LES SUJETS DE L’ EAF 2016

 

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SÉRIE L

 

Objet d'étude : Les réécritures du XVIIe siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Voltaire, Œdipe, Acte l, scène 1, vers 36-68 (1718).
Texte B : José Maria de Heredia,« Sphinx », Les Trophées (1893).
Texte C : Albert Samain, « Le Sphinx », Symphonie héroïque (1900).
Texte D : Jean Cocteau, La Machine infernale, Acte II (1932). Extrait.

 

Texte A : Voltaire, Œdipe, Acte l, scène 1, vers 36-68 (1718).

[Dans la scène d'exposition de la tragédie Œdipe, le Thébain Dimas apprend à son ami, qui revient à Thèbes après quatre ans d'absence, que le roi Laïos est mort assassiné et que la ville subit un terrible fléau. Le monstre dont il s'agit est le sphinx1.]

                   DIMAS

[...]
Ce fut de nos malheurs la première origine.
Ce crime a de l'empire2 entraîné la ruine.
Du bruit de son trépas mortellement frappés,
À répandre des pleurs nous étions occupés;
Quand du courroux des dieux ministre3 épouvantable,
Funeste à l'innocent sans punir le coupable,
Un monstre (loin de nous que faisiez-vous alors ?)
Un monstre furieux vint ravager ces bords.
Le ciel industrieux4 dans sa triste vengeance,
Avait à le former épuisé sa puissance.
Né parmi des rochers au pied du Cithéron5
Ce monstre à voix humaine, aigle, femme et lion,
De la nature entière exécrable assemblage,
Unissait contre nous l'artifice à la rage.
Il n'était qu'un moyen d'en préserver ces lieux.
D'un sens embarrassé dans des mots captieux6,
Le monstre chaque jour dans Thèbe7 épouvantée
Proposait une énigme avec art concertée;
Et si quelque mortel voulait nous secourir,
Il devait voir le monstre et l'entendre8 ou périr.
À cette loi terrible il nous fallut souscrire;
D'une commune voix Thèbe offrit son empire9
À l'heureux interprète inspiré par les dieux,
Qui nous dévoilerait ce sens mystérieux.
Nos sages, nos vieillards, séduits par l'espérance,
Osèrent sur la foi d'une vaine science,
Du monstre impénétrable affronter le courroux;
Nul d'eux ne l'entendit; ils expirèrent tous.
Mais Œdipe héritier du sceptre de Corinthe,
Jeune et dans l'âge heureux qui méconnaît la crainte,
Guidé par la fortune en ces lieux pleins d'effroi
Vint, vit ce monstre affreux, l'entendit, et fut roi.
Il vit, il règne encor. [...]

1. Sphinx : monstre fabuleux que l'on trouve en Égypte et en Grèce. En Égypte, le Sphinx était une statue colossale représentant généralement un lion accroupi, à poitrine et à tête humaine. La mythologie grecque a placé le Sphinx aux environs de Thèbes, et lui a ajouté des ailes d'aigle. Ce monstre était une jeune fille qui proposait une énigme à deviner.
2. Empire : le pouvoir en place à Thèbes.
3. Ministre : serviteur.
4. Industrieux : ingénieux, inventif.
5. Cithéron : montagne proche de Thèbes, où les mythes situent le Sphinx.
6. Des mots captieux : des mots qui séduisent par de belles et fausses apparences.
7. Thèbe : Thèbes (orthographe sans « s »adoptée par Voltaire pour que l'alexandrin comporte douze syllabes).
8. Entendre : comprendre, même sens aux vers 28 et 32.
9. Empire : pouvoir de gouverner la cité.


Texte B : José Maria de Heredia, « Sphinx », Les Trophées (1893).

[Dans ce poème, le héros qui se présente devant le Sphinx n'est pas Œdipe.]

                         Sphinx

Au flanc du Cithéron1, sous la ronce enfoui,
Le roc s'ouvre, repaire2 où resplendit au centre
Par l'éclat des yeux d'or, de la gorge et du ventre,
La Vierge aux ailes d'aigle et dont nul n'a joui.

Et l'Homme s'arrêta sur le seuil, ébloui.
– Quelle est l'ombre qui rend plus sombre encor mon antre3 ?
– L'Amour. – Es-tu le Dieu ? – Je suis le Héros. – Entre;
Mais tu cherches la mort. L'oses-tu braver ? – Oui.

Bellérophon4 dompta la Chimère farouche.
– N'approche pas. – Ma lèvre a fait frémir ta bouche...
– Viens donc ! Entre mes bras tes os vont se briser;

Mes ongles dans ta chair... – Qu'importe le supplice,
Si j'ai conquis la gloire et ravi le baiser ?
– Tu triomphes en vain, car tu meurs. – Ô délice !...

1. Cithéron : montagne proche de Thèbes, où les mythes situent le Sphinx.
2. Repaire : lieu qui sert de refuge aux animaux sauvages.
3. Antre: caverne.
4. L'Homme se compare à Bellérophon, un autre héros de la mythologie grecque, qui tua la Chimère, un monstre à la fois lion, dragon et chèvre; elle était, selon les sources, fille ou sœur du Sphinx.

 

Texte C : Albert Samain, « Le Sphinx », Symphonie héroïque (1900).

                         Le Sphinx

Seul, sur l'horizon bleu vibrant d'incandescence,
L'antique Sphinx s'allonge, énorme et féminin.
Dix mille ans ont passé; fidèle à son destin,
Sa lèvre aux coins serrés garde l'énigme immense.

De tout ce qui vivait au jour de sa naissance,
Rien ne reste que lui. Dans le passé lointain,
Son âge fait trembler le songeur incertain;
Et l'ombre de l'histoire à son ombre commence.

Accroupi sur l'amas des siècles révolus,
Immobile au soleil, dardant ses seins aigus,
Sans jamais abaisser sa rigide paupière,

Il songe, et semble attendre avec sérénité
L'ordre de se lever sur ses pattes de pierre,
Pour rentrer à pas lents dans son éternité.

 

Texte D : Jean Cocteau (1989-1963), La Machine infernale, Acte II, extrait (1932).

[Dans cette pièce, le Sphinx est une jeune fille, tombée sous le charme d'Œdipe, mais celui-ci lui résiste. Elle le tient alors dans un état de paralysie et lui fait connaître les souffrances qu'elle lui infligerait si elle lui faisait subir le sort des autres hommes tombés en son pouvoir. Le chien Anubis, dieu égyptien de la mort, veille au respect des consignes données par les dieux : il n'est pas question de s'attendrir sur les humains.]

LE SPHINX : Ensuite, je te commanderais d'avancer un peu et je t'aiderais en desserrant tes jambes. Là ! Et je t'interrogerais. Je te demanderais, par exemple : «Quel est l'animal qui marche sur quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi, sur trois pattes le soir ? » Et tu chercherais, tu chercherais. A force de chercher, ton esprit se poserait sur une petite médaille de ton enfance, ou tu répéterais un chiffre, ou tu compterais les étoiles entre ces deux colonnes détruites ; et je te remettrais au fait en te dévoilant l'énigme. Cet animal est l'homme qui marche à quatre pattes lorsqu'il est enfant, sur deux pattes quand il est valide, et lorsqu'il est vieux, avec la troisième patte d'un bâton.
ŒDIPE : C'est trop bête !
LE SPHINX : Tu t'écrierais : « C'est trop bête ! » Vous le dites tous. Alors puisque cette phrase confirme ton échec, j'appellerais Anubis, mon aide. Anubis !

Anubis paraît, les bras croisés, la tête de profil, debout à droite du socle.


ŒDIPE : Oh ! Madame... Oh ! Madame ! Oh ! non ! non ! non ! non, madame !
LE SPHINX : Et je te ferais mettre à genoux. Allons… Allons... là, là… Sois sage. Et tu courberais la tête... et l'Anubis s'élancerait. Il ouvrirait ses mâchoires de loup !

Œdipe pousse un cri.

J'ai dit : courberais, s'élancerait... ouvrirait... N'ai-je pas toujours eu soin de m'exprimer sur ce mode ? Pourquoi ce cri ? Pourquoi cette face d'épouvante ? C'était une démonstration, Œdipe, une simple démonstration. Tu es libre.
ŒDIPE : Libre !

(Il remue un bras, une jambe... il se lève, il titube, il porte la main à sa tête.)

ANUBIS : Pardon, Sphinx. Cet homme ne peut sortir d'ici sans subir l'épreuve.
LE SPHINX : Mais...
ANUBIS : Interroge-le...
ŒDIPE : Mais...
ANUBIS : Silence ! Interroge cet homme.

Un silence. Œdipe tourne le dos, immobile.

LE SPHINX : Je l'interrogerai... je l'interrogerai... C'est bon. (Avec un dernier regard de surprise vers Anubis.) Quel est l'animal qui marche sur quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi, sur trois pattes le soir ?
ŒDIPE : L'homme parbleu ! qui se traîne à quatre pattes lorsqu'il est petit, qui marche sur deux pattes lorsqu'il est grand et qui, lorsqu'il est vieux, s'aide avec la troisième patte d'un bâton.

Le Sphinx roule sur le socle.

ŒDIPE, prenant sa course vers la droite : Vainqueur !

Il s'élance et sort par la droite. Le Sphinx glisse dans la colonne, disparaît derrière le mur, reparaît sans ailes.

LE SPHINX : Œdipe ! Où est-il ? Où est-il ?
ANUBIS : Parti, envolé. Il court à perdre haleine proclamer sa victoire.
LE SPHINX : Sans un regard vers moi, sans un geste ému, sans un signe de reconnaissance.
ANUBIS : Vous attendiez-vous à une autre attitude ?
LE SPHINX : L'imbécile ! Il n'a donc rien compris.
ANUBIS : Rien compris.

 

I - Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Quelles sont les caractéristiques principales des sphinx dans les textes du corpus ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

 

 

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SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation du XVIe siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Victor Hugo, Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac (29 août 1850).
Texte B : Émile Zola, Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant (7 juillet 1893).
Texte C : Anatole France, Éloge funèbre d'Émile Zola (5 octobre 1902).
Texte D : Paul Éluard, Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l'occasion du retour des cendres de Robert Desnos (15 octobre 1945).

 

Texte A : Victor Hugo, Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac (29 août 1850).

[Balzac est l'auteur de nombreux romans réunis sous le titre de Comédie humaine, somme de ses observations sur l'ensemble de la société de son temps.]

  M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Ce n'est pas le lieu de dire ici tout ce qu'était cette splendide et souveraine intelligence. Tous ses livres ne forment qu'un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l'on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d'effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu'il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse Tacite et qui va jusqu'à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu'à Rabelais1; livre qui est l'observation et qui est l'imagination ; qui prodigue le vrai, l'intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moment, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal.
  À son insu, qu'il le veuille ou non, qu'il y consente ou non, l'auteur de cette œuvre immense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la société moderne. Il arrache à tous quelque chose, aux uns l'illusion, aux autres l'espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque. Il fouille le vice, il dissèque la passion. Il creuse et sonde l'homme, l'âme, le cœur, les entrailles, le cerveau, l'abîme que chacun a en soi. Et, par un don de sa libre et vigoureuse nature, par un privilège des intelligences de notre temps qui, ayant vu de près les révolutions, aperçoivent mieux la fin de l'humanité2 et comprennent mieux la providence3, Balzac se dégage souriant et serein de ces redoutables études qui produisaient la mélancolie chez Molière et la misanthropie chez Rousseau. Voilà ce qu'il a fait parmi nous. Voilà l'œuvre qu'il nous laisse, œuvre haute et solide, robuste entassement d'assises de granit, monument, œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal ; l'avenir se charge de la statue.
  Sa mort a frappé Paris de stupeur. Depuis quelques mois, il était rentré en France. Se sentant mourir, il avait voulu revoir la patrie, comme la veille d'un grand voyage on vient embrasser sa mère.
  Sa vie a été courte, mais pleine; plus remplie d'œuvres que de jours.
  Hélas! ce travailleur puissant et jamais fatigué, ce philosophe, ce penseur, ce poète, ce génie, a vécu parmi nous de cette vie d'orages, de luttes, de querelles, de combats, commune dans tous les temps à tous les grands hommes. Aujourd'hui, le voici en paix. Il sort des contestations et des haines. Il entre, le même jour, dans la gloire et dans le tombeau. Il va briller désormais, au-dessus de toutes ces nuées qui sont sur nos têtes, parmi les étoiles de la patrie ! [...]

1. Tacite, historien latin du 1er siècle, auteur des Annales; Suétone, biographe et auteur de la Vie des douze César (Ier siècle); Beaumarchais, homme de lettres et dramaturge du XVIIIème siècle; Rabelais, humaniste du XVlème siècle.
2. La fin de l'humanité : ce vers quoi tend l'humanité, sa finalité.
3. La providence : puissance supérieure, qui gouverne le monde, qui veille sur le destin des individus.

 

Texte B : Émile Zola, Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant (7 juillet 1893).

[Maupassant est un écrivain français né en 1850 et mort en 1893.]

MESSIEURS,

  C'est au nom de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs dramatiques que je dois parler. Mais qu'il me soit permis de parler au nom de la littérature française, et que ce ne soit pas le confrère, mais le frère d'armes, l'aîné, l'ami qui vienne ici rendre un suprême hommage à Guy de Maupassant.

  J'ai connu Maupassant, il y a dix-huit à vingt ans déjà, chez Gustave Flaubert. Je le revois encore, tout jeune, avec ses yeux clairs et rieurs, se taisant, d'un air de modestie filiale, devant le maître. Il nous écoutait pendant l'après-midi entière, risquait à peine un mot de loin en loin; mais de ce garçon solide, à la physionomie ouverte et franche, sortait un air de gaîté si heureuse, de vie si brave, que nous l'aimions tous, pour cette bonne odeur de santé qu'il nous apportait. Il adorait les exercices violents ; des légendes de prouesses surprenantes couraient déjà sur lui. L'idée ne nous venait pas qu'il pût avoir un jour du talent.

  Et puis éclata Boule-de-Suif, ce chef-d'œuvre, cette œuvre parfaite de tendresse, d'ironie et de vaillance. Du premier coup, il donnait l'œuvre décisive, il se classait parmi les maîtres. Ce fut une de nos grandes joies; car il devint notre frère, à nous tous qui l'avions vu grandir sans soupçonner son génie. Et, à partir de ce jour, il ne cessa plus de produire, avec une abondance, une sécurité, une force magistrale, qui nous émerveillaient. Il collaborait à plusieurs journaux. Les contes, les nouvelles se succédaient, d'une variété infinie, tous d'une perfection admirable, apportant chacun une petite comédie, un petit drame complet, ouvrant une brusque fenêtre sur la vie. On riait et l'on pleurait, et l'on pensait, à le lire. Je pourrais citer tels de ces courts récits qui contiennent, en quelques pages, la moelle même de ces gros livres que d'autres romanciers auraient écrits certainement. Mais il me faudrait tous les citer, et certains ne sont-ils pas déjà classiques, comme une fable de La Fontaine ou un conte de Voltaire ?

  Maupassant voulut élargir son cadre, pour répondre à ceux qui le spécialisaient, en l'enfermant dans la nouvelle; et, avec cette énergie tranquille, cette aisance de belle santé qui le caractérisait, il écrivit des romans superbes, où toutes les qualités du conteur se retrouvaient comme agrandies, affinées par la passion de la vie. Le souffle lui était venu, ce grand souffle humain qui fait les œuvres passionnantes et vivantes. Depuis Une vie jusqu'à Notre Cœur, en passant par Bel-Ami, par La Maison Tellier et Fort comme la Mort, c'est toujours la même vision forte et simple de l'existence, une analyse impeccable, une façon tranquille de tout dire, une sorte de franchise saine et généreuse qui conquiert tous les cœurs. Et je veux même faire une place à part à Pierre et Jean, qui est, selon moi, la merveille, le joyau rare, l'œuvre de vérité et de grandeur qui ne peut être dépassée. [...]

 

Texte C : Anatole France, Éloge funèbre d'Émile Zola (5 octobre 1902).

[Chef de file du naturalisme, Zola est l'auteur d'une vaste fresque romanesque, Les Rougon–Macquart. À travers les nombreux personnages de cette famille, il dépeint la société française sous le Second Empire.]

  Messieurs,

  Rendant à Émile Zola au nom de ses amis les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n'est pas par des plaintes et des lamentations qu'il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c'est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.
  L'œuvre littéraire de Zola est immense. Vous venez d'entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l'Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu'à mon tour je la considère un moment devant vous.
  Messieurs, lorsqu'on la voyait s'élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise. On admirait, on s'étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes étaient poussés avec une égale véhémence1. On fit parfois au puissant écrivain – je le sais par moi-même – des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives2 et les apologies3 s'entremêlaient. Et l'œuvre allait grandissant.
  Aujourd'hui qu'on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l'esprit dont elle est pleine. C'est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la candeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d'une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d'une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l'intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d'une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l'argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s'efforça de lui montrer les servitudes de l'ignorance, les dangers de l'alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l'humanité. Il s'efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. [...]

1. Véhémence : emportement.
2. Invectives : discours violents et injurieux contre quelqu'un ou quelque chose.
3. Apologie : discours ou écrit ayant pour objet de défendre, de justifier et, le cas échéant, de faire l'éloge d'une personnalité ou d'une cause contre des attaques publiques.

 

Texte D : Paul Éluard, Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l'occasion du retour des cendres de Robert Desnos (15 octobre 1945).

[Paul Éluard et Robert Desnos ont tous deux participé à la Résistance. Desnos a été interné dans le camp de concentration de Terezin. Très affaibli par les conditions de sa détention, il est mort du typhus peu de temps après la libération du camp au printemps 1945.]

  [...] Robert Desnos, lui, n'aura connu votre pays que pour y mourir. Et ceci nous rapproche encore plus de vous. Jusqu'à la mort, Desnos a lutté pour la liberté. Tout au long de ses poèmes, l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues.
  Il y a eu en Robert Desnos deux hommes, aussi dignes d'admiration l'un que l'autre : un homme honnête, conscient, fort de ses droits et de ses devoirs et un pirate tendre et fou, fidèle comme pas un à ses amours, à ses amis, et à tous les êtres de chair et de sang dont il ressent violemment le bonheur et le malheur, les petites misères et les petits plaisirs.
  Desnos a donné sa vie pour ce qu'il avait à dire. Et il avait tant à dire. Il a montré que rien ne pouvait le faire taire. Il a été sur la place publique, sans se soucier des reproches que lui adressaient, de leur tour d'ivoire, les poètes intéressés à ce que la poésie ne soit pas ce ferment1 de révolte, de vie entière, de liberté qui exalte les hommes quand ils veulent rompre les barrières de l'esclavage et de la mort.

1. Ferment : germe qui fait naître un sentiment.

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Quelles sont les qualités des écrivains célébrés dans les textes du corpus ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

 

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SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation du XVlème siècle à nos jours.
Corpus : 
Document A : D'Alembert, Discours préliminaire, in L'Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751.
Document B : Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, Première partie, chapitre XII « Tout par l'électricité »,1871.
Document C : Albert Robida, Le Vingtième Siècle, 1883.
Document D : Michel Serres, Petite Poucette, 2012.

 

Document A : D'Alembert, Discours préliminaire, in Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751.

 [Coordonnée et dirigée par Diderot et d'Alembert, l'Encyclopédie est un ouvrage emblématique du siècle des Lumières, qui cherche à établir la somme des connaissances scientifiques, des progrès techniques et des idées philosophiques du 18ème siècle. Le Discours préliminaire propose au lecteur un tableau synthétique des connaissances, qui réhabilite la place des arts mécaniques et des métiers.]

  Le mépris qu'on a pour les arts mécaniques1 semble avoir influé2 jusqu'à un certain point sur leurs inventeurs mêmes. Les noms de ces bienfaiteurs du genre humain sont presque tous inconnus, tandis que l'histoire de ses destructeurs, c'est-à­dire des conquérants, n'est ignorée de personne. Cependant c'est peut-être chez les artisans qu'il faut aller chercher les preuves les plus admirables de la sagacité3 de l'esprit, de sa patience et de ses ressources. J'avoue que la plupart des arts n'ont été inventés que peu à peu, et qu'il a fallu une assez longue suite de siècles pour porter les montres, par exemple, au point de perfection où nous les voyons. Mais n'en est-il pas de même des sciences ? Combien de découvertes qui ont immortalisé leurs auteurs, avaient été préparées par les travaux des siècles précédents, souvent même amenées à leur maturité, au point de ne demander plus qu'un pas à faire ? Et pour ne point sortir de l'horlogerie, pourquoi ceux à qui nous devons la fusée4 des montres, l'échappement5 et la répétition, ne sont-ils pas aussi estimés que ceux qui ont travaillé successivement à perfectionner l'algèbre6 ? D'ailleurs, si j'en crois quelques philosophes que le mépris de la multitude pour les arts n'a point empêchés de les étudier, il est certaines machines si compliquées, et dont toutes les parties dépendent tellement l'une de l'autre, qu'il est difficile que l'invention en soit due à plus d'un seul homme. Ce génie rare dont le nom est enseveli dans l'oubli, n'eût-il pas été bien digne d'être placé à côté du petit nombre d'esprits créateurs, qui nous ont ouvert dans les sciences des routes nouvelles ?

1. Arts mécaniques : sciences de la construction et du fonctionnement des machines.
2. Avoir influé : avoir eu un impact.
3. Sagacité : finesse et vivacité d'esprit.
4. Fusée de montre : pièce mécanique en forme de petite toupie allongée.
5. Échappement : mécanisme d'horlogerie qui règle le mouvement.
6. Algèbre : domaine des Mathématiques.


Document B : Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, 1871.

[Dans son ouvrage de science-fiction, Jules Verne imagine un fabuleux sous-marin, le Nautilus, conçu et commandé par un étrange personnage, le Capitaine Nemo. Dans cet extrait, ce dernier fait visiter au narrateur, le scientifique Aronnax, les différents espaces de son sous-marin.]

  Je suivis le capitaine Nemo, à travers les coursives1 situées en abord, et j'arrivai au centre du navire. Là, se trouvait une sorte de puits qui s'ouvrait entre deux cloisons étanches. Une échelle de fer, cramponnée à la paroi, conduisait à son extrémité supérieure. Je demandai au capitaine à quel usage servait cette échelle.
  « Elle aboutit au canot, répondit-il.
– Quoi ! vous avez un canot ? répliquai-je, assez étonné.
– Sans doute. Une excellente embarcation, légère et insubmersible, qui sert à la promenade et à la pêche.
– Mais alors, quand vous voulez vous embarquer, vous êtes forcé de revenir à la surface de la mer ?
– Aucunement. Ce canot adhère à la partie supérieure de la coque du Nautilus, et occupe une cavité disposée pour le recevoir. Il est entièrement ponté2, absolument étanche, et retenu par de solides boulons. Cette échelle conduit à un trou d'homme percé dans la coque du Nautilus, qui correspond à un trou pareil percé dans le flanc du canot. C'est par cette double ouverture que je m'introduis dans l'embarcation. On referme l'une, celle du Nautilus ; je referme l'autre, celle du canot, au moyen de vis de pression; je largue les boulons, et l'embarcation remonte avec une prodigieuse rapidité à la surface de la mer. J'ouvre alors le panneau du pont, soigneusement clos jusque-là, je mâte3, je hisse ma voile ou je prends mes avirons, et je me promène.
– Mais comment revenez-vous à bord ?
– Je ne reviens pas, monsieur Aronnax, c'est le Nautilus qui revient.
– À vos ordres !
– À mes ordres. Un fil électrique me rattache à lui. Je lance un télégramme4, et cela suffit.
– En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple ! »
  Après avoir dépassé la cage de l'escalier qui aboutissait à la plate-forme, je vis une cabine longue de deux mètres, dans laquelle Conseil et Ned Land5, enchantés de leur repas, s'occupaient à le dévorer à belles dents. Puis, une porte s'ouvrit sur la cuisine longue de trois mètres, située entre les vastes cambuses6 du bord.
  Là, l'électricité, plus énergique et plus obéissante que le gaz lui-même, faisait tous les frais de la cuisson. Les fils, arrivant sous les fourneaux, communiquaient à des éponges de platine une chaleur qui se distribuait et se maintenait régulièrement. Elle chauffait également des appareils distillatoires7 qui, par la vaporisation, fournissaient une excellente eau potable. Auprès de cette cuisine s'ouvrait une salle de bains, confortablement disposée, et dont les robinets fournissaient l'eau froide ou l'eau chaude, à volonté.
  À la cuisine succédait le poste de l'équipage, long de cinq mètres. Mais la porte en était fermée, et je ne pus voir son aménagement, qui m'eût peut-être fixé sur le nombre d'hommes nécessité par la manœuvre du Nautilus.

1. Coursive : couloir étroit à l'intérieur d'un navire.
2. Ponté : qui est muni d'un pont.
3. Mâter : installer le mât d'un bateau.
4. Télégramme : message envoyé à distance par télégraphe ou téléphone.
5. Conseil et Ned Land sont deux compagnons d'expédition d'Aronnax.
6. Cambuse : pièce de stockage des réserves de nourriture sur un bateau.
7. Appareil distillatoire : appareil qui permet de purifier l'eau
.

 

Document C : Albert Robida, Le Vingtième Siècle, 1883.

[Cette gravure intitulée « Station centrale des aéronefs1 à Notre-Dame2 » est extraite de l'œuvre de science-fiction Le Vingtième Siècle, réalisée par Albert Robida, dessinateur, journaliste et écrivain du 19ème siècle. Il imagine dans cet ouvrage le Paris du futur, transformé par les évolutions techniques.]

1. Aéronef : appareil capable de se diriger dans les airs
2. Notre-Dame : la cathédrale de Paris est un des monuments les plus célèbres de la capitale.

 

Document D : Michel Serres, Petite Poucette, 2012.

[Michel Serres désigne sous l'expression « Petite Poucette » la nouvelle génération, dont il admire la capacité à écrire et à envoyer rapidement des messages avec les deux pouces. A la fin de son livre, il imagine une structure originale, symbole d'un nouveau rapport au savoir et de cette génération connectée et mobile.]

  Michel Authier1, concepteur génial, avec moi, son assistant, projetons d'allumer un feu ou de planter un arbre face à la tour Eiffel sur la rive droite de la Seine. Dans des ordinateurs, dispersés ailleurs ou ici, chacun introduira son passeport, son Ka2, image anonyme et individuée, son identité codée, de sorte qu'une lumière laser, jaillissante et colorée, sortant du sol et reproduisant la somme innombrable de ces cartes, montrera l'image foisonnante de la collectivité, ainsi virtuellement formée. De soi-même, chacun entrera en cette équipe virtuelle et authentique qui unira, en une image unique et multiple, tous les individus appartenant au collectif disséminé, avec leurs qualités concrètes et codées. En cette icône3 haute, aussi haute que la tour, les caractéristiques communes s'assembleront en une sorte de tronc, les plus rares en des branches et les exceptionnelles en feuillages ou bourgeons. Mais comme cette somme ne cesserait de changer, que chacun avec chacun et que chacun après chacun se transformerait de jour en jour, l'arbre ainsi levé vibrerait follement, comme embrasé de flammes dansantes.
  Face à la Tour4 immobile, ferreuse, portant, orgueilleuse, le nom de l'auteur et oublieuse des milliers qui ferraillèrent l'ouvrage, dont certains moururent là, face à la Tour porteuse, en haut, de l'un des émetteurs de la voix de son maître, dansera, nouvelle, variable, mobile, fluctuante, bariolée, tigrée, nuée, rnarquetée5, mosaïque, musicale, kaléidoscopique, une tour volubile en flammèches6 de lumière chromatique, représentant le collectif connecté, d'autant plus réelle, pour les données de chacun, qu'elle se présentera virtuelle, participative – décidante quand on le voudra. Volatile, vive et douce, la société d'aujourd'hui tire mille langues de feu au monstre d'hier et d'antan, dur, pyramidal et gelé. Mort.

1. Michel Authier : mathématicien, philosophe et sociologue contemporain.
2. Ka : force vitale d'un être et passeport vers l'au-delà, dans la mythologie égyptienne.
3. Icône : image sacrée; personne ou chose qui est un symbole.
4. La Tour désigne ici la tour Eiffel.
5. Marquetée: marquée de couleurs, de dessins variés.
6. Flammèches : petites flammes, étincelles.

 

I - Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes, de façon organisée et synthétique (6 points).

II - Vous traiterez ensuite au choix l’un des trois travaux d’écriture suivants (14 points) :

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PONDICHÉRY
SÉRIE L

 

Objet d'étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, 1913 (extrait).
Texte B : Jean Follain, Usage du Temps, 1941, « Vie urbaine », (extrait).
Texte C : Léopold Sédar Senghor, Ethiopiques, 1956, « À New York » (extrait).
Texte D : Jacques Réda, Amen, 1968, « Hauteurs de Belleville ».

 

Texte A : Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien1 et de la Petite Jeanne de France, 1913.

                                                  dédiée aux musiciens

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Éphèse2 ou comme la Place
Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes. Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare3
Croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode4
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes5
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences6
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.
Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu'au bout.
J'avais faim
[ ... ]

1. Transsibérien : train qui traverse la Russie.
2. Temple d'Éphèse : temple situé dans l'actuelle Turquie, qui fut incendié dans l'Antiquité.
3. Tartare : qui se rapporte à un peuple de la Russie.
4. Novgorode : ville du Nord Ouest de la Russie.
5. Caractères cunéiformes : système d'écriture très ancien.
6. Réminiscences : souvenirs qui remontent à la conscience.

 

Texte B : Jean Follain, Usage du Temps, 1941 , « Vie urbaine » (extrait).

[...]
   C'était une occupation douce et mélancolique que de suivre, pour voir où ils allaient, les passants, de suivre la forme blême jusque sous un porche où elle s'engouffrait, jusqu'à la porte crevassée, couverte de fientes d'insectes et d'oiseaux.
  C'était une occupation douce que de s'arrêter devant les petites épiceries sombres, éclairées le soir de reflets rouges irradiant d'une arrière-boutique où flambait un feu.

  Fantomatiquement apparaît la ville où s'alignent à distance égale des réverbères, la ville où les jeunes demoiselles s'écoutent; la petite ville où l'on compte, où l'on fait mesurer à dix reprises à la vendeuse qui rêve la carpette de jonc. Il faut qu'elle mesure, la vendeuse toute chavirée d'amour avec les lèvres fiévreuses à la pensée du scandale que fera sa grossesse encore neuve.

 

Texte C : Léopold Sédar Senghor, Éthiopiques, 1956, «À New York».

À NEW YORK
         (pour un orchestre de jazz :
solo de trompette)

New York ! D'abord j'ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d'or aux jambes longues
Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.
Sulfureuse1 ta lumière et les fûts2 livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan3
C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses. Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d'insomnie ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides
Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants.
[...]

1. sulfureuse : qui contient du soufre, traditionnellement associé à l'Enfer.
2. fût : partie centrale d'une colonne ou d'un tronc.
3. Manhattan : quartier central de New York.

 

Texte D : Jacques Réda, Amen, 1968, « Hauteurs de Belleville1 » .

HAUTEURS DE BELLEVILLE

Ayant suivi ce long retroussement d'averses,
Espérions-nous quelque chose comme un sommet
Au détour des rues qui montaient
En lentes spirales de vent, de paroles et de pluies ?
Déjà les pauvres maisons semblaient détachées de la vie;
Elles flottaient contre le ciel, tenant encore à la colline
Par des couloirs, ces impasses obliques, ces jardinets
Où nous allions la tête un peu courbée, sous les nuages
En troupeaux de gros animaux très doux qui descendaient
Mollement se rouler dans l'herbe au pied des palissades
Et chercher en soufflant la tiédeur de nos genoux.
Nos doigts, nos bouches s'approchaient sans réduire l'espace
Entre nous déployé comme l'aire d'un vieux naufrage
Après l'inventaire du vent qui s'était radouci,
Touchait encore des volets, des mousses, des rouages
Et des copeaux de ciel au fond des ateliers rompus;
Frôlait dans l'escalier où s'était embusquée la nuit
L'ourlet déchiré d'une robe, un cœur sans cicatrice.

1. Belleville est un quartier populaire de Paris, construit sur une colline où l'on trouvait de nombreux ateliers d'artisans.

 

I - Après avoir lu les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Quelles émotions la ville suscite-t-elle chez les différents poètes du corpus ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

 

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PONDICHÉRY
SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Jean-Baptiste CLÉMENT, « Le temps des cerises », Chansons, 1882.
Texte B : André GIDE, « La ronde des grenades », Les Nourritures terrestres, livre IV, 1897.
Texte C : Francis PONGE, « L'orange », Le Parti pris des choses, 1942.
Texte D : Jacques PRÉVERT, « Promenade de Picasso », Paroles, 1949.

 

Texte A : Jean-Baptiste CLÉMENT, « Le temps des cerises », Chansons, 1882.

[Ce poème fut composé en 1866 puis repris comme chant populaire lors des journées révolutionnaires de la Commune de Paris au printemps 1871.]

A la vaillante citoyenne Louise,
l'ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi.
le dimanche 28 mai 1871.

Quand nous en serons au temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
     Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur.
Quand nous en serons au temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court le temps des cerises,
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
    Des pendants d'oreilles1,
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour
    Évitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrais pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d'amour.

J'aimerai toujours le temps des cerises :
C'est de ce temps-là que je garde au cœur
    Une plaie ouverte,
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne saurait jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur.

Paris-Montmartre, 1866.

1. Pendants d'oreilles : cerises portées en boucles d'oreilles.


Texte B : André GIDE, « La ronde des grenades », Les Nourritures terrestres, livre IV (extrait), 1897.

[Le récit poétique en prose, Les Nourritures terrestres, adressé au jeune Nathanaël, comporte des passages versifiés comme « La ronde des grenades ». Dans cet extrait, Hylas s'adresse à Nathanaël puis passe la parole à la jeune Simiane.]

Nathanaël, te parlerai-je des grenades1 ?
On les vendait pour quelques sous, à cette foire orientale,
Sur des claies2 de roseaux où elles s'étaient éboulées,
On en voyait qui roulaient dans la poussière
Et que des enfants nus ramassaient
Leur jus est aigrelet comme celui des framboises pas mûres
Leur fleur semble faite de cire;
Elle est de la couleur du fruit.

Trésor gardé, cloisons de ruches,
Abondance de la saveur,
Architecture pentagonale.
L'écorce se fend; les grains tombent,
Grains de sang dans des coupes d'azur;
Et d'autres, gouttes d'or, dans des plats de bronze émaillé.

Chante à présent la figue, Simiane3,
Parce que ses amours sont cachées.

Je chante la figue, dit-elle,
Dont les belles amours sont cachées,
Sa floraison est repliée.
Chambre close où se célèbrent des noces;
Aucun parfum ne les conte au-dehors.
Comme rien ne s'en évapore,
Tout le parfum devient succulence et saveur.
Fleur sans beauté; fruit de délices;
Fruit qui n'est que sa fleur mûrie.

J'ai chanté la figue, dit-elle.
Chante à présent toutes les fleurs.

1. Grenades : fruits du grenadier, de la grosseur d'une pomme, dont l'intérieur cloisonné renferme des grains rouges.
2. Claies : support tressé utilisé pour sécher les fruits.
3. Simiane : prénom féminin.

 

Texte C : Francis PONGE, « L'orange », Le Parti pris des choses, 1942.

  Comme dans l'éponge il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression1. Mais où l'éponge réussit toujours, l'orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l'écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d'ambre s'est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, - mais souvent aussi de la conscience amère d'une expulsion prématurée de pépins.

  Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l'oppression ?
L'éponge n'est que muscle et se remplit de vent, d'eau propre ou d'eau sale selon : cette gymnastique est ignoble. L'orange a meilleur goût, mais elle est trop passive, et ce sacrifice odorant... c'est faire à l'oppresseur trop bon compte vraiment.

  Mais ce n'est pas assez avoir dit de l'orange que d'avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l'air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l'accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte, et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive2 de l'avant-bouche dont il ne fait pas se hérisser les papilles.

  Et l'on demeure au reste sans paroles pour avouer l'admiration que mérite l'enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon-buvard humide dont l'épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbernent sapide3, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.

  Mais à la fin d'une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, il faut en venir au pépin. Ce grain, de la forme d'un minuscule citron, offre à l'extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l'intérieur un vert de pois ou de germe tendre. C'est en lui que se retrouvent, après l'explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne4 de saveurs, couleurs et parfums que constitue le ballon fruité lui­même,
la dureté relative et la verdeur (non d'ailleurs entièrement insipide5) du bois, de la branche, de la feuille : somme toute petite quoique avec certitude la raison d'être du fruit.

1. Expression : action de presser et d'exprimer.
2. Sans aucune moue appréhensive : sans aucune grimace craintive au contact du jus.
3. Acerbement sapide : d'une saveur agressive.
4. Lanterne vénitienne : lanterne multicolore.
5. Insipide : sans saveur.

 

Texte D : Jacques PRÉVERT, « Promenade de Picasso », Paroles, 1949.

PROMENADE DE PICASSO

Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu'elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans son assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz1
parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau fruit déguisé2
et c'est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent3
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle
     association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité
     et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d'une innombrable foule d'associations d'idées4
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
et le péché originel
et les origines de l'art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s'endort
C'est alors que Picasso qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.

1. Bec de gaz : ancien éclairage de rue, fonctionnant au gaz
2. Beau fruit déguisé : un fruit déguisé est une confiserie.
3. Indigent : personne dans le besoin.
4. Associations d'Idées : succession de références historiques et culturelles, développées dans les vers suivants.

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

En quoi ces quatre textes révèlent-ils les richesses poétiques des fruits ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

 

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PONDICHÉRY
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : Le théâtre: texte et représentation, du XVllème siècle à nos jours.
Corpus :
Texte A : Molière, Monsieur de Pourceaugnac, acte l, scène 1, 1669.
Texte B : Marivaux, Le Père prudent et équitable, scène 1, 1712.
Texte C : Alfred de Musset, La Nuit vénitienne, scène 1, 1830.

 

Texte A : Molière, Monsieur de Pourceaugnac, acte l, scène 1, 1669.

ACTE 1
JULIE, ÉRASTE, NÉRINE


JULlE. – Mon Dieu! Éraste, gardons d'être surpris1; je tremble qu'on ne nous voie ensemble, et tout serait perdu, après la défense que l'on m'a faite.
ÉRASTE. – Je regarde de tous côtés, et je n'aperçois rien,
JULIE, à Nérine - Aie aussi l'œil au guet, Nérine, et prends bien garde qu'il ne vienne personne.
NÉRINE, se retirant dans le fond du théâtre. – Reposez-vous sur moi, et dites hardiment2 ce que vous avez à vous dire.
JULlE. – Avez-vous imaginé pour notre affaire quelque chose de favorable ? et croyez­vous, Éraste, pouvoir venir à bout de détourner ce fâcheux mariage que mon père s'est mis en tête ?
ÉRASTE. – Au moins y travaillons-nous fortement; et déjà nous avons préparé un bon nombre de batteries3 pour renverser ce dessein4 ridicule.
NÉRINE, accourant à Julie. - Par ma foi ! voilà votre père.
JULlE. – Ah ! séparons-nous vite.
NÉRINE. – Non, non, non, ne bougez : je m'étais trompée.
JULlE. – Mon Dieu, Nérine, que tu es sotte de nous donner de ces frayeurs !
ÉRASTE. – Oui, belle Julie, nous avons dressé pour cela quantité de rnachines5, et nous ne feignons point de6 mettre tout en usage, sur la permission que vous m'avez donnée. Ne nous demandez point tous les ressorts que nous ferons jouer : vous en aurez le divertissement; et, comme aux comédies, il est bon de vous laisser le plaisir de la surprise, et de ne vous avertir point de tout ce qu'on vous fera voir. C'est assez de vous dire que nous avons en main divers stratagèmes tout prêts à produire dans l'occasion, et que l'ingénieuse Nérine et l'adroit Sbrigani entreprennent l'affaire.
NÉRINE. – Assurément. Votre père se moque-t-il de vouloir vous anger de7 son avocat de Limoges, Monsieur de Pourceaugnac, qu'il n'a vu de sa vie, et qui vient par le coche vous enlever à notre barbe ? [...]

1. Gardons d'être surpris : faisons attention à ne pas être surpris.
2. Hardiment : courageusement.
3. Batteries : machinations.
4. Dessein : projet.
5. Machines : ruses.
6. Nous ne feignons point de : nous n'hésitons pas à.
7. Anger de : marier à.

 

Texte B : Marivaux, Le Père prudent et équitable, scène première, 1712.

DÉMOCRITE, PHILINE, TOINETTE

DÉMOCRITE

Je veux être obéi ; votre jeune cervelle
Pour l'utile1, aujourd'hui, choisit la bagatelle.
Cléandre, ce mignon, à vos yeux est charmant:
Mais il faut l'oublier, je vous le dis tout franc.
Vous rechignez2-, je crois, petite créature !
Ces morveuses, à peine ont-elles pris figure
Qu'elles sentent déjà ce que c'est que l'amour.
Eh bien donc ! vous serez mariée en ce jour !
Il s'offre trois partis: un homme de finance,
Un jeune Chevalier, le plus noble de France,
Et Ariste qui doit arriver aujourd'hui.
Je le souhaiterais que vous fussiez à lui.
Il a de très grands biens, il est près du village;
Il est vrai que l'on dit qu'il n'est pas de votre âge:
Mais qu'importe après tout ? La jeune3 de Faubon
En est-elle moins bien pour avoir un barbon4 ?
Non. Sans aller plus loin, voyez votre cousine;
Avec son vieil époux sans cesse elle badine5 ;
Elle saute, elle rit, elle danse toujours.
Ma fille, les voilà les plus charmants amours.
Nous verrons aujourd'hui ce que c'est que cet homme.
Pour les autres, je sais aussi comme on les nomme :
Ils doivent, sur le soir, me parler tous les deux.
Ma fille, en voilà trois; choisissez l'un d'entre eux,
Je le veux bien encor; mais oubliez Cléandre ;
C'est un colifichet6 qui voudrait nous surprendre,
Dont les biens, embrouillés dans de très grands procès,
Peut-être ne viendront qu'après votre décès.

PHILINE

Si mon cœur ...

DÉMOCRITE

                Taisez-vous, je veux qu'on m'obéisse.
Vous suivez sottement votre amoureux caprice;
C'est faire votre bien que de vous résister,
Et je ne prétends point ici vous consulter.
Adieu.

1. Pour l'utile : au lieu de l'utile.
2. Vous rechignez : vous montrez de la mauvaise volonté.
3. La Jeune : la jeune épouse
4. Barbon : homme âgé.
5. Elle badine : elle plaisante.
6. Colifichet : petit objet sans grande valeur.

 

Texte C : Alfred de Musset, La Nuit vénitienne, scène 1,1830.

SCÈNE 1
Une rue; il est nuit.
RAZETTA descend d'une gondole, LAURETTE paraît à un balcon.

RAZETTA1. – Partez-vous, Laurette ? Est-il vrai que vous partiez ?
LAURETTE. – Je n'ai pu faire autrement.
RAZETTA. – Vous quittez Venise ?
LAURETTE. – Demain matin.
RAZETTA. – Ainsi cette funeste nouvelle qui courait la ville aujourd'hui n'est que trop vraie. On vous vend au prince d'Eysenach. Quelle fête ! Votre orgueilleux tuteur n'en mourra-t-il pas de joie ? Lâche et vil courtisan !
LAURETTE. – Je vous en supplie, Razetta, n'élevez pas la voix; ma gouvernante est dans la salle voisine; on m'attend; je ne puis que vous dire adieu.
RAZETTA. – Adieu pour toujours ?
LAURETTE. – Pour toujours !
RAZETTA. – Je suis assez riche pour vous suivre en Allemagne.
LAURETTE. – Vous ne devez pas le faire, Ne nous opposons pas, mon ami, à la volonté du ciel.
RAZETTA. – La volonté du ciel écoutera celle de l'homme. Bien que j'aie perdu au jeu la moitié de mon bien, je vous répète que j'en ai assez pour vous suivre, et que j'y suis déterminé.
LAURETTE. Vous nous perdrez tous deux par cette action.
RAZETTA. – La générosité n'est plus de mode sur cette terre.
LAURETTE. – Je le vois; vous êtes au désespoir.
RAZETTA. – Oui; et l'on a agi prudemment en ne m'invitant pas à votre noce.
LAURETTE. – Écoutez, Razetta : vous savez que je vous ai beaucoup aimé. Si mon tuteur y avait consenti, je serais à vous depuis longtemps. Une fille ne dépend pas d'elle ici-bas. Voyez dans quelles mains est ma destinée; vous-même ne pouvez-vous pas me perdre par le moindre éclat ? Je me suis soumise à mon sort. Je sais qu'il peut vous paraître brillant, heureux... Adieu ! adieu ! je ne puis en dire davantage... Tenez ! voici ma croix d'or que je vous prie de garder.
RAZETTA. – Jette-la dans la mer; j'irai la rejoindre.
[...]

1. Razetta est un personnage masculin.

 

I - Après avoir lu attentivement les documents du corpus, vous répondrez aux questions suivantes, de façon organisée et synthétique (6 points) :

Question 1 : Quelle vision de la condition féminine est ici proposée ? (3 points).

Question 2 : Comment ces trois scènes d'exposition peuvent-elles susciter l'intérêt du spectateur ? (3 points).

 

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (14 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez le texte de Marivaux (texte B), en vous aidant du parcours de lecture suivant:
    - Vous étudierez le comportement du père à l'égard de sa fille.
    - Vous montrerez que s'opposent, dans le texte, deux conceptions différentes du mariage.
  • Dissertation
    Dans quelle mesure le théâtre est-il propice à une réflexion sur les problèmes de société ?
    Vous répondrez à cette question en vous fondant sur les textes du corpus ainsi que sur les textes, œuvres et spectacles que vous connaissez.
  • Invention
    Un metteur en scène réunit ses comédiens et les techniciens de son équipe. Il expose, en les justifiant, les choix de mise en scène qu'il envisage pour La Nuit vénitienne de Musset (texte C).

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