LA CONCISION
La concision est la qualité essentielle que requiert le résumé : d'un ensemble de termes inscrits dans une énumération, une série d'exemples, ou constituant tout simplement des redites, vous devez savoir choisir le terme unique qui en sera le juste équivalent.
que faut-il garder ?
* la situation d'énonciation,
* le système énonciatif,
* la progression argumentative, les mots de liaison (ou leurs équivalents).
que faut-il supprimer ?
* les exemples (s'ils ne sont pas trop développés ou s'il ne s'agit pas d'exemples argumentatifs).
* les redites : en dégageant la progression des arguments, vous repérerez mieux ceux qui, dans chaque partie, se répètent sous une autre forme.
comment faire ?
* englober : les exemples importants, les images peuvent parfois se développer sur plusieurs lignes. Les supprimer sans discernement serait dangereux. Mieux vaut les réduire à une formulation plus dense.
* nominaliser : une phrase complexe est toujours susceptible d'être trop longue et lourde. Choisissez dès que possible la phrase simple, l'adjectif au lieu de la relative, le nom au lieu du verbe.
* choisir des synonymes pertinents : c'est l'une des difficultés du résumé. Votre niveau de vocabulaire fera toujours la différence. Mais il ne faut pas non plus pousser trop loin cette recherche de synonymes : relever un champ lexical dominant peut donner quelques indications et souffler quelques autres mots simples.
Exercice 1 :
Résumez ce texte en 170 mots.
| L'idée de civilisation Georges Bastide (Mirages et certitudes de la civilisation, 1953) Lorsque nous prononçons le mot de civilisation dans la vie quotidienne,
en dehors de toute préoccupation
d'analyse et d'approfondissement
philosophiques et en nous laissant porter pour ainsi dire par le sens commun, il
semble bien que nous entendions par ce mot un certain nombre
d'acquisitions dont le caractère général et essentiel serait d'être imputables à l'homme
: tout objet ou tout fait de civilisation porte la marque d'une présence ou d'une intervention humaine
actuelle ou passée; et inversement tout objet ou tout fait qui ne
révèle pas cette présence ou cette intervention humaine sera classé
parmi les choses, non de la civilisation, mais de la nature. Certes,
dans tout objet de civilisation, la matière est bien naturelle car
l'homme ne fait rien de rien, mais cette matière a toujours subi une
information de la part de l'homme. "L'art, c'est l'homme ajouté à la
nature", a-t-on dit : c'est à cette intervention humaine au sens large
que nous pensons aujourd'hui lorsque nous prononçons le mot de
civilisation. Le plus modeste sentier de montagne est un fait de
civilisation au même titre que le plus somptueux des palais, tandis
qu'une hutte de castor ou une ruche sont tenues pour des choses
purement naturelles, si habile que puisse nous en paraître
l'architecture. |
A/ Réduire les énumérations :
Trouvez un mot (substantif ou adjectif) capable de rendre compte des énumérations coloriées dans le texte :
1°§ : dans la vie quotidienne - en dehors de toute préoccupation d'analyse - le sens commun
imputables à l'homme - marque - présence - intervention humaine
2°§ : un écho en nous-même - tendance - constante spécifiquement humaine - tout homme la retrouve
affranchissement - indépendance - maîtres et possesseurs
fatalités naturelles - fatalité du nécessaire - nécessité biologique - impossibilité anatomique et physiologique - fatalité de la contingence
contingences - hasard - imprévu
3°§ : besoin fondamental - comportements vitaux élémentaires - vouloir-vivre de l'individu et de l'espèce
science pure - art - activité philosophique et religieuse
4°§ : rapidité - système de réponses pour ainsi dire automatiques - promptitude
B/ Inscrivez les mots obtenus dans les espaces vides de ce résumé (case blanche pour les mots de liaison).
|
Dans son
acception la plus ,
la civilisation désigne l'ensemble
des caractères
par l'homme sur la nature. |
Exercice 2 :
Reformuler.
Nous avons colorié différemment les unités de sens qu'a révélées la structure de ce texte : progressivement, nous allons les traiter dans la perspective d'une reformulation.
| Rien que la vérité ou toute la vérité ? Jean Lacouture, «Courrier de l'UNESCO», septembre 1990. |
|
Le débat que le journaliste mène avec
sa conscience est âpre, et multiple, d'autant plus que son métier est
plus flou, et doté de moins de règles, et pourvu d'une déontologie plus
flottante que beaucoup d'autres... |
Recherche des expressions à reformuler
Commentaire de la reformulation proposée
« le journaliste est un être libre et responsable »
trouver d'autres formulations pour :
- débat, conscience, âpre, multiple
- médecins, avocats, chercheurs
- règles, déontologie, serment, barreau, conventions.« une vérité plus ample, complexe, démultipliée »
trouver une autre formulation pour :
- plus ample, complexe, démultipliée.
quel rôle joue ce paragraphe ? à combien de parties s'attend-on ?
quels en seront les sujets ?
« le journalisme dit « d'investigation »
trouver d'autres formulations pour :
- enquête, police, services spéciaux, interpellations, procédures.
pourquoi faut-il conserver le "je"?« la rétention de l'information »
trouver une autre formulation pour :
- intérêts supérieurs, causes justes.« les nouvelles dignes d'être imprimées »
trouver d'autres formulations pour :
- indignes, indûment
- diffusion, ingurgite/régurgite, filtre.
Le journaliste se trouve placé dans de douloureux et fréquents cas de conscience car, au contraire d'autres professions libérales, aucune instance juridique ne lui indique la conduite à observer.
[quels mots du texte ont permis d'écrire :
professions libérales ? aucune instance juridique ? conduite à observer ?]Cette liberté exige du journaliste qu'il rende compte de la vérité, mais d'une vérité multiforme qui ne soit pas uniquement la sienne, comme dans le cas d'un simple témoignage.
[quels mots du texte ont permis d'écrire :
pas uniquement la sienne ? multiforme ?]Le problème concerne aussi les méthodes pour y parvenir et l'étendue du devoir d'informer.
On pratique aujourd'hui un journalisme policier où on ne recule devant aucun moyen. Au risque de me tromper ou de paraître démodé, je persiste à refuser ces pratiques.
[quels mots du texte ont permis d'écrire : journalisme policier ? de paraître démodé ?]Mais c'est le refus délibéré d'informer qui pose le plus redoutable problème. J'ai dû moi-même y consentir autrefois au nom de la raison d'État, et je me suis exposé à des reproches légitimes.
[quels mots du texte ont permis d'écrire : raison d'État ?]Il importe alors de respecter la vérité, mais sans tomber dans l'indignité de l'atteinte injuste aux vies privées. Fort de ces règles., le journaliste devra comprendre que sa conscience est le seul juge capable de démêler ce qu'il a cru sincèrement de ce qu'il doit communiquer au public.
[qu'est-ce qui autorise l'adjectif "injuste" ? qu'est-ce qui justifie le verbe "démêler" ?]
Récapitulons :
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LES RÈGLES DE LA CONCISION |
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|---|---|
| La suppression | -
supprimer les exemples illustratifs, les citations. - les digressions qui sortent du champ argumentatif. - les reprises, les redites, les périphrases. |
| L'intégration | -
passer de l'énumération au terme générique. - reprendre un champ lexical par son terme englobant. |
| Le réagencement | - une
seule phrase complexe peut rendre compte de plusieurs phrases du texte. - un verbe peut à lui seul rendre compte d'une relation logique. - nominaliser : préférer la phrase simple, l'adjectif en apposition, le nom au lieu du verbe. - un signe de ponctuation pourra rendre compte d'une articulation logique ( : ).
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Application : |
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| Soit la proposition de résumé suivante (Nicolas Grimaldi, Cinq paradoxes du moi, début du texte) : | |
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Le moi est à la fois sujet et objet, mais, deuxième paradoxe, il est aussi évident que mystérieux. Mes perceptions attestent l’existence d’un être dont je ne sais rien. Et il est vain de prétendre dissiper ce mystère car les sentiments que nous éprouvons nous caractérisent à notre insu, sans que nous soyons en mesure [50] d’en identifier l’origine. C’est que le moi n’est pas un concept : il revêt seulement des formes qui restent, faute de témoin omniscient, éphémères et contingentes. 85 mots. |
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| Après
quelques efforts, 30 mots sont supprimés : - l'apposition : sujet et objet, le moi ... au lieu de le moi est sujet et objet. - la suppression des subordonnées relatives au profit d'un nom ou d'un adjectif : dont je ne sais rien = inconnu — qui restent éphémères et contingentes. - le : remplace la relation de cause ou de conséquence. - la suppression des périphrases : sans que nous soyons en mesure d'en identifier l'origine : à traduire par un adverbe (inexplicablement). |
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Sujet et objet , le moi est, de plus, aussi évident que mystérieux. Mes perceptions attestent l’existence d’un être inconnu, au mystère impossible à dissiper : nos sentiments nous caractérisent à notre insu, inexplicablement. En effet le moi n’est pas un concept : faute de témoin omniscient, il revêt seulement [50] des formes éphémères et contingentes. 55 mots |
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