LES SUJETS DE L’ EAF 2015

 

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SÉRIE L

 

Objet d'étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), «Le Voyage », Fables, IV, 21 (1792).
Texte B : Alphonse de Lamartine (1790-1869),« Les Voiles », poème publié en 1873 dans Œuvre posthume.
Texte C : Jean de La Ville de Mirmont (1886-1914), L'horizon chimérique, recueil posthume (1920).
Texte D : Jean-Michel Maulpoix (né en 1952), L'instinct de ciel, section III, extrait (2000).

 

Texte A : Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), «Le Voyage », Fables, IV, 21 (1792).

                   Le Voyage

PARTIR avant le jour, à tâtons, sans voir goutte1,
Sans songer seulement à demander sa route,
Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi,
Faire un tiers du chemin jusqu'à près de midi;
Voir sur sa tête alors s'amasser les nuages,
Dans un sable mouvant précipiter ses pas,

Courir, en essuyant orages sur orages,
Vers un but incertain où l'on n'arrive pas;
Détrempé2 vers le soir, chercher une retraite3,
Arriver haletant, se coucher, s'endormir :
On appelle cela naître, vivre et mourir.

     La volonté de Dieu soit faite !

1. Sans voir goutte : sans y voir quoi que ce soit.
2. Détrempé : trempé de la tête aux pieds.
3. Retraite : lieu où l'on se retire, refuge.


Texte B : Alphonse de Lamartine (1790-1869), « Les Voiles », poème publié en 1873 dans Œuvre posthume.

                      LES VOILES

Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre1 et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main.

J'enviais chaque nef2 qui blanchissait l'écume,
Heureuse d'aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu.

Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune3 sombra dans ce calme trompeur ;
La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.
                                                                     Ischia4, 1844, septembre.

1. Pampre : branche, rameau de vigne portant des feuilles et des grappes de raisin.
2. Nef (nom féminin) : navire.
3. Ma fortune : mon destin, mon sort, ma vie.
4. Ischia : île de la baie de Naples.

 

Texte C : Jean de La Ville de Mirmont (1886-1914), L'horizon chimérique, recueil posthume (1920).

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s'arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise1 emplit mon cœur d'effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j'ai de grands départs inassouvis en moi.

1. Qui vous grise : qui vous met dans un état de grande exaltation, d'ivresse.

 

Texte D : Jean-Michel Maulpoix (né en 1952), L'instinct de ciel, section III, extrait (2000).

  Je suis cet homme tout bossué de sacs et de valises qui va et vient dans sa propre vie, avec des départs, des retours, portant au cœur des coups, et des bleus plein la tête, traînant des cartables de cuir remplis de phrases et des serviettes bourrées de lettres, toujours rêvant de se blottir dans le sac à main d’une femme, parmi les tubes de rouge à lèvres, les miroirs, les photos d’enfants et les flacons de parfum.

  Cet homme hérissé d'antennes essaie de capter son amour sur les ondes et tend vers lui des fils où il se prend les pieds. Cet homme-là ne sait pas auprès de qui il dormira le soir même, ni en quel sens demain matin s'en ira la vie.

  Tic-tac de l'encre et du désir... L'existence balance son pendule entre le côté des livres et le côté de l'amour, les tickets d'envol et les longues stations dans la chambre, le dos tourné et les bras ouverts, l'homme immobile et le piéton, celui qui ne croit plus au ciel et celui qui l'espère encore, celui qui fabrique des figures et celui qui veut un visage.

  Il fut un temps où je poussais dans mes racines de par ici, ne connaissant des lointains que la rêverie et de la langue les mots les plus approximatifs. Mais j'ai quitté l'allée de buis1 et le petit jardin. Je ne m'alimente plus en eau par les racines mais par le ciel.

  J'ai fumé la cigarette du voyage. Elle m'a piqué les yeux et fait battre le cœur plus vite. Elle a laissé sur mes réveils un goût de tabac froid. J'ai toussé, j'ai perdu ma voix. J'ai deux grosses valises sous les yeux. Je suis un voyageur brumeux qui n'y voit plus très clair et qui croit encore nécessaire de s'en aller plus loin.

  J'ai fui, j'ai pris le large. L'habitude surtout de n'être nulle part, en apnée dans ma propre vie. Portrait du poète fin-de-siècle en créature d'aéroport, avec cette tête bizarre qu'a l'homme des foules en ces lieux-là: cerveau de gélatine blanche, œil à demi ensommeillé tourné vers le dedans, mais de la fièvre au bout des doigts.

  Je m'en suis allé de par le monde, à la recherche de mes semblables: les inconnus, les passagers, les hommes en vrac et en transit que l'on rencontre dans les aéroports et sur les quais des gares. Ceux dont on ne sait rien et que l'on ne connaîtra pas. Ceux que malgré tout on devine, à cause de leurs tickets, leur fatigue, leurs bagages. Ceux de nulle part et de là-bas, qui s'en vont chercher des soleils en poussant leur vie devant eux et en perdant mémoire.

1. Buis : arbustes à feuilles persistantes.

 

I - Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Comparez les conceptions du voyage qui s'expriment dans ces textes.

II - Travail d'écriture (16 points) :

Des consignes de correction.

 

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SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : Le texte théâtral et sa représentation, du XVIIème siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Jean Racine (1639-1699), Phèdre, Acte V, scène 6, vers 1527-1561(1677).
Texte B : Eugène Ionesco (1909-1994), Le Roi se meurt, fin de la pièce (1962).
Texte C : Laurent Gaudé (né en 1972), Le Tigre bleu de l’Euphrate, Acte X (2002).

 

Texte A : Jean Racine (1639-1699), Phèdre, Acte V, scène 6, vers 1527-1561(1677).

[Phèdre, épouse de Thésée, éprouve une passion coupable pour son beau-fils, Hippolyte, fils de Thésée et de la reine des Amazones. Persuadée que son époux a trouvé la mort, elle déclare son amour à Hippolyte. Mais Thésée revient. Phèdre regrette d’avoir avoué sa passion. De crainte d’être trahie par Hippolyte, qui ne répond pas à son amour, elle l’accuse devant Thésée d’avoir voulu la séduire. Furieux, Thésée demande à Neptune d’anéantir son fils. Dans l’acte V, Théramène fait le récit de la mort d’Hippolyte, victime d’un monstre surgi des flots.]

                    THÉRAMÈNE
[...]
Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,
Arrête ses coursiers1, saisit ses javelots,
Pousse au monstre, et d'un dard2 lancé d'une main sûre,
Il lui fait dans le flanc une large blessure.
De rage et de douleur le monstre bondissant
Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,
Se roule, et leur présente une gueule enflammée,
Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.
La frayeur les emporte; et sourds à cette fois,
Ils ne connaissent plus ni le frein3 ni la voix.
En efforts impuissants leur maître se consume,
Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.
On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,
Un dieu qui d'aiguillons pressait leur flanc poudreux.
A travers des rochers la peur les précipite;
L'essieu crie, et se rompt. L'intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé;
Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur. Cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris.
Il veut les rappeler, et sa voix les effraie;
Ils courent. Tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.
De nos cris douloureux la plaine retentit.
Leur fougue impétueuse enfin se ralentit :
Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques
Où des rois ses aïeux sont les froides reliques.
J'y cours en soupirant, et sa garde me suit.
De son généreux sang la trace nous conduit :
Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes4
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.
J'arrive, je l'appelle; et me tendant la main,
Il ouvre un œil mourant, qu'il referme soudain.
« Le Ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie. [...] »

1. Coursiers : chevaux.
2. Dard : lance.
3. Frein : partie métallique de la bride, placée dans la bouche du cheval pour le contenir, le diriger.
4. Les ronces dégouttantes : les ronces d’où tombent des gouttes de sang.


Texte B : Eugène Ionesco (1909-1994), Le Roi se meurt, fin de la pièce (1962).

[Le Roi, Bérenger Ier, se meurt et se révolte contre l’idée de la mort. Tout s’efface progressivement autour de lui. A la fin de la pièce sa femme Marguerite l’accompagne vers sa mort.]

MARGUERITE
Il perçoit encore les couleurs. Des souvenirs colorés. Ce n’est pas une nature auditive. Son imagination est purement visuelle… c’est un peintre… trop partisan de la monochromie1. (Au Roi.) Renonce aussi à cet empire. Renonce aussi aux couleurs. Cela t’égare encore, cela te retarde. Tu ne peux plus t’attarder, tu ne peux plus t’arrêter, tu ne dois pas. (Elle s’écarte du Roi.) Marche tout seul, n’aie pas peur. Vas-y. (Marguerite, dans un coin du plateau, dirige le Roi, de loin.) Ce n’est plus le jour, ce n’est plus la nuit, il n’y a plus de jour, il n’y a plus de nuit. Laisse-toi diriger par cette roue qui tourne devant toi. Ne la perds pas de vue, suis-la, pas de trop près, elle est embrasée, tu pourrais te brûler. Avance, j’écarte les broussailles, attention, ne heurte pas cette ombre qui est à ta droite… Mains gluantes, mains implorantes, bras et mains impitoyables, ne revenez pas, retirez-vous. Ne le touchez pas, ou je vous frappe ! (Au Roi.) Ne tourne pas la tête. Évite le précipice à ta gauche, ne crains pas ce vieux loup qui hurle… ses crocs sont en carton, il n’existe pas. (Au loup.) Loup, n’existe plus ! (Au Roi.) Ne crains pas non plus les rats. Ils ne peuvent pas mordre tes orteils. (Aux rats.) Rats et vipères, n’existez plus ! (Au Roi.) Ne te laisse pas apitoyer par le mendiant qui te tend la main… Attention à la vieille femme qui vient vers toi… Ne prends pas le verre d’eau qu’elle te tend. Tu n’as pas soif. (A la vieille femme imaginaire.) Il n’a pas besoin d’être désaltéré, bonne femme, il n’a pas soif. N’encombrez pas son chemin. Évanouissez-vous. (Au Roi.) Escalade la barrière… Le gros camion ne t’écrasera pas, c’est un mirage… Tu peux passer, passe… Mais non, les pâquerettes ne chantent pas, même si elles sont folles. J’absorbe leurs voix ; elles, je les efface !... Ne prête pas l’oreille au murmure du ruisseau. Objectivement, on ne l’entend pas. C’est aussi un faux ruisseau, c’est une fausse voix… Fausses voix, taisez-vous. (Au Roi.) Plus personne ne t’appelle. Sens, une dernière fois, cette fleur et jette-la. Oublie son odeur. Tu n’as plus la parole. A qui pourrais-tu parler ? Oui, c’est cela, lève le pas, l’autre. Voici la passerelle, ne crains pas le vertige. (Le Roi avance en direction des marches du trône.) Tiens-toi tout droit, tu n’as pas besoin de ton gourdin, d’ailleurs tu n’en as pas. Ne te baisse pas, surtout, ne tombe pas. Monte, monte. (Le Roi commence à monter les trois ou quatre marches du trône.) Plus haut, encore plus haut, monte, encore plus haut, encore plus haut, encore plus haut. (Le Roi est tout près du trône.) Tourne-toi vers moi. Regarde-moi. Regarde à travers moi. Regarde ce miroir sans image, reste droit… Donne-moi tes jambes, la droite, la gauche. (À mesure qu’elle lui donne ces ordres, le Roi raidit ses membres.) Donne-moi un doigt, donne-moi deux doigts… trois… quatre… cinq… les dix doigts. Abandonne-moi le bras droit, le bras gauche, la poitrine, les deux épaules et le ventre. (Le Roi est immobile, figé comme une statue.) Et voilà, tu vois, tu n’as plus la parole, ton cœur n’a plus besoin de battre, plus la peine de respirer. C’était une agitation bien inutile, n’est-ce pas ? Tu peux prendre place. [...]
                                                                                                             RIDEAU2

1. Monochromie : qualité de ce qui est peint d'une seule couleur.
2. Avant que le rideau ne tombe, Ionesco introduit une dizaine de lignes d’indications scéniques qui font suite aux dernières paroles de Marguerite.

 

Texte C : Laurent Gaudé (né en 1972), Le Tigre bleu de l’Euphrate, Acte X (2002).

[L’extrait se situe à la fin de la pièce, composée de dix actes. Une seule voix se fait entendre, celle d’Alexandre le Grand. Au premier acte, il se prépare à mourir et chasse tous ceux qui se pressent autour de lui. Il raconte à la Mort, qu’il imagine face à lui, comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient. Mais, cédant à la prière de ses soldats, il cesse de suivre le Tigre bleu pour faire demi-tour.]

  [...]
Je vais mourir seul
Dans ce feu qui me ronge,
Sans épée, ni cheval,
Sans ami, ni bataille,
Et je te demande d'avoir pitié de moi,
Car je suis celui qui n'a jamais pu se rassasier,
Je suis l'homme qui ne possède rien
Qu'un souvenir de conquêtes.
Je suis l'homme qui a arpenté la terre entière
Sans jamais parvenir à s'arrêter.
Je suis celui qui n'a pas osé suivre jusqu'au bout le tigre bleu de l'Euphrate.
J'ai failli1
Je l'ai laissé disparaître au loin
Et depuis je n'ai fait qu'agoniser.
A l'instant de mourir,
Je pleure sur toutes ces terres que je n'ai pas eu le temps de voir.
Je pleure sur le Gange2 lointain de mon désir.
Il ne reste plus rien.
Malgré les trésors de Babylone3,
Malgré toutes ces victoires,
Je me présente à toi, nu comme au sortir de ma mère.
Pleure sur moi, sur l'homme assoiffé.
Je ne vais plus courir,
Je ne vais plus combattre,
Je serai bientôt l'une de ces millions d'ombres qui se mêlent et
s'entrecroisent dans tes souterrains sans lumière.
Mais mon âme, longtemps encore, sera secouée du souffle du cheval.
Pleure sur moi,
Je suis l'homme qui meurt
Et disparaît avec sa soif.

1. J’ai failli : j’ai échoué.
2. Gange : fleuve de l’Inde. Alexandre a fait demi-tour avant d’y arriver.
3. Babylone : capitale de la Perse, gouvernée par Darius. Première grande conquête victorieuse d’Alexandre.

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Les auteurs du corpus ont choisi d’évoquer la mort sur scène. Vous comparerez les choix adoptés dans les trois extraits.

II - Travail d'écriture (16 points) :

Des consignes de correction.

 

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SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer, Deuxième partie, Livre Quatrième, chapitre I, 1866.
Texte B : Joseph Kessel, Le Lion, Deuxième partie, chapitre IX, 1958.
Texte C : Joy Sorman, La peau de l’ours, 2014.

 

Texte A : Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer, Deuxième partie, Livre Quatrième, chapitre I, 1866.

[Gilliatt, un pêcheur solitaire, robuste et rêveur, a bravé pendant des heures la tempête pour rejoindre l'épave de La Durande, un bateau à moteur. Tandis que la mer s'apaise, il cherche de quoi se nourrir. À la poursuite d'un gros crabe, il s'aventure dans une crevasse.]

  Tout à coup il se sentit saisir le bras.
  Ce qu'il éprouva en ce moment, c'est l'horreur indescriptible.
  Quelque chose qui était mince, âpre, plat, glacé, gluant et vivant venait de se tordre dans l'ombre autour de son bras nu. Cela lui montait vers la poitrine. C'était la pression d'une courroie et la poussée d'une vrille1. En moins d'une seconde, on ne sait quelle spirale lui avait envahi le poignet et le coude et touchait l'épaule. La pointe fouillait sous son aisselle.
  Gilliatt se rejeta en arrière, mais put à peine remuer. Il était comme cloué. De sa main gauche restée libre il prit son couteau qu'il avait entre ses dents, et de cette main, tenant le couteau, s'arc-bouta au rocher, avec un effort désespéré pour retirer son bras. Il ne réussit qu'à inquiéter un peu la ligature2, qui se resserra. Elle était souple comme le cuir, solide comme l'acier, froide comme la nuit.
  Une deuxième lanière, étroite et aiguë, sortit de la crevasse du roc. C'était comme une langue hors d'une gueule. Elle lécha épouvantablement le torse nu de Gilliatt, et tout à coup s'allongeant, démesurée et fine, elle s'appliqua sur sa peau et lui entoura tout le corps. En même temps, une souffrance inouïe, comparable à rien, soulevait les muscles crispés de Gilliatt. Il sentait dans sa peau des enfoncements ronds, horribles. Il lui semblait que d'innombrables lèvres, collées à sa chair, cherchaient à lui boire le sang.
  Une troisième lanière ondoya hors du rocher, tâta Gilliatt, et lui fouetta les côtes comme une corde. Elle s'y fixa.
  L'angoisse, à son paroxysme3, est muette. Gilliatt ne jetait pas un cri. Il y avait assez de jour pour qu'il pût voir les repoussantes formes appliquées sur lui. Une quatrième ligature, celle-ci rapide comme une flèche, lui sauta autour du ventre et s'y enroula.
  Impossible de couper ni d'arracher ces courroies visqueuses qui adhéraient étroitement au corps de Gilliatt et par quantité de points. Chacun de ces points était un foyer d'affreuse et bizarre douleur. C'était ce qu'on éprouverait si l'on se sentait avalé à la fois par une foule de bouches trop petites.
  Un cinquième allongement jaillit du trou. Il se superposa aux autres et vint se replier sur le diaphragme4 de Gilliatt. La compression s'ajoutait à l'anxiété; Gilliatt pouvait à peine respirer.
  Ces lanières, pointues à leur extrémité, allaient s'élargissant comme des lames d'épée vers la poignée. Toutes les cinq appartenaient évidemment au même centre. Elles marchaient et rampaient sur Gilliatt. Il sentait se déplacer ces pressions obscures qui lui semblaient être des bouches.
  Brusquement une large viscosité5 ronde et plate sortit de dessous la crevasse. C'était le centre; les cinq lanières s'y rattachaient comme des rayons à un moyeu6; on distinguait au côté opposé de ce disque immonde le commencement de trois autres tentacules, restés sous l'enfoncement du rocher. Au milieu de cette viscosité il y avait deux yeux qui regardaient.
  Ces yeux voyaient Gilliatt.
  Gilliatt reconnut la pieuvre.

1. Vrille : outil formé d’une tige métallique servant à percer le bois.
2. Ligature : lien permettant d’attacher, de comprimer.
3. Paroxysme : degré extrême, très forte intensité.
4. Diaphragme : muscle large et mince entre le thorax et l’abdomen.
5. Viscosité : état de ce qui est visqueux, gluant.
6. Moyeu : partie centrale d’une roue.


Texte B : Joseph Kessel, Le Lion, Deuxième partie, chapitre IX, 1958.

[John Bullit est l’administrateur d’un Parc royal au Kenya. Sa fille Patricia est l’amie d’un lion nommé King, qu’elle a recueilli lionceau et soigné. Devenu adulte, King est rendu à la vie sauvage. Lors d’une promenade en voiture dans la réserve, Bullit procure à Patricia la joie de retrouver King.]

 Aussitôt King fut contre elle, debout, et ses pattes de devant sur les épaules de Bullit. Avec un rauque halètement de fatigue et de joie, il frotta son mufle contre le visage de l'homme qui avait abrité son enfance. Crinière et cheveux roux ne firent qu'une toison.
  — Est-ce que vraiment on ne croirait pas deux lions ? dit Patricia.
  Elle avait parlé dans un souffle, mais King avait entendu sa voix. Il étendit une patte, en glissa le bout renflé et sensible comme une éponge énorme autour de la nuque de la petite fille, attira sa tête contre celle de Bullit et leur lécha le visage d'un même coup de langue.
  Puis il se laissa retomber à terre et ses yeux d'or examinèrent chacun de ceux qui se trouvaient dans la voiture. Il nous connaissait tous : Kihoro, les rangers1 et moi­même. Alors, tranquille, il tourna son regard vers Bullit. Et Bullit savait ce que le lion attendait.
  Il ouvrit lentement la portière, posa lentement ses pieds sur le sol, alla lentement à King. Il se planta devant lui et dit, en détachant les mots :
  — Alors, garçon, tu veux voir qui est le plus fort ? Comme dans le bon temps ? C'est bien ça ?
  Et King avait les yeux fixés sur ceux de Bullit et comme il avait le gauche un peu plus rétréci et fendu que le droit, il semblait en cligner. Et il scandait2 d'un grondement très léger chaque phrase de Bullit. King comprenait.
  — Allons, tiens-toi bien, mon garçon, cria soudain Bullit. Il fonça sur King. Le lion se dressa de toute sa hauteur sur ses pattes arrière et avec ses pattes avant enlaça le cou de Bullit. Cette fois, il ne s'agissait pas d'une caresse. Le lion pesait sur l'homme pour le renverser. Et l'homme faisait le même effort afin de jeter bas le lion. Sous la fourrure et la peau de King, on voyait la force onduler en longs mouvements fauves. Sous les bras nus de Bullit, sur son cou dégagé saillaient des muscles et des tendons d'athlète. Pesée contre pesée, balancement contre balancement, ni Bullit ni King ne cédaient d'un pouce. Assurément, si le lion avait voulu employer toute sa puissance ou si un accès de fureur avait soudain armé ses reins et son poitrail de leur véritable pouvoir, Bullit, malgré ses étonnantes ressources physiques, eût été incapable d'y résister un instant. Mais King savait - et d'une intelligence égale à celle de Bullit — qu'il s'agissait d'un jeu. Et de même que Bullit, quelques instants plus tôt avait poussé sa voiture à la limite seulement où King pouvait la suivre, de même le grand lion usait de ses moyens terribles juste dans la mesure où ils lui permettaient d'équilibrer les efforts de Bullit.
  Alors, Bullit changea de méthode. Il enveloppa de sa jambe droite une des pattes de King et la tira en criant :
  — Et de cette prise-là, qu'est-ce que tu en dis, mon fils ?
  L'homme et le lion roulèrent ensemble. Il y eut entre eux une mêlée confuse et toute sonore de rires et de grondements. Et l'homme se retrouva étendu, les épaules à terre, sous le poitrail du lion.

1. Rangers : mot anglais pour désigner les gardes dans une réserve, dans un parc national.
2. Scander : marquer le rythme.

 

Texte C : Joy Sorman, La peau de l’ours, 2014.

[Le narrateur, créature monstrueuse moitié homme moitié ours, raconte sa vie malheureuse. Il a progressivement perdu tout trait humain pour prendre l’apparence d’une bête et a été vendu à un montreur d’ours puis à un organisateur de combats d’animaux. Ce dernier orchestre une parade des animaux avant leur combat.]

  Le lendemain je suis mené, muselé et enchaîné, à travers les rues de cette ville toujours aussi brouillonne, par un homme au physique de bourreau, glabre1 et épais. Il me semble qu'il prend mille détours pour que la promenade soit sans fin, que nous n'atteignions jamais notre but; nous tournons en rond, repassant plusieurs fois aux mêmes carrefours. Le bourreau fait durer le plaisir, celui de me montrer à la foule qui, sur mon passage, produit toujours ces mêmes cris d'étonnement et d'admiration, ces mêmes sifflements et ces mêmes interpellations suscitant en moi, selon les jours et mon humeur, peur, fierté, indifférence ou excitation — mes émotions peinent à se fixer.
  Ce nouveau maître se contente de me faire avancer sur les pattes postérieures, ne me demande d'exécuter aucun tour, même pas une révérence aux dames, un grognement feint à l'attention des enfants, non, juste marcher vers une destination inconnue, tenter de fendre cette masse survoltée qui m'entoure, me serre de trop près, m'étouffe, une marée humaine que ma présence semble aimanter. Je reçois une pierre à l'arrière de la tête et vois aussitôt détaler un jeune garçon, je sens le bout d'une canne s'enfoncer furtivement entre mes côtes, une botte écrase mon pied, un soldat me bouscule puis une femme vêtue d'une robe éclatante se jette sur moi en hurlant — ours, sauve-moi, emmène-moi avec toi, loin très loin sinon ils m'attraperont me tueront. Le bourreau la repousse violemment avant qu'elle ait pu m'étrelndre2, elle s'effondre dans la poussière, personne ne la relève, nous continuons notre chemin, j'entends maintenant des applaudissements dans mon dos, et puis des : regarde, regarde, je sens des mains qui se tendent dans notre direction, le fracas de la rue enfle, bourdonne, ma tête comme une poche qu'on remplit d'eau, ma tête qui gonfle sous l'effet du bruit, une cohue redoublée par ma présence dans ces rues.

1. Glabre : dépourvu de poils.
2. Étreindre : entourer de ses bras en serrant fortement.

 

I - Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes, de façon organisée et synthétique (6 points).

II - Vous traiterez ensuite au choix l’un des trois travaux d’écriture suivants (14 points) :

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PONDICHÉRY
SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : Le théâtre: texte et représentation, du XVllème siècle à nos jours.
Corpus :
Texte A : Jean RACINE, Phèdre, Acte II, scène 5 (extrait), 1677.
Texte B : Victor HUGO, Ruy Blas, Acte I, scène 3 (extrait), 1838.
Texte C : Nathalie SARRAUTE, Pour un oui ou pour un non (extrait), 1982.

 

Texte A : Jean RACINE, Phèdre, Acte II, scène 5 (extrait), 1677.

 [Du fait de la malédiction divine, Phèdre, épouse de Thésée, se consume en secret d'un amour incestueux pour le fils de celui-ci, Hippolyte. Un jour, la rumeur court de la mort de Thésée...]

                        HIPPOLYTE
Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore.
Peut-être votre Époux voit encore le jour.
Le Ciel peut à nos pleurs accorder son retour.
Neptune le protège, et ce Dieu tutélaire
Ne sera pas en vain imploré par mon Père.

                        PHÈDRE
On ne voit point deux fois le Rivage des morts, Seigneur.
Puisque Thésée a vu les sombres bords,
En vain vous espérez qu'un Dieu vous le renvoie,
Et l'avare Achéron1 ne lâche point sa proie.
Que dis-je ? Il n'est point mort, puisqu'il respire en vous.
Toujours devant mes yeux je crois voir mon Époux.
Je le vois, je lui parle, et mon cœur...
Je m'égare, Seigneur, ma folle ardeur malgré moi se déclare.

                       HIPPOLYTE
Je vois de votre amour l'effet prodigieux.
Tout mort qu'il est, Thésée est présent à vos yeux.
Toujours de son amour votre âme est embrasée.

                       PHÈDRE
Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée.
Je l'aime, non point tel que l'ont vu les Enfers,
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du Dieu des Morts déshonorer la couche;
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
Te! qu'on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous vois.
Il avait votre port, vos yeux, votre langage.
Cette noble pudeur colorait son visage,
Lorsque de notre Crète il traversa les flots,
Digne sujet des vœux des Filles de Minos2.
Que faisiez-vous alors ? Pourquoi sans Hippolyte
Des Héros de la Grèce assembla-t-il l'élite ?
Pourquoi trop jeune encor ne pûtes-vous alors
Entrer dans le Vaisseau qui le mit sur nos bords ?
Par vous aurait péri le Monstre de la Crète
Malgré tous les détours de sa vaste retraite.
Pour en développer l'embarras incertain
Ma Sœur du fil fatal eût armé votre main.
Mais non, dans ce dessein je l'aurais devancée.
L'Amour m'en eût d'abord inspiré la pensée.
C'est moi, Prince, c'est moi dont l'utile secours
Vous eût du Labyrinthe enseigné les détours.
Que de soins m'eût coûtés cette Tête charmante !
Un fil n'eût point assez rassuré votre Amante.
Compagne du péril qu'il vous fallait chercher,
Moi-même devant vous j'aurais voulu marcher,
Et Phèdre au Labyrinthe avec vous descendue,
Se serait avec vous retrouvée, ou perdue.

                       HIPPOLYTE
Dieux ! Qu'est-ce que j'entends ? Madame, oubliez-vous
Que Thésée est mon Père, et qu'il est votre Époux ?

                       PHÈDRE
Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire,
Prince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?

1. Le héros grec Thésée serait descendu dans le royaume des morts en franchissant le fleuve des enfers, l'Achéron, dans le but d'enlever l'épouse du dieu des Morts (« du dieu des Morts déshonorer la couche »).
2. Ariane et Phèdre, filles du roi de Crète, Minos, ont été successivement séduites par Thésée. Celui-ci guidé par le fil d'Ariane est entré dans le labyrinthe pour tuer le Minotaure (« le Monstre de la Crète ») .

 

Texte B : Victor HUGO, Ruy Blas, Acte I, scène 3 (extrait), 1838.

 [Ruy BIas, homme du peuple, et Don César, de famille aristocratique, ont vécu jadis, en vrais amis, une jeunesse vagabonde et pauvre, mais libre et insouciante. Ils se retrouvent quelques années plus tard. Don César, surnommé Zafari, est resté le même libre vagabond, mais Ruy BIas, poussé par la nécessité, est devenu un laquais d'un ministre du roi dont il porte l'habit (« la livrée »).]

                  RUY BLAS
Hier, il1 m'a dit : - Il faut être au palais demain.
Avant l'aurore. Entrez par la grille dorée.
— En arrivant il m'a fait mettre la livrée,
Car l'habit odieux sous lequel tu me vois,
Je le porte aujourd'hui pour la première fois.

                  DON CÉSAR, lui serrant la main.
Espère !

                  RUY BLAS
          Espérer ! Mais tu ne sais rien encore.
Vivre sous cet habit qui souille et déshonore,
Avoir perdu la joie et l'orgueil, ce n'est rien.
Être esclave, être vil; qu'importe ? — Écoute bien :
Frère ! je ne sens pas cette livrée infâme,
Car j'ai dans ma poitrine une hydre2 aux dents de flamme
Qui me serre le cœur dans ses replis ardents.
Le dehors te fait peur ? Si tu voyais dedans !

                DON CÉSAR
Que veux-tu dire ?

                RUY BLAS
                         Invente, imagine, suppose.
Fouille dans ton esprit. Cherches-y quelque chose
D'étrange, d'insensé, d'horrible et d'inouï.
Une fatalité dont on soit ébloui !
Oui, compose un poison affreux, creuse un abîme
Plus sourd que la folie et plus noir que le crime,
Tu n'approcheras pas encor de mon secret.
— Tu ne devines pas ? - Hé ! qui devinerait ? —
Zafari ! dans le gouffre où mon destin m'entraîne,
Plonge les yeux ! — je suis amoureux de la reine !

               DON CÉSAR
Ciel !

               RUY BLAS
       Sous un dals3 orné du globe impérial,
Il est, dans Aranjuez ou dans l'Escurial,
— Dans ce palais, parfois, — mon frère, il est un homme
Qu'à peine on voit d'en bas, qu'avec terreur on nomme;
Pour qui, comme pour Dieu, nous sommes égaux tous,
Qu'on regarde en tremblant et qu'on sert à genoux;
Devant qui se couvrir est un honneur insigne4 ;
Qui peut faire tomber nos deux têtes d'un signe;
Dont chaque fantaisie est un événement;
Qui vit, seul et superbe, enfermé gravement
Dans une majesté redoutable et profonde,
Et dont on sent le poids dans la moitié du monde.
Eh bien ! — moi, le laquais, — tu m'entends, — eh bien ! oui,
Cet homme-là ! le roi ! je suis jaloux de lui !

               DON CÉSAR
Jaloux du roi !

               RUY BLAS
                 Hé, oui ! jaloux du roi ! sans doute,
Puisque j'aime sa femme !

               DON CÉSAR
                                  Oh ! malheureux !

1. Il : le ministre du roi.
2. Hydre : monstre mythologique.
3. Dais: tenture fixée au dessus d'une estrade ou d'un trône.
4. Insigne : remarquable. Les Grands d'Espagne avaient le privilège de conserver leur chapeau en présence du roi.

 

Texte C : Nathalie SARRAUTE, Pour un oui ou pour un non (extrait), 1982.

 [H1 et H2 figurent deux amis de toujours. Un jour, cependant, H2 s'éloigne, car il a ressenti le mépris inconscient dans lequel le tient son ami. Celui-ci, qui ne comprend pas ce qui se passe, vient lui demander de s'expliquer...]

H1 : Eh bien, je te demande au nom de tout ce que tu prétends que j'ai été pour toi... au nom de ta mère... de nos parents... je t'adjure solennellement, tu ne peux plus reculer... Qu'est-ce qu'il y a eu ? Dis-le... tu me dois ça...

H2, piteusement : Je te dis: ce n'est rien qu'on puisse dire... rien dont il soit permis de parier.

H1 : Allons, vas-y.

H2 : Eh bien, c'est juste des mots...

H1 : Des mots ? Entre nous ? Ne me dis pas qu'on a eu des mots... ce n'est pas possible... et je m'en serais souvenu...

H2 : Non, pas des mots comme ça... d'autres mots... pas ceux dont on dit qu'on les a « eus »... Des mots qu'on n'a pas « eus », justement... On ne sait pas comment ils vous viennent...

H1 : Lesquels ? Quels mots ? Tu me fais languir... tu me taquines...

H2 : Mais non, je ne te taquine pas... Mais si je te les dis...

H1 : Alors ? Qu'est-ce qui se passera ? Tu me dis que ce n'est rien...

H2 : Mais justement, ce n'est rien... Et c'est à cause de ce rien...

H1 : Ah on y arrive... C'est à cause de ce rien que tu t'es éloigné ? Que tu as voulu rompre avec moi ?

H2, soupire : Oui... c'est à cause de ça...   Tu ne comprendras jamais... Personne, du reste, ne pourra comprendre.

H1 : Essaie toujours... Je ne suis pas si obtus...

H2 : Oh si... pour ça, tu l'es. Vous l'êtes tous, du reste.

H1 : Alors, chiche... on verra...

H2 : Eh bien... tu m'as dit il y a quelque temps... tu m'as dit... quand je me suis vanté de je ne sais plus quoi... de je ne sais plus quel succès... oui... dérisoire... quand je t'en ai parié... tu m'as dit : « C'est bien... ça... »

H1 : Répète-le, je t'en prie... j'ai dû mal entendre.

H2, prenant courage : Tu m'as dit : « C'est bien... ça... » Juste avec ce suspens... cet accent...

H1 : Ce n'est pas vrai. Ça ne peut pas être ça... ce n'est pas possible...

H2 : Tu vois, je te l'avais bien dit... à quoi bon...

H1 : Non mais vraiment, ce n'est pas une plaisanterie ? Tu parles sérieusement ?

H2 : Oui. Très. Très sérieusement.

H1 : Écoute, dis-moi si je rêve... si je me trompe... Tu m'aurais fait part d'une réussite... quelle réussite d'ailleurs...

H2 : Oh peu importe... une réussite quelconque...

H1 : Et alors je t'aurais dit : « C'est bien, ça ? »

H2, soupire : Pas tout à fait ainsi... il y avait entre « C'est bien » et « ça » un intervalle plus grand : « C'est biiien... ça... » Un accent mis sur « bien »... un étirement : « biiien... » et un suspens avant que « ça » arrive... ce n'est pas sans importance.

H1 : Et ça... oui, c'est le cas de le dire... ce « ça » précédé d'un suspens t'a poussé à rompre...

H2 : Oh... à rompre... non, je n'ai pas rompu... enfin pas pour de bon... juste un peu d'éloignement.

H1 : C'était pourtant une si belle occasion de laisser tomber, de ne plus jamais revoir un ami de toujours... un frère... Je me demande ce qui t'a retenu...

 

I - Après avoir lu les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

 Comment ces dialogues de théâtre rendent-ils perceptibles les difficultés des aveux ?

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

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