LA CONCISION

 

  La concision est la qualité essentielle que requiert le résumé : d'un ensemble de termes inscrits dans une énumération, une série d'exemples, ou constituant tout simplement des redites, vous devez savoir choisir le terme unique qui en sera le juste équivalent.

 

Résumez ce texte en 170 mots.

 

L'idée de civilisation
Georges Bastide (Mirages et certitudes de la civilisation, 1953)

  Lorsque nous prononçons le mot de civilisation dans la vie quotidienne, en dehors de toute préoccupation d'analyse et d'approfondissement philosophiques et en nous laissant porter pour ainsi dire par le sens commun, il semble bien que nous entendions par ce mot un certain nombre d'acquisitions dont le caractère général et essentiel serait d'être imputables à l'homme : tout objet ou tout fait de civilisation porte la marque d'une présence ou d'une intervention humaine actuelle ou passée; et inversement tout objet ou tout fait qui ne révèle pas cette présence ou cette intervention humaine sera classé parmi les choses, non de la civilisation, mais de la nature. Certes, dans tout objet de civilisation, la matière est bien naturelle car l'homme ne fait rien de rien, mais cette matière a toujours subi une information de la part de l'homme. "L'art, c'est l'homme ajouté à la nature", a-t-on dit : c'est à cette intervention humaine au sens large que nous pensons aujourd'hui lorsque nous prononçons le mot de civilisation. Le plus modeste sentier de montagne est un fait de civilisation au même titre que le plus somptueux des palais, tandis qu'une hutte de castor ou une ruche sont tenues pour des choses purement naturelles, si habile que puisse nous en paraître l'architecture.
  A quoi reconnaissons-nous donc cette présence , et cette intervention humaines lorsqu'elles ne sont pas immédiatement manifestes par l'action effective d'un être humain ? C'est que nous percevons en tout fait ou en tout objet de civilisation une intentionnalité qui réveille aussitôt
un écho en nous-même. Ces faits ou ces objets manifestent chez leurs auteurs une tendance constante, spécifiquement humaine, et c'est pourquoi tout homme la retrouve aussitôt en lui. D'une façon toute générale, ces acquisitions humaines qui constituent la civilisation au sens le plus commun du mot, témoignent de ce que l'on peut appeler, en un sens tout aussi commun, une volonté d'affranchissement. Ces acquisitions doivent, en effet, permettre en premier lieu une indépendance sans cesse accrue de l'homme par rapport aux fatalités naturelles. La nature fait-elle peser sur l'homme la fatalité du nécessaire, comme la nécessité biologique où nous sommes de marcher sur la terre ferme et l'impossibilité anatomique et physiologique de traverser les mers et les airs ? La civilisation s'ingénie à rendre ces nécessités contingentes. La nature nous accable-t-elle de la non moins lourde fatalité de la contingence, du hasard, de l'imprévu, comme en sont remplis tous les phénomènes biologiques ? La civilisation s'efforce de faire de ces contingences des nécessités dont elle est maîtresse. C'est cette volonté de nous rendre "maîtres et possesseurs" de la nature qui manifeste son intentionalité spécifiquement humaine dans tous les faits de civilisation.
  Par voie de corollaire, les acquisitions de la civilisation doivent permettre en second lieu une richesse accrue du clavier des désirs humains. Quand on a soif, disait un ascète, c'est d'eau qu'on a soif. Et cela devrait être vrai dans l'ordre de la nature. Mais sur ce
besoin fondamental, la civilisation peut broder mille variations. Et non seulement elle peut broder à l'infini sur les thèmes de la nature, mais elle peut créer de toutes pièces des thèmes de désirs nouveaux et sans analogie dans les comportement vitaux élémentaires. Dans cette catégorie entreraient tous les faits de civilisation par lesquels s'oublient le vouloir-vivre de l'individu et de l'espèce : la science pure, l'art, et toutes les formes d'activité philosophique et religieuse qui visent un objet transcendant, hors de ce monde, et qui tiennent cependant une place importante dans la notion de civilisation.
  Enfin, en troisième lieu et toujours par voie de corollaire, la civilisation permet à ces désirs dont le clavier s'enrichit et se nuance, d'obtenir une facilité plus grande dans leurs moyens de satisfaction. Cette facilité se traduit, dans son apparence globale et selon le vœu de Descartes, par une "diminution de la peine des hommes", dont l'aspect objectif est une
rapidité plus grande dans la satisfaction des désirs, une diminution de l'intervalle qui sépare la naissance du désir de son assouvissement. Ce résultat est obtenu par l'installation d'un système de réponses pour ainsi dire automatiques au geste par lequel se manifeste le désir naissant. Dans ce système, à telle touche du clavier doit répondre avec sécurité et promptitude ce que réclame le désir.
  Sous ce triple aspect général que nous donne un premier contact avec la notion commune, la civilisation nous apparaît donc comme une sorte de monde où tout est à l'échelle humaine en ce sens que tout y porte la marque de cette intentionnalité fondamentale par laquelle l'homme s'affranchit des servitudes naturelles par le jeu d'un accroissement quantitatif et qualitatif de ses désirs ainsi que des moyens de le satisfaire. Une vue instantanée prise sur ce monde nous y montrerait une foule d'habitudes et d'aptitudes chez les individus, une collectivisation de ces habitudes et de ces aptitudes dans des institutions et des mœurs, le tout soutenu par une infrastructure matérielle d'objets fabriqués dans lesquels l'art s'ajoute à la nature pour en faire une sorte d'immense machine à satisfaire avec toujours plus de rapidité et de précision un nombre toujours plus grand de désirs toujours plus raffinés. Le civilisé est celui qui se meut à l'aise dans ce monde.

 

A/  Réduire les énumérations :

Trouvez un mot (substantif ou adjectif) capable de rendre compte des énumérations coloriées dans le texte :

1°§ : dans la vie quotidienne - en dehors de toute préoccupation d'analyse - le sens commun

        imputables à l'homme - marque - présence - intervention humaine

2°§ : un écho en nous-même - tendance - constante spécifiquement humaine - tout homme la retrouve

        affranchissement - indépendance - maîtres et possesseurs

        fatalités naturelles - fatalité du nécessaire - nécessité biologique - impossibilité anatomique et physiologique - fatalité de la contingence

        contingences - hasard -  imprévu

3°§ : besoin fondamental - comportements vitaux élémentaires - vouloir-vivre de l'individu et de l'espèce

        science pure - art - activité philosophique et religieuse

4°§ : rapidité - système de réponses pour ainsi dire automatiques - promptitude

 

B/  Inscrivez les mots obtenus dans les espaces vides de ce résumé (case blanche pour les mots de liaison).

 

 Dans son acception la plus , la civilisation désigne l'ensemble des caractères par l'homme sur la nature.
 Ces
se révèlent à nous comme à notre état d'homme. Elles témoignent d'un désir de  à l'égard des naturelles. Il suffit que la nature oppose à l'homme des physiques ou pour que celui-ci, dans le cadre de la civilisation, les transgresse ou les contrôle.
 
, la civilisation se caractérise par un enrichissement des besoins et par un dépassement des   de l'instinct au profit de spéculations   ou .
 
la civilisation se reconnaît à la qu'elle opère entre le désir et sa réalisation, comme aux réponses  qu'elle lui fournit.
 La civilisation répond
bien à cette triple définition où, dans des structures collectives, on peut faire apparaître l'activité de l'homme qui, aidé par la technique, se montre sans cesse plus soucieux d'assouvir des désirs sans cesse plus raffinés.

 

 

LES RÈGLES DE LA CONCISION

La suppression - supprimer les exemples illustratifs, les citations.
- les digressions qui sortent du champ argumentatif.
- les reprises, les redites, les périphrases.
L'intégration - passer de l'énumération au terme générique.
- reprendre un champ lexical par son terme englobant.
Le réagencement - une seule phrase complexe peut rendre compte de plusieurs phrases du texte.
- un verbe peut à lui seul rendre compte d'une relation logique.
- nominaliser : préférer la phrase simple, l'adjectif en apposition, le nom au lieu du verbe.
- un signe de ponctuation pourra rendre compte d'une articulation logique ( : ).

 

     
   Application :
Soit la proposition de résumé suivante (Nicolas Grimaldi, Cinq paradoxes du moi, début du texte) :
 

 Le moi est à la fois sujet et objet, mais, deuxième paradoxe, il est aussi évident que mystérieux. Mes perceptions attestent l’existence d’un être dont je ne sais rien. Et il est vain de prétendre dissiper ce mystère car les sentiments que nous éprouvons nous caractérisent à notre insu, sans que nous soyons en mesure [50] d’en identifier l’origine. C’est que le moi n’est pas un concept : il revêt seulement des formes qui restent, faute de témoin omniscient, éphémères et contingentes. 85 mots.

 Après quelques efforts, 22 mots sont supprimés :
          - l'apposition
: sujet et objet, le moi ... au lieu de le moi est sujet et objet.
          - la suppression des subordonnées relatives au profit d'un nom ou d'un adjectif :  dont je ne sais rien = inconnu  —   qui restent éphémères et contingentes.
          - le : remplace la relation de cause ou de conséquence.
          - la suppression des périphrases : sans que nous soyons en mesure = sans que l'on puisse.
 

 Sujet et objet , le moi est, de plus, aussi évident que mystérieux. Mes perceptions attestent l’existence d’un être inconnu, au mystère impossible à dissiper : nos sentiments nous caractérisent à notre insu, sans que l’on puisse en identifier l’origine. En effet le moi n’est pas un [50] concept : faute de témoin omniscient, il revêt seulement des formes éphémères et contingentes. 63 mots

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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