui est inné, spontané, par opposition à ce qui est acquis), mais aussi le principe actif, souvent personnifié, qui organise l'ensemble des choses existantes selon un certain ordre (on peut penser à la Providence). Dans les présupposés du sujet, ces deux principes seraient donc à l'origine d'un déterminisme (« conduit ») qu'il faudra remettre en question. Enfin le mot « nature » recouvre aussi, bien entendu, l'ensemble des choses perçues, visibles, en tant que milieu où vit l'homme, et l'on n'oubliera pas d'évoquer cet aspect, sensible chez Aristophane et Hugo.
- la problématique : la dégager ne pose pas ici de problèmes particuliers, puisque le sujet se résume déjà à une question amphibologique.Arguments et exemples à utiliser :
Aidez-vous des documents suivants :
ces citations vous sont fournies dans le désordre. A vous de les placer dans le plan proposé ci-dessous, à titre d'exemples (ex) :
DOCUMENTS
« Un prince doit n'avoir d'autre objet ni d'autre pensée, ni s'approprier d'autre art que celui de la guerre.» (Machiavel, Le Prince)
« Les hommes sont capables de vivre ensemble en se conformant à la loi naturelle qui n'est autre que la raison » (Locke, Second Traité du gouvernement civil).
« L'état de paix entre des hommes vivant côte à côte n'est pas un état de nature, celui-ci est bien plutôt un état de guerre » (Kant, Projet de paix perpétuelle, p. 27; sur ce thème, voir aussi les pages 78, 105, 119).
« L'état de nature, c'est la guerre de tous contre tous.» (Hobbes, Du citoyen).
« L'homme n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel, que lorsqu'il jouit de la paix » (Damilaville, article Paix de l'Encyclopédie).
« La perversité enracinée dans la nature humaine saute aux yeux si on examine les États dans leurs mutuels rapports extérieurs.» (Kant, op.cit., p.105).
« Nous l'avons belle, pour en finir avec tracas et combats, et tirer dehors la Paix, que nous chérissons tous, avant qu'un nouveau pilon vienne se mettre en travers ! Allons, les travailleurs de la terre et du négoce, des chantiers et des ateliers, les implantés, le gens du dehors et d'outre-mer, venez ici, toutes les nations, dare-dare, avec des pioches, des leviers et des câbles ! C'est le moment pour nous d'emporter le morceau - occasion providentielle !» (Aristophane, La Paix, p.443).
« Quand je vous dirais que j'aime la paix et que je hais la guerre, cela ne me distinguerait pas assez de tous ces amis de la paix qui ont fait la guerre avec la pleine approbation d'eux-mêmes, bien mieux qui l'ont voulue, et qui se sont livrés naïvement aux passions. Ce qui me fait voir qu'ils aimaient la paix par passion aussi; et ne comptez pas plus sur une passion que sur le beau temps. (Alain, De quelques illusions des amis de la paix).
« ... la grande ouvrière la nature sous le cours mécanique de laquelle on voit briller de la finalité qui fait surgir, du sein même de la discorde parmi les hommes, et malgré leur volonté, la concorde.» (Kant, op.cit., p.63).
« Le cantique le plus sublime qu'on puisse entendre sur la terre, c'est le bégaiement de l'âme humaine sur les lèvres de l'enfance. Ce chuchotement confus d'une pensée qui n'est encore qu'un instinct contient on se sait quel appel inconscient à la justice éternelle.» (Hugo, Quatrevingt-treize, III, 3, I).
Organisation du plan :
Thèse : La nature peut nous conduire à la guerre...
1. L'état primitif de l'homme est celui de l'hostilité.
Cette vision pessimiste est, par exemple, celle de Hobbes et de Schopenhauer. On pensera aussi aux pulsions de mort mises à jour par Freud avec le Thanatos.
ex : ...
2. La nature des États veut la guerre.
Les conflits politiques incessants ont généré cette vision réaliste et cynique des principes auxquels obéissent les États, guidés par leurs tentations hégémoniques et nationalistes.
ex : ...
Antithèse : ... comme à la paix
A. L'homme est naturellement pacifique.
On pourra penser à la nostalgie de l'âge d'or, évidente chez Aristophane, aux thèses rousseauistes du bon sauvage pour caractériser cette vision optimiste et patriarcale de l'humanité.
ex : ...
B. La paix a pour elle une évidence de bien-être.
D'un point de vue simplement empirique, force est de constater que l'aspiration massive des peuples est du côté de la paix, où s'épanouissent les images de bonheur et de jouissance. Ici encore, on pensera à Aristophane.
ex : ...
Synthèse : ... mais la paix est un combat contre cette ambivalence de la nature.
Recherchons dans les deux premières parties les arguments qui s'opposent le plus nettement. La synthèse n'est pas ce "moyen terme" qui aboutirait toujours à un opinion tiède. Nous vous proposons de la construire comme un "dépassement" des arguments utilisés dans les deux parties précédentes (nous l'infléchissons ici dans le sens d'une construction nécessaire de la paix par l'effort de la raison et du droit contre les tendances confuses qu'inspire la nature) :
1A. Par nature, guerre et paix attisent des passions néfastes.
La nature veut-elle quelque chose ? Il est temps de mettre en cause ce déterminisme. Dans ces sollicitations ambiguës, où les cultures jouent leur rôle, on pourra renvoyer dos à dos guerre et paix si elles sont l'occasion d'attiser les passions rivées dans le cur des hommes.
ex : ...2B. La paix est à construire par l'effort humain, réglé par le droit et la morale.
Si la paix n'est pas naturelle, il faut l'instituer. Quant à la guerre, elle pourra elle-même dépasser la pulsion naturelle qui la commande pour servir, elle aussi, à la réalisation de la paix. De toutes ces tâches, l'homme, aidé par sa raison, doit être l'artisan.
ex : ...
EXEMPLE 2
| « Il n'y a pas de paix, même injuste, qui ne soit préférable à la plus juste des guerres. » |
Mise en place du sujet :
- les mots-clés : Ce sujet tourne autour de la notion de justice, dont on prendra soin de donner une définition précise. Nous appellerons justice la qualité morale qui invite à respecter les droits d'autrui. La double négation offerte par la citation pose nettement que la paix est préférable à la justice : le chiasme sait habilement mettre en valeur les notions du juste et de l'injuste, ce qui ne peut manquer de provoquer le lecteur en inversant ses représentations. Car si la paix de l'un compromet les droits de l'autre, que penser de cet état qui, à l'évidence, bafoue la justice la plus élémentaire ?
- la problématique : il conviendra, comme à l'accoutumée, de transformer en question l'assertion proposée par le sujet : la paix est-elle acceptable à toutes les conditions ?Arguments et exemples à utiliser :
Aidez-vous des documents suivants :
ces citations vous sont fournies dans le désordre. A vous de les placer dans le plan proposé ci-dessous, à titre d'exemples (ex) :
DOCUMENTS
Aristophane et Hegel peignent les horreurs intemporelles de la barbarie guerrière: exactions, faim. misère, barbarie de I'homme redevenu « hyène contre hyène » (Hugo). Michelle Fléchard ,dans Quatrevingt-treize, incarne la femme du peuple, livrée à toutes les souffrances de la guerre civile, «quand tous les hommes n'ont qu'une affaire, la dévastation, et qu'un travail, le carnage.» (III, I) .Son refus est significatif : «Ce n'est pas possible qu'il y ait des hommes sur la terre et qu'on laisse ces pauvres petits mourir comme cela » .
Kant propose « un état de paix qui n'est point produit et garanti par l'affaiblissement de toutes les forces, mais au contraire par leur équilibre et leur émulation la plus vive » (p.81).
La paix est pour Kant une idée imposée par la raison, un devoir-être, un idéal dont la réalisation entière se situe à l'infini.
Kant rappelle que ce sont les simples citoyens qui paient toujours le plus cher, quand on les réduit à l'état de « simples machines ou d'instruments dans la main d'un autre » (p.17).
Kant dénonce ces traités limités qui sont gros des guerres futures puisqu'ils n'ont fait que sanctionner le droit du plus fort (paix injustes) : la mauvaise intention d'un des signataires fait que la paix porte en germe une guerre future, car elle crée un sentiment d'injustice intolérable (cf. traité de Versailles). « Hector, songe que jeter aujourd'hui le mot paix dans la ville est aussi coupable que d'y jeter un poison. Tu vas y détendre le cuir et le fer. Tu vas frapper avec le mot paix la monnaie courante des souvenirs, des affections, des espoirs. Les soldats vont se précipiter pour acheter le pain de paix, boire le vin de paix, étreindre la femme de paix, et dans une heure tu les remettras face à la guerre. » (Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu).
Kant sait que la guerre peut « passer pour un acte noble auquel l'homme est poussé par le sentiment de l'honneur et non par des sentiments intéressés » (p.73). Révolutionnaires et royalistes font preuve d'héroïsme dans Quatrevingt -treize.
La paix est souvent associée au bonheur agricole («la belle vie qu'on menait avant » pour Trygée) sous le règne de la Paix (« la plus grande de toutes les déesses, et la plus douce patronne de nos vignes» (p. 444). La paix est aussi l'hospitalité à l'égard de l'autre, le commerce et la sociabilité (Kant rappelle les conditions d'une hospitalité universelle dans son «Troisième article» ).
« La guerre est. La paix n'est pas : il faut la faire, et d'abord la vouloir, et donc y croire. Si vous n'y croyez pas, vous n'arriverez pas à la vouloir; si vous ne la voulez pas, vous ne la ferez pas. » (Alain)
Kant sait que la guerre peut être nécessaire, « triste moyen imposé par le besoin dans l'état de nature afin de soutenir son droit dans la violence. » (p.21). Gauvain sait que la Révolution est destructrice, mais que d'un mal sortira un bien pour l 'humanité (Quatrevingt-trejze).
« S'il faut appeler paix l'esclavage, la barbarie ou l'isolement, il n'est rien pour les hommes de si lamentable que la paix. » (Spinoza).
Seule la vraie paix n'est jamais injuste, car elle est assentiment des peuples en accord avec ce que veut la nature et parachèvement du droit.
Comment la Révolution peut-elle sauvegarder la République et, à terme, la paix qu'elle entend instaurer sur un nouveau droit, sans livrer bataille contre ses ennemis ? « Il n'y a qu'une urgence, la République en danger », dit Danton (Quatrevingt-treize). On ne peut souhaiter la paix à n'importe quel prix : il faut d'abord restituer un Etat qui établisse les conditions de la paix.
De la Convention, Hugo dit : « En même temps qu'elle dégageait de la révolution, cette assemblée produisait de la civilisation. Fournaise mais forge.»
Organisation du plan :
Thèse : La paix semble toujours conforme aux désirs des peuples...
1. La guerre est toujours accompagnée d'un cortège d'horreurs, devant lesquelles toute paix se justifie. ex : ...
2. La guerre manifeste des iniquités criantes. ex : ...
3. La paix permet de se livrer à des activités constructrices et civilisatrices. ex : ...
Antithèse : ... mais elle peut créer une injustice intolérable...
a. La guerre paraît un penchant inhérent à la nature humaine. ex : ...
b. Le tableau d'une paix alanguie peut paraître sans dignité et ont peut déprécier ce désir. ex : ...
c. Certaines paix installent des conditions insupportables d'injustice. ex : ...
Synthèse : ... donc la paix, pour être juste, ne peut être conçue que comme une dynamique.
Recherchons dans les deux premières parties les arguments qui s'opposent le plus nettement. La synthèse n'est pas ce "moyen terme" qui aboutirait toujours à un opinion tiède. Nous vous proposons de la construire comme un "dépassement" des arguments utilisés dans les deux parties précédentes (nous l'infléchissons ici dans le sens d'une construction nécessaire de la paix par l'effort de la raison et du droit afin qu'elle soit conforme à la justice) :
A. Paix et guerre sont intimement liées : on peut vouloir détruire pour pouvoir mieux reconstruire. ex : ...
B. Kant propose un idéal de paix qui ne se réduit pas au désir de dominer ni à la tentation de s'endormir. La contradiction est féconde et suscite le dépassement . ex : ...
C. Pour y parvenir, il faut accepter ce qu'est l'humanité, et aussi sa tendance à la violence. ex : ...Conclusion : Seule la vraie paix n'est jamais injuste, car elle est assentiment des peuples en accord avec ce que veut la nature et parachèvement du droit.
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