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L'HUMANITÉ
La clé, avec un sujet-notion comme celui-ci, est de faire travailler la polysémie du terme, car « humanité » désigne au moins trois choses distinctes :
— Un fait : l'espèce humaine, le genre humain (sens extensif, biologique et collectif). Le paradoxe fécond du sujet tient dans l'écart entre ces sens : on peut appartenir à l'humanité (sens 1) sans faire preuve d'humanité (sens 2) — c'est tout le problème de l'inhumain, qui est une possibilité proprement humaine.
L'humanité serait d'abord une espèce, définissable par des caractères objectifs (bipédie, langage, outil — Aristote, l'« animal politique » ; Rousseau et la perfectibilité). Mais cette définition naturaliste échoue à cerner l'essentiel : aucun critère biologique ne suffit, et l'histoire montre qu'on a sans cesse exclu certains hommes de l'humanité (l'esclavage, la controverse de Valladolid, Lévi-Strauss dans Race et histoire). Le fait ne fonde donc pas la notion. L'humanité n'est pas ce qu'on est mais ce qu'on fait : elle se manifeste dans le rapport à autrui (la pitié chez Rousseau, le respect de la dignité chez Kant, le visage d'autrui chez Levinas). Revers du même constat : l'inhumanité est une possibilité de l'homme seul — les camps (Primo Levi, Si c'est un homme, texte central ici ; Robert Antelme, L'Espèce humaine, qui soutient au contraire l'unité indestructible de l'espèce). L'humanité apparaît alors comme ce qui peut se perdre, donc ce qui doit se soutenir.
Côté littéraire, chaque partie peut être irriguée ainsi : Montaigne (« chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition »), les Lumières (Voltaire, Candide), Hugo (la figure du misérable comme épreuve de l'humanité), Primo Levi et Robert Antelme pour le XXᵉ siècle, voire la science-fiction (Mary Shelley, Frankenstein : la créature exclue de l'humanité qui en réclame la qualité).
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