REFORMULER

 

 

Reprenons le texte de notre page précédente et entreprenons de le contracter en 180 mots ±10%.

Les contraintes de l'exercice :

  • une reformulation fidèle au système énonciatif (le jeu des pronoms, les registres) et à l'organisation du texte (vous en conserverez les connecteurs logiques essentiels).
  • une réduction en un nombre défini de mots assortie d'une marge de + ou - 10% (rappelons qu'on appelle mot toute unité typographique signifiante séparée d'une autre par un espace ou un tiret : ainsi c'est-à-dire = 4 mots, mais aujourd'hui = 1 mot puisque les deux unités typographiques n'ont pas de sens à elles seules). Vous aurez soin d'indiquer le nombre de mots que compte votre résumé et d'en faciliter la vérification en précisant nettement tous les cinquante mots le nombre obtenu.
  • une recherche systématique de l'équivalence par des synonymes.
  • une langue correcte, sur le plan de l'orthographe comme de la syntaxe, qui évite le simple collage des phrases-clés du texte.

que faut-il garder ?

     la situation d'énonciation,
     le système énonciatif,
     la progression argumentative, les mots de liaison (ou leurs équivalents).


que faut-il supprimer ?

     les exemples (s'ils ne sont pas trop développés ou s'il ne s'agit pas d'exemples argumentatifs).
     les redites : en dégageant la progression des arguments, vous repérerez mieux ceux qui, dans chaque partie, se répètent sous une autre forme.

comment faire ?

     englober : les exemples importants, les images peuvent parfois se développer sur plusieurs lignes. Les supprimer sans discernement serait dangereux. Mieux vaut les réduire à une formulation plus dense.
     nominaliser : une phrase complexe est toujours susceptible d'être trop longue et lourde. Choisissez dès que possible la phrase simple, l'adjectif au lieu de la relative, le nom au lieu du verbe.
     choisir des synonymes pertinents : c'est l'une des difficultés du résumé. Votre niveau de vocabulaire fera toujours la différence. Mais il ne faut pas non plus pousser trop loin cette recherche de synonymes : relever un champ lexical dominant peut donner quelques indications et souffler quelques autres mots simples.

 

UNITÉS DE SENS

Observations sur les réductions

PROPOSITION DE RÉSUMÉ

Ces six paragraphes limitent la réussite apparente de la parole au langage stéréotypé du quotidien. La tournure concessive semble adaptée pour condenser ce va-et-vient entre affirmation et réfutation.
 Les mots sont toujours en deçà de ce qu'ils expriment. Cette simple constatation des insuffisances de la parole rejoint tout ce qui dans le monde humain est frappé du sceau de l'imparfait. Si souvent le langage semble satisfaire à sa mission, c'est qu'il est instrumentalisé par l'usage quotidien et professionnel où des interlocuteurs familiers n'impliquent que des significations routinières. Mais seul s'accomplit ici un langage stéréotypé, ce qui fait craindre une inaptitude foncière de la parole à l'expression de soi.
Les trois conditions d'appréciation de la qualité de la parole sont rapidement énoncées en deux  phrases.
 Pourtant la parole ne prend son sens que dans un contexte, où chacun des acteurs de la communication peut tenir un langage de vérité. Pour l'apprécier, on examinera la qualité de l'émetteur, puis du récepteur et de leur échange. On tiendra compte enfin du moment où la parole est prononcée.

/
 Le langage ne prend donc sa valeur qu'en situation. Ce qui compte dans la parole n'est pas tant sa qualité que l'effort qu'elle révèle d'un homme dans sa quête incessante de vérité.
                                                            176 mots.

 

  RÉCAPITULONS :

 

LES RÈGLES DE LA CONCISION

La suppression

- supprimer les exemples illustratifs, les citations.
- les digressions qui sortent du champ argumentatif.
- les reprises, les redites.
- les périphrases.

L'intégration - passer de l'énumération au terme générique.
- reprendre un champ lexical par son terme englobant.
- condenser les exemples argumentatifs.
Le réagencement

- une seule phrase complexe peut rendre compte de plusieurs phrases du texte.
- un verbe peut à lui seul rendre compte d'une relation logique.
- nominaliser : préférer
              le substantif au lieu du verbe, la juxtaposition au lieu de la subordination
              la phrase simple, l'adjectif en apposition.
- un signe de ponctuation pourra rendre compte d'une articulation logique :
     ainsi le signe : peut exprimer à lui seul la cause ou la conséquence.

 

     APPLICATION
Soit la proposition de résumé suivante (Nicolas Grimaldi, Cinq paradoxes du moi, début du texte) :

 Le moi est à la fois sujet et objet, mais, deuxième paradoxe, il est aussi évident que mystérieux. Mes perceptions attestent l’existence d’un être dont je ne sais rien. Et il est vain de prétendre dissiper ce mystère car les sentiments que nous éprouvons nous caractérisent à notre insu, sans que nous soyons en mesure [50] d’en identifier l’origine. C’est que le moi n’est pas un concept : il revêt seulement des formes qui restent, faute de témoin omniscient, éphémères et contingentes. 85 mots.

 Après quelques efforts, 30 mots sont supprimés :
     - l'apposition
: sujet et objet, le moi ... au lieu de le moi est sujet et objet.
    - la suppression des subordonnées relatives au profit d'un nom ou d'un adjectif :
              dont je ne sais rien = inconnu  —   qui restent éphémères et contingentes.
    - le : remplace la relation de cause ou de conséquence.
    - la suppression des périphrases :
             sans que nous soyons en mesure d'en identifier l'origine : à traduire par un adverbe
                          (inexplicablement).

 Résultat :
Sujet et objet , le moi est, de plus, aussi évident que mystérieux. Mes perceptions attestent l’existence d’un être inconnu, au mystère impossible à dissiper : nos sentiments nous caractérisent à notre insu, inexplicablement. En effet le moi n’est pas un concept : faute de témoin omniscient, il revêt seulement [50] des formes éphémères et contingentes. 55 mots

 

  EXERCICE : Complétez cette reformulation.

 
Bernard Lecomte, Communication et nouvelles technologies.
(La Croix, 4 avril 1984).

 Complétez ce résumé du texte ci-contre en remplissant les espaces blancs par les termes proposés.

  L'avenir de nos relations sociales est inscrit dans le développement accéléré des techniques de communication qui marient de plus en plus le téléphone, l'écran et l'ordinateur. Comme l'apparition du téléphone et de la T.S.F., il y a un siècle, cette évolution va changer non seulement la forme des relations entre les hommes, mais aussi leurs fondements. [...] Il est naturel qu'à l'aube de cette nouvelle révolution, chacun s'inquiète et s'interroge sur ses conséquences à l'échelle humaine.
  La communication, étymologiquement, c'est la mise en commun, la mise en relation des hommes ou des collectivités. La route, la poste, le chemin de fer, le télégraphe ont développé des solidarités nouvelles. La radio, le cinéma, la télévision ont élargi le champ culturel de cette communication démultipliée, jusqu'à tisser un réseau de relations sociales aussi serré que le système nerveux dans le corps humain.
  En raccourcissant les distances, en accélérant les contacts, en multipliant les sources d'information (locales, étrangères), les nouvelles formes de communication ont pour premier effet de rapprocher les hommes. Nul ne peut ignorer aujourd'hui un tremblement de terre en Turquie, une révolution en Pologne, une menace nucléaire sur l'Europe. Nul ne peut rester à l'écart de la montée de la faim dans le monde, des nouvelles formes de pauvreté en France, des risques écologiques qui pèsent sur nos sociétés. Qui peut contester que cela soit un progrès ?
  Ce qui modifie ces données, c'est la généralisation de l'écran, symbole de cet avenir impalpable. Tous les moyens de transmission à venir (les ondes hertziennes, relayées au sol ou provenant de l'espace, ou la fibre optique, véhiculant des textes ou des images) aboutiront à des postes de télévision, à des consoles, à des cadrans portatifs, à des murs d'images - à des écrans. Or, l'étymologie, là aussi, tient lieu de révélateur : un écran, à l'origine, est un objet qui dissimule ou qui protège.
  L'image elle-même, si elle frappe l'esprit, si elle stimule l'imaginaire, reste une abstraction. Installez un chien devant la télévision, l'image d'un autre chien le laissera de glace. L'image informe, comme un texte, mais c'est le cerveau du téléspectateur qui fonctionne, qui lui donne son sens, par rapport à sa propre connaissance du monde. Et c'est encore sa propre expérience, son acquis personnel, qui lui font reconnaître le vrai du faux, la réalité de la fiction : sans cette expérience préalable, l'homme ne « voit » pas de différence entre un reportage sur la guerre Irak-Iran et un western sur la conquête de l'Ouest, qui ont la même force émotionnelle. Laquelle, au rythme de la prolifération des images, va en se banalisant.
  Le danger se situe dans la réduction de l'expérience propre à chaque individu clé de sa perception  humaine » des images qui prolifèrent. L'individu qui se contenterait de ces données abstraites ressemblerait peu à peu au chien de tout à l'heure, absorbant passivement des informations désincarnées.
  Or ce risque point à l'horizon. Demain, l'on pourra remplir la majorité des activités quotidiennes sans avoir besoin de se déplacer :  démarches administratives, achats, remise de documents professionnels, alarme, information générale ou locale; les négociations syndicales, les réunions de conseils d'administration pourront se tenir en multiplex par visiophone; l'enseignement, la santé même suivront le mouvement. Que restera-t-il des contacts humains devenus désuets, comme l'accolade, la poignée de main, le coup de téléphone, la lettre manuscrite ? Quelle part auront le toucher, la voix, l'écriture, dans ce qui fait l'essentiel de l'expérience humaine ?
  La montée de l'individualisme, la tendance croissante au repli sur soi (sa famille, sa communauté) vont de pair avec ce phénomène de déshumanisation des relations sociales qui se profile à l'horizon. En se gardant de tout mélanger, en se gardant aussi de condamner a priori une évolution d'ailleurs inéluctable, il importe d'y réfléchir. L'homme statique n'est pas pour demain, et son instinct le poussera à inventer les formes nouvelles d'une communication sociale chaleureuse, affective, plus conforme à sa nature profonde. Encore faut-il entretenir et développer dans la conscience des générations futures ce qui tempérera l'invasion des images, et qui fait la dignité de l'homme : le sens de l'autre.

Il paraît légitime de se demander quelles seront sur le plan de la les de l'évolution rapide des techniques.
Les
ont prodigieusement resserré le tissu des relations humaines en transportant des qui, devenues, concernent chacun d'entre nous.
On ne saurait s'en plaindre, mais le
de cette transmission reste l', qui, par nature, de la réalité.
Les images n'informent que selon le degré de
dont chacun dispose et l'aptitude à repérer leur . Faute de cela, les images semblent toutes chargées de la même qu'use aussi leur .
Ce risque d'ingurgiter des informations
est à nos portes. Qu'adviendra-t-il demain de la véritable relation humaine, alors que chacun pourra accomplir ses sans jamais se ?
 L'
accompagne de plus en plus cette du contact. Il convient donc d'examiner la situation, sans exagéré. L'homme de demain saura bien renouveler les formes d'une communication si on veille à fortifier en lui l'intérêt pour .

Placez dans ce résumé chacun des termes proposés ci-dessous :
régression - tâches - culture - prolifération - déshumanisées - informations - médias - autrui - répercussions - émotion - planétaires - communication - déplacer - vecteur - authentique - écran - égocentrisme - distancie - pessimisme - mensonge.

 

 

 

 

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