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ES SUJETS DE L’ EAF 2019 - suite

 

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-POLYNÉSIE
SÉRIE L

 

Objet d'étude : Le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Victor HUGO, Les Travailleurs de la mer, Deuxième partie, IV, III, 1866.
Texte B : Pierre LOTI, Pêcheur d’Islande, Deuxième partie, 1886.
Texte C : Jean GIONO, Colline, 1929.
Texte D : Laurent GAUDÉ, Ouragan, 2010.

 

 

Texte A : Victor HUGO, Les Travailleurs de la mer, Deuxième partie, IV, III, 1866.

[Le personnage principal de ce roman est Gilliatt, un pêcheur de l’île de Guernesey.]

  Il n’avait jamais vu de pieuvre de cette dimension. Du premier coup, il se trouvait pris par la grande espèce. Un autre se fût troublé. Pour la pieuvre comme pour le taureau il y a un moment qu’il faut saisir ; c’est l’instant où le taureau baisse le cou, c’est l’instant où la pieuvre avance la tête ; instant rapide. Qui manque ce joint est perdu.
  Tout ce que nous venons de dire n’avait duré que quelques minutes. Gilliatt pourtant sentait croître la succion des deux cent cinquante ventouses.
  La pieuvre est traître. Elle tâche de stupéfier d’abord sa proie. Elle saisit, puis attend le plus qu’elle peut.
  Gilliatt tenait son couteau. Les succions augmentaient.
  Il regardait la pieuvre, qui le regardait.
  Tout à coup la bête détacha du rocher sa sixième antenne, et, la lançant sur Gilliatt, tâcha de lui saisir le bras gauche.
  En même temps elle avança vivement la tête. Une seconde de plus, sa bouche anus s’appliquait sur la poitrine de Gilliatt. Gilliatt, saigné au flanc, et les deux bras garrottés, était mort.
  Mais Gilliatt veillait. Guetté, il guettait.
  Il évita l’antenne, et, au moment où la bête allait mordre sa poitrine, son poing armé s’abattit sur la bête.
  Il y eut deux convulsions en sens inverse, celle de la pieuvre et celle de Gilliatt. Ce fut comme la lutte de deux éclairs.
  Gilliatt plongea la pointe de son couteau dans la viscosité plate, et, d’un mouvement giratoire pareil à la torsion d’un coup de fouet, faisant un cercle autour des deux yeux, il arracha la tête comme on arrache une dent.
  Ce fut fini.

 

Texte B : Pierre LOTI, Pêcheur d’Islande, Deuxième partie, 1886.

[Yann et Sylvestre, les deux personnages mis en scène dans cet extrait, sont deux pêcheurs bretons qui pêchent la morue dans les eaux de l’Atlantique Nord, au large de l’Islande.]

  Une clameur géante sortait des choses comme un prélude d’apocalypse jetant l’effroi des fins de monde. Et on y distinguait des milliers de voix : d’en haut, il en venait de sifflantes ou de profondes, qui semblaient presque lointaines à force d’être immenses : cela, c’était le vent, la grande âme de ce désordre, la puissance invisible menant tout. Il faisait peur, mais il y avait d’autres bruits, plus rapprochés, plus matériels, plus menaçants de détruire, que rendait l’eau tourmentée, grésillant comme sur des braises…
  Toujours cela grossissait.
  Et, malgré leur allure de fuite, la mer commençait à les couvrir, à les manger, comme ils disaient : d’abord des embruns fouettant de l’arrière, puis de l’eau à paquets, lancée avec une force à tout briser. Les lames se faisaient toujours plus hautes, plus follement hautes, et pourtant elles étaient déchiquetées à mesure, on en voyait de grands lambeaux verdâtres, qui étaient de l’eau retombante que le vent jetait partout. Il en tombait de lourdes masses sur le pont, avec un bruit claquant et alors la Marie1 vibrait tout entière comme de douleur. Maintenant on ne distinguait plus rien, à cause de toute cette bave blanche, éparpillée ; quand les rafales gémissaient plus fort, on la voyait courir en tourbillons plus épais — comme, en été, la poussière des routes. Une grosse pluie, qui était venue, passait aussi tout en biais, horizontale, et ces choses ensemble sifflaient, cinglaient, blessaient comme des lanières. Ils restaient tous les deux à la barre, attachés et se tenant ferme, vêtus de leurs cirages2, qui étaient durs et luisants comme des peaux de requins ; ils les avaient bien serrés au cou, par des ficelles goudronnées, bien serrés aux poignets et aux chevilles pour ne pas laisser d’eau passer, et tout ruisselait sur eux, qui enflaient le dos quand cela tombait plus dru, en s’arc-boutant bien pour ne pas être renversés. La peau des joues leur cuisait et ils avaient la respiration à toute minute coupée. Après chaque grande masse d’eau tombée, ils se regardaient — en souriant, à cause de tout ce sel amassé dans leur barbe.

1 La Marie est le nom du bateau.
2 Cirage : autre nom du ciré.

 

Texte C : Jean GIONO, Colline, 1929.

[Les habitants d’un village reculé de Provence, dont Jaume et Maurras, deux paysans, luttent contre un incendie.]

  Ça sent bougrement le brûlé ; on entend craquer et éclater des pignes11. Ça brûlerait par là devant alors ?
  Coup sur coup deux gros lièvres durs comme des rocs dévalent dans les jambes de Jaume ; puis on les entend crier en bas quand ils arrivent sur le bord tranchant de la flamme.
  Maurras est seul sur la colline. Seul à côté d’un grand pin robuste et luisant. L’arbre ébouriffe son épais plumage vert et chante. Le tronc s’est plié dans le lit habituel du vent, puis, d’un effort, il a dressé ses bras rouges, il a lancé dans le ciel son beau feuillage et il est resté là. Il chante tout mystérieusement à voix basse.
   Maurras a regardé le pin, puis la fumée qui sourd des buissons, en bas. Ça s’est fait sans réflexion, d’instinct ; il s’est dit :
  — Pas celui-là. Celui-là, elle ne l’aura pas.
  Et il a commencé à tailler autour.
  D’un seul coup, la terre s’est enragée. Les buissons se sont défendus un moment en jurant, puis la flamme s’est dressée sur eux, et elle les a écrasés sous ses pieds bleus. Elle a dansé en criant de joie ; mais, en dansant, la rusée, elle est allée à petits pas jusqu’aux genévriers, là-bas, qui ne se sont pas seulement défendus. En moins de rien ils ont été couchés, et ils criaient encore, qu’elle, en terrain plat et libre, bondissait à travers l’herbe.
  Et ce n’est plus la danseuse. Elle est nue ; ses muscles roux se tordent ; sa grande haleine creuse un trou brûlant dans le ciel. Sous ses pieds on entend craquer les os de la garrigue.
  Maurras frappe de droite et de gauche, et devant et derrière, puis il saute et il revient.
  Soudain, ils sont face à face, Maurras et la flamme. Ils sont là, à danser l’un en face de l’autre, ils se bousculent, reculent, se ruent, se déchirent, jurent…
  — Saloperie de capon de pas dieu…
  Et du coin de l’œil, Maurras regarde le beau pin.
  Mais, c’est de ruse qu’elle lutte.
  Fléchissant les jarrets2, la flamme saute comme si elle voulait quitter la terre pour toujours ; à travers son corps aminci on peut voir toute la colline brûlée, et, déjà, elle est dans le pin qu’elle étripe.
  — Chameau, gueule Maurras, et il saute en arrière dans la fumée.
  Le sol descend sous ses pieds ; il dévale à toutes jambes. Une plaque brûlante couvre d’un coup son échine31 : le mufle41 de l’incendie souffle après lui ; la flamme dépasse la crête. À sa gauche la fumée est dense et immobile comme une pierre ronde. Une ombre bondit qui tousse et crache. Deux jurons.
  — Jaume, c’est toi ?
  — Hé, ça brûle donc, là-haut ?
  — Tout. Dépêchons. Y a plus que le trou de Bournes5 de clair.

1 Pigne : pomme de pin.
2 Jarret : partie postérieure du genou.
3 Échine : partie du dos comprise entre le cou et la croupe de l'homme et de certains animaux.
4 Mufle : extrémité du museau de certains mammifères, notamment des ruminants et des carnivores.
5 Le trou de Bournes est un lieu-dit à proximité du village.

 

Texte D : Laurent GAUDÉ, Ouragan, 2010.

[L’action de ce récit se déroule lors de l’ouragan Katrina, qui dévasta le sud des États-Unis en 2005. Le récit met en scène plusieurs personnages qui affrontent en même temps le déchaînement des éléments. Dans cet extrait, nous suivons un homme qui est entré dans la ville de la Nouvelle-Orléans alors que tous les autres fuient. Il vient rejoindre Rose, une femme qu’il aime et qu’il regrette d’avoir quittée pour travailler sur une plate-forme en mer.]

  Il frappe à nouveau, de plus en plus fort. Quelque chose a lâché en lui. Il tape sur la porte, sur le mur, il longe la façade et tape contre les carreaux. Cela lui fait du bien. Il frappe pour toutes ces années d’oubli et d’épuisement, c’est comme s’il se battait contre le vent, comme s’il rendait les coups que lui avait portés la plate-forme, il frappe de toutes ses forces mais le vacarme de l’ouragan couvre tout et il lui semble que l’eau, le ciel et les bourrasques conspirent à étouffer le martèlement de ses poings. Elle l’entend, elle, pourtant, et se prend à avoir peur, quelqu’un est là, dehors, qui accroît la tempête, elle ne peut plus faire comme si cela n’existait pas, elle ne peut plus juste baisser la tête et serrer contre elle son fils raté d’amour, quelqu’un est là qui a entrepris de casser la maison, elle entend les coups sourds comme s’il donnait des coups de pied dans les murs et voulait défoncer les parois, alors elle se lève, elle a peur, elle fait signe à l’enfant de ne pas bouger, elle veut voir dans la nuit mais elle ne distingue, à travers la fenêtre, que les trombes d’eau qui s’écrasent sur l’avenue. Le vent, dehors, fait dégringoler des pots de fleurs, des vêtements, des poubelles, tout vole et se casse, et il ne peut plus s’arrêter, il a cru apercevoir une silhouette à travers la fenêtre, il n’en est pas certain mais il lui semble bien, il se passe la main sur le front mais il n’a rien pour essuyer l’eau qui lui ruisselle des cheveux et le force à cligner des yeux, il lui semble bien avoir vu une silhouette alors il crie, il se met à crier plus fort que le vent, « Rose », il n’y a plus que cela autour de lui, la fureur du vent, les paquets d’eau et son corps arc-bouté qui a encore la force de crier, « Rose », il pourrait rire à cet instant, c’est comme s’il se mesurait au vent. Elle entend son nom, « Rose », là, au cœur de la nuit, elle vacille, c’est comme si l’ouragan lui-même l’appelait, comme s’il connaissait son nom, alors elle se dirige vers la porte de la cuisine, « Rose », il continue à frapper mais c’est à la voix qu’elle répond, pas aux coups, c’est à ces cris venus du profond des choses, elle n’hésite plus, elle ouvre, tout est noir dehors et lui saute au visage, un homme est là qu’elle ne reconnaît pas encore, elle est presque déçue qu’il ne s’agisse que de cela, un homme, quand elle s’attendait à voir la nuit elle-même.

 

I - Après avoir lu les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Quelles relations les personnages entretiennent-ils avec la nature environnante ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

haut de page

 

-POLYNÉSIE
SÉRIES ES / S

 

Objet d'étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours
Corpus : 
Texte A : Jean de LA FONTAINE, « Le Chêne et le Roseau », Fables, Livre I, 1668.
Texte B : Marceline DESBORDES-VALMORE, « L’Arbrisseau », Poésies, 1830.
Texte C : Albert MÉRAT, « Les petits arbres », Les Souvenirs, 1872.
Texte D : Jacques PRÉVERT, « Arbres », Histoires, 1948.

 

 

Texte A : Jean de LA FONTAINE, « Le Chêne et le Roseau », Fables, Livre I, 1668.

              Le Chêne et le Roseau

Le Chêne un jour dit au Roseau :
Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet1 pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase2 pareil,
Non content d'arrêter les rayons du Soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon3, tout me semble Zéphir4.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La Nature envers vous me semble bien injuste.
— Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

1 Roitelet : petit oiseau.
2 Caucase : chaîne de montagne célèbre pour son attitude élevée.
3 Aquilon : vent violent du nord.
4 Zéphir (ou Zéphyr) : vent d’ouest, doux et agréable.

 

Texte B : Marceline DESBORDES-VALMORE, « L’Arbrisseau », Poésies, 1830.

 

                   L’Arbrisseau

[…]
   J'ai vu languir1, au fond de la vallée,
   Un arbrisseau qu'oubliait le bonheur ;
L'aurore se levait sans éclairer sa fleur,
Et pour lui la nature était sombre et voilée.
Ses printemps ignorés s'écoulaient dans la nuit ;
   L'amour jamais d'une fraîche guirlande
   À ses rameaux2 n'avait laissé l'offrande :
   Il fait froid aux lieux qu'Amour fuit.
L'ombre humide éteignait sa force languissante ;
Son front pour s'élever faisait un vain effort ;
Un éternel hiver, une eau triste et dormante
Jusque dans sa racine allaient porter la mort.

« Hélas ! faut-il mourir sans connaître la vie !
Sans avoir vu des cieux briller les doux flambeaux !
Je n'atteindrai jamais de ces arbres si beaux
    La couronne verte et fleurie !
Ils dominent au loin sur les champs d'alentour :
On dit que le soleil dore leur beau feuillage ;
Et moi, sous leur impénétrable ombrage,
    Je devine à peine le jour !
Vallon où je me meurs, votre triste influence
A préparé ma chute auprès de ma naissance.
    Bientôt, hélas ! je ne dois plus gémir !
    Déjà ma feuille a cessé de frémir...
    Je meurs, je meurs. » Ce douloureux murmure
Toucha le dieu protecteur du vallon.
C'était le temps où le noir Aquilon
Laisse, en fuyant, respirer la nature.
    « Non, dit le dieu : qu'un souffle de chaleur
   Pénètre au sein de ta tige glacée.
   Ta vie heureuse est enfin commencée ;
   Relève-toi, j'ai ranimé ta fleur.
   Je te consacre aux nymphes des bocages3;
   À mes lauriers tes rameaux vont s'unir,
Et j'irai quelque jour sous leurs jeunes ombrages
     Chercher un souvenir. »

L'arbrisseau, faible encor, tressaillit d'espérance ;
Dans le pressentiment il goûta l'existence ;
Comme l'aveugle-né4, saisi d'un doux transport5,
Voit fuir sa longue nuit, image de la mort
Quand une main divine entr'ouvre sa paupière,
Et conduit à son âme un rayon de lumière :
L'air qu'il respire alors est un bienfait nouveau ;
    Il est plus pur, il vient d'un ciel si beau !

1 Languir : s’affaiblir.
2 Rameaux : petites branches.
3 Bocages : paysages constitués de prés et de bois.
4 Aveugle-né : référence à la guérison miraculeuse d’un aveugle de naissance par Jésus (Évangile de Jean).
5 Transport : émotion.

 

Texte C : Albert MÉRAT, « Les petits arbres », Les Souvenirs, 1872

                   Les petits arbres

Malingres1, laids, tendant de longs bras d'araignées,
Le corps cerclé de linge et les pieds dans du fer,
À deux pas des maisons, sans espace, sans air,
Les petits arbres vont en bandes alignées.

Ils sont libres de croître aux places assignées2 ;
On les garde de la chaleur et de l'hiver.
Ils ont sur eux le ciel des villes, jamais clair,
Toujours morne, et qui sied3 aux poses résignées.

L'été, quand l'air profond s'exhale dans la nuit,
Peut-être que de loin, des bois natals, un bruit,
Une voix leur parvient qui leur parle sans haine :

« Qu'êtes-vous devenus, ô nos frères bannis,
Platane au tronc d'argent, orme rude, et toi, chêne4,
Abrités mais captifs, tranquilles mais sans nids ? »

1 Malingres : en mauvaise santé.
2 Assignées : attribuées.
3 Sied : convient.
4 Platane, orme, chêne : arbres plantés.

 

Texte D : Jacques PRÉVERT, « Arbres », Histoires, 1948.

Arbres

En argot1 les hommes appellent les oreilles des feuilles
c’est dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique
mais la langue verte des arbres est un argot bien plus ancien
Qui peut savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils parlent des humains

Les arbres parlent arbre
comme les enfants parlent enfant

Quand un enfant de femme et d’homme
adresse la parole à un arbre
l’arbre répond
l’enfant l’entend
Plus tard l’enfant
parle arboriculture
avec ses maîtres et ses parents
Il n’entend plus la voix des arbres
il n’entend plus leur chanson dans le vent

Pourtant parfois une petite fille
pousse un cri de détresse
dans un square de ciment armé
d’herbe morne et de terre souillée
Est-ce… oh… est-ce
la tristesse d’être abandonnée
qui me fait crier au secours
ou la crainte que vous m’oubliiez
arbres de ma jeunesse
ma jeunesse pour de vrai
Dans l’oasis du souvenir
une source vient de jaillir
est-ce pour me faire pleurer
J’étais si heureuse dans la foule
la foule verte de la forêt
avec la peur de me perdre
et la crainte de me retrouver

N’oubliez pas votre petite amie
arbres de ma forêt.

1 Argot : langage populaire, appelé aussi la langue verte.

 

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Avec quelles intentions les poètes du corpus personnifient-ils les arbres qu’ils évoquent ?

II - Travail d'écriture (16 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez le poème de Marceline Desbordes-Valmore (texte B).
  • Dissertation
    Pourquoi la nature vous semble-t-elle une source d’inspiration privilégiée de la poésie ?
    Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus, sur les œuvres que vous avez étudiées en classe et sur vos lectures personnelles.
  • Invention
    Une maison d’édition décide de publier une anthologie poétique sur les arbres et la nature destinée à un jeune public. Elle vous demande de rédiger la préface de cet ouvrage, en insistant sur le lien qui unit l’homme à la nature et sur ce que les arbres et les forêts ont de poétique.
    Votre texte comportera au moins soixante lignes.

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-POLYNÉSIE
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 

Objet d'étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours.
Corpus : 
Texte A : Henri BARBUSSE, Le Feu, 1916.
Texte B : Roland DORGELÈS, Les Croix de bois, 1919.
Texte C : Marcel PROUST, Le Temps retrouvé, 1927.

 

 

Texte A : Henri BARBUSSE, Le Feu, 1916.

[Alors que le régiment du narrateur se rend de nuit sur les premières lignes du front pour consolider des tranchées, il subit un bombardement allemand très violent.]

   — On est foutus, c’coup-ci.
  Une forme, un peu en avant de l’endroit où je suis, s’est soulevée et a crié :
  — Allons-nous-en !
  Des corps qui gisaient s’érigèrent à moitié hors du linceul de boue qui1, de leurs membres, coulaient en pans, en lambeaux liquides, et ces spectres macabres crièrent :
  — Allons-nous-en !
  On était à genoux, à quatre pattes ; on se poussait du côté de la retraite2.
  — Avancez ! Allons, avancez !
  Mais la longue file resta inerte. Les plaintes frénétiques des crieurs ne la déplaçaient pas. Ceux qui étaient, là-bas, au bout, ne bougeaient pas et leur immobilité bloquait la masse.
  Des blessés passèrent par-dessus les autres, rampant sur eux comme sur des débris, et ces blessés ont arrosé toute la compagnie de leur sang.
  On apprit enfin la cause de l’affolante immobilité de la queue du détachement :
  — Y a un barrage au bout.
  Une étrange panique emprisonnée, aux cris inarticulés, aux gestes murés, s’empara des hommes qui étaient là. Ils se débattaient sur place et clamaient. Mais, si petit que fût l’abri du fossé ébauché, personne n’osait sortir de ce creux qui nous empêchait de dépasser le niveau du sol, pour fuir la mort vers la tranchée transversale qui devait être là-bas… Les blessés auxquels il était permis de ramper par-dessus les vivants risquaient singulièrement en le faisant et à tout instant étaient frappés et retombaient au fond.
  C’était vraiment une pluie de feu qui s’abattait partout, mêlée à la pluie. De la nuque aux talons on vibrait, mêlés profondément aux vacarmes surnaturels. La plus hideuse des morts descendait et sautait et plongeait tout autour de nous dans des flots de lumière. Son éclat soulevait et arrachait l’attention dans tous les sens. La chair s’apprêtait au monstrueux sacrifice !… L’émotion qui nous annihilait était si forte qu’en ce moment seulement on s’est souvenus qu’on avait déjà parfois éprouvé cela, subi ce déversement de mitraille avec sa brûlure hurlante et sa puanteur. Ce n’est que pendant un bombardement qu’on se rappelle vraiment ceux qu’on a supportés déjà.
  Et, sans arrêt, rampaient de nouveaux blessés fuyant quand même, qui faisaient peur et au contact desquels on gémissait parce qu’on se répétait :
  — « On ne sortira pas de là, personne ne sortira de là.»

1 Qui : le terme renvoie à « des corps ».
2 Du côté de la retraite : vers l’arrière, en s’éloignant du front.

 

Texte B : Roland DORGELÈS, Les Croix de bois, 1919.

[Après avoir repris un village aux Allemands, sans bien comprendre comment, le régiment du lieutenant Berthier est autorisé à prendre du repos à l’arrière. Mais avant cela, sur les ordres d’un général, il doit défiler en fanfare devant le bataillon de jeunes recrues qui va le relever sur le front.]

  Le régiment s’ébranla. En tête, la musique jouait la marche du régiment, et, à la reprise victorieuse des clairons, il me sembla que les dos las1 se redressaient. Le départ avait été pesant, mais, déjà, la cadence se faisait plus nette, et les pieds talonnaient la route d’un rythme régulier. C’étaient des mannequins de boue qui défilaient, godillots de boue, cuissards de boue, capotes de boue, et les bidons pareils à de gros blocs d’argile.
  Pas un des blessés légers n’avait quitté les rangs mais ils n’étaient pas plus blêmes, pas plus épuisés que les autres. Tous avaient sous le casque les mêmes traits d’épouvante : un défilé de revenants.
  Les paysans du front ont le cœur endurci et ne s’émeuvent plus guère, après tant d’horreurs ; pourtant, quand ils virent déboucher la première compagnie de ce régiment d’outre-tombe, leur visage changea.
  — Oh ! les pauvres gars…
  Une femme pleura, puis d’autres, puis toutes… C’était un hommage de larmes, tout le long des maisons, et c’est seulement en les voyant pleurer que nous comprîmes combien nous avions souffert. Un triste orgueil vint aux plus frustes2. Toutes les têtes se redressèrent, une étrange fierté aux yeux. La musique nous entraînait, à pleins cuivres, tambour roulant ; les plus fourbus semblaient revivre et on les sentait tout prêts à crier : « C’est nous qui avons fait l’attaque !… C’est nous qui revenons de là-haut… »
  Sur la place, le bataillon de jeunes était rangé, capotes neuves, baïonnette au canon. Quelques pas en avant, le général à cheval, avec sa suite chamarrée. Pas une voix dans nos rangs, pas un murmure en face. On n’entendait, sous la musique fiévreuse, que la cadence mécanique du régiment en marche. Le regard volontaire de ceux qui défilaient semblait vouloir dominer tous ces gosses muets qui présentaient les armes.
  Le général s’était levé sur ses étriers et, d’un grand geste de théâtre, d’un beau geste de son épée nue, il salua notre drapeau troué, il Nous salua… Le régiment, soudain, ne fut plus qu’un être unique. Une seule fierté : être ceux qu’on salue ! Fiers de notre boue, fiers de notre peine, fiers de nos morts !…
  Les clairons éclatants reprirent et nous entrâmes dans la grand’rue, glorieux, raidis, entre une haie mouvante de gosses qui marchaient au pas. La jeune fille des Postes, les yeux rouges, la tête renversée, nous fit bonjour de son mouchoir mouillé, en criant quelque chose qu’un sanglot étrangla.
  Alors, Sulphart tout pâle ne put se retenir :
— C’est nous autres qui avons pris le village ! lui cria-t-il d’une voix forte. C’est nous !
  Et de toutes les têtes tournées, de tous les yeux brillants, de toutes les lèvres, le même cri d’orgueil semblait jaillir : « C’est nous ! C’est nous ! »
  La musique sonore nous saoulait, semblant nous emporter dans un dimanche en fête ; on avançait, l’ardeur aux reins, opposant à ces larmes notre orgueil de mâles vainqueurs.
  Allons, il y aura toujours des guerres, toujours, toujours…

1 Las : fatigué.
2 Fruste : peu sensible.

 

Texte C : Marcel PROUST, Le Temps retrouvé, 1927.

[Hospitalisé à Paris pour une maladie, le narrateur reçoit une lettre de Robert de Saint-Loup, l’un de ses amis, qui est au front durant la Première Guerre mondiale.]

  « […] Mais si tu voyais tout ce monde, surtout les gens du peuple, les ouvriers, les petits commerçants, qui ne se doutaient pas de ce qu’ils recelaient1 en eux d’héroïsme et seraient morts dans leur lit sans l’avoir soupçonné, courir sous les balles pour secourir un camarade, pour emporter un chef blessé, et, frappés eux-mêmes, sourire au moment où ils vont mourir parce que le médecin-chef leur apprend que la tranchée a été reprise aux Allemands, je t’assure, mon cher petit, que cela donne une belle idée des Français et que ça fait comprendre les époques historiques qui nous paraissaient un peu extraordinaires dans nos classes.
  L’épopée est tellement belle que tu trouverais comme moi que les mots ne font plus rien. Rodin ou Maillol2 pourraient faire un chef d’oeuvre avec une matière affreuse qu’on ne reconnaîtrait pas. Au contact d’une telle grandeur, « poilu »3 est devenu pour moi quelque chose dont je ne sens même pas plus s’il a pu contenir d’abord une allusion ou une plaisanterie que quand nous lisons « chouans » par exemple. Mais je sens « poilu » déjà prêt pour de grands poètes, comme les mots déluge, ou Christ, ou Barbares qui étaient déjà pétris de grandeur avant que s’en fussent servis Hugo, Vigny ou les autres.
  Je dis que le peuple, les ouvriers, est ce qu’il y a de mieux, mais tout le monde est bien. Le pauvre petit Vaugoubert, le fils de l’ambassadeur, a été sept fois blessé avant d’être tué, et chaque fois qu’il revenait d’une expédition sans avoir écopé4, il avait l’air de s’excuser et de dire que ce n’était pas sa faute. C’était un être charmant. Nous nous étions beaucoup liés, les pauvres parents ont eu la permission de venir à l’enterrement à condition de ne pas être en deuil et de ne rester que cinq minutes à cause du bombardement. La mère, un grand cheval5 que tu connais peut-être, pouvait avoir beaucoup de chagrin, on ne distinguait rien. Mais le pauvre père était dans un tel état que je t’assure que moi, qui ai fini par devenir tout à fait insensible à force de prendre l’habitude de voir la tête du camarade qui est en train de me parler subitement labourée par une torpille ou même détachée du tronc, je ne pouvais pas me contenir en voyant l’effondrement du pauvre Vaugoubert qui n’était plus qu’une espèce de loque. Le général avait beau lui dire que c’était pour la France, que son fils s’était conduit en héros, cela ne faisait que redoubler les sanglots du pauvre homme qui ne pouvait pas se détacher du corps de son fils. Enfin, et c’est pour cela qu’il faut s’habituer à « passeront pas », tous ces gens-là, comme mon pauvre valet de chambre, comme Vaugoubert, ont empêché les Allemands de passer. Tu trouves peut-être que nous n’avançons pas beaucoup, mais il ne faut pas raisonner, une armée se sent victorieuse par une impression intime, comme un mourant se sent foutu. Or nous savons que nous aurons la victoire et nous le voulons pour dicter une paix juste, je ne veux pas dire seulement juste pour nous, vraiment juste, juste pour les Français, juste pour les Allemands. »

1 Recelaient : détenaient.
2 Rodin, Maillol : sculpteurs célèbres.
3 Poilu : soldat combattant de la guerre de 1914-1918. Ils étaient ainsi surnommés par les civils parce que, ne pouvant se raser au front, ils portaient la barbe et la moustache.
4 Sans avoir écopé : sans avoir été blessé.
5 Un grand cheval : expression familière qui désigne une femme de grande taille à l’allure masculine.

 

I - Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique. (6 points)

1) À quelles situations les soldats sont-ils confrontés dans les textes et comment réagissent-ils ? (3 points).

2) Quelles figures du soldat se dégagent de ces textes ? (3 points) .

II - Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants ( (14 points) :

 

 

 

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