LES SUJETS DE L’ EAF 2008

 

Sujets nationaux :

Centres étrangers :

à venir ... séries générales (Pondichéry)
séries technologiques  (Pondichéry).
 

 

 

 

CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES GÉNÉRALES

 

Objet d'étude : La poésie.
Textes : 
Texte A : Victor Hugo, « J'aime l'araignée », Les Contemplations, Livre III, « Les luttes et les rêves », XXVII (1856).
Texte B : Lautréamont, « Le Pou », Les Chants de Maldoror, chant 11, 9 (1869).
Texte C : Tristan Corbière, « Le Crapaud », Les Amours jaunes (1873).
Texte D : Germain Nouveau, « Le Peigne », Valentines (1887).

 

Texte A -  Victor Hugo (1802-1885), « J'aime l'araignée », Les Contemplations, Livre III, « Les luttes et les rêves », XXVII (1856).

J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
    Parce qu'on les hait ;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
    Leur morne souhait ;

Parce qu'elles sont maudites, chétives,
    Noirs êtres rampants ;
Parce qu'elles sont les tristes captives
    De leur guet-apens ;

Parce qu'elles sont prises dans leur œuvre ;
    O sort ! fatals nœuds !
Parce que l'ortie est une couleuvre,
    L'araignée un gueux ;

Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,
    Parce qu'on les fuit,
Parce qu'elles sont toutes deux victimes
    De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,
    Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
    Oh ! plaignez le mal !

Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;
    Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie
    De les écraser,

Pour peu qu'on leur jette un œil moins superbe1,
    Tout bas, loin du jour,
La mauvaise bête et la mauvaise herbe
    Murmurent : Amour !

1. ici : méprisant.

 

Texte B - Lautréamont (1846-1870), « Le Pou », Les Chants de Maldoror, chant II, strophe 9 (1869).

 Le pou

 [...] Vous ne savez pas, vous autres, pourquoi ils ne dévorent pas les os de votre tête, et qu'ils se contentent d'extraire, avec leur pompe, la quintessence de votre sang. Attendez un instant, je vais vous le dire : c'est parce qu'ils n'en ont pas la force. Soyez certains que, si leur mâchoire était conforme à la mesure de leurs vœux infinis, la cervelle, la rétine des yeux, la colonne vertébrale, tout votre corps y passerait. Comme une goutte d'eau. Sur la tête d'un jeune mendiant des rues, observez, avec un microscope, un pou qui travaille ; vous m'en donnerez des nouvelles. Malheureusement ils sont petits, ces brigands de la longue chevelure. Ils ne seraient pas bons pour être conscrits1 ; car, ils n'ont pas la taille nécessaire exigée par la loi. Ils appartiennent au monde lilliputien2 de ceux de la courte cuisse, et les aveugles n'hésitent pas à les ranger parmi les infiniment petits. Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d'oeil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L'éléphant se laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux. Gare à vous, si votre main est poilue, ou que seulement elle soit composée d'os et de chair.
 C'en est fait de vos doigts. Ils craqueront comme s'ils étaient à la torture. La peau disparaît par un étrange enchantement. Les poux sont incapables de commettre autant de mal que leur imagination en médite. Si vous trouvez un pou dans votre route, passez votre chemin, et ne lui léchez pas les papilles de la langue. Il vous arriverait quelque accident. Cela s'est vu. N'importe, je suis déjà content de la quantité de mal qu'il te fait, ô race humaine ; seulement, je voudrais qu'il t'en fît davantage. [...]

1. recrue faisant son service militaire.
2. microscopique.

 

Texte C - Tristan Corbière (1845-1875), « Le Crapaud », Les Amours jaunes (1873).

         Le Crapaud

Un chant dans une nuit sans air...
 La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

... Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré là, sous le massif...
 Ça se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...

 Un crapaud !  Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue... 
Horreur ! -

... Il chante.  Horreur !!  Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière...
Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.
.........................................................
Bonsoir 
ce crapaud-là c'est moi.

                                  (Ce soir, 20 juillet)

 

Texte D - Germain Nouveau (1851-1920), « Le Peigne », Valentines (1887).

            Le peigne

La serviette est une servante,
Le savon est un serviteur,
Et l'éponge est une savante ;
Mais le peigne est un grand seigneur.

Oui, c'est un grand seigneur, Madame,
Des plus nobles par la hauteur
Et par la propreté de l'âme.
Oui, le peigne est un grand seigneur !

Quoi ? l'on ose dire à voix haute
Sale comme un... Du fond du cœur
Que l'on réponde ! À qui la faute ?
Mais le peigne est un grand seigneur !

Oui, s'il n'est pas propre, le peigne,
À qui la faute ? À son auteur ?
N'est-ce pas plutôt à la teigne !
Car... le peigne est un grand seigneur.

La faute, elle est à qui le laisse
S'épanouir dans sa hideur.
C'est la faute... à notre paresse.
Lui, le peigne est un grand seigneur.

Oui, notre main est sa vassale,
Et s'il est sale, par malheur,
II se f...iche un peu d'être sale,
Car le peigne est un grand seigneur.

II ne veut nettoyer la tête,
Que si la main de son brosseur
Lui fait les dents ; je le répète,
Oui, le peigne est un grand seigneur.

Oui, c'est un grand seigneur, le peigne ;
Sans être rogue ou persifleur,
Sa devise serait : « Ne daigne. »
Car le peigne est un grand seigneur.

Grand seigneur, son dédain nous cingle,
Porteur d'épée, il est railleur,
Or, cette épée est une épingle,
Si le peigne est un grand seigneur.

Cette épingle, adroite et gentille,
Le rend propre comme une fleur,
Aux doigts de la petite fille
Dont le peigne est un grand seigneur.

Donc que je dise ou que tu dises
Qu'il est sale, mon beau parleur,
II laisse tomber les bêtises,
Car le peigne est un grand seigneur.

Pour moi, je ne veux pas le dire :
Cela manquerait... de saveur,
Et puis cela ferait sourire ;
Non..., le peigne est un grand seigneur.

Sur vos dents fines et sans crasse,
Chaque matin j'ai cet honneur,
Mon beau peigne, je vous embrasse,
Et je suis votre serviteur.

 

I- Après avoir lu tous les poèmes du corpus, vous répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :

En quoi ces poèmes sont-ils provocateurs ?
Vous justifierez votre réponse à l'aide d'éléments précis pris dans les différents textes.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

  • Commentaire
    Vous ferez le commentaire du poème de Lautréamont (texte B).

  • Dissertation
    La laideur peut-elle être une source d'inspiration pour un poète au même titre que la beauté ?
    Vous répondrez dans un développement organisé, en vous appuyant sur les textes du corpus, les poèmes étudiés en classe et vos lectures personnelles.

  • Invention
    Les Chants de Maldoror ont été mal accueillis à leur parution. Dans un courrier de lecteurs, un admirateur d'une telle esthétique du laid défend l'idée qu'il n'existe pas d'objet poétique privilégié. Vous rédigerez cette lettre.

 

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CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : La poésie.
Corpus :
Texte 1 : 
Victor Hugo, L'araignée et l'ortie, Les Contemplations, Livre III (1856).
Texte 2 : José Maria de Heredia, Midi, « La Nature et le Rêve », Les Trophées, 1893.
Texte 3 : Francis Ponge, Ode inachevée à la boue (extrait), Pièces,1962.
Texte 4 : Philippe Jaccottet, Fruits, Airs, 1961-1964.

 

Texte 1 : Victor HUGO, L'araignée et l'ortie, Les Contemplations, Livre III, (1856).

 (voir sujet précédent, texte A).

 

Texte 2 : José Maria de HEREDIA, Midi, « La Nature et le Rêve », Les Trophées (1893).

                      Midi

Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude1,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise2 un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d'emeraude3.

Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil4
Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

Vers la gaze de feu que trament les rayons
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.

1- en maraude : en quête de butin
2- tamiser : laisser passer en adoucissant
3- émeraude : pierre précieuse de couleur verte
4- vermeil : rouge foncé
5- gaze : étoffe légère et transparente
.

 

Texte 3 : Francis PONGE, Ode inachevée à la boue (extrait), Pièces, 1962.

ODE INACHEVÉE À LA BOUE

  La boue plaît aux cœurs nobles parce que constamment méprisée.
  Notre esprit la honnit1, nos pieds et nos roues l'écrasent. Elle rend la marche difficile et elle salit : voilà ce qu'on ne lui pardonne pas.
  C'est de la boue ! dit-on des gens qu'on abomine, ou d'injures basses et intéressées. Sans souci de la honte qu'on lui inflige, du tort à jamais qu'on lui fait. Cette constante humiliation, qui la mériterait ? Cette atroce persévérance !
  Boue si méprisée, je t'aime. Je t'aime à raison du mépris où l'on te tient.
  De mon écrit, boue au sens propre, jaillis à la face de tes détracteurs !
  Tu es si belle, après l'orage qui te fonde, avec tes ailes bleues !
  Quand, plus que les lointains, le prochain devient sombre et qu'après un long temps de songerie funèbre, la pluie battant soudain jusqu'à meurtrir le sol fonde bientôt la boue, un regard pur l'adore : c'est celui de l'azur ragenouillé déjà sur ce corps limoneux2 trop roué de charrettes hostiles, 
dans les longs intervalles desquelles, pourtant, d'une sarcelle3 à son gué opiniâtre la constance et la liberté guident nos pas.
  Ainsi devient un lieu sauvage le carrefour le plus amène, la sente4 la mieux poudrée.
  La plus fine fleur du sol fait la boue la meilleure, celle qui se défend le mieux des atteintes du pied ; comme aussi de toute intention plasticienne. La plus alerte enfin à gicler au visage de ses contempteurs5.
  Elle interdit elle-même l'approche de son centre, oblige à de longs détours, voire à des échasses.
  Ce n'est peut-être pas qu'elle soit inhospitalière ou jalouse ; car, privée d'affection, si vous lui faites la moindre avance, elle s'attache à vous.
  Chienne de boue, qui agrippe mes chausses et qui me saute aux yeux d'un élan importun !
  Plus elle vieillit, plus elle devient collante et tenace. Si vous empiétez son domaine, elle ne vous lâche plus. Il y a en elle comme des lutteurs cachés, couchés par terre, qui agrippent vos jambes ; comme des pièges élastiques ; comme des lassos.
  Ah comme elle tient à vous ! Plus que vous ne le désirez, dites-vous. Non pas moi. Son attachement me touche, je le lui pardonne volontiers.


1 - honnir : couvrir publiquement de honte
2 - limoneux : plein de limon, de boue
3 - sarcelle : canard sauvage
4 - sente : sentier
5 - contempteur : personne qui méprise, dénigre
.

 

Texte 4 : Philippe JACCOTTET, Fruits, Airs, 1961-1964.

FRUITS

Dans les chambres des vergers ce sont des globes suspendus que la course du temps colore des lampes que le temps allume et dont la lumière est parfum
On respire sous chaque branche le fouet odorant de la hâte
Ce sont des perles parmi l'herbe
de nacre à mesure plus rosé
que les brumes sont moins lointaines
Des pendeloques1 plus pesantes que moins de linge elles ornent
Comme ils dorment longtemps Sous les mille paupières vertes !
Et comme la chaleur
par la hâte avivée
leur fait le regard avide !


1 - pendeloques : cristaux attachés à un lustre

 

I. Vous répondrez d'abord aux questions suivantes (6 points)

  1. Relevez dans chaque texte du corpus une comparaison ou une métaphore, et montrez ce que ce recours à l'image apporte à l'évocation du monde sensible.

  2. Quel rôle Hugo et Ponge accordent-ils au poète dans les deux textes proposés ?

II. Vous traiterez un de ces sujets au choix (14 points):

 

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